Prologue

1. DICTIONNAIRE, VOCABULAIRE, GLOSSAIRE, LEXIQUE. Ils signifient en général tout ouvrage où un grand nombre de mots sont rangés suivant un certain ordre, pour les retrouver plus facilement quand on en a besoin” ; mais il y a cette différence : 1° que vocabulaire et glossaire ne s’appliquent guère qu’à de purs dictionnaires de mots, au lieu que dictionnaire, en général, comprend non seulement les dictionnaires de langues, mais encore les dictionnaires historiques, et ceux des sciences et des arts ; 2° que dans un vocabulaire les mots peuvent n’être pas distribués par ordre alphabétique, et peuvent même n’être pas expliqués ou ne l’être qu’en un seul mot, sans raisonnement ; 3° que glossaire ne s’applique guère qu’aux dictionnaires de mots peu connus, barbares ou surannés : le Glossaire de du Cange ; 4° que lexique, qui s’appliquait dans l’antiquité à un dictionnaire de mots rares et de formes difficiles, désigne aujourd’hui surtout un recueil des mots d’un auteur, par exemple le lexique d’Homère, et que, dans les classes, lexique se dit des abrégés des dictionnaires de mots.

2. MOT, TERME. À l’idée de mot, terme ajoute l’idée de convenance au sujet dont on parle : La pureté du langage dépend des mots ; la précision du langage dépend des termes.

3. TERMES, MOTS, EXPRESSIONS. Les termes sont distingués des mots, en ce que ces derniers sont de la langue, et que les premiers sont du sujet, ainsi que les expressions sont de la pensée. L’usage décide des mots, la convenance avec les choses fait la bonté des termes, le tour fait le mérite de l’expression, Laveaux.

4. SENS, ACCEPTION. Sens diffère d’acception en ce qu’il a plus d’étendue. On dit : le sens d’un mot et le sens d’une phrase ; mais on dit seulement : l’acception d’un mot, (sans pouvoir dire l’acception d’une phrase).

5. DISTINGUER, DISCERNER. Distinguer est plus général que discerner. On distingue à l’aide de tous les sens ; on ne discerne que par le sens de la vue. Ajoutons que distinguer se rapporte plus aux apparences extérieures, et discerner aux limites : je distingue le vice de la vertu en général, et je discerne le point précis où la vertu poussée à l’excès devient vice.

6. CONCISION, PRÉCISION. La concision diffère de la précision en ce qu’elle est plutôt la “brièveté” même du discours, que l’“exactitude de sa signification”. La précision au contraire consiste d’abord dans cette “exactitude” ; la brièveté n’est plus qu’un moyen pour y arriver.

7. CLASSEMENT, CLASSIFICATION. Le classement est l’action de ranger effectivement d’après un certain ordre” : le classement des papiers. La classification est l’ensemble des “règles qui doivent présider au classement effectif ou qui déterminent idéalement un ordre dans les objets”.

8. DISPUTE DE MOTS, DISCUSSION DE MOTS. Dispute de mots, débat dans lequel on croit disputer des choses, et où l’on ne dispute en réalité que sur les mots” ; discussion de mots, “examen du sens exact et rigoureux des mots”.

Personne

Sentiments

  • âme. Principe de vie. Les anciens philosophes admettaient une âme raisonnable, qui présidait aux fonctions de l’intelligence ; une âme sensitive, qui présidait aux sensations ; et une âme végétative, qui présidait à la nutrition. L’âme du monde, principe qui, suivant quelques philosophes, vivifie le monde. 2° “Le principe immatériel de la vie, l’âme après la mort.” L’immortalité de l’âme.“L’ensemble des facultés morales et intellectuelles.” L’aliment de l’âme, c’est la vérité et la justice.“Une personne, homme, femme ou enfant.”
  • sentiment. En général, “faculté de sentir”. Avoir le sentiment exquis, prompt, délicat.“Il se dit des affections, des mouvements de l’âme, des passions.” 10° Spécialement. “ La passion de l’amour.”
  • passion. “Souffrance, en parlant de Jésus-Christ et des martyrs.”La passion de Notre-Seigneur. 6° Ancien terme de médecine. “Certaines maladies douloureuses.” Ainsi on appelait l’hystérie, passion hystérique, l’iléus, passion iliaque. 7° “Mouvement de l’âme, en bien ou en mal, pour le plaisir ou pour la peine”. 11° “Vif désir.”
  • émotion. “Mouvement qui se passe dans une population.”“Mouvement moral qui trouble et agite, et qui se produit sous l’empire d’une idée, d’un spectacle, d’une contradiction, et quelquefois spontanément sous l’influence d’une perturbation nerveuse, comme cela a lieu quelquefois dans l’hypocondrie”.

Amour

  • amour. “Sentiment d’affection d’un sexe pour l’autre.”
  • affection. “Ce que le corps éprouve, surtout en fait de maladie.”Les affections de poitrine.“Sentiment d’amitié, d’amour, d’attachement pour une personne ou une chose.” Avoir de l’affection pour quelqu’un.
  • amitié. “Sentiment qui affectionne, attache une personne à une autre.”Les liens d’une étroite amitié.Mon amitié pour vous.

9. AMANT, AMOUREUX. M. Guizot a très bien indiqué la différence.« Il suffit d’aimer pour être amoureux. Il faut témoigner qu’on aime pour être amant. On est souvent très amoureux sans oser paraître amant. Quelquefois on se déclare amant sans être amoureux. »

10. AMANT, AMOUREUX. Dans le langageordinaire, la distinction entre amant et amoureux est inverse de celle que ces deux mots présentent dans le style élevé. On peut dire qu’une jeune fille a un amoureux, sans rien préjuger de défavorable ; on ne peut pas dire qu’elle a un amant. Une femme peut avoir plusieurs amoureux sans inconvénient pour sa réputation, (mais non plusieurs amants).

11. AMANT, GALANT. Un homme se fait amant d’une personne qui lui plaît. Il devient le galant de celle à qui il plaît, Guizot.

12. AMOUR, AMOURETTE. La différence qu’il y a du sérieux au badin, à l’égard d’un même objet, fait celle de l’amour et de l’amourette. Celle-ci amuse simplement, et celui-là occupe, Guizot.

13. COQUETTERIE, GALANTERIE. La coquetterie cherche à faire naître des désirs, la galanterie à satisfaire les siens. Une femme galante “veut qu’on l’aime et qu’on réponde à ses désirs ; il suffit à une coquette d’“être trouvée aimable” et de passer pour belle, Encyclopédie, XVII, 766.

14. AIMER, CHÉRIR. Aimer a un sens plus étendu que chérir. Quand il s’agit de la passion de l’amour, aimer dit tout ce qui peut être dit ; chérir n’ajouterait rien, et même affaiblirait le sens, car ici il serait moins précis. Maîtresse chérie n’exprime pas plus que maîtresse aimée ; et femme chérie est moins précis que femme aimée ; car dans femme aimée il s’agit de l’amour entre les deux sexes, et femme chérie peut s’appliquer à nos mères, à nos sœurs. Mais aimer ayant des acceptions étendues et comportant tous les degrés du sentiment qui nous incline vers son objet, chérir en marque le plus haut degré.

15. AMATEUR, AIMER. Il y a une différence entre aimer et être amateur. Aimer est un termegénéral : j’aime les roses exprime que je les aime, sans ajouter à cette idée rien de particulier. Être amateur indique toujours une préférence particulière et devenue, en quelque sorte, une étude : je suis amateur de roses signifie que je les recherche, que j’en fais collection.

16. AIMER MIEUX, AIMER PLUS. Il y a un cas ou ces deux locutions se confondent : c’est quand aimer mieux répond à aimer bien ; alors aimer mieux est tout à fait synonyme de aimer plus. Je vous aimais bien déjà, mais depuis que vous vous êtes ainsi comporté, je vous aime mieux. Dans l’autre emploi, aimer mieux marque non pas une affection, un sentiment, mais seulement une “préférence d’option” ; quelquefois il arrive qu’on a à choisir entre deux maux. Au contraire, aimer plus marque non pas une option, mais “une affection, une inclination, un sentiment”, M. Guizot donne cet exemple-ci : Une âme honnête et juste aimerait mieux être déshonorée par les calomnies les plus atroces que de se déshonorer elle-même par la moindre des injustices, parce qu’elle aime plus la justice que son honneur même.

17. AMITIÉ, AFFECTION, ATTACHEMENT. L’amitié a un sens plus étendu : elle suppose réciprocité, et, d’ordinaire, une certaine égalité entre ceux qui s’aiment. L’affection ne suppose ni réciprocité, ni égalité ; elle exprime l’“ensemble des sentiments bienveillants que nous ressentons pour une personne, même pour une chose. L’attachement est un sentiment plus vague, sinon plus faible que l’affection ; il consiste à “tenir d’une manière quelconque aux personnes ou aux choses, à “n’y être point indifférent”.

18. DÉMONSTRATION D’AMITIÉ, TÉMOIGNAGE D’AMITIÉ. Démonstration va tout à l’extérieur, aux airs du visage, aux manières agréables, à un accueil obligeant. Témoignage est plus intérieur, et va au solide, à de bons offices, à des services essentiels. Un faux ami peut donner des démonstrations d’amitié, il n’y a qu’un véritable ami qui puisse donner des témoignages d’amitié. C’est une démonstration d’amitié que d’embrasser une personne ; c’est un témoignage d’amitié que de prendre ses intérêts, Bouhours, remarques nouvelles sur la langue françoise.

19. ATTRAITS, APPAS, CHARMES. Ces trois mots expriment les “beautés qui dans une femme saisissent les yeux et les captivent”. Les attraits, c’est ce “qui attire ; les appas, c’est ce “qui amorce” ; les charmes, c’est ce “qui exerce une sorte d’enchantement. [Hypsipyle à Médée] Je n’ai que des attraits, et vous avez des charmes, Corneille, la Toison d’or, III, 4. Ce vers, justement blâmé par Voltaire à cause du jeu de mots, montre pourtant que charmes est plus fort que attraits.

20. CHARMES, APPAS. On est très porté à confondre absolument ces deux termes. Mais, à une époque où l’on était plus près du sens primitif des mots, Malherbe n’a pas hésité à mettre : ses appas et ses charmes. En effet, appas se dit des “beautés qui attirent” ; et charmes, de celles qui “agissent par une vertu occulte, magique”.

21. CHARME, ENCHANTEMENT. Le charme (carmen) est une “formule en vers ou en prose mesurée à laquelle on attribue la vertu de troubler l’ordre de la nature”. L’enchantement (incantamentum) est l’“action de prononcer cette formule”. Comme à tout moment, dans le discours, on prend la cause pour l’effet ou l’antécédent pour le conséquent, la différence des deux mots disparaît, et ils sont la plupart du temps synonymes.

22. ABHORRER, DÉTESTER, HAÏR. Les deux premiers mots marquent également des “sentiments d’aversion”, dont l’un est l’effet du goût naturel ou du penchant du cœur, et l’autre, l’effet de la raison et du jugement. Ou pour mieux dire, suivant l’étymologie, on abhorre tout ce pour quoi on a une horreur, une répulsion ; on déteste tout ce que l’on veut écarter, tenir loin de soi. Dans abhorrer et détester, le sentiment que l’on ressent n’est pas le même : avec le premier on frissonne, avec le second on repousse. C’est pour cela que les auteurs de synonymes ont dit que détester s’applique à ce qu’on ne peut estimer, à ce que l’on condamne, à ce que l’on juge mauvais ; et que abhorrer s’applique à ce qui excite antipathie, répugnance. Cela exposé, on voit quelle nuance sépare ces deux verbes, et comment ils peuvent être pris l’un pour l’autre. Haïr est le termegénéral, par conséquent il exprime une nuance moins forte. On hait tout ce qu’on déteste et ce qu’on abhorre ; mais dans haïr ne sont pas marquées les distinctions qu’impliquent détester et abhorrer.

Désir

  • désir. “Envie d’obtenir, d’avoir quelque chose.”
  • envie. “Chagrin et haine qu’on ressent du bonheur, des succès, des avantages d’autrui.”“Désir, volonté.”
  • plaisir. “Mouvement, sentiment plaisant, agréable, excité dans l’âme par une impression physique ou morale.”
  • plaisant. “Qui plaît”.
  • plaire. “Agréer, être agréable”, en parlant des personnes.
  • agréable. Qui plaît, qui est agréé.

23. EXCITER, ANIMER. Étymologiquement, exciter, c’est “faire sortir”, mettre en mouvement, en action ; animer, c’est “donner de l’âme”. On anime ce qui est inanimé ou n’est pas assez animé ; on excite ce qui est dans le repos, dans l’immobilité. Là est l’origine des nuances qu’expriment ces deux verbes.

24. AGITÉ, ÉMU, TROUBLÉ. L’émotion est la “mise en mouvement, de e et movere, mouvoir hors”, le commencement de l’action. L’agitation est plus que l’émotion, c’est le mouvement qui, commencé, se continue. Le trouble est la confusion que cause l’agitation. Être ému, c’est éprouver un mouvement ; être agité, c’est éprouver une succession rapide de mouvements produits en différents sens et réagissant les uns sur les autres. Être troublé, c’est être mis en désordre par un mouvement quelconqueGuizot. Émotion, agitation et trouble, bien qu’exprimant d’ordinaire un état pénible de l’âme, ne l’impliquent pas nécessairement. On est quelquefois ému délicieusement ; l’espérance du bonheur peut nous agiter, et un trouble charmant s’emparer de l’âme.

25. RESPIRER, SOUPIRER APRÈS. Ces mots désignent figurément “le désir, l’ardeur, la passion dont le cœur est si plein qu’il semble l’exhaler, ou par une respiration forte, ou par des soupirs répétés”. Mais respirer marque un désir plus ardent, une passion plus violente, que ne fait soupirer après.

26. LANGUISSANT, LANGOUREUX. Ces deux mots ne diffèrent que par la finale, le radical est le même. Ils ne sont synonymes que quand il s’agit de la langueur d’amour. Des regards languissants peuvent l’être soit par souffrance, soit par amour ; des regards langoureux n’ont que le dernier sens. En outre, l’usage a mis à langoureux une certaine nuance de moquerie qui n’est pas dans languissant. Il faut ajouter qu’appliqués aux vers, ces deux mots ont des sens très différents : langoureux signifie qui affecte la langueur d’amour ; des vers langoureux ne sont pas du tout des vers languissants, quoiqu’ils puissent l’être s’ils sont mauvais ou insignifiants.

27. INCLINATION, PENCHANT. Étymologiquement, inclination exprime l’idée d’incliner, et penchant celle de pencher. Ce qui penche est plus près de tomber que ce qui est incliné. C’est pourquoi le penchant est une inclination forte ; ou bien l’inclination est un penchant faible.

28. PENCHANT, INCLINATION. L’inclination est plus faible que le penchant, c’est l’“effet d’une simple impression qui fait plier ou courber la chose d’un côté”. L’inclination fait tendre vers un objet ; le penchant y entraîne.

29. AGRÉER, PLAIRE. Il n’est pas facile de trouver une nuance entre ces deux verbes ; et la plupart du temps ils se confondent. Pourtant plaire a une signification plus générale, et indique tout espèce de plaisance ; au lieu que agréer signifie précisément être au gré de. Ce qui plaît “fait plaisir ; ce qui agrée est “pris en gré. Il y a donc dans agréer une intervention de la personne qui n’est pas dans plaire. Ainsi, dans ce vers de La Fontaine : Le berger plut au roi par ces soins diligents, (on ne mettrait pas agréer au roi), parce qu’il ne s’agit pas ici d’être au gré du roi. Au contraire, dans cette phrase de Pascal : Il n’y a qu’à suivre l’avis qui agrée, le verbe plaire ne conviendrait pas, vu qu’il ne s’agit pas de plaire, et que l’avis qui agrée peut n’avoir rien qui plaise.

30. CONTENTEMENT, SATISFACTION. Le contentement est beaucoup plus étendu que la satisfaction. On peut être satisfait sans être content. Ces deux termes désignent la “tranquillité de l’âme par rapport à l’objet de ses désirs”. Il nous arrive quelque chose que nous désirions, et nous sommes satisfaits ; mais, si cet événement nous laisse encore des causes de trouble, nous ne sommes pas contents. Le contentement est donc une satisfaction qui n’est pas bornée à une circonstance particulière, mais qui tient à une condition générale de l’âme, condition produite par l’ensemble des causes intérieures et extérieures.

31. AISE, CONTENT. On donne aussi ravi comme synonyme ; mais ravi est un terme d’une bien plus grande énergie et sur lequel personne ne peut se tromper. Aise et content expriment tous deux un état qui affecte l’âme agréablement” ; mais on aura une idée de la nuance qui les sépare en comparant ces deux exemples : Je suis content de mon sort ; je suis aise de mon sort ; le premier signifie que mon sort me satisfait et que je ne désire rien de plus ; le second signifie que mon sort me cause un sentiment de bien-être qui dépasse le contentement. Là est la distinction entre les deux termes, qui se manifeste aussi dans cette phrase : Je suis aise que vous soyez content de moi.

32. AISES, COMMODITÉS. Les aises disent quelque chose de voluptueux et qui tient de la mollesse. Les commodités expriment quelque chose “qui facilite les opérations ou la satisfaction des besoins”, et qui tient de l’opulence. Les gens délicats et valétudinaires aiment leurs aises. Les personnes de goût, et qui s’occupent, recherchent leurs commodités, Guizot.

33. ENVIE, JALOUSIE. Tant que le jaloux est seulement jaloux de ce qu’il possède, il n’a rien de commun avec l’envieux ; mais quand il jalouse autrui, alors il y a à distinguer : l’envie est un “sentiment de haine et de chagrin à la vue de ce qui est le bien d’autrui ; la jalousie est un “sentiment de chagrin de voir en autrui et un désir de voir à soi les avantages qu’un autre possède. Le jaloux est voisin du rival, l’envieux est voisin de l’ennemi.

34. OMBRAGEUX, SOUPÇONNEUX. L’ombrageux est “celui que la moindre ombre met en inquiétude ou fait cabrer”. Dans soupçonneux, il n’y a ni l’idée d’ombre ni l’idée de se cabrer.

Tristesse

  • triste. Qui a du chagrin, de l’affliction. 2° Qui est sans gaieté. 3° Sévère.
  • chagrin. Déplaisir qui peut être causé, soit par une affliction, soit par un ennui, soit par une colère. 2° Humeur qui s’inquiète ou se tourmente.
  • affliction. Peine morale.

35. CHAGRIN, TRISTESSE. Le chagrin est une “souffrance de l’âme”, souffrance causée par une peine quelconque, par une contrariété, un désappointement, une perte, etc. La tristesse est un état de l’âme que le chagrin peut produire, mais qui peut aussi se développer de soi-même et sans accident. La mort d’une personne chérie cause un violent chagrin et jette dans une profonde tristesse. La tristesse est l’opposé de la joie et de la gaieté ; le chagrin n’a point d’opposé. Parce qu’elle est un état, la tristesse se dit des choses inanimées : la tristesse d’une harmonie, d’un site ; parce qu’il est une souffrance, le chagrin ne se dit que des personnes.

36. AFFLIGÉ, ATTRISTÉ, FÂCHÉ, MORTIFIÉ. L’idée commune à ces quatre mots est, “péniblement affecté. Mais attristé, venant de triste, indique quelque chose de général : on est attristé par tout ce qui cause la tristesse, aussi bien par des événements malheureux que par des modifications intérieures de l’âme. Une journée pluvieuse peut nous attrister, mais (elle ne nous afflige pas). Affligé au contraire suppose un mal considérable qui nous est arrivé : on est affligé de la perte de ce qu’on aime, des malheurs publics. Fâché a le même sens, sauf qu’il se rapporte à des peines moins grandes et surtout à des contrariétés. On fâche quelqu’un en suscitant sa mauvaise humeur ; on l’afflige en portant des coups à son cœur. Mortifié s’adresse à l’amour-propre. On est mortifié d’une défaite, d’un manque d’égards, d’un refus d’honneur, des fautes qu’on a commises, d’un affront.

37. GAI, ENJOUÉ, JOYEUX. L’homme gai est “de belle humeur ; c’est l’effet du tempérament ou de quelque heureuse circonstance. L’homme enjoué “se joue, il a la plaisanterie agréable, le désir et le talent d’amuser. Joyeux se dit des affections du moment : un homme très froid et posé peut être joyeux s’il apprend une nouvelle qui lui fait grand plaisir.

38. BADIN, ENJOUÉ, FOLÂTRE. Badin, quand on laisse de côté le sens ancien, qui le rapproche de badaud, signifie celui qui, “se plaisant aux choses légères, y met ou de l’esprit ou de la grâce. L’enjoué “met de la gaieté” aux choses qu’il dit. Le folâtre “se livre à de petites folies qui ont leur charme, si la circonstance s’y prête, mais qui dépassent et le badinage et l’enjouement.

39. LARMES, PLEURS. Pleurs n’est synonyme de larmes qu’au pluriel. Un pleur, d’ailleurs usité seulement dans le style biblique et le style élevé, signifie lamentations ; et, au pluriel, il retient quelque chose de cette signification : Elle entendra mes pleurs, elle verra mes larmes, dit A. Chénier. Larme est proprement “l’humeur limpide qui humecte les yeux”, quelle que soit la cause qui la fasse couler. Pleurs indique toujours une émotion, et presque toujours une “émotion triste”. L’oignon coupé ou épluché fait venir des larmes dans les yeux (et non des pleurs).

40. LAMENTATION, PLAINTE. La plainte peut n’être qu’un seul gémissement ; un malade qui souffre fait parfois entendre des plaintes sans rien articuler. Au contraire, dans la lamentation, il y a outre les gémissements, des paroles exprimant la douleur. De plus la plainte se rapporte aussi bien à des souffrances physiques qu’à des souffrances morales ; la lamentation ne se rapporte guère qu’à des souffrances morales : la douleur physique arrache des plaintes (non des lamentations).

41. MÉLANCOLIQUE, ATRABILAIRE. Ces deux mots signifient : “qui est affecté de bile noire ; atrabilaire est la traduction latine de mélancolique. Pourtant l’usage a mis quelque distinction entre eux, du moins quand on les applique au moral. Le mélancolique est triste ; l’atrabilaire est acerbe.

42. AIGRE, ACIDE, ACERBE. Au propre, ces trois mots désignent une “impression particulière du goût”. Ils se distinguent nettement ; et, comme dit M. Lafaye, ce qui est aigre n’est “plus doux”, ce qui est acide n’est “pas doux”, ce qui est acerbe n’est “pas encore doux”. Aigre indique une saveur qui provient de quelque altération : du lait aigre ; “du vin aigre ; aussi est-elle toujours désagréable. Acide indique une saveur franche, spontanée : la groseille est un fruit acide. Acerbe indique la saveur qui appartient aux fruits non mûrs : la nèfle sur laquelle la gelée n’a pas passé est acerbe. Au moral acide n’est pas employé ; il ne reste que aigre et acerbe. La distinction qui existait au physique continue : des paroles aigres sont “dictées par le ressentiment, la mauvaise humeur ; des paroles acerbes le sont par l’“âpreté naturelle de la personne qui parle”. Des paroles aigres sont plus piquantes ; des paroles acerbes sont plus âpres et plus dures.

43. AFFLICTION, DOULEUR. L’idée commune à ces mots est de représenter notre âme comme sujette à une “action qui lui cause du mal”. La différence est que affliction porte l’esprit sur une cause qui a agi, tandis que, dans douleur, l’action de la cause est présente. On éprouve de la douleur ; on reçoit une affliction ; mais, lorsque le coup est porté, être plongé dans la douleur ou être plongé dans l’affliction est d’une synonymie à peu près complète.

44. GRAVE, SÉRIEUX. Un homme grave n’est pas celui qui ne rit jamais ; c’est celui “qui ne choque point les bienséances de son état, de son âge et de son caractère. L’homme sérieux est celui “qui se livre rarement à des mouvements de vivacité, de plaisanterie, ou bien qui s’occupe en son esprit de choses importantes, méditations ou affaires.

45. FRIVOLE, FUTILE. Ce sont deux adjectifs dérivés du latin et qui, dans la langue originelle, ont pour sens propre l’un le sens de frêle, l’autre le sens de “ce qui se répand et se perd”. De là dérive la distinction : ce qui est frivole “a peu de valeur sans doute, mais en a une certaine”, exprimant quelque chose de léger, et qui peut plaire par cette légèreté même, au lieu que futile “n’a aucune valeur.

46. ACRIMONIE, ÂCRETÉ. Qualité de ce qui est âcre, mordant, corrosif”. Deux différences existent entre ces deux mots. D’abord acrimonie se dit non de ce qui a une saveur âcre, mais de ce qui exerce une action âcre. En second lieu, acrimonie désigne une disposition constante à l’âcreté, tandis que âcreté peut s’appliquer à ce qui se fait sentir actuellement ou vient de se faire sentir. L’âcreté de son humeur peut signifier une âcreté actuelle ; l’acrimonie de son humeur signifie une humeur habituellement âcre. Ces nuances une fois conçues, on sent quand et comment il y aura lieu de distinguer.

47. ÂCRE, ÂPRE. Ces deux termes s’appliquent aux aliments et aux boissons : ils marquent dans le goût une “sensation désagréable”. Le premier donne l’idée d’une “saveur forte et brûlante” comme celle du piment ou de la moutarde ; le second, l’idée d’une “saveur acide et astringente” comme celle des fruits verts.

Peur

  • peur. “Passion pénible qu’excite en nous ce qui paraît dangereux, menaçant, surnaturel.”
  • craindre. “Éprouver le sentiment qui fait reculer, hésiter devant quelque chose qui menace.”

48. PEUR, CRAINTE. Crainte est le terme générique pour toutes les nuances de cette sorte de sentiments ; elle peut être raisonnée et lointaine. La peur est instinctive et présente.

49. APPRÉHENSION, CRAINTE, PEUR. L’appréhension est une “vue de l’esprit qui aperçoit un péril comme possible”. La crainte est une “émotion du cœur à la vue du péril. La peur est, en face du péril, la “perte du courage et de la puissance de résister”.

50. CRAINDRE, APPRÉHENDER, AVOIR PEUR, REDOUTER. Redouter se distingue des trois autres en ce qu’il exprime la crainte de quelque chose de supérieur, de terrible, à quoi on ne peut résister. Appréhender se distingue de craindre et avoir peur, en ce que, conformément à son étymologie, il indique une vue de l’esprit, une attention portée sur l’avenir, sur la possibilité ; ce qu’on appréhende apparaît moins comme probable que comme possible. Au contraire, ce qu’on craint apparaît non seulement comme possible, mais aussi comme probable. Enfin, avoir peur désigne un état de l’âme où devant le péril le courage fait défaut ; on peut craindre le danger et pourtant y faire tête ; mais si on a peur du danger, il est le plus fort et nous emporte. Je redoute l’orage veut dire que “je le regarde comme formidable” ; j’appréhende l’orage, qu’“il me paraît possible” ; je crains l’orage, “que les effets m’en semblent dangereux pour moi” ; j’ai peur de l’orage, qu’“il m’ôte tout courage.

51. PEUR, FRAYEUR. La frayeur ressemble assez à la peur, si ce n’est qu’elle est toujours plus forte, et moins dépendante du caractère de celui qui la ressent que des apparences de ce qui menace.

52. EFFRAYANT, EFFROYABLE. Ces deux mots ont même origine, puisque effrayer et effroyer sont deux formes d’un même mot ; il n’y a donc de différence que dans la finale : effrayant est le participe présent d’effrayer ; effroyable est l’adjectif verbal d’effroyer. La nuance est que effrayant est strictement limité à la crainte, tandis que à effroyable se joint l’idée accessoire d’horrible.

53. EFFARÉ, EFFAROUCHÉ. Celui qui est effarouché éprouve crainte ou défiance. Celui qui est effaré éprouve un “trouble moral quelconque peint sur son visage, soit surprise, soit indignation, soit crainte. Effarouché se dit des hommes et des animaux. Effaré ne se dit que des hommes.

Colère

  • colère. Sentiment d’irritation contre ce qui nous blesse.
  • fâcher. Exciter un déplaisir permanent, indisposer fortement.

54. COLÈRE, COLÉRIQUE. Le colère est celui “qui se met souvent en colère ; le colérique est “celui que son tempérament porte à la colère. Un homme peut être colérique, sans être colère, s’il parvient à se vaincre lui-même, Roubaud.

55. COLÈRE, COURROUX, EMPORTEMENT. L’emportement se distingue tout d’abord des deux autres, en ce qu’il est la manifestation extérieure soit de la colère soit du courroux. Une violente colère, un violent courroux peut être dans le cœur sans qu’il s’en montre rien au dehors ; mais dès qu’il se montre par des gestes ou des paroles passionnées, alors il y a emportement. Entre colère et courroux, il est difficile de trouver aucune nuance dans le sens ; on n’en trouve que dans l’emploi, colère étant du langageordinaire comme du langage élevé, tandis que courroux appartient seulement à ce dernier et se dit surtout de la colère des personnes de haut rang, de grande condition, ou des êtres célestes.

56. EMPORTÉ, VIOLENT. Emporté et violent diffèrent comme emportement et violence. Or l’emportement se manifeste toujours au dehors par une explosion ; la violence peut être muette, sans geste, sans signe. De plus la violence implique que quelque acte violent a été commis ; l’emportement peut s’exhaler en simples paroles ou manifestations extérieures.

57. NOISE, QUERELLE. Noise est un mot qui tend à sortir de l’usage général, de sorte qu’il est surtout employé dans certaines locutions : chercher noise, être en noise. Cela le différencie de querelle. (Ainsi on ne dit pas : il y a une noise dans la rue  ; mais) : il y a une querelle. De plus noise est plus voisin de discorde que n’en est querelle. Enfin il y a sous noise une idée de bruit qui n’est pas dans querelle ; (ainsi on ne dit pas une noise littéraire, mais) une querelle littéraire.

58. HARGNEUX, QUERELLEUR. Le hargneux est celui qui “harcèle par de petites tracasseries” ; le querelleur est celui qui “fait des querelles ; la querelle est plus grave que la tracasserie. Hargneux implique la mauvaise humeur, mais n’implique pas, comme querelleur, la dispute avec colère.

59. GUERRIER, BELLIQUEUX. Un prince guerrier est un prince “qui fait la guerre” et, si l’on veut, aime la guerre.Un prince belliqueux est un prince “qui aime la guerre”. Un prince belliqueux peut n’avoir pas encore fait la guerre ; un prince guerrier l’a faite.

60. FÂCHER, METTRE EN COLÈRE. Mettre en colère, c’est exciter un accès de colère qui peut ne laisser aucune trace après soi ; au contraire, ce qui fâche laisse des traces qui durent, une impression lente à s’effacer.

61. FÂCHERIE, HUMEUR. Entre fâcherie et humeur on peut discerner cette nuance : la fâcherie suppose quelque chose qui blesse ou qui brouille : Il survient une fâcherie entre des amis ; on a le cœur gros d’une fâcherie ; la perte d’un procès nous cause une fâcherie. La mauvaise humeur, ou, absolument, l’humeur est un état qui suppose plutôt une contrariété : Il avait projeté de sortir ; voyant que la pluie commençait, il prit de l’humeur. La fâcherie a quelque chose du chagrin ; l’humeur a quelque chose de la colère. De plus, souvent, l’humeur se rapporte à la disposition, au tempérament du sujet.

62. BOUDERIE, FÂCHERIE. Ce sont des “mécontentements légers. Dans la bouderie, il y a un signe extérieur, à savoir l’expression du visage, le silence, la froideur. Au lieu que la fâcherie n’est pas nécessairement accompagnée de quelque signe. On peut être très fâché sans bouder ; on cache, on dissimule sa fâcherie ; et l’on peut bouder sans être aucunement fâché ; on feint alors une fâcherie qui n’est pas dans le cœur et qui n’est que sur le visage et dans les manières.

63. FUREUR, FURIE. Le radical de ces deux mots est le même ; le suffixe seul est différent. Étymologiquement, la fureur est l’état d’un homme furieux ; la Furie est un “personnage mythologique chargé des vengeances des dieux”. De là résulte que la fureur, bien que violente, peut être cachée dans le fond de l’âme, tandis que la furie éclate au dehors. Par une conséquence naturelle, furie a pu se dire de l’impétuosité d’une attaque, comme dans cette phrase consacrée : la furie française, qui exprime l’“impétuosité des assaillants” ; (tandis que fureur ne serait pas applicable et aurait un autre sens). D’autre part, il y a dans fureur une signification de folie, de transport qui n’est pas dans furie ; ce qui fait qu’on dit fureur prophétique (et non furie prophétique).

64. FURIEUX, FURIBOND. Le furieux est celui qui est actuellement en fureur ; le furibond est celui qui est sujet à se mettre souvent en fureur. Le premier indique un état ; le second, une habitude. Là est la distinction essentielle. Cependant quelquefois, par abus, furibond se dit pour furieux ; par exemple, dans cette phrase : il vint à nous tout furibond. Mais alors furibond est du langage familier, et implique même une nuance de raillerie, qui n’est pas dans furieux ; d’ailleurs furieux est de tous les styles, aussi bien le style élevé que le style familier.

65. APAISER, CALMER. Apaiser, c’est “rendre la paix ; calmer, c’est “rendre le calme. Comme calme est d’une signification plus étendue que paix, calmer est plus compréhensif que apaiser. On apaise un homme, quand on fait disparaître sa colère ; on le calme non seulement dans ce cas, mais aussi quand il est livré à la peur, à l’inquiétude, à l’impatience, à la curiosité. Cette distinction indique la signification de ces deux verbes dans les emplois divers qu’ils reçoivent.

66. ACCORDER, RACCOMMODER, RÉCONCILIER. “Mettre l’union entre des personnes qui sont en opposition.” On accorde ceux qui sont en dispute pour des prétentions ou des opinions. On raccommode ceux qui se sont brouillés. On réconcilie ceux qui entretiennent entre eux des inimitiés. Entre les gens qu’on accorde, il peut n’y avoir rien de personnel ; entre les gens qu’on raccommode ou qu’on réconcilie, des affaires personnelles, des passions, des intérêts sont toujours intervenus. La nuance est faible entre raccommoder et réconcilier. Raccommoder est plus familier que réconcilier, et quand il est nécessaire de les distinguer, il y a entre eux la différence qu’il y a entre la brouille et l’inimitié.

Vertus

  • morale. Ensemble des règles qui doivent diriger l’activité libre de l’homme, décomposé en deux parties : démontrer que l’homme a des devoirs, des obligations, et faire connaître ces devoirs, ces obligations.
  • devoir. Ce qu’on doit faire, ce à quoi l’on est obligé par la loi ou par la morale, par son état ou les bienséances.
  • vertu. Force morale, courage (sens propre du latin virtus). 2° Ferme disposition de l’âme à fuir le mal et à faire le bien.

Courage

  • courage. L’ensemble des passions qu’on rapporte au coeur. 2° La personne même, considérée au point de vue de la passion qui l’anime. 3° Zèle, bonne volonté, ardeur. 4° Fermeté qui fait supporter ou braver le péril, la souffrance, les revers, etc. 5° Dureté de coeur (le courage de la fermeté ayant, par exagération, passé à la dureté de coeur, à l’insensibilité). Je n’ai pas le courage de lui refuser cela. Le traître eut le courage de livrer son meilleur ami.

67. ÂME FAIBLE , CŒUR FAIBLE, ESPRIT FAIBLE. Comme âme est plus compréhensif que cœur et esprit, l’âme faible désigne une “personne en qui tout est faible ; elle est sans ressort et sans vigueur. Le cœur faible est, suivant les deux acceptions du mot cœur, ou “trop tendre, trop facile à toucher, à séduire, ou “pusillanime et facile à décourager, à effrayer”. Un esprit faible est “incapable d’examen, crédule et inhabile à sentir la vérité et la raison”.

68. CŒUR, COURAGE. disposition qui fait mépriser le danger. Courage est dérivé de cœur ; par conséquent, la nuance entre ces deux mots ne peut être que dans cette dérivation même. En effet, le courage, à proprement parler, est le produit du cœur. On a du cœur ou on en manque ; on signale son courage, on combat avec courage ; l’homme de cœur se distingue par des traits de courage.

69. CŒUR, COURAGE. Courage est un dérivé de cœur, et c’est cette dérivation qui permet de les distinguer, puisque, par là, courage doit contenir quelque chose de plus. En tant que considérés comme ce genre de fermeté qui fait mépriser le danger, cœur et courage sont synonymes ; et dans cette phrase de Molière, Amph. I, 2Et le cœur est digne de blâme Contre les gens qui n’en ont pas, courage irait aussi bien. Mais bien que l’on dise combattre avec courage, on ne dit pas combattre avec cœur. Donc ce que la dérivation ajoute à cœur pour former courage, c’est que courage exprime la manifestation du cœur. Quand le cœur se manifeste par des actes extérieurs, il prend le nom de courage.

70. COURAGE, BRAVOURE. Courage est plus général que bravoure ; justement parce que courage tient étroitement à cœur, il exprime tous les genres de courage aussi bien à la guerre que dans la paix. Au contraire bravoure n’exprime que le courage dans le combat.

71. IMPÉTUEUX, FOUGUEUX. Ce qui distingue ces deux mots, là où ils sont synonymes, c’est que fougue implique une idée de défaut qui n’est pas dans impétuosité. Quand Racine a dit leur fougue impétueuse, en parlant de coursiers, il a fait sentir la nuance : fougue, ce qu’il y a de capricieux ; impétueux, ce qu’il y a de rapide.

72. HARDIESSE, TÉMÉRITÉ. Pour transformer la hardiesse en témérité, il suffit d’y adjoindre une épithète péjorative : aveugle hardiesse, follehardiesse.

73. LÂCHE, POLTRON. Lâche indique une dispositionfaible et misérable qui ne peut résister à aucun péril ; aucune espèce de courage ne reste ; une idée de mépris y est jointe. Poltron est beaucoup moins profond, le courage peut n’être que masqué par la poltronnerie ; et l’idée de mépris n’y est pas nécessairement attaché. Aussi dit-on quelquefois de soi-même qu’on est poltron, mais on ne dira pas qu’on est lâche. Un enfant qui n’ose demeurer sans lumière ou descendre à la cave, est un enfant poltron ; mais cela ne veut pas dire qu’il soit lâche.

74. ACCABLEMENT, ABATTEMENT, DÉCOURAGEMENT. L’idée commune est un “état de langueur de l’âme”. L’accablement est plus fort que l’abattement. L’homme abattu peut se relever ; l’homme accablé a succombé sous le poids, et ses forces sont brisées. Pour l’abattement et l’accablement, il y a toujours une cause extérieure et antérieure, un coup porté, une surcharge imposée. Le découragement, au contraire, est plus général, et ne suppose pas nécessairement quelque chose de grave qui ait précédé. Certains hommes sont pris de découragement pour des motifs fort légers ; on peut avoir perdu courage et n’être ni abattu ni accablé, mais l’abattement et l’accablement ôtent le ressort de l’âme et impliquent le découragement.

75. FACILE, FAIBLE. Un homme facile est en général un esprit qui se rend sans peine à la raison”, aux remontrances, un cœur qui se laisse fléchir aux prières ; et faible est celui “qui laisse prendre sur lui trop d’autorité, Voltaire, dictionnaire philosophique.

76. FRAGILE, FAIBLE. L’homme fragile diffère de l’homme faible en ce que le premier “cède à son cœur, à ses penchants, et le second “à des impulsions étrangères. La fragilité suppose des passions vives, et la faiblesse l’inaction et le vide de l’âme, Encyclopédie, VII, 273.

77. FRAGILE, FRÊLE. Ces deux mots sont, à l’origine, identiquement les mêmes, frêle étant la dérivation ancienne et régulière du latin fragilis, et fragile étant le calque fait postérieurement sur le mot latin. Mais l’usage a mis une différence entre les deux : fragile est ce qui “se brise facilement” ; frêle est ce qui “se soutient à peine”. Le verre est fragile, un roseau est frêle.

78. FAIBLES, FAIBLESSES. Il y a la même différence entre les faibles et les faiblesses qu’entre la cause et l’effet. Un faible est un penchant qui peut être indifférent, au lieu qu’une faiblesse est une “faute toujours répréhensible, Encyclopédie, VII, 27.

79. FAIBLE, DÉBILE. Faible vient du latin flebilis, digne d’être pleuré, misérable, d’où faible. Débile vient du latin debilis, composé de de-habi-lis, “qui a cessé d’être habile, capable”. De la sorte au fond, faible exprime l’état de faiblesse, tandis que débile exprime une décadence, une diminution, une perte : La faible enfance, la débile vieillesse. Voilà la nuance fondamentale entre ces deux mots dont la signification est très voisine, mais dont l’emploi l’est moins, attendu que faible est de tous les styles, tandis que débile n’est que du style ou soigné ou relevé.

80. AFFAIBLIR, ÉNERVER. “Diminuer la puissance.” On affaiblit ce qui est fort ; on énerve ce qui est nerveux. Toutes les fois que fort et nerveux ne pourraient être confondus, affaiblir et énerver ne doivent pas l’être. Puis affaiblir est beaucoup plus général : L’âge affaiblit naturellement ; Une diète sévère affaiblit, mais pour procurer la santé. Au lieu que énerver indique quelque chose d’accidentel et de malfaisant : Se laisser énerver par les délices, par l’oisiveté.

81. PACIFIQUE, PAISIBLE. Le pacifique est celui “qui porte la paix, qui aime la paix ; le paisible est celui “qui reste en paix.

82. CIRCONSPECT, PRUDENT. Circonspect est, étymologiquement, celui “qui regarde autour de soi”. Prudent (du latin prudens, contraction de providens) est “celui qui prévoit”. Ainsi le circonspect examine s’il y a quelque inconvénient à une chose, quelque péril, et se tient sur la réserve. Le prudent va plus loin : il étudie l’avenir et a la faculté d’y pénétrer ; il dirige en conséquence sa conduite. La prudence est donc une qualité plus haute que la circonspection.

83. EFFÉMINER, AMOLLIR, ÉNERVER. Amollir, c’est “rendre mou ; énerver, c’est “ôter le nerf. Les délices de Capoue amollirent, énervèrent les Carthaginois d’Annibal (mais ne les efféminèrent pas), efféminer signifiant toujours que l’on prend non précisément des habitudes molles ou énervées, mais des habitudes féminines ; ce qui suppose en même temps quelque chose de recherché et d’approchant de la femme.

84. EMBARRAS, TIMIDITÉ. L’embarras est extérieur ; il tient aux circonstances, et se montre dans la manière d’être. La timidité est intérieure, elle tient au naturel et peut ne pas se montrer. On peut être fort embarrassé sans être timide.

85. CONFUS, DÉCONCERTÉ, INTERDIT. L’homme confus est “en proie à la confusion, c’est-à-dire à un trouble intérieur qui confond son esprit. L’homme déconcerté “a perdu le concert de sa manière d’être”, l’arrangement de sa tenue, l’équilibre de son attitude. L’homme interdit “a perdu la parole”. C’est ainsi que ces trois mots, répondant à l’idée commune de la situation d’un homme embarrassé, la représentent par des traits distincts.

86. PÉTULANCE, TURBULENCE. La pétulance est une “vivacité impétueuse ; la turbulence, une “vivacité désordonnée”, et à l’idée de désordre se joint celle de quelque chose de bruyant.

Volonté

  • volonté. Puissance intérieure par laquelle l’homme et aussi les animaux se déterminent à faire ou à ne pas faire.
  • décider. Porter un jugement sur une chose douteuse ou contestée. L’Église a décidé ce point. 4° Décider une chose, en prendre la résolution.
  • persévérer. Demeurer toujours dans la même manière d’être. 2° Pris absolument, il signifie persévérer dans le bien.

87. VOLITION, VOLONTÉ. La volonté est la “faculté de vouloir ; la volition est un “acte de la volonté.

88. PERSÉVÉRER, PERSISTER. L’action de persister suppose de la fermeté ou de l’énergie ; celle de persévérer, de la constance : on persiste opiniâtrement, on persévère jusqu’à la fin. Qui persiste ne faiblit ni ne cède ; qui persévère ne se lasse pas. On persiste dans les choses où il y a lieu de montrer de la fermeté, dans une résolution ou une affirmation ; on persévère dans celles où patience et longueur de temps font tout, Lafaye.

89. CONSTANT, FERME. Celui qui est constant restesemblable à lui-même”. Celui qui est ferme “résiste”. Un homme ferme dans l’adversité est celui qui “ne cède pas au coup qu’il reçoit”. Un homme constant dans l’adversité est celui que “l’adversité ne change pas” et qui la supporte sans se laisser troubler. Aussi la constance a-t-elle lieu de s’exercer dans la prospérité, tandis que la fermeté veut quelque chose qui nous assaille.

90. FERMETÉ, CONSTANCE. L’homme ferme “résiste à la séduction”, aux forces étrangères, à lui-même. L’homme constant “n’est point ému par de nouveaux objets. On peut être constant avec une âme pusillanime, un esprit borné ; mais la fermeté ne peut être que dans un caractère plein de force, d’élévation et de raison. La légèreté et la facilité sont opposées à la constance ; la fragilité et la faiblesse sont opposées à la fermeté, Encyclopédie, VI, 527.

91. ASSURER, AFFERMIR. Assurer, c’est “rendre sûr. Affermir, c’est “rendre ferme. On assure un navire sur ses ancres ; on affermit une muraille par de solides fondements.

92. AFFERMIR, RAFFERMIR, CONFIRMER. Le sens est donner de la fermeté. Ces trois verbes ne sont synonymes qu’au figuré. Cet événement m’affermit dans mon opinion ; “j’avais l’opinion, et il m’y rend ferme.” Il me raffermit dans mon opinion ; “j’étais ébranlé, il m’y rend ferme de nouveau.” Il me confirme dans mon opinion ; “j’avais l’opinion, rien ne l’a ébranlée ; ce qui survient ajoute une nouvelle raison pour y demeurer.”

93. CONSTANCE, FIDÉLITÉ. La constance suppose une sorte d’opiniâtreté et de courage, et ne suppose pas d’engagement. Fidélité suppose un engagement auquel on ne manque pas. On dit un amant heureux et fidèle, un amant malheureux et constant ; le premier est engagé, l’autre ne l’est pas, Alembert (d’).

94. ENDURANT, PATIENT. Le patient est celui “qui a de la patience ; l’endurant, celui “qui endure : aussi patient est-il plus général que endurant. L’idée de choses dures n’étant pas dans patient, ce mot s’applique à tout ; on est patient à attendre aussi bien qu’à supporter. Le chat est patient quand il guette une souris ; mais ce n’est pas un animal d’un naturel endurant.

95. INEXORABLE, INFLEXIBLE, IMPITOYABLE, IMPLACABLE. L’étymologie donne les nuances qui séparent l’emploi de ces quatre mots. L’inexorable est celui qui “ne se rend pas aux prières”. L’inflexible est celui que rien “ne peut faire plier, fléchir. L’impitoyable est celui qui est “sans pitié. L’implacable est celui dont rien “ne peut apaiser la colère, la vengeance, le ressentiment”.

96. OBSTINÉ, OPINIÂTRE. Obstiné est, étymologiquement, celui qui “se fixe, s’attache avec ténacité”. Opiniâtre vient d’opinion, avec la finale péjorative âtre. Ces deux mots, à moins de quelque modificatif, marquent un excès. Mais, comme obstiné est en même temps le participe du verbe obstiner, il marque plus particulièrement un acte, tandis que opiniâtre marque plutôt un état habituel : obstiné dans cette résolution ; opiniâtre dans ses résolutions.

97. INFATUER, ENTÊTER. D’après l’étymologie s’infatuer d’une chose, c’est “s’y attacher d’une manière folle ; s’y entêter, c’est la fixer dans sa tête d’une manière opiniâtre. Il y a donc dans infatuer une idée de folie qui n’est pas dans entêter. On peut s’entêter d’une idée vraie contre l’opinion commune ; on ne peut pas s’en infatuer.

98. TÊTU, ENTÊTÉ. Le têtu et l’entêté sont attachés à leur sens, et tellement livrés à leurs idées qu’ils n’écoutent rien” ; mais le têtu l’est par nature, par caractère ; l’entêté l’est par accident, par suite d’une impression reçue, parce qu’il lui est arrivé de se laisser prévenir : aussi le défaut du têtu est irrémédiable, tandis qu’on désabuse quelquefois l’entêté.

99. ENTÊTÉ, TÊTU. On est entêté “quand on s’est mis quelque chose dans la tête, quand on s’est entêté de quelque chose”. On est têtu, quand naturellement, et sans avoir été entêté de quelque chose, on “tient à ses volontés, à ses idées. Mais, dans l’usage, entêté se rapproche tellement de têtu, qu’ils se confondent l’un et l’autre.

100. DÉCISION, RÉSOLUTION. La décision est un “acte de l’esprit et suppose l’examen”. La résolution est un “acte de la volonté et suppose la délibération”. La première attaque le doute et fait qu’on se déclare. La seconde attaque l’incertitude et fait qu’on se détermine. Il semble que la résolution emporte la décision et que celle-ci puisse être abandonnée de l’autre, Girard.

101. OPTER, CHOISIR. On opte en se déterminant pour une chose, parce qu’on ne peut les avoir toutes. On choisit en comparant les choses, parce qu’on veut avoir la meilleure. Entre deux choses parfaitement égales, il y a à opter, mais il n’y a pas à choisir. Entre la députation de Lyon et celle de Paris, il opta pour celle de Paris. Nous n’optons que pour nous, mais nous choisissons quelquefois pour les autres.

102. BALANCER, HÉSITER. Bien que dans l’usage ces mots s’emploient aisément l’un pour l’autre, néanmoins ils présentent à l’esprit une image complètement différente. Celui qui balance est porté alternativement d’un côté et puis d’un autre ; c’est pour cela qu’il ne se décide pas. Celui qui hésite est attaché, arrêté à un certain point ; il ne va pas en avant ; c’est pourquoi il ne prend pas de parti. On hésite devant un obstacle ; on balance entre divers objets. En général, celui qui balance a plusieurs partis à prendre ; celui qui hésite peut n’en avoir qu’un. Je balance à répondre veut dire : “je ne sais si je dois me taire ou parler” ; j’hésite à répondre veut dire : “je sens qu’il faut parler, mais je suis embarrassé pour le faire”.

103. INCERTITUDE, IRRÉSOLUTION. Un esprit incertain est un esprit qui “n’est pas certain de ce qu’il fera ; un esprit irrésolu est un esprit qui “ne prend pas de résolution. Athalie, dont Racine dit que l’âme était incertaine, n’était pourtant point irrésolue ; et, quand son esprit était fixé, elle savait se résoudre.

104. IRRÉSOLU, INDÉCIS. Irrésolu, indécis, irrésolution, indécision, sont très voisins de signification ; il n’y a de différence que dans la métaphore ; le premier offre à l’idée un nœud qu’on ne peut dénouer ; le second, quelque chose qu’on ne peut trancher.

105. HUMEUR, CAPRICE. Ces deux mots, en tant que synonymes, désignent un “sentiment vif et passager” dont nous sommes affectés, sans que la cause soit égale à l’effet. Il y a cette différence que le caprice n’implique pas nécessairement quelque chose de déplaisant, tandis que la déplaisance est inhérente à l’humeur.

Travail

  • travail. Nom donné à des machines plus ou moins compliquées, à l’aide desquelles on assujettit les grands animaux, soit pour les ferrer, quand ils sont méchants, soit pour pratiquer sur eux des opérations chirurgicales. 5° Travail d’enfant, ou, simplement, travail, douleurs de l’enfantement, ou, techniquement, succession de phénomènes violents et douloureux dont l’ensemble caractérise la fonction de l’accouchement. 6° Peine qu’on prend pour faire quelque chose.
  • paresse. Propension à ne pas travailler.

106. S’EFFORCER, TÂCHER. Celui qui tâche n’emploie pas nécessairement toutes ses forces. Celui qui s’efforce “emploie tout ce qu’il a de forces.

107. RÉCRÉATION, DIVERTISSEMENT. Le divertissement fait diversion, arrache à des préoccupations ; il est vif, animé, bruyant ; on le prend par plaisir, non par besoin. Les récréations sont des intervalles pour des gens fatigués qui ont besoin de “se refaire, et qui doivent bientôt se remettre à l’œuvre.

108. PARESSE, FAINÉANTISE. La fainéantise est plus que la paresse. Le fainéant “ne fait rien” ; le paresseux “ne travaille qu’à regret, avec lenteur”.

109. LOISIR, OISIVETÉ. Loisir, qui vient du verbe latinlicere, “être permis, est un “temps de liberté”, où l’on a permission d’agir ou de ne pas agir. L’oisiveté est un “temps d’inaction.

110. INDOLENT, NONCHALANT. L’indolent est celui que rien ne fait douloir, qui est “insensible”. Le nonchalant est celui à qui rien ne chaut, qui “ne se soucie de rien”. Là est la nuance ; il y a dans indolent l’idée qu’on cherche ses aises, idée qui n’est pas dans nonchalant.

111. NON-ACTIVITÉ, DISPONIBILITÉ, CONGÉ. Dans l’armée on met un officier en non-activité, lorsque, pour raison d’âge ou de santé, il ne peut plus remplir de fonctions actives. La disponibilité est la situation spéciale de l’officier général ou d’état-major qui, appartenant au cadre constitutif de l’armée, se trouve momentanément sans emploi”. Mais, dans d’autres administrations, l’université par exemple, la disponibilité est une “peine infligée au professeur à qui on retire sa fonction”. Dans le congé, on est toujours titulaire de son titre ; ce n’est qu’une “autorisation temporaire de ne pas remplir la fonction de l’emploi”.

112. INACTION, INACTIVITÉ, OISIVETÉ. L’inaction est l’état de celui qui ne fait rien” actuellement. L’inactivité est la disposition à ne rien faire”. L’oisiveté est l’état de celui qui passe son temps à ne rien faire, ou à faire des riens”.

113. DÉSOCCUPÉ, DÉSŒUVRÉ. L’homme désoccupé “n’a point d’occupations ; l’homme désœuvré “n’a point d’œuvre qu’il fasse. Un homme désœuvré est donc un “paresseux aimant à ne rien faire”. Un homme désoccupé est simplement celui “qui n’a pas d’occupation actuelle, et qui, quand il en aura, pourra montrer activité et zèle”.

Devoir

  • devoir. Avoir à payer une somme d’argent. 3° Être tenu, obligé envers. 1° Ce qu’on doit faire, ce à quoi l’on est obligé par la loi ou par la morale, par son état ou les bienséances.

114. SCRUPULEUX, CONSCIENCIEUX. L’homme consciencieux est celui “qui obéit aux inspirations de sa conscience. L’homme scrupuleux est celui “dont la conscience s’embarrasse, s’inquiète”, soit à tort, soit à raison, soit pour de graves motifs, soit pour des motifs futiles.

115. DEVOIR, OBLIGATION. Le devoir est ce “que nous devons. L’obligation est quelque chose qui nous lie, “qui nous oblige. Le devoir est toujours quelque chose de moral. L’obligation n’a pas ce caractère ; elle peut dépendre de causes très différentes.

116. RÉGLÉ, RÉGULIER. Ces deux mots ont le latin regula, règle, pour racine. Réglé, participe du verbe régler, exprime un effet ; régulier, simple adjectif, marque une qualité. De là résulte ce qui les sépare. à la vérité, quand on dit le mouvement réglé ou régulier des astres, ces deux mots se confondent ; mais on voit que réglé a une acception moins déterminée. Tout ce qui est soumis à une règle, bonne ou mauvaise, est réglé ; mais cela seul est dit régulier, qui est soumis soit à une bonne règle, soit à une règle générale, par exemple, aux lois de la mécanique, aux règles du bien ou du beau, etc. La même nuance se note quand il s’agit de personnes. Un homme régulier est irrépréhensible ; un homme réglé est soumis à des règles ; ce qui est différent. Ainsi Bossuet, dit que le peuple romain fut réglé, c’est-à-dire assujetti à la discipline qui résultait de sa nature et de son histoire ; mais on ne pourrait pas dire qu’il fut régulier.

117. RÉGLÉMENT, RÉGULIÈREMENT. Le premier signifie d’une “manière réglée, le second d’une “manière régulière. Vivre réglément, c’est suivre un régime dont on ne s’écarte pas ; vivre régulièrement, c’est vivre selon la régularité morale. Il y a donc la même nuance qu’entre réglé et régulier ; mais, comme réglément n’est plus aussi employé qu’autrefois, régulièrement tend, à tort, à en prendre la place.

118. DÉRÈGLEMENT, DÉRANGEMENT. Ces mots expriment deux nuances du “désordre moral. Ce qui est dérangé est “hors de son rang, hors de sa place” ; ce qui est déréglé est “hors de la règle”. Le dérèglement exprime donc un état plus grave que le dérangement.

119. RÉGLÉ, RANGÉ. L’homme réglé “se conduit sagement”, en homme qui sait mettre un frein à ses passions. L’homme rangé “conduit sagement ses affaires, et dispose avec ordre de ses moments et de ses revenus, Lafaye.

120. PROBITÉ, INTÉGRITÉ. La probité est uniquement relative aux “devoirs envers autrui et aux devoirs de la vie civile. à intégrité s’attache l’idée particulière d’une “pureté qui ne se laisse entamer ni corrompre”.

121. CONTREVENIR, ENFREINDRE, TRANSGRESSER. Contrevenir, c’est “venir contre, contrarier” ; enfreindre, c’est briser ; transgresser, c’est “passer au delà” de ce qui est considéré comme limite. Ces expressions : il a contrevenu au commandement, il a enfreint le commandement, il a transgressé le commandement, expriment une même idée, à savoir que “le commandement n’a pas été observé, sans autre distinction que la distinction implicite que renferme l’étymologie. Mais quand on va plus loin dans l’emploi de ces mots, on voit que contrevenir est celui qui a le moins de force, qui est le plus général et qui peut par conséquent s’appliquer aux petites désobéissances. Les graves désobéissances ne sont caractérisées que par enfreindre et transgresser, le premier les représentant comme une rupture, le second comme un bond qui nous lance au delà.

122. OBSERVER, GARDER. Celui qui observe les commandements, “s’y conforme” ; celui qui garde les commandements, “prend soin de ne les pas violer”. Garder a donc quelque chose de plus effectif que observer, ou, pour mieux dire, quelque chose de plus intime : celui qui garde les préceptes y obéit parce qu’il y croit ; celui qui les observe s’y conforme, qu’il y croie ou non.

123. FLEXIBLE, SOUPLE. Au propre, ce qui est souple“plie et revient, après avoir plié, si la pression cesse”. Ce qui est flexible, “plie également, mais revient ou ne revient pas”, car le mot n’implique rien à cet égard. Au figuré, la distinction se poursuit : un caractère flexible fléchit ; un caractère souple fléchit aussi, mais c’est pour revenir, fléchir de nouveau, et de la sorte s’adapter aux diverses circonstances. Caractère souple se peut prendre en mauvaise part, et flexible ne s’y prend pas.

124. AUSTÉRITÉ, SÉVÉRITÉ. Austérité a un sens plus restreint que sévérité. L’austérité est la sévérité de mœurs, et on est surtout austère pour soi ; la sévérité concerne aussi autre chose que les mœurs, et est surtout tournée vers les autres.

125. STOÏCIEN, STOÏQUE. Stoïcien signifie appartenant à la secte philosophique de Zénon ; et stoïque veut dire conforme aux maximes de cette secte. Stoïcien va proprement à l’esprit et à la doctrine ; stoïque, à l’humeur et à la conduite. Une vertu stoïque est une vertu “courageuse et inébranlable” ; une vertu stoïcienne pourrait bien n’être qu’un masque de pure représentation. Panétius l’un des disciples de Zénon, plus attaché à la pratique qu’aux dogmes de sa philosophie, était plus stoïque que stoïcien, Bouhours.

126. ÉTROIT, STRICT. Ces deux mots ne sont synonymes qu’au sens de “rigoureux, sévère”, bien qu’étymologiquement les mêmes, puisque étroit est la forme française, et strict la forme latine de strictus : l’usage n’y a guère mis que cette nuance : strict peut se dire des personnes, et étroit ne s’en dit jamais, en ce sens : un homme strict, et jamais (un homme étroit).

127. AMENDEMENT, CORRECTION, RÉFORME. changement en mieux”. La correction ôte une faute, un défaut, un vice. L’amendement rend meilleur. La réforme modifie tout à fait le sujet. On se corrige d’un défaut ; on s’amende, en gagnant des qualités ; on se réforme, en substituant à un genre de vie déréglé un genre de vie tout contraire.

128. DROITURE, RECTITUDE. Ces deux mots ont une étymologie équivalente ; droit, représentant le latin directus. Droiture regarde proprement l’âme, pour marquer la probité, la bonne foi, des vues honnêtes et pures. Rectitude a un sens plus étendu ; il se dit, non seulement d’un cœur honnête, mais surtout d’un bon esprit.

Tempérance

  • Tempérance. Modération. 2° Particulièrement. Vertu qui modère les passions et les désirs, et surtout les désirs sensuels. 3° Plus particulièrement, modération dans le boire et le manger.
  • Modération. Vertu de celui qui se modère. 2° Action de rendre moindre.
  • Modérer. Tenir dans la juste mesure. 2° Atténuer, rendre moindre, diminuer.

129. ADOUCIR, MITIGER, MODÉRER, TEMPÉRER. Tous ces verbes sont “opposés au trop” et en expriment le retranchement. On adoucit par quelque chose de doux ; on mitige par quelque chose de débonnaire ; on modère par quelque chose qui apporte de la mesure ; on tempère par quelque chose qui apporte du mélange. De là vient ce qu’il y a de commun et ce qu’il y a de différent dans ces quatre verbes. On adoucit l’amertume de la douleur ; on mitige une pénalité sévère ; on modère la passion ; on tempère la crainte avec l’espérance.

130. IMMODÉRÉ, EXCESSIF. Immodéré désigne ce qui est “contre la modération ; excessif désigne “ce qui excède, ce qui est en excès. L’homme immodéré est celui qui “ne modère pas ses passions” ; l’homme excessif est celui qui “donne en l’excès” en quoi que ce soit : il est excessif à louer, (et non immodéré). Quant aux choses, s’il s’agit de passions, la nuance se continue : une passion immodérée est celle “qu’on ne modère pas” ; une passion excessive est celle “qui va dans l’excès, sans idée de lutte ou de modération. Pour le reste, la nuance devient imperceptible entre une chaleur immodérée et une chaleur excessive ; à la vérité, on a dit que cet emploi n’était pas bon et que immodéré ne se disait que des choses morales ; mais, en soi, rien ne s’y oppose ; il existait dans le latin, et Cicéron a dit immoderata tempestas.

131. LASCIVETÉ, LUBRICITÉ, LUXURE, IMPUDICITÉ. Impudicité est le terme générique comprenant tout “ce qui offense la pudeur ; la lasciveté joint à l’idée d’impudicité celle d’une excitation comparée à quelque chose de folâtre ; la lubricité y joint celle d’une incontinence sans mesure et sans frein. On pourra dire que Cléopatre était lascive, et Messalinelubrique. La luxure y joint l’idée d’une surabondance de force, de nourriture qui emporte le tempérament vers les excès de l’incontinence.

132. CHASTETÉ, CONTINENCE. La chasteté est une “vertu morale qui prescrit des règles à l’usage des plaisirs de l’amour ; la continence est une autre “vertu qui en interdit absolument l’usage”. La chasteté règne dans le mariage ; la continence règne dans les cloîtres. Il y a aussi cette différence que la chasteté est cette vertu considérée en elle-même, et que la continence est la même vertu considérée par rapport à son opposé qui est l’incontinence : il peut y avoir, dans un mariage chaste d’ailleurs, peu de continence.

133. PUCELAGE, VIRGINITÉ. Virginité et pucellage ne sont pas une mesme chose ne une mesme vertu.... pucellaige est une “vertu que tous ceulx et toutes celles ont, qui n’ont attouchement de charnelle compaignie” ; mais virginité est trop plus haulte chose et plus merveilleuse, car nul ne la peut avoir, soit homme ou femme, qu’il ait volunté de charnel attouchement, Lancelot du lac, t. III, f° 104, dans Lacurne.

134. LUXE, SOMPTUOSITÉ. Ces deux mots sont très voisins ; car on dirait également : la somptuosité des habits, de la table, et le luxe des habits, de la table ; la nuance est en ce que somptuosité exprime la qualité coûteuse des choses, et luxe le goût pour les choses somptueuses. Ainsi on dira : le luxe règne dans ce pays (et non la somptuosité).

135. SOBRE, FRUGAL. L’homme sobre “évite l’excès” ; mais il peut user de mets recherchés. L’homme frugal évite aussi l’excès, mais il se contente des mets les plus simples.

136. FRUGAL, SOBRE. L’homme frugal “se nourrit de mets simples” ; l’homme sobre “ne mange que ce qui est nécessaire” à ses besoins ; on peut être sobre à une table somptueuse. Frugal a rapport à la qualité des mets, sobre à la quantité.

137. SE PRIVER, S’ABSTENIR. S’abstenir n’exprime qu’une action, se priver exprime aussi le sentiment qui l’accompagne. On peut s’abstenir d’une chose indifférente ; on ne se prive que d’une jouissance.

138. GOURMAND, GOINFRE, GOULU, GLOUTON. Le défaut commun exprimé par ces termes est celui de “manger sans modération”. Le gourmand est celui qui aime à manger. Le goinfre est un gourmand dont la gourmandise a quelque chose d’ignoble et de repoussant. Le goulu est celui qui jette dans sa goule ou bouche ce qu’il mange ; il n’y a pas dans ce mot l’idée de plaisir et de discernement en mangeant. Le glouton est celui “qui engloutit, et est par conséquent très voisin du goulu.

139. IVRE, SOÛL. Ivre indique que “l’esprit est troublé par les vapeurs de vin” ; soûl, “que l’on a bu jusqu’à satiété”. L’homme ivre n’est pas toujours soûl ; l’homme soûl n’est pas toujours ivre ; remarquez aussi que, quand soûl est complètement synonyme d’ivre, il est du bas langage. De même au figuré : un homme est ivre de gloire, quand “la gloire agit sur son esprit comme les fumées du vin” ; il en est soûl, quand “il a de la gloire au point d’en être rassasié, fatigué, désenchanté”.

Générosité

  • généreux. Qui est d’un naturel noble, qui a un grand coeur (sens dérivé directement du sens étymologique qui est : de bonne race). 3° Qui donne d’une main libérale. 4° Courageux.
  • générosité. Caractère de celui qui est généreux, qui a un grand coeur.

140. GRANDEUR D’ÂME, MAGNANIMITÉ. Ces deux mots sont exactement synonymes, puisque magnanimité vient du latin magnus animus, “grande âme”. La seule différence qu’on puisse entrevoir, c’est que magnanimité a plus de magnificence et d’emphase.

141. RICHESSE, OPULENCE. La richesse et l’opulence ont l’une et l’autre “de grands biens”, mais la richesse peut les avoir sans les montrer ; l’opulence les montre toujours.

142. BIENFAIT, SERVICE, BON OFFICE. Le bienfait est un acte par lequel on “fait du bien à quelqu’un ; le service, un acte par lequel on “le sert” ; le bon office, un acte par lequel on “lui vient en aide en quelque chose. Bienfait, étymologiquement, pourrait être le terme général : mais il a pris par l’usage un sens particulier qui exprime que le bienfaiteur a une supériorité de fortune, un surplus dont il fait volontairement emploi en faveur d’une autre personne. Celui qui sauve un homme qui se noie, est (non pas son bienfaiteur), (mais son sauveur) ; et celui qui distribue une part de sa fortune est un bienfaiteur. C’est pour cette raison de supériorité de richesse qu’on dit les bienfaits du prince. Le service est imposé par le zèle, par l’amitié ; et il ne suppose que le désir d’obliger ; du reste tout peut être égal entre celui qui sert et celui que l’on sert. Le bon office est l’emploi de notre crédit, de notre médiation, de notre entremise ; le service, comme on voit, est plus général que le bon office. Donner de l’argent est un bienfait ; prêter de l’argent est un service ; faire des démarches, parler pour une affaire, est un bon office.

143. SECOURIR, AIDER. On secourt celui à qui la détresse ôte les moyens de se secourir lui-même. On aide celui dont les efforts ont besoin d’être secondés par les efforts d’autrui.

144. AIDE, ASSISTANCE, SECOURS. Aide est le terme le plus général : on aide quelqu’un quand on lui “rend un service dont il a besoin ; il ne peut faire une chose, il n’est pas assez fort ; on lui vient en aide. On lui vient en aide encore par de l’argent. Secours est plus particulier ; il indique non pas seulement que la personne a besoin de quelque chose, mais qu’elle est précisément dans un péril, dans une situation pénible, embarrassée. Celui qu’on aide fait quelque chose qu’il ne peut terminer seul ; celui qu’on secourt a besoin qu’on le tire de gêne, d’embarras, de péril. Assistance se rapproche beaucoup d’aide, sauf en un point, c’est que assistance rappelle à l’esprit son étymologie qui est assister, “être présent à, être auprès de” ; cela limite beaucoup l’emploi de ce mot. à plus forte raison faut-il écarter de la synonymie appui, que quelques-uns font entrer ici : appui a toujours avec lui son sens étymologique qui indique en quelles circonstances on peut le préférer à aide, à secours, à assistance.

145. GRÂCE, FAVEUR. Étymologiquement, grâce est ce “qui est agréable, qui vient à gré ; faveur est ce “qui favorise”. De là naît la nuance quand ces deux mots se touchent ; grâce emporte toujours avec soi quelque chose de son sens étymologique.

146. DON, PRÉSENT. Le don est “ce qu’on donne ; le présent est “ce qu’on présente. Dès lors, toutes les fois que la chose donnée ne pourra être présentée, c’est don qui devra être employé : il lui fit don de son cœur, (et non présent).

147. LIBÉRALITÉ, LARGESSE. La libéralité est un don convenable” ; la largesse est une “ample libéralité.

148. PRODIGUE, DISSIPATEUR. Le prodigue pèche par rapport à la quantité : il est trop libéral, il ne sait pas se retenir. Le dissipateur pèche par rapport à la manière : il est désordonné, extravagant. Le prodigue dépense trop” ; le dissipateur dépense mal” ; l’un fait de grandes dépenses, l’autre fait de folles dépenses. Dissipateur ne se dit qu’en mauvaise part ; prodigue, suivant l’application qu’on en fait, ne présente pas ce caractère : on dit, en forme de louange, prodigue de ses soins et de ses services, de sa vie, etc.

149. DISSIPATEUR, PRODIGUE. Dissipateur dit plus que prodigue. Un homme est prodigue quand il “fait facilement de la dépense et qu’il n’épargne pas son bien ; mais cela n’implique pas qu’il le dissipe ; sa prodigalité peut ne pas aller jusqu’à entamer absolument sa fortune. Au contraire le dissipateur fait si bien que bientôt il ne lui reste rien de la sienne.

150. GASPILLER, DISSIPER. Dissiper son bien, c’est le “perdre en dépenses excessives. Gaspiller son bien, c’est le “perdre en dépenses répétées”, faites au hasard et sans but.

151. GRATITUDE, RECONNAISSANCE. La gratitude est le “sentiment de gré qu’on éprouve pour un service rendu. La reconnaissance est l’action de reconnaître un service. La gratitude indique donc plutôt le sentiment personnel de celui qui est obligé ; et la reconnaissance, le sentiment qui pousse celui qui est obligé à témoigner ce qu’il ressent. Mais, dans l’usage, les nuances se confondent beaucoup ; seulement reconnaissance est d’un usage plus habituel que gratitude.

152. CONCUPISCENCE, CUPIDITÉ, AVIDITÉ, CONVOITISE. La concupiscence est un état habituel de l’âme qui la porte vers la jouissance” de toutes les sortes de biens sensibles. La convoitise est un “vif désir” de quelque chose que nous désirons posséder. L’avidité est un “ désir insatiable”. La cupidité est, d’une façon restreinte, le “désir d’avoir de l’argent, des richesses.

153. VÉNAL, MERCENAIRE. L’homme vénal “vend sa moralité pour de l’argent”. Le mercenaire est, il est vrai, “au salaire et à la disposition de celui qui le paye, mais le mot exprime plus l’infériorité de position que l’immoralité.

154. ÉGOÏSTE, HOMME PERSONNEL. L’égoïste “prend pour guide son moi” ; et l’homme personnel sa personne. Étymologiquement, ces mots sont donc très semblables ; mais l’usage y a introduit une nuance : égoïste dit pis qu’homme personnel. L’homme personnel rapporte les choses à lui ; l’égoïste non seulement les rapporte à lui, mais encore est capable de sacrifier autrui à son intérêt.

155. PERSONNALITÉ, ÉGOÏSME. La personnalité est un “sentiment excessif de sa personne, l’égoïsme est une “impulsion excessive à se satisfaire exclusivement”.

156. AMOUR DE SOI, AMOUR-PROPRE. Aucune distinction entre ces deux termes n’existait au XVIIe siècle, qui confondait dans une commune réprobation l’amour de soi et l’amour-propre. Mais depuis on a distingué entre ces deux expressions : l’une n’implique aucun blâme et indique simplement l’“intérêt légitime qu’un homme prend à soi-même” ; l’autre indique que l’amour de soi tend à passer les bornes et à s’approcher de l’égoïsme.

157. ATTACHÉ, AVARE, INTÉRESSÉ. L’avare est celui “pour qui accumuler est une passion”, sans aucun désir d’employer à des jouissances les richesses amassées. L’intéressé “cherche son intérêt”, gagne autant qu’il peut dans les affaires qu’il fait, et donne du sien le moins qu’il peut. L’intéressé, qui n’est point nécessairement avare, diffère en cela de l’attaché qui accumule, qui fuit la dépense et fait des épargnes, mais n’a pas, comme l’avare, l’argent pour n’en rien faire.

Franchise

  • franc. Qui jouit de sa liberté. Un esclave en entrant en France devient franc et libre. 5° Fig. Qui dit ouvertement ce qu’il pense, qui agit conformément à ce qu’il dit. 10° Entier, complet, en parlant de choses. Un jour franc.
  • franchise. État de celui qui n’est assujetti à aucun maître ; liberté. 5° Sincérité avec laquelle on parle à autrui ou on agit à l’égard d’autrui. La franchise du caractère.
  • sincère. Qui exprime avec vérité ce qu’il sent, ce qu’il pense.

158. FRANCHISE, SINCÉRITÉ. La sincérité “ne trahit jamais la vérité” ; la franchise “la dit ouvertement”. L’homme sincère l’est avec lui-même aussi bien qu’avec les autres ; l’homme franc ne l’est qu’avec autrui ; la franchise est la sincérité considérée à l’égard d’autrui.

159. SIMULER, FEINDRE. Feindre est un peu moins précis que simuler. Celui qui feint une maladie peut simplement se mettre au lit, et faire croire qu’il est malade. Celui qui simule une maladie, en détermine en soi quelques symptômes.

160. SIMULER, DISSIMULER. Dissimuler, c’est feindre de ne pas avoir ce qu’on a réellement”. Simuler, c’est feindre d’avoir ce qu’on n’a pas réellement”. Simuler une maladie, c’est feindre de l’avoir” ; dissimuler une maladie, c’est feindre de ne l’avoir pas”.

161. FEINDRE, DISSIMULER. Étymologiquement, feindre, c’est “donner une forme” comme l’artiste fait à la terre qu’il moule ; dissimuler, c’est “rendre dissemblable”. De là la distinction entre ces deux verbes : celui qui feint forme, présente, “produit ce qui n’est pas” ; celui qui dissimule cache ce qui est” : on dissimule sa joie, sa haine ; on feint de la joie, de l’amitié.

162. FEINTE, MENSONGE. La feinte est une “fausse apparence sous laquelle on cache quelque chose”. Le mensonge, c’est dire ce “qui n’est pas vrai. Est-ce feinte ou mensonge, ce que vous me dites là ? “voulez-vous m’en imposer par une fausse apparence, ou, simplement, ce que vous me dites là, est-il faux ?”

163. DÉGUISER, TRAVESTIR, MASQUER. Déguiser. c’est “changer la guise, la façon, la manière d’être”. Travestir, c’est vêtir de travers”. Masquer, c’est “couvrir le visage d’un masque. De cette façon la nuance de ces trois mots est marquée : se déguiser, c’est plus que se masquer, puisque le masque ne couvre que le visage, tandis que le déguisement couvre le corps entier. Se travestir, c’est prendre un vêtement qui ne vous convient pas, et dans ce mot il n’entre aucune idée de cacher le corps sous un déguisement ou le visage sous un masque.

164. TRAVESTISSEMENT, DÉGUISEMENT. Il me semble que déguisement suppose une difficulté d’être reconnu, et que travestissement suppose seulement l’intention de ne pas l’être, ou même seulement l’“intention de s’habiller autrement” qu’on n’a coutume Alembert (d’) Oeuv. t. III, p. 301

165. AFFICHER, AFFECTER. “Faire montre de…” c’est là la signification commune à ces deux verbes, en tant que synonymes. La différence est que affecter implique qu’on ne ressent pas les sentiments dont il s’agit : affecter la douleur, c’est “faire montre d’une douleur qu’on ne ressent pas”. Afficher n’implique rien de pareil : afficher une douleur, c’est “faire montre d’une douleur qu’on ressent ou qu’on ne ressent pas”.

166. L’HOMME VRAI, L’HOMME FRANC. L’homme vrai“dit fidèlement ce qui est” ; l’homme franc “dit librement ce qu’il pense. L’homme vrai dit seulement les choses comme elles sont ; l’homme franc, libre dans ses discours, dit son sentiment sur les choses à cœur ouvert.

167. APPRÊTÉ, COMPOSÉ, AFFECTÉ. Épithètes qui désignent une certaine “recherche dans les manières”. Apprêté et affecté impliquent toujours une idée de blâme, laquelle n’est pas inhérente à composé. Un maintien composé est un maintien “qu’on se fait”, à la vérité, et qui n’est pas celui qu’on a d’habitude, mais qui peut être bienvenu pour la circonstance. Dans le vice de la recherche, apprêté signale particulièrement la roideur, et affecté la mignardise. On est principalement apprêté dans le discours, composé dans l’air et la contenance, affecté dans le langage et les manières. La précieuse est apprêtée ; la prude, composée ; la minaudière, affectée. Le pédantisme est apprêté ; l’hypocrisie est composée ; la coquetterie est affectée, Guizot.

168. AFFECTÉ, APPRÊTÉ, COMPOSÉ. Ces trois termes, qui ne sont que peu synonymes, ne se touchent que parce qu’ils désignent un changement que l’on fait à dessein dans sa propre manière d’être”. Affecté est des trois le plus général ; on est affecté de toutes les façons, tandis que l’on n’est composé ou apprêté que d’une seule. Celui qui est composé a l’apparence de la gravité ; celui qui est apprêté a de la roideur, comme la toile gommée ou la dentelle empesée, et est dépourvu d’aisance.

169. AFFECTATION, AFFÉTERIE. Avoir de l’affectation ou de l’afféterie, c’est “s’éloigner du naturel” ; mais ce qui les distingue, c’est que affectation est un terme général qui exprime toutes les manières par lesquelles on peut s’éloigner du naturel ; tandis que l’afféterie est spécialement l’affectation des grâces. L’affectation est fausse ; l’afféterie est mignarde.

170. AFFECTER, SE PIQUER. On a discuté la synonymie de ces deux expressions, qui au fond ne sont aucunement synonymes. Celui qui se pique de probité, n’affecte pas la probité, mais il la possède ou croit la posséder, et s’en rend témoignage. Celui qui affecte la dévotion, en fait parade, impose aux autres, mais ne se trompe pas lui-même, et, dans son cœur, ne se pique pas d’être religieux. En un mot, affecter, c’est simuler, faire paraître au dehors ; se piquer, c’est “s’attribuer en soi”.

171. INDIRECT, OBLIQUE. Indirect ne se prend ni en bonne ni en mauvaise part, tandis que oblique se prend souvent, au moral, en mauvaise part : parvenir à un emploi par des voies indirectes n’est pas y parvenir par des voies obliques.

172. AVEU, CONFESSION. Aveu est plus général que confession ; il s’applique à tout ce que l’on avait le dessein de cacher, bon ou mauvais. La confession ne s’applique qu’au mal, à un tort, à un méchef. Aussi la torture, la menace arrachent (non une confession, mais) des aveux.

Intelligence

  • intelligence. Pourvu de la faculté de concevoir, de comprendre.

173. HOMME DE SENS, HOMME DE BON SENS. Homme de sens dit plus qu’homme de bon sens. Le bon sens est ce qui est “supposé appartenir à la plupart des hommes”. Le sens au contraire implique “une certaine profondeur ou supériorité dans le jugement.

174. JUGEMENT, SENS. Le jugement est un acte de l’esprit qui compare ; le sens est une perceptionconfuse et spontanée des choses”. Cet homme a du jugement, veut dire qu’il sait comparer, apprécier, juger”. Cet homme a du sens, veut dire qu’il “sent les choses telles qu’elles sont”. Il y a entre ces deux mots une nuance qui provient de la différence entre juger et sentir, entre le réfléchi et le spontané.

175. DISCERNEMENT, JUGEMENT. Celui qui discerne use de la vue et “distingue ce qui est confondu” ou caché ; celui qui juge “use de la raison et apprécie les conditions. Aussi jugement dit-il plus que discernement. L’homme de jugement se conduit avec raison et sagesse ; l’homme de discernement n’a pas nécessairement ces deux qualités, mais il a la netteté d’esprit, qui, semblable à la netteté de la vue, aperçoit les choses fines, délicates, difficiles à voir.

176. ADROIT, HABILE. Ils donnent l’un et l’autre l’idée d’une “action facile et heureuse. Habile exprime davantage l’aptitudegénérale ; adroit, l’application particulière de cette aptitude générale. Un homme adroit n’est pas nécessairement habile ; un homme habile est nécessairement adroit, et s’il ne l’est pas en une circonstance donnée, c’est qu’il s’oublie. L’adresse ne suppose pas l’habileté ; c’est quelque chose d’inférieur. L’habileté au contraire ne va pas sans adresse. L’étymologie même indique la nuance ; l’habile, habilis, de habere, a une disposition générale qui est bonne pour tout ; l’adroit, de à et droit, met les choses comme “droit est”, c’est-à-dire se prend bien à ce qu’il fait, à un objet quelconque.

177. PERÇANT, PÉNÉTRANT. Ce qui est perçant “entre vivement, droit, tout d’un coup” ; ce qui est pénétrant “s’étend de tous côtés et va jusqu’au fond”. Le génie est plutôt perçant ; l’esprit, surtout celui d’un homme qui réfléchit et approfondit, est plutôt pénétrant. Un froid perçant est “très piquant ; un froid pénétrant “engourdit tout le corps”. La vue perçante découvre de loin, à l’instant et sans peine” ; la vue pénétrante parvient à tout apercevoir, jusqu’aux choses les plus petites et les plus cachées, Lafaye.

178. FINESSE, RUSE. La finesse, en ce sens, n’est que la finesse d’esprit conduite jusqu’à un mauvais usage. Il reste donc toujours quelque chose de fin, de délié, qui peut manquer tout à fait à la ruse.

179. PENSEUR, PENSIF. Un penseur est un “homme qui a de la force et de l’habitude de penser, surtout philosophiquement” ; pensif indique une méditation actuelle et un peu triste sur quelque chose. La pensée occupe le penseur ; ses pensées occupent le pensif.

180. NAÏF, NATUREL. Le naturel est “opposé au recherché et au forcé” ; le naïf est “opposé au réfléchi”, et appartient au sentiment. En littérature, le naïf est le naturel dans les petites choses.

181. NAÏVETÉ, INGÉNUITÉ. Étymologiquement, ces mots ont une grande analogie, puisque dans naïveté il y a natif, et dans ingénuité, il y a génération (latin gignere). Ingénuité se dit de celui “qui parle sans déguisement et en obéissant à sa franchise naturelle”. Naïveté a un sens plus étendu ; il se dit non seulement du discours, mais aussi de toute la manière d’être.

182. INGÉNUITÉ, NAÏVETÉ. Ces deux mots désignent “le naturel et la simplicité” ; mais l’étymologie y met une nuance : l’ingénuité est ce qui est propre à une personne libre ; la naïveté exprime seulement ce qui est natif. De là vient que ingénuité est toujours un éloge, tandis que naïveté touche quelquefois à une simplicité trop grande, à une sorte de niaiserie.

183. ÉTOURDI, ÉCERVELÉ. Celui qui est étourdi est léger, inattentif” ; celui qui est écervelé “n’a pas de cervelle et est sans raison”. Écervelé est donc un défaut beaucoup plus grave que étourdi.

184. ÉTONNEMENT, SURPRISE. La surprise est ce qui saisit à l’improviste ; l’étonnement est ce qui étourdit, cause un ébranlement moral. Par conséquent, la surprise est plus faible que l’étonnement ; on peut être surpris sans être étonné. La surprise est aussi autre chose que l’étonnement ; être surpris, c’est voir “ce à quoi on ne s’attendait pas” ; être étonné, c’est en “recevoir un certain coup qui arrête et ébranle”.

Bonté

  • bon. Qui réunit les qualités de son espèce. Bonne monnaie. Une bonne terre, une terre fertile. 2° Strict, exact, rigoureux. 3° Habile. Bon pilote. 4° Heureux, favorable. Bonne nouvelle. 5° Il se dit des dispositions, des manières, de l’air. Il est en bonne humeur. 6° Avantageux, utile, convenable, salutaire. Bonne résolution. 7° Propre à. Manteau bon pour toutes les saisons. 8° Solide ; qui a du crédit, de la fortune ; qui est garanti. Une bonne caution. 9° Grand, considérable. Une bonne provision de livres. 10° Choisi, distingué, noble, élevé. Bonne famille. 11° Honnête, vertueux, juste, droit, raisonnable, sensé. De bons jeunes gens. 12° Plaisant, spirituel. Un bon mot. 13° Qui a de la bonté. Un bon roi. 14° Simple, crédule. Bon homme, homme simple. 15° Souvent il sert uniquement à donner de l’énergie à l’expression par une idée d’augmentation. Il en a augmenté le nombre d’une bonne moitié. 16° Il s’emploie comme terme affectueux. Une bonne vieille. 17° Terme de commerce. Bon à payer. 18° Terme d’imprimerie. Bon à tirer. 19° Bonne au féminin employé dans diverses locutions. La bailler, la donner bonne, tromper quelqu’un, lui faire pièce. 20° À la bonne heure, à propos. Il est arrivé à la bonne heure. 21° De bonne heure, tôt, par opposition à tard.

185. BONTÉ, HUMANITÉ, SENSIBILITÉ. L’homme humain “soulage les souffrances, les infortunes”. L’homme sensible “en est ému, et y compatit”. Mais bonté dit plus que tout cela ; l’homme bon non seulement ressent la miséricorde, non seulement soulage effectivement, mais encore étend sa bonté sur tous les autres rapports de la vie : il est bon avec ses enfants, avec sa femme, avec ses égaux, avec ses inférieurs.

186. BÉNIGNITÉ, DOUCEUR, HUMANITÉ. La bénignité est opposée à la malignité ; la douceur, à l’aigreur et à la violence ; l’humanité, à la dureté et à la cruauté. La bénignité porte à “faire du bien aux autres avec plaisir” ; la douceur à les traiter avec des égards et des ménagements qui leur plaisent ; l’humanité, à les secourir en homme et comme des hommes.

187. LE BON, LA BONTÉ. Le bon est l’idéeabstraite de ce qui est bien. L’homme vertueux a pour guide dans sa conduite l’idée du bon, comme l’artiste a pour guide dans ses œuvres l’idée du beau. La bonté est “ce bon, cette idée abstraite, réalisée dans la pratique”.

188. UN BON HOMME, UN HOMME BON. Le sens change suivant la position de l’adjectif. Un bon homme, c’est un homme “qui a de la bonhomie. Un homme bon, c’est un homme “qui a de la bonté.

189. BONHEUR, FÉLICITÉ, BÉATITUDE. Bonheur veut dire proprement “bonne chance, et, par conséquent, il exprime “l’ensemble des circonstances, des conditions favorables qui font que nous sommes bien”. Il a donc un caractère extérieur, objectif, qui en fait la nuance avec félicité. La félicité n’est point liée à ces conditions du dehors ; elle est plus propre à l’âme même ; (aussi on ne dira pas : la félicité que les richesses procurent) ; mais on dira : le bonheur qu’elles procurent. La béatitude, qui est du style mystique, est “la félicité destinée, dans une autre vie, à ceux qui auront pratiqué la vertu dans celle-ci”.

190. BONHEUR, CHANCE. Ce qui distingue ces deux mots, c’est que chance est tout à fait indéterminé, et que bonheur ne l’est pas. Le bonheur est la “bonne chance ; tandis que la chance peut être aussi bien mauvaise que bonne.

191. HEUR, BONHEUR. L’heur, qui a le sens de chanceheureuse ou malheureuse, comme le prouve malheur, n’a plus que celui de bonne chance ; le bonheur est la continuité de l’heur. Cette nuance se trouve bien marquée dans ces vers : Je découvre sans peine… Qu’un péril suit souvent la conquête d’un cœur, Et que l’heur d’être aimé n’est pas toujours bonheur, Quinault, Amalasonte, IV, 6.

192. MALHEUREUX, MISÉRABLE. Étymologiquement, le malheureux est celui qui a “mauvaise chance ; le misérable est celui qui est digne de pitié. Toutes les fois que l’idée de chance, de sort, se présente, c’est malheureux qu’il faut employer ; on est malheureux au jeu (et non misérable). Toutes les fois que l’idée de pitié, de misère, prévaut, c’est de misérable qu’il faut se servir ; le jeu ruine et rend misérable ; si on disait malheureux, on exprimerait une nuance différente. Quand malheureux et misérable sont termes de colère, ils sont équivalents.

193. FORTUNÉ, HEUREUX. Celui qui est fortuné a reçu les faveurs de la fortune ; celui qui est heureux, “jouit du bonheur. Tandis que être heureux se prend dans le sens d’avoir des chances favorables, fortuné n’admet pas cet emploi ; on est heureux au jeu, (mais non fortuné). De plus, fortuné signifie à qui tout réussit, et heureux indique plutôt l’état paisible et satisfait de l’âme : un pauvre qui se contente de ce qu’il a peut être heureux ; (il n’est pas fortuné).

194. MERCI, MISÉRICORDE. Dans miséricorde il y a l’idée de misère” ; c’est la misère qui touche notre cœur. Merci ne renferme aucune idée de ce genre ; il signifie proprement faveur, et indique la faveur que nous faisons en épargnant. C’est pour cela qu’on dit figurément être à la merci des flots, (et non à la miséricorde des flots).

195. PITIÉ, COMPASSION. Ces deux mots se rapportent à un même mode de l’âme”. Ce qui les distingue, c’est que pitié exprime plus particulièrement la qualité, la vertu, et compassion le sentiment. Aussi, pour peu qu’on personnifie, c’est de pitié que l’on se sert, et non de compassion ; et, dans la fable, quand le roseau dit au chêne : Votre compassion part d’un bon naturel, c’est compassion qui convient et non pitié.

196. MANSUÉTUDE, DOUCEUR. Ce qui distingue la mansuétude de la douceur, c’est que la mansuétude a en sus la sérénité et l’égalité.

197. AUTRUI, LES AUTRES. Quand on dit : exiger la probité chez autrui ou chez les autres, et s’en affranchir soi-même, l’emploi n’offre pas de nuance bien appréciable. Mais il n’en est plus de même quand on dit : ravir le bien d’autrui ; (le bien des autres ne serait pas ici de bon usage). En effet les autres est plus général que autrui ; les autres, c’est “tout le monde excepté nous” ; autrui, c’est spécialement “cet autre-ci”, comme le montre l’étymologie. Voilà pourquoi autrui s’oppose plus précisément à la personne qui parle ou dont on parle, que les autres.

Mœurs

  • mœurs. Habitudes considérées par rapport au bien ou au mal dans la conduite de la vie. De mauvaises moeurs. 3° Il se dit de la manière de vivre, des usages, coutumes, préjugés, qui varient chez les différents peuples et dans les différents siècles. Autres temps, autres moeurs.

Éducation

  • éducation. Action d’élever, de former un enfant, un jeune homme ; ensemble des habiletés intellectuelles ou manuelles qui s’acquièrent, et ensemble des qualités morales qui se développent. 3° La connaissance et la pratique des usages du monde.

198. CARACTÈRE, MŒURS. En termes de théâtre, on entend par mœurs ou mœurs générales “les habitudes qui appartiennent à une nation, à une époque, à tel ou tel âge, à telle ou telle condition. Le caractère, qu’on appelle aussi quelquefois les mœurs particulières, est plus “spécial à chaque personnage”. Dans Iphigénie, Achille est ardent, Ulysse est rusé, ce sont deux caractères différents ; mais tous les deux doivent représenter les mœurs grecques ou ce que nous consentons à regarder comme ces mœurs.

199. SAUVAGES, BARBARES. Le nom de barbares a été donné par les anciens soit à des races qui, comme les Perses, avaient une civilisation différente de la civilisation gréco-romaine, soit à des populations qui, comme les Gaulois, les Germains, les Scythes, n’avaient qu’une société peu avancée, sans lettres et sans sciences. Les modernes donnent le nom de sauvages, par comparaison aux animaux, à des populations qui vivent dans les forêts en une condition inférieure à celle des barbares.

200. BARBARIE, CRUAUTÉ, FÉROCITÉ. La locution bêtes féroces indique une des principales nuances entre ces trois mots. En effet, la férocité ajoute à l’idée de cruauté, celle de quelque chose de sauvage ; et l’on ne pourrait se servir que de férocité dans une phrase comme celle-ci : la férocité qui faisait contempler aux Romains les combats des gladiateurs. La barbarie tient à l’“état des mœurs” et implique la grossièreté et l’ignorance qui rendent les esprits sourds et immiséricordieux. Cruauté ne renferme aucune de ces idées accessoires ; c’est là ce qui le distingue des deux autres.

201. FAROUCHE, SAUVAGE. Étymologiquement, le farouche est celui qui tient de la bête non apprivoisée” ; le sauvage est celui “qui appartient aux solitudes des forêts. Par conséquent, on est farouche par disposition de caractère et sauvage par absence de culture.

202. BÊTISE, SOTTISE. La bête est dans bêtise, tandis qu’elle n’est pas dans sottise ; c’est ce qui distingue ces deux mots. La bête est bornée, a peu d’idées ; la bêtise est dans tout ce qui provient de l’“ignorance”, d’un esprit sans portée, d’une intelligence sans lumière, et même parfois d’une intelligence distraite ou mal informée de certaines choses. La Fontaine, en raison de ses simplicités, était parfois une bête ; mais il n’était jamais un sot. En effet la sottise est caractérisée par l’“absence de jugement, absence qui ne permet pas au sot de se méfier jamais de ses idées. Il peut y avoir des bêtes parmi les gens d’esprit, mais il n’y a pas de sots. Il peut y avoir des sots parmi les savants ; la science ne préserve pas de la sottise. La bêtise fait quelquefois rire ; mais, en tout cas, elle impatiente moins que la sottise.

203. ANIMAL, BÊTE, BRUTE. Animal est le terme le plus général, puisqu’il comprend même l’homme. Bête renferme tous les animaux, excepté l’homme. Brute désigne la bête dans ce qu’elle a de plus inintelligent et de plus grossier. Ces expressions, appliquées à l’homme, sont des injures indiquant : animal, que l’homme a “la grossièreté et la rudesse” de l’animal ; bête, qu’il en a “l’ineptie, l’inintelligence, l’absence de raison” ; brute, qu’il en a “l’aveugle brutalité, avec l’impétuosité féroce et la licence effrénée”.

204. BADAUD, BENÊT, NIGAUD, NIAIS. L’étymologie, du moins pour les trois premiers, montre les nuances. Le badaud est celui qui baye aux corneilles”, qui s’arrête à toute chose, comme s’il n’avait jamais rien vu ; le niais, comme le jeune oiseau qui sort pour la première fois de son nid, est “sans expérience, et, en quoi que ce soit, il ne sait comment s’y prendre ; le benêt est une “créature bénite, simple”, et qui fait ou croit tout ce qu’on veut. Le nigaud est celui qui s’attrape à toute chose, et qu’aussi par toute chose on attrape.

205. ÉBAHI, ÉBAUBI. L’ébahi est celui à qui l’étonnement fait “ouvrir la bouche ; l’ébaubi, celui que l’étonnement fait balbutier.

206. ÂNE, IGNORANT. On est âne par disposition d’esprit, et ignorant par défaut d’instruction. L’ignorant n’a pas appris ; l’âne ne peut pas apprendre.

207. RUSTAUD, RUSTRE. On est rustaud “faute d’éducation, faute d’usage”, par l’habitude de vivre toujours avec des campagnards ; on est rustre “par caractère, par humeur, par goût, par caprice, par mécontentement”.

208. IMPOLI, GROSSIER. C’est un plus grand défaut d’être grossier que d’être simplement impoli. L’impoli manque de belles manières” ; il ne plaît pas. Le grossier en a de désagréables ; il déplaît. L’impolitesse est le défaut des gens d’une médiocre éducation : la grossièreté l’est de ceux qui en ont eu une mauvaise, Girard.

Famille

209. FAMILLE, MAISON. Famille se dit quand on considère l’“ensemble des individus de même sang” qui vivent les uns à côté des autres : la famille royale, impériale. Maison se dit quand on considère la famille en sa succession” dans le temps et en sa transmission : les maisons souveraines. Un homme est de bonne famille quand il provient d’une famille qui occupe un certain rang dans la société ; il est de bonne maison, quand il provient d’une famille héréditairement distinguée.
L’académie remarque que, quand on parle des grandes et anciennes races de france et des pays étrangers, on se sert moins ordinairement du mot famille que du mot maison, et qu’au contraire, lorsqu’on parle des anciens grecs ou des anciens romains, on emploie de préférence le mot famille. La famille des Héraclides. La famille des Atrides. La famille des Césars. Cette remarque n’a rien d’absolu ; car on voit Bossuet appliquer le mot famille aux grandes races des temps modernes.

210. RACE, FAMILLE. La race est la famille considérée dans la durée. De plus elle est la “lignée purement naturelle et physique”, tandis que la famille implique un “rapport social et moral.

211. ANCÊTRES, AÏEUX, PÈRES. Ces expressions ne sont synonymes que quand on les applique aux hommes qui ont vécu avant nous, sans y attacher l’idée de liens de famille. Voici la gradation : nos pères sont les plus voisins de nous : nous y touchons ; nos aïeux sont plus éloignés : ils touchent à nos grands-pères ; enfin les ancêtres sont les plus éloignés de tous.

212. HÉRÉDITÉ, HÉRITAGE. L’hérédité est proprement la qualité d’héritier ; l’héritage est proprement le “bien laissé par le défunt”.

213. EMBRYON, FŒTUS. Étymologiquement, l’embryon est “ce qui se développe dans le sein de la mère”, le fœtus est “ce qui est produit, engendré. Les médecins ont établi cette distinction-ci : l’embryon est l’“être vivant, considéré au début de son développement” ; le fœtus, ce même “être considéré dans un état plus avancé, mais toujours dans le sein de la mère, et plus particulièrement, dans l’espèce humaine, cet être depuis le second mois de la grossesse jusqu’à la mise au monde”. Au figuré, il y a synonymie entre embryon et rudiment.

214. ACCOUCHEMENT, ENFANTEMENT. Le premier est un terme de médecine, et le second est un termegénéral. Le premier indique non seulement l’enfantement, mais tout ce qui le précède et le suit immédiatement ; le second n’indique que l’action de mettre l’enfant au monde. Le premier a un sens passif : l’accouchement de cette femme par une sage-femme ; le second n’a qu’un sens actif.

215. ENFANTER, ENGENDRER. Engendrer est “relatif à la génération ; enfanter, “à l’enfant qui est mis au monde”. De là la différence de sens entre ces deux mots : d’abord engendrer se dit également du mâle et de la femelle, de l’homme et de la femme ; enfanter ne se dit que de la femme seule. Au figuré, engendrer s’applique à ce qui peut être comparé à une génération ; et enfanter à ce qui peut être comparé à la mise au monde. Tant que l’idée de mise au monde n’est pas nécessaire, on se sert indifféremment d’engendrer ou d’enfanter : ce discours engendra ou enfanta des discordes. Mais, quand cette idée est nécessaire, c’est enfanter qu’il faut : on enfante un projet, un ouvrage.

216. NATIF, , NAÎTRE. Natif suppose le domicile fixe des parents, au lieu que suppose seulement la naissance. Celui qui naît dans un endroit par accident, est dans cet endroit ; celui qui y naît parce que son père et sa mère y ont leur séjour, en est natif, Laveaux.

217. ADOLESCENCE, JEUNESSE. Dans le langage scientifique adolescence et jeunesse sont synonymes et expriment l’âge compris entre l’enfance et l’état adulte”. Mais dans le langageordinaire il y a une nuance, et adolescence désigne de préférence la première partie de la jeunesse.

218. PUBERTÉ, NUBILITÉ. Il faut distinguer la puberté de la nubilité : celle-là arrive avant celle-ci ; on est pubère quelques années avant d’être nubile, c’est-à-dire avant d’avoir le corps suffisamment développé pour le mariage.

219. MARIABLE, NUBILE. Nubile est proprement un terme de physiologie, exprimant l’âge où chez la femme les règles apparaissent”. Dans la plupart des cas cet âge précède celui où une femme est mariable, c’est-à-dire où elle est “assez développée pour devenir mère”. C’est une faute que l’on commet souvent dans les familles de croire qu’une jeune fille est mariable, parce qu’elle a dépassé plus ou moins l’âge de la nubilité.

220. MARI, ÉPOUX. Époux a un féminin et mari n’en a pas ; il est le latin sponsus et signifie proprement “le promis, le fiancé”, de là l’emploi qu’il a conservé dans le langage de la pratique et que mari n’a pas. Hors de là, époux appartient au style élevé, tandis que mari est de tous les styles.

221. DÉCRÉPITUDE, CADUCITÉ, VIEILLESSE. La vieillesse n’indique que l’âge. De là vient qu’on dit un beau vieillard. Maynard a fait une très belle élégie, intitulée la belle Vieille, et Scribe a fait une comédie intitulée la Grand’mère, qui roulent sur l’amour des jeunes gens pour des vieilles. Caducité est un termegénéral qui n’indique que la décadence, l’abaissement des facultés ou de la beauté au moment où ils deviennent sensibles. La décrépitude en est le terme .

222. À NOTRE ÂGE, À NOS ÂGES. (à nos âges on n’est plus bon pour)… dites : à notre âge on n’est plus bon pour… Ce substantif n’a de pluriel que dans ces exemples-ci : les quatre âges de l’homme ; l’homme entre deux âges, etc. c’est-à-dire lorsqu’il désigne une des époques principales de la vie humaine, et non un des points si nombreux marqués par chaque année. Ce qui fait que la locution à nos âges est mauvaise, c’est qu’au fond il ne s’agit que d’un seul âge, celui que vous et moi nous avons. Mais un homme de 60 ans qui dirait à un adolescent de 20 ans : à nos âges la vie offre des aspects bien différents, parlerait correctement ; car ici il s’agirait réellement de “deux âges différents”. Ainsi dans Lesage, la Tontine, 16 : Pour moi je n’aurais jamais pensé à Mlle Mariane, à cause de la disproportion de nos âges.

223. ENSEVELIR, ENTERRER. Ensevelir, c’est “envelopper un corps mort dans le drap appelé linceul”. Enterrer, c’est “mettre en terre le corps mort. L’historien suisse Ruchat s’est donc exprimé incorrectement dans la phrase suivante : « Calvin mourut le 27 mai (1564) et fut enseveli tout simplement au cimetière commun de Plainpalais. » Il fallait dire, enterré ou inhuméHumbert, nouveau glossaire genevois, 1852. Il faut distinguer : le fait est que ensevelir a eu de tout temps et a encore le sens de donner la sépulture ; mais il ne l’a que dans le style élevé ; et l’on dira fort bien : il fut enseveli à côté de ses aïeux. Mais, hors de ce style, ensevelir signifie couvrir du linceul ; et c’est pour cela que l’on ne dit pas bien ensevelir au cimetière, et que Humbert a critiqué justement la phrase de Ruchat. Il faut remarquer aussi que toutes les acceptions figurées procèdent de la signification donner la sépulture.

224. FUNÉRAILLES, OBSÈQUES. Ces deux mots désignent les “différentes cérémonies qui accompagnent un enterrement, avec cette différence qu’obsèques est le termegénéral, se disant aussi bien du plus modeste enterrement que de l’enterrement le plus somptueux ; tandis que funérailles implique la somptuosité et l’éclat. Funérailles est d’ailleurs un terme du style élevé ; obsèques est de tous les styles.

225. INHUMER, ENTERRER. Ces deux mots ont même signification, puisque humus signifie la terre ; mais l’usage y a mis cette différence, que enterrer n’exprime que l’acte simple de la “mise en terre d’un mort et même de tout autre objet, tandis que inhumer y joint l’idée des cérémonies que le cas requiert et ne s’applique qu’aux corps de personnes mortes. On n’inhume pas un cheval, une urne ; on les enterre.

Courtoisie

  • courtoisie. Civilité relevée d’élégance ou de générosité.
  • politesse. Culture intellectuelle et morale des sociétés. 3° Manière d’agir, de parler civile et honnête, acquise par l’usage du monde.

226. CIVILITÉ, POLITESSE, COURTOISIE. Étymologiquement, la civilité est ce qui “préside aux relations civiles, c’est-à-dire entre concitoyens ; la politesse est la qualité de celui qui “a été poli ; la courtoisie, celle qui émane “de la fréquentation de la cour, ou plutôt des cours féodales ; c’est de là que le mot est provenu. Ces étymologies distinguent suffisamment les trois mots. La civilité est le premier degré ; elle a son cérémonial, ses règles, qui sont de convention. La politesse est quelque chose de plus ; elle ajoute, à l’idée de civilité, des manières et une façon de s’exprimer qui ont quelque chose de noble, de fin, de délicat. Pour pratiquer la civilité, il faut connaître les usages ; pour avoir la politesse, la connaissance de ces usages n’est pas absolument nécessaire ; et l’homme distingué d’esprit et d’éducation a une politesse naturelle. La courtoisie implique, en plus, des sentiments chevaleresques, c’est-à-dire le culte envers les femmes, la générosité envers les adversaires et les ennemis, sentiments que ne renferment ni la civilité ni la politesse.

227. HONNÊTE, CIVIL, POLI. Nous sommes honnêtes par l’observation des bienséances et des usages de la société. Nous sommes civils par les égards que la société exige et que nous rendons”. Nous sommes polis par les “façons flatteuses que nous avons dans la conversation et dans la conduite” pour les personnes avec qui nous vivons, Guizot.

228. DÉCENCE, BIENSÉANCE, CONVENANCE. La décence désigne “ce qui est honorable” ; la bienséance, “ce qui sied bien” ; la convenance, “ce qui convient. Quand on pèche contre la décence, on commet une action qui mérite un blâme moral ; quand on pèche contre la bienséance ou la convenance, on commet une action qui mérite un blâme moins grave et qui ne porte pas sur la moralité. La distinction entre la bienséance et la convenance est plus subtile ; pourtant elle est indiquée par l’étymologie. Bienséance dit plus que convenance ; s’il est bienséant de faire une chose, cela implique qu’il est convenable de la faire ; mais s’il est convenable de faire une chose, cela n’implique pas qu’elle soit bienséante ; il y a dans bienséant le mot bien qui n’est pas dans convenable. Les convenances n’exigent pas tout ce qu’exigent les bienséances. Une femme est habillée avec décence quand elle l’est sans immodestie ; avec bienséance, lorsqu’elle l’est comme l’exige la circonstance où elle doit figurer ; avec convenance, lorsqu’il n’y a rien qui choque dans son habillement.

229. OBLIGEANT, SERVIABLE. Celui qui est serviable aime à rendre des services petits ou grands. Celui qui est obligeant, aime à obliger, c’est-à-dire non seulement à rendre service, mais aussi à faire plaisir. Aussi obligeant se dit du ton, des manières, des paroles ; à quoi serviable ne peut s’appliquer.

230. RÉSERVE, RETENUE. La réserve est tant dans la conduite que dans les manières et le maintien. La retenue est seulement dans la conduite.

231. DISCRÉTION, RÉSERVE. Dans discrétion, il y a, étymologiquement, discerner ; la discrétion est donc une réserve qui discerne, qui est éclairée ; au lieu que réserve n’implique que le sentiment qui fait qu’on ne s’avance pas et qu’on a de la retenue ; l’idée de discernement n’y est pas incluse.

232. BIZARRE, FANTASQUE, EXTRAVAGANT. L’homme bizarre n’est ni l’homme fantasque, ni l’homme extravagant.“S’écarter du goût ordinaire par une singularité non convenable, c’est être bizarre ; “s’en écarter par une fantaisie qui tout à coup change d’idée, c’est être fantasque ; “s’en écarter d’une manière contraire au bon sens, c’est être extravagant, Laveaux.

233. FAÇONS, MANIÈRES. Manières a un peu plus de généralité que façons ; il se dit aussi bien des grandes manières que des petites manières ; façons ne se dit guère que des petites manières. Lafaye cite deux phrases de Saint-Simon qui indique avec précision la nuance : Barbesieux avait les manières d’un grand seigneur, et les façons les plus polies ; et : Harcourt mariait merveilleusement l’air, le langage et les manières de la cour et du grand monde avec les propos, les façons et la liberté militaire. Le maniéré est celui qui affecte des manières ; le façonnier est celui qui affecte des façons. Quant au style, on dit un style maniéré, (et non un style façonnier).

234. FAÇON, MANIÈRE. Il est très difficile d’établir une nuance, là où ils se touchent, entre ces deux mots, qui pourtant viennent d’étymologies très différentes, puisque façon c’est le mode de faire ou d’être fait, et manière, le mode de tenir ou d’être tenu dans la main, à la main. Quand on dit : Je m’y prendrai d’une autre façon, ou je m’y prendrai d’une autre manière, on ne note aucune différence effective.

235. AIR, MINE. Les auteurs de synonymes adjoignent d’ordinaire physionomie ; mais physionomie ne s’appliquant qu’au visage, ne peut pas être synonyme de mine et d’air qui s’appliquent à toute la personne. Mine et air sont très voisins. Ce qui paraît le plus les distinguer, c’est que mine se rapporte plutôt à l’apparence de la personne, et air plutôt aux manières et au maintien. Un homme de bonne mine, c’est un homme dont la personne est d’un “bon aspect” ; un homme de bon air est un homme “dont les manières sont bonnes”. Un malade a meilleure mine, quand des signes du retour de la santé se manifestent. Un jeune homme a meilleur air, quand il s’est habitué à la politesse du monde.

236. VISAGE, FACE. Bien que face soit le mot propre, puisque visage ne contient que l’idée de vue, cependant visage a remplacé généralement face. Face ne se dit plus au sens de visage que dans le style très élevé ou au contraire dans le style plus familier, et dans le langage anatomique.

237. MAINTIEN, CONTENANCE. Le premier se rapporte à maintenir, et le second à contenir ; c’est de là que dérive la nuance que ces deux mots comportent. Le maintien est l’état habituel” ; la contenance est toujours un peu pour la représentation, “pour produire quelque effet. On a un maintien noble, réservé, modeste ; on a une contenance fière, haute, intrépide ; le maintien fait qu’on impose, et la contenance montre qu’on ne s’en laisse pas imposer, Lafaye.

238. DE CONDITION, DE QUALITÉ. De condition est plus compréhensif que de qualité ; tout homme “qui appartient à la noblesse” est de condition ; au contraire de qualité ne se dit que des “personnes dont les aïeux ont eu quelque illustration, ou qui avaient un titre de duc, marquis, comte, etc.” Une personne de qualité ravit mon âme, Molière, la Comtesse d’Escarbagnas, sc. 16. On ne traite point de la sorte les femmes de qualité, Molière, la Comtesse d’Escarbagnas, sc. 21.

239. MARQUIS, COMTE. Ce sont deux “titres de noblesse” sur le rang desquels on ne s’accorde pas toujours. Celui de comte est plus ancien ; il remonte à l’empire romain, et alors il venait immédiatement après le titre de duc. Plus tard le titre de marquis fut regardé comme supérieur à celui de comte ; on le voit par les couronnes : la couronne ducale étant garnie de huit feuilles ou fleurons, et la couronne de comte de pointes ornées de perles ; celle de marquis avait quatre feuilles et, entre les feuilles, des pointes ornées de perles ; elle était donc intermédiaire. On ne saurait créer un marquis héréditaire, à moins qu’il ne soit en possession d’un domaine substitué qui réunisse deux baronnies et six châtellenies mouvantes de la tour du Louvre, et tenues du roi à un seul hommage. Un comté doit être formé d’une baronnie et de trois châtellenies, ou bien de six châtellenies d’une seule tenue, Decourchamp, souvenirs de la marquise de Créquy, t, IV, ch. 1. Dans les anciennes comédies, par exemple dans l’Homme singulier de Destouches, le fils d’un marquis est comte, et aussi le frère cadet d’un marquis. Et moi de tous les trois [frères] j’ai tiré de l’argent ; Le premier est, je crois, marquis, le second comte, Et l’autre chevalier, La Fontaine, les Trois frères rivaux, sc. 1. Chevalier, dites-vous ; oh ! ne vous en déplaise, Vous serez bien comtesse. - Elle comtesse, bon ! Elle sera marquise, La Fontaine, les Trois frères rivaux, sc. 9. Cet ordre est le même aujourd’hui. Fontanes était comte sous le premier empire ; la Restauration l’a fait marquis. Le comte de Cavour étant mort en 1861, son frère aîné le marquis de Cavour portait le cierge à côté du baldaquinUnion du 9 juin 1861. En 1863 il y eut à Londres un grand bazar de bienfaisance : les journaux anglais ont donné les noms des dames patronnesses dans cet ordre : cinq Excellences (les ambassadrices), cinq grâces (les duchesses), six très nobles marquises, quatorze très honorables comtesses. Toutefois les rois et princes, quand ils voyagent, prennent plutôt le titre de comte que celui de marquis.

Honneur

  • honneur. Estime glorieuse qui est accordée à la vertu, au courage, aux talents. 3° Le sentiment qui fait que l’on veut conserver la considération de soi-même et des autres. 4° Qualité qui nous porte à faire des actions nobles et courageuses ; vertu, probité. 5° Honneur, en parlant d’une femme, la chasteté ou le mariage légitime. 6° Honneur, en parlant d’un mari, la bonne renommée qui rejaillit sur lui de la fidélité de sa femme.

240. HOMME DE BIEN, HOMME D’HONNEUR, HONNÊTE HOMME. L’homme de bien est celui qui “pratique le bien. L’homme d’honneur est celui qui est “fidèle aux lois de l’honneur. L’honnête homme est celui qui “se règle par l’honnêteté. Toute la différence est donc dans bien, honneur et honnêteté. Le bien est ce qu’il y a de plus universel. L’honneur a certaines parties de convention qui n’appartiennent pas à l’idée de bien. Enfin l’honnêteté d’une part n’implique pas ce qu’il y a de conventionnel dans l’honneur, et d’autre part a moins de généralité que le bien.

241. GLOIRE, HONNEUR. La gloire dit quelque chose de plus que l’honneur ; c’est une célébrité plus étendue et plus éclatante. Gloire, dans le sens de sentiment qu’inspire la gloire (acception plus usitée au XVIIe siècle qu’elle ne l’est aujourd’hui) confine à l’honneur signifiant aussi un “sentiment qui nous oblige à nous honorer nous-mêmes ; mais ici encore la nuance se maintient : l’honneur appartient à toutes les conditions, la gloire n’appartient qu’aux conditions élevées et dans lesquelles il importe de soutenir sa gloire aussi bien que son honneur. Se faire gloire d’une chose, c’est “s’en vanter” ; se faire honneur d’une chose, c’est “en tirer honneur.

242. GLORIEUX, ORGUEILLEUX. Le glorieux se croit entouré d’une sorte de gloire ; l’orgueilleux a un sentiment intérieur et profond de sa supériorité. L’orgueilleux “se croit quelque chose”, le glorieux “veut paraître quelque chose”, dit Voltaire, dictionnaire philosophique, gloire, qui ajoute : « Le glorieux n’est pas tout à fait le fier, ni l’avantageux, ni l’orgueilleux ; le fier tient de l’arrogant et du dédaigneux et se communique peu ; l’avantageux abuse de la moindre déférence qu’on a pour lui ; l’orgueilleux étale l’excès de la bonne opinion qu’il a de lui-même ; le glorieux est plus rempli de vanité, il cherche plus à s’établir dans l’opinion des autres, il veut réparer par les dehors ce qui lui manque en effet… les nouveaux parvenus sont d’ordinaire plus glorieux que les autres. »

243. ORGUEIL, VANITÉ. L’orgueil “fait que nous nous estimons nous-mêmes au delà de ce qui est”. La vanité “fait que nous voulons être estimés d’autrui.

244. HAUT, HAUTAIN, ALTIER. Ces trois mots ont le même radical, le latin altus, haut, et ne diffèrent que par le suffixe. Haut n’a point de suffixe et exprime l’idée simple de l’élévationmorale ; ce n’est que par abus que ce mot arrive à y mêler quelque idée de blâme. Il n’en est pas de même de hautain et d’altier, qui sont toujours un excès, au moins dans le langage moderne. Hautain désigne un “excès de hauteur d’âme qui se manifeste par les manières, par le langage ; et c’est par là surtout qu’est blessant l’homme hautain. Au contraire, altier désigne un “excès de hauteur d’âme qui se manifeste surtout dans les sentiments, les passions, les volontés.

245. PRÉÉMINENCE, SUPÉRIORITÉ. La prééminence est l’attribut d’un homme “plus élevé en dignité” que les autres ; la supériorité est celui d’un homme “plus grand” que les autres par ses qualités personnelles.

246. SUFFISANT, PRÉSOMPTUEUX, VAIN. Vain est le terme le plus général. L’homme vain tire avantage de tout, aussi bien des choses intérieures que des choses extérieures. Le présomptueux est celui qui présume trop de ce qu’il peut” ou de ce qui lui est permis. Le suffisant est celui qui, ayant une trop bonne idée de son mérite, le laisse voir en toute sa personne. Le suffisant est proprement celui qui, ayant passé par certains emplois, y “a montré sa suffisance, sa capacité, et en a conservé un air de satisfaction impertinente.

247. ENFLÉ, GONFLÉ. Enfler c’est in-flare ; gonfler, c’est con-flare ; ces deux mots ont donc le même radical, flare, “souffler”, avec un préfixe différent. Au propre, la nuance n’est pas saisissable ; on enfle ou on gonfle un ballon ; le pied foulé enfla ou se gonfla. Au figuré, on dit enflé d’orgueil ou gonflé d’orgueil, sans différence notable. Mais, quand on dit enflé par ce succès, ou gonflé par ce succès, une différence devient visible : enflé par ce succès, signifie que “le courage, la confiance ont crû ; gonflé par ce succès signifie que “ce qui a crû, c’est l’orgueil, la vanité.

248. SE PRÉVALOIR, SE TARGUER. Dans se prévaloir il y a une idée d’avantage, de prépondérance qui n’est pas dans se targuer, qui exprime seulement le désir qu’on a d’humilier les autres.

249. HÂBLEUR, FANFARON. Hâbleur, qui “ne dit rien sans exagérer”, qui se plaît à débiter des mensonges. Fanfaron, qui “se vante”, qui exagère tout ce qui est dans les intérêts de son amour-propre et surtout de sa bravoure vraie ou fausse.

250. RETENUE, MODESTIE. L’homme qui a de la retenue se retient, se contient” ; l’homme qui a de la modestie “se garde de faire valoir les avantages qu’il possède.

251. ÉGARDS, MÉNAGEMENTS. Égards dit plus que ménagements. On a des ménagements pour quelqu’un quand “on évite de le froisser, de le choquer. On a des égards pour lui quand “on lui témoigne une déférence pleine d’attentions.

252. ILLUSTRE, RENOMMÉ, FAMEUX, CÉLÈBRE. Illustre dit plus que renommé ; l’illustration est plus que le renom ; illustre dit autre chose que fameux : il implique toujours louange et mérite, tandis que fameux peut s’appliquer aux choses les plus mauvaises. Célèbre exprime à bien peu près la même chose qu’illustre ; la différence paraît être que illustre indique plutôt l’éclat qui vient de l’objet, et célèbre l’éclat que lui donne l’assentiment des autres : on est célèbre parce que tout le monde parle de vous ; on est illustre parce qu’on répand un grand éclat.

253. RENOM, RENOMMÉE. Ces deux mots, qui ne diffèrent que par un suffixe à forme de participe passif, sont synonymes en tant que signifiant l’“opinion que le public a d’une personne”. Mais, quand il s’agit de la voix publique qui annonce quelque chose, c’est renommée qu’on dit, et renom ne se dit pas.

254. FAMEUX, RENOMMÉ, CÉLÈBRE. Renommé est celui “dont le nom est connu” ; célèbre, celui “dont on parle beaucoup” et souvent, en bien ; fameux, celui “dont la réputation, en bien ou en mal, s’étend au loin”. Renommé dit moins que célèbre ou fameux ; le renom fait seulement que la personne ou la chose est citée avec éloge parmi celles de son espèce. Quant à fameux et célèbre, on remarquera que le genre de célébrité marqué par le premier est plus relatif à ce que dit la voix commune, et celui qui est marqué par le second plus relatif à ce que disent les livres.

255. RENOMMÉE, RÉPUTATION. La renommée a pour point de départ la célébrité ; la réputation, une opinion plus circonscrite. La renommée est dans le grand public ; la réputation, dans un petit public. Aussi Duclos a-t-il dit : La réputation et la renommée peuvent être fort différentes, et subsister ensemble, Duclos, Consid. mœurs, 5.

256. CONSIDÉRATION, RÉPUTATION. La considération vient de l’effet que nos qualités personnelles, notre crédit, nos richesses, nos places font sur les autres ; aussi est-elle beaucoup moins étendue que la réputation qui, elle, est la “connaissance, parmi un public plus ou moins nombreux, du nom, des actions, des œuvres d’un homme”. Tel homme peut avoir de la considération sans avoir de la réputation, la considération étant bornée ou pouvant l’être à un cercle restreint.

257. RESPECT, VÉNÉRATION, RÉVÉRENCE. Le respect est le termegénéral. La vénération est un “grand respect joint à l’affection. La révérence est un “grand respect mêlé de crainte.

258. COMPLAISANCE, DÉFÉRENCE, CONDESCENDANCE. La complaisance est “le soin de complaire et est, par conséquent, plus étendue que la déférence qui, comme l’étymologie l’exprime, “se déporte pour laisser prévaloir, par égard ou par respect, les idées, les opinions, les goûts, les volontés d’autrui. La condescendance serait la même chose que la déférence, s’il ne s’y joignait, étymologiquement, l’idée de descendre d’une hauteur et de se prêter à la satisfaction des autres, au lieu d’user de sa supériorité et de ses droits.

259. CRÉDIT, FAVEUR. Le crédit est, proprement et étymologiquement, la “confiance qu’inspire notre solvabilité”, et qui fait qu’on nous prêtera de l’argent et, figurément, “qu’on aura pour nos avis ou nos demandes une déférence méritée par notre caractère, par notre position, par notre talent, etc”. Au contraire la faveur est toute gratuite ; c’est un “sentiment favorable qu’on a pour nous”. On dit la faveur du prince, le crédit d’un ministre. Le crédit de Sully triompha souvent de la faveur des maîtresses.

260. ADULATION, FLATTERIE. Adulation diffère de flatterie parce que le premier appartient au langage relevé, et que le second est de l’usage commun ; puis parce que adulation emporte une idée de servilité et de fausseté qui n’est pas dans flatterie. Boileau disant que lui, le satirique, a parlé de Louis XIV comme l’histoire, c’est une flatterie, mais ce n’est pas une adulation.

261. ADULATEUR, FLATTEUR. “Qui loue excessivement.” On a essayé de trouver une différence, en disant que l’adulateur flatte plus que le flatteur. Là n’est pas la différence. D’abord il y a la distinction qui résulte de leur usage : flatteur est du langageordinaire, adulateur appartient au langage relevé ; puis le flatteur peut être vrai ; l’adulateur ne l’est pas. Dans la Princesse Aurélie de C. Delavigne, III, 6, après une tirade où Alphonse peint toute l’ardeur de son amour en rappelant à Aurélie le bonheur que son peuple avait à la revoir, celle-ci lui répond : Flatteur ! Adulateur serait un contresens.

262. ADULER, FLATTER. Une différence d’aduler avec flatter, c’est qu’aduler est du langage relevé et n’a d’emploi que là, tandis que flatter a un emploi général. Une autre, c’est qu’aduler implique une servilité et une fausseté qui ne sont pas nécessairement dans flatter.

263. HONTE, PUDEUR. Les “reproches de la conscience” causent de la honte. Les “sentiments de modestie produisent la pudeur. Elles font quelquefois l’une et l’autre monter le rouge au visage, mais alors on rougit de honte et l’on devient rouge par pudeur, Girard.

264. IMPUDEUR, IMPUDENCE. L’impudeur est le manque de pudeur, et l’impudence le manque de la bonne honte ; or la pudeur a un sens spécial que n’a pas la bonne honte. Mais toute distinction s’efface pour le deuxième sens.

265. IMPUDENT, ÉHONTÉ. L’impudent est celui qui n’a “pas de pudeur ; l’éhonté est celui qui n’a “pas de honte. Être éhonté est donc plus fâcheux qu’être impudent. L’impudent viole les bienséances, l’éhonté se joue de l’honnêteté et de l’honneur. Impudent est un reproche qui offense plus l’oreille de celui à qui on l’adresse ; éhonté est un reproche qui frappe un mal moral plus profond.

266. AFFRONT, INSULTE, OUTRAGE. Ces trois mots expriment une “offense”, et ils sont synonymes dans une grande étendue de leur signification. Quand, dans le Cid, le comte donne à D. Diègue un soufflet, il lui fait un affront, une insulte, un outrage, comme on voudra. Mais outrage, dérivant de la préposition outre, et indiquant que l’on “passe toute mesure”, est plus général et s’applique à tout ce qui offense ; aussi dit-on l’outrage du temps, tandis qu’on ne dit ni (l’insulte) ni (l’affront du temps). En effet affront est ce qui “s’attaque directement au front, à la face de la personne offensée, et n’implique pas, comme quelques-uns l’ont dit, la présence de témoins ; l’insulte est une agressionphysique ou morale. Mais ces deux mots se distinguent en ce que insulte est plus étendu, désignant ou pouvant désigner toute espèce d’agression offensante. Ainsi, dans cette phrase, Les tribuns à Rome avaient été créés pour protéger la plèbe contre les insultes des patriciens (affront ne conviendrait pas ; il ne dirait pas assez).

267. FAIRE AFFRONT, FAIRE UN AFFRONT. Entre ces locutions est une nuance assez marquée ; le premier a plus d’étendue et annonce une suite d’actes d’où naissent la honte, le déshonneur ; au lieu que le second indique un seul acte. L’enfant qui fait affront à sa famille, est celui dont les habitudes vicieuses “font rougir” ses honnêtes parents ; le prédicateur à qui la mémoire fait un affront, est celui qui “une fois” manque de mémoire.

268. IMPERTINENT, INSOLENT. L’insolence est plus grave que l’impertinence, et n’est pas d’ailleurs un défaut du caractère : un homme très poli peut se croire autorisé à commettre quelquefois une insolence. L’impertinent choque par ses manières qui témoignent qu’il ne fait pas grand compte d’autrui ; mais cela n’est pas tel que nous ayons à protéger notre honneur. Au contraire l’insolent porte une atteinte directe à notre honneur et suscite des représailles.

269. MALFAMÉ, DIFFAMÉ. Malfamé, qui “n’a pas une bonne réputation ; diffamé, qui “est perdu de réputation.

270. INFAMIE, IGNOMINIE. L’infamie détruit la réputation, donne une honteuse réputation ; l’ignominie efface le nom, imprime un nom honteux”. De sorte que infamie est quelque chose de plus grave encore et de plus étendu que ignominie.

Blâme

  • blâme. Expression de l’opinion, du jugement par lequel on trouve quelque chose de mauvais dans les personnes ou dans les choses. Le blâme et l’éloge.

271. BÉVUE, MÉPRISE, ERREUR. L’erreur est le termegénéral ; il indique “toute espèce de manquement, quel qu’en soit le caractère. La bévue, où se trouve le mot vue, indique qu’on a “mal vu. La méprise, où se trouve le mot prise, indique qu’on a “mal pris. “Mal prendre, mal choisir peut être aussi bien la faute des objets qui me sont soumis que la mienne ; par conséquent la méprise n’implique pas nécessairement que je sois coupable d’inattention et de légèreté. Mais mal voir implique que c’est moi qui n’ai pas vu comme il fallait ; bévue suppose donc chez moi inadvertance, passion, aveuglement.

272. MÉPRISE, ERREUR. On commet une méprise “quand on prend une chose, une personne pour une autre”. On commet une erreur “quand on se trompe. Dans un calcul on fait une erreur (et non une méprise).

273. VICE, DÉFAUT. Le vice est une imperfectionmoralegrave ; le défaut est une imperfectionlégère, mais soit morale, soit intellectuelle. On a dit de César qu’il avait tous les vices, et pas un seul défaut.

274. IMPERFECTION, DÉFAUT. L’imperfection est un manque de perfection ; le défaut est proprement “un manque, une défaillance ; il tient à la nature de l’homme, mais l’imperfection peut tenir à sa volonté. Dans le sens où ces deux mots sont synonymes, imperfection est un euphémisme de défaut ; mais le sens est le même : il faut supporter les imperfections de nos amis ou leurs défauts, donne une seule et même idée.

275. SÉVÉRITÉ, RIGUEUR. La sévérité se trouve principalement dans la manière de penser et de juger : elle condamne facilement, et n’excuse pas. La rigueur se trouve particulièrement dans la manière de punir ; elle n’adoucit pas la peine et ne pardonne rien. L’usage a consacré les mots rigueur et sévérité à de certaines choses particulières. On dit la sévérité des mœurs, la rigueur de la saison. La sévérité des femmes selon l’auteur des maximes est un ajustement et un fard qu’elles ajoutent à leur beauté. Dans ce cas le mot de rigueurs au pluriel répond à celui de sévérité, Encyclopédie, XV, 132.

276. BLÂMER, CENSURER, RÉPRIMANDER. Il faut d’abord mettre à part réprimander, qui indique le blâme infligé par le supérieur à l’inférieur, par le maître à son élève : un précepteur réprimande son élève inattentif ; un ministre réprimande un employé. Entre blâmer et censurer, la nuance est que blâmer est plus étendu et signifie aussi bien le blâme secret que le blâme public ; tandis que censurer implique toujours une certaine solennité dans la forme, comme était l’acte du censeur à Rome : vous le blâmez, j’en suis sûr ; mais irez-vous jusqu’à le censurer ?

277. DÉSAPPROUVER, IMPROUVER, RÉPROUVER. Désapprouver, c’est “ne pas approuver. Improuver, c’est être “contre l’approbation ; il exprime donc quelque chose de plus que la désapprobation. Réprouver enchérit sur improuver, et exprime une condamnation profonde, absolue. On désapprouve ce qui ne paraît pas bien ; on improuve ce qui paraît mauvais ; on réprouve ce qui paraît odieux, criminel, détestable.

278. QUERELLER, GRONDER. On querelle ceux qu’on n’a pas le droit de gronder ; on gronde ses amis, ses enfants, ses gens. Gronder suppose une sorte d’autorité, de supériorité, ou du moins de droit ; il faut que celui que l’on gronde soit au moins censé avoir tort. Pour quereller, il suffit d’avoir de l’humeur ; on querelle son égal et même son supérieur : On querelle les malheureux pour se dispenser de les plaindreVauvenargues. Celui qu’on gronde ne peut répondre que par des excuses ; celui que l’on querelle peut quereller à son tour, Guizot.

279. BAS, ABJECT, VIL. Ce qui est bas est “placé au-dessous”. Ce qui est abject est “jeté de côté”. Ce qui est vil est “de prix inférieur”. Aussi abject et vil expriment un degré au-dessous de bas. Une condition basse peut n’avoir rien d’abject ni de vil. Quand bas s’applique au moral (une âme basse, des sentiments bas), bas, bien qu’il n’exprime plus un état qui soit indifférent, garde encore quelque chose de son sens primitif, et on enchérirait si on disait une âme abjecte, une âme vile : cela tient à la signification primitive, dont la nuance suit le mot dans tous ses emplois. On peut signaler la même différence entre abject et vil ; ce qui est vil a très peu de prix, est beaucoup au-dessous du prix, mais enfin a encore un certain prix ; au lieu que abject est tout à fait rejeté, et, pour ainsi dire, mis à la voirie.

280. NOIRCIR, DÉNIGRER. Quoique ces deux mots aient le même radical (niger, noir), cependant le sens en est différent : noircir, c’est imputer des actions noires ; dénigrer, c’est “détracter”. De là résulte que noircir ne peut se dire que des personnes ou de leurs actes, tandis que dénigrer se dit et des personnes et des choses : on dénigre un homme, mais aussi on dénigre un tableau, une œuvre, etc. Noircir se dit surtout des actions ou des sentiments que l’on attribue à quelqu’un ; et dénigrer, du jugement qu’on en porte : je dénigre un tel, en disant que “j’en ai mauvaise opinion”, ce qui est mon jugement ; je le noircis, “en lui attribuant des actes ou des pensées cruelles, envieuses, etc”.

281. LAMENTABLE, DÉPLORABLE. Ce qui est lamentable excite des lamentations ; ce qui est déplorable excite des pleurs. Il n’y a pas d’autre distinction, quand on dit : La situation de ces personnes est déplorable ou lamentable. De plus, lamentable a le sens actif et passif : une voix lamentable, c’est-à-dire une voix qui lamente, et un destin lamentable, c’est-à-dire digne d’être lamenté, tandis que déplorable n’a que le sens passif.

282. DÉPRAVATION, CORRUPTION. Une âme dépravée est, étymologiquement, une âme “qui a cessé d’être bonne”, qui est devenue mauvaise ; une âme corrompue est une âme “qui s’est gâtée”. Ces deux mots expriment donc un changement en mal, avec cette nuance que dépravation n’indique rien sur le procédé qui a produit l’altération ; tandis que corruption montre qu’il y a eu concours, mélange, fermentation d’éléments impurs.

283. ÉGARÉ, PERDU. On cherche ce qui n’est qu’égaré ; on a l’espoir de le retrouver. Ce qui est perdu semble l’être définitivement ; on ne le cherche plus. De même, au moral, une femme égarée est une femme “qui a quitté le sentier du devoir”, mais qui peut y revenir. Une femme perdue est une femme pour qui “il n’y a plus d’espérance de retour”.

284. DÉSHONNÊTE, MALHONNÊTE. Déshonnête est “contre la pureté, la pudeur ; malhonnête est “contre la civilité, et, quelquefois, contre la bonne foi. Une parole déshonnête est une parole “sale” ; un procédé malhonnête est un procédé “incivil”, ou, en un autre sens, “déloyal”.

285. ODIEUX, HAÏSSABLE. Odieux est beaucoup plus fort que haïssable. En effet, haïr a souvent un sens atténué qui s’est étendu à haïssable ; et lorsqu’on dit : je hais la fatuité, on n’exprime pas une haine très violente. Cette atténuation ne s’est pas opérée pour odieux, qui garde toute l’intensité de la haine.

286. MALFAISANT, NUISIBLE. Être malfaisant, c’est faire du mal ; être nuisible, c’est nuire. Faire du mal et nuire sont très voisins ; seulement, comme nuire c’est causer un dommage, on voit que malfaire est moins particulier que causer un dommage, puisque un mal peut être une douleur, un chagrin, un ennui, une humiliation.

287. EXÉCRABLE, ABOMINABLE. La force de l’expression est la même ; la nuance est différente. On maudit ce qui est exécrable ; on se détourne avec abomination de ce qui est abominable.

288. EXÉCRABLE, DÉTESTABLE. Ce qui est exécrable est digne de malédiction ; ce qui est détestable est digne d’être repoussé”, mais sans l’idée de malédiction. Il y a donc quelque chose de plus fort dans exécrable que dans détestable. Un crime exécrable est plus, dans l’expression, qu’un crime détestable, et un vice exécrable plus qu’un vice détestable.

289. HONNIR, BAFOUER, VILIPENDER. Honnir, c’est “faire honte. Dans bafouer, l’idée de quelque chose de honteux n’existe pas ; c’est celle de moquerieoutrageante qui y domine. Vilipender, c’est traiter comme quelqu’un ou quelque chose de vil.

290. ABJECTION, BASSESSE. Signification commune, défaut d’élévation. La nature a placé des êtres dans l’élévation et d’autres dans la bassesse ; mais elle ne place personne dans l’abjection : l’homme s’y jette de son choix ou y est plongé par la dureté d’autrui, Guizot. En effet bassesse exprime un état où l’on est, et abjection un état où l’on a été jeté. La bassesse, quoique aussi grande que l’abjection, n’excite pas autant de mépris. Dans la bassesse on est au plus bas degré, dans l’abjection on inspire la répugnance et le dégoût. Dans la bassesse du langage et des sentiments, il y a manque de dignité ; dans l’abjection, il y a quelque chose d’ignominieux qui repousse, Lafaye.

291. MALICE, MALIGNITÉ. Ces deux mots sont très voisins, puisqu’ils dérivent tous deux de l’adjectif latin malus, “méchant”, et ne diffèrent que par la terminaison. Mais on remarquera d’abord que malignité a beaucoup moins le sens favorable que malice a quelquefois, celui de petite méchanceté, d’espièglerie. Puis on peut dire en général que la malice désigne “malfaire, mal agir, et la malignité l’inclination à faire du mal.

Réceptions

  • réception. Action par laquelle on reçoit. 3° Manière de recevoir une personne, accueil.

292. ADMETTRE, RECEVOIR. C’est “donner entrée ou accès. La différence est que celui qui admet prend une détermination qui lui est propre, et que celui qui reçoit consent à ce qui lui est proposé. On admet quelqu’un qu’on désire, qu’on trouve digne, etc. On reçoit celui qui est présenté. On admet une vérité qu’on a examinée. On reçoit une opinion sur parole, par tradition.

293. CONVIER, INVITER. Ces deux verbes ne sont synonymes que quand convier prend le sens général d’inviter. Mais comme le sens propre en est inviter à un banquet, à une solennité, il garde, dans l’acception détournée que l’usage lui a donnée, une nuance qui dérive de l’acception primitive et a quelque chose de plus solennel ou de plus amical qu’inviter : On l’invita à prendre sa place ; le Cid convie les chefs des Maures vaincus à se rendre.

294. ABORDER, AVOIR ACCÈS, APPROCHER. On a accès où l’on entre. On aborde les personnes à qui l’on veut parler. On approche celles avec qui l’on est souvent. Qui a beaucoup de connaissances peut avoir accès en beaucoup d’endroits. Qui a de la hardiesse aborde sans peine tout le monde. Qui joint à la hardiesse un esprit souple et flatteur peut approcher les grands avec plus de succès que d’autres, Guizot Aborder marque un fait, avoir accès, une faculté, et approcher, une habitude, Lafaye.

295. JOINDRE, ACCOSTER, ABORDER. On joint les personnes qu’on va chercher. On accoste une personne que l’on rencontre et que l’on connaît ou que l’on ne connaît pas. On aborde une personne que l’on connaît.

296. AMUSER, DIVERTIR. Amuser, c’est “faire passer le temps avec agrément, s’il s’agit de quelque chose qui plaît. Mais cela aussi explique pourquoi amuser a, en outre, le sens d’abuser, de repaître de vaines espérances. Divertir, c’est, étymologiquement, “détourner l’esprit, et, au sens que ce verbe a pris, tourner l’esprit vers des choses agréables. Aussi divertir est-il plus expressif qu’amuser, et les divertissements sont plus vifs que les amusements. L’usage de la conversation tend beaucoup à délaisser le verbe divertir, et par conséquent à donner à amuser tout le terrain que perd celui-là. Mais, en écrivant, on fera bien d’avoir devant les yeux la nuance qui les sépare.

297. AFFLUENCE, CONCOURS. Il n’est pas besoin d’indiquer que ces deux mots diffèrent essentiellement de multitude et de foule, par l’idée de mouvement qui y est incluse. Concours et affluence se confondent souvent ; pourtant toutes les fois qu’il importera de distinguer l’“arrivée en masse d’une foule ou l’“arrivée successive d’une foule, on se servira dans le premier cas de concours et dans le second d’affluence.

298. BACCHANALE, BACCHANAL. Un bacchanal, c’est “un grand bruit, un grand tapage”. Une bacchanale ajoute au bruit le sens de “fête désordonnée ou de débauche”.

299. ORGIE, BACCHANALE. Il y a une nuance entre ces deux mots qui se prennent souvent l’un pour l’autre. Une bacchanale est une “réunion de débauche” où il y a beaucoup de bruit, tandis qu’une orgie “peut n’être qu’un souper d’amis où l’on a trop bu”.

300. PARASITE, ÉCORNIFLEUR. Gens qu’on appelle trivialement “piqueurs d’assiettes, chercheurs de franches lippées”, parce qu’ils font métier d’aller manger à la table d’autrui. Le parasite paie en empressements, en complaisances, en bassesses, sa commensalité. L’écornifleur mange ; voilà tout. Il y a des parasites que l’on est bien aise de conserver ; il n’y a pas un écornifleur dont on ne tâche de se défaire, Roubaud.

301. IMPORTUN, FÂCHEUX. La différence qu’il y a entre ces deux mots, c’est que celui qui fâche ou ce qui fâche peut n’être fâcheux qu’une fois, tandis que celui qui importune ou ce qui importune est fâcheux d’une manière répétée, continue. Un importun vous assiège ; un fâcheux vous cause un ennui. Un souvenir importun vous poursuit ; un souvenir fâcheux vous cause de la peine.

Société

Métiers

Argent

302. PAYE, SOLDE. La solde ne se dit que des gens de guerre. La paye a un sens plus général : elle se dit aussi bien des ouvriers que des soldats.

303. GAGES, APPOINTEMENTS, HONORAIRES. Appointements se dit pour tout ce qui est place, ou qu’on regarde comme tel. Honoraires a lieu pour les maîtres qui enseignent quelque science, et pour ceux à qui on a recours dans l’occasion à l’effet d’obtenir un conseil salutaire, ou quelque autre service que leur doctrine ou leur fonction met à portée de rendre. Gages est d’usage à l’égard des domestiques de particuliers et des gens qui se louent pendant quelque temps au service d’autres personnes, Encyclopédie, VIII, 291. Traitement peut être ajouté à ces trois mots examinés par l’Encyclopédie ; il est synonyme d’appointements et diffère par conséquent de gages et d’honoraires. Il y a en outre une différence qui n’est pas notée, c’est que les appointements, le traitement, les gages sont quelque chose de fixe, tandis que les honoraires s’entendent mieux de ce qui est occasionnel : un prêtre assistant à un service, un médecin, un avocat ont des honoraires ; le prêtre qui dessert une église, le médecin qui est attaché à un hôpital ont un traitement.

304. RENTE, REVENU. Dans le sens primitif et propre, rente est absolument synonyme de revenu annuel. L’usage y a introduit cette différence que rente se dit surtout des revenus que procure un bien-fonds ou une somme d’argent placée”, et uniquement du revenu annuel que l’État paye à ses créanciers. De plus, revenu aujourd’hui comprend tout ce qu’on reçoit, tandis que rente ne comprend pas ce que l’on gagne actuellement par son travail. Un employé a un traitement de 5 000 francs et 3 000 francs de rente ; c’est 8 000 francs de revenu.

305. PRESTATION, REDEVANCE. Redevance s’emploie plus volontiers quand on veut parler d’une somme à payer par un fermier, ou d’une quantité de blé due annuellement par un métayer, tandis que prestation se dit mieux de l’action par laquelle on prête sa personne, un cheval, une charrette, etc. pour accomplir une tâche, Legoarant.

306. IMPENSE, DÉPENSE. Toute impense profite au propriétaire, tandis que la dépense est une “somme employée au dehors, et dont l’équivalent ne se trouve plus dans les biens de celui qui l’a faite, Legoarant.

Ménage

  • ménage. “L’ordre et la dépense d’une maison, ou, dans le langage scientifique, l’économie domestique.”

307. MÉNAGE, ÉPARGNE. Le ménage est le “bon emploi de l’argent” ; par le ménage on ne dépense pas plus qu’il ne faut ; par l’épargne on met de côté, en réserve, certaines sommes d’argent.

308. ÉCONOMISER, ÉPARGNER. Bien que ces deux mots proviennent d’une origine toute différente, ils ont un sens dans lequel on ne discerne qu’à peine quelque nuance précise. Économiser, épargner, “faire des économies, “faire des épargnes, c’est toujours faire que la recette l’emporte sur la dépense et que cet excès soit mis de côté, en réserve. La petite différence qu’on peut apercevoir entre ces deux mots, c’est que épargner s’applique plus particulièrement aux petites sommes recueillies une à une, et économiser à leur ensemble ; de là l’idée de petitesse pour les épargnes, tandis que les économies s’entendent aussi de fortes sommes.

309. MAISON, LOGIS. Maison marque plus particulièrement l’édifice ; logis est plus relatif à l’usage.

310. LOGIS, LOGEMENT. Ces deux mots ont même radical et ne diffèrent que par la finale. Mais cette finale leur imprime des nuances caractérisées. La finale ment exprime l’action ; le logement est d’abord l’“action de loger ; la finale is, qui reproduit la finale latine icius, indique l’appropriation de l’objet. Il est bien vrai que ces deux mots sont synonymes dans une portion de leur signification ; il n’y a pas de différence entre : mon logement est de trois pièces, ou mon logis. Mais les différences se montrent dans les emplois ultérieurs ; et logis est seul employé quand il s’agit d’avoir l’idée qui est dans la finale is et d’exclure celle qui est dans la finale ment ; ainsi l’on dit rester au logis (et non au logement). On dit au contraire chercher un logement, (et non chercher un logis), parce que l’idée principale est d’“aller se loger.

311. DEMEURER, LOGER. Ces deux mots sont synonymes dans le sens où ils signifient “la résidence ; mais demeurer se dit “par rapport au lieu topographique où l’on habite”, et loger “par rapport à l’édifice où l’on se retire”. On demeure à Paris, on loge au Louvre, à l’hôtel, etc. Guizot.

312. SERVITEUR, DOMESTIQUE. Ces deux mots sont synonymes pour le sens, et ne varient que pour l’emploi. Dans le style et le parler ordinaire on dit domestique et non pas serviteur : Mon domestique vous portera ma lettre ; j’ai un nouveau domestique, etc. Mais, hors de l’usage de la conversation et du style semblable à la conversation, on peut, si l’on veut, dire serviteur au lieu de domestique : Un fidèle serviteur ; le maître et ses serviteurs, etc.

313. VALET, LAQUAIS. Le mot de valet a un sens général qu’on applique à “tous ceux qui servent”. Celui de laquais a un sens particulier qui ne convient qu’à une sorte de domestique : il indique plutôt un homme de suite qu’un homme de service, Girard.

314. CARROSSE, VOITURE. (On ne dira pas : mon carrosse est à la porte ; je vous prendrai dans mon carrosse) ; il faut dire : ma voiture est à la porte ; je vous prendrai dans ma voiture. Carrosse implique une idée de luxe et de faste qui n’en permet l’emploi que dans certains cas.

315. NET, PROPRE. Ces deux adjectifs sont “opposés à sale”. Mais propre n’est arrivé à ce sens que par un long détour, puisque, primitivement, il se dit de ce qui appartient à, de ce qui est bien disposé. Aussi leur opposition à sale est différente : net est tout ce que la propreté rend brillant ; propre est tout ce qui, brillant ou non, n’a rien qui soulève ce certain dégoût laissé par la saleté.

316. APPRÊTER, PRÉPARER, DISPOSER. Il y a dans le mot apprêter, une idée d’industrie et de recherche ; dans le mot préparer, une idée de prévoyance et de diligence ; dans le mot disposer, une idée d’intelligence et d’ordre, Guizot.

317. APPAREIL, PRÉPARATIFS, APPRÊTS. Les préparatifs “se font d’avance pour une opération qui peut être fort éloignée. Les apprêts sont des préparatifs qui “se font pour une opération immédiate”. Les préparatifs de la guerre ; les apprêts de la bataille. L’appareil se déploie et porte l’attention sur la grandeur et la complication des moyens.

318. APPARAT, APPAREIL. Ces deux mots n’ont rien de commun par l’étymologie, le premier venant de parare, préparer, et le second de pareil, “disposition des choses pareilles”, appareil pour une opération. Ils se rencontrent dans le sens de magnificence. Mais en raison de leur étymologie, apparat, signifiant préparation, indique le soin qu’on a pris, la recherche, et un certain excès qu’on est disposé à blâmer. Rien de semblable n’est dans appareil. Un festin d’apparat, c’est un festin “où l’on déploie sa magnificence”. L’appareil d’un festin, c’est la “disposition” d’un grand festin.

319. COFFRE, BAHUT. La différence entre ces deux meubles, c’est que “le bahut a le couvercle en rond”, tandis que “le coffre peut avoir le couvercle plat ou arrondi”.

320. VÊTIR, HABILLER. Vêtir est l’acte pur et simple de “couvrir d’un vêtement. Habiller y joint l’idée que ce vêtement convient. C’est ce qu’on voit dans cet exemple-ci : Il n’en porte que l’habit, sa figure en est vêtue, et point habillée, pour ainsi direMarivaux, le Paysan parvenu, 5e partie.

321. HARDES, NIPPES. Hardes comprend tout, et spécialement les “habits principaux et de première nécessité, les gros vêtements” ; au lieu que nippes exclut les habits et ne désigne que le “linge, surtout celui qui n’est destiné qu’à l’ajustement”… Les nippes, n’étant pas de première nécessité, supposent une certaine aisance, une sorte de luxe ; ce que ne fait pas entendre le mot hardes… Une autre différence très remarquable consiste en ce que les nippes se considèrent par rapport à leur valeur, comme plus ou moins précieuses, comme constituant une plus ou moins grande valeur mobilière, comme faisant qu’on est plus ou moins bien nippé… La seule nuance propre à hardes est celle de former un paquet ou un fardeau qu’on porte… Enfin les hardes se prennent plutôt collectivement en gros, et les nippes distributivement en détail, Lafaye.

322. AJUSTEMENT, PARURE, TOILETTE. Ces mots donnent l’idée de la recherche et du “soin qu’on met à s’orner dans son habillement”. toilette est plus général que ajustement et parure, n’ayant pas le sens spécial que l’un ou l’autre emporte. L’ajustement exige du temps, du talent et du goût ; la parure veut des objets qui aient de l’éclat et qui soient propres à relever la figure. La toilette embrasse à la fois l’ajustement et la parure. toilette en ce sens ne se dit guère que des femmes ; ajustement peut se dire aussi des hommes.

323. BAGUER, BÂTIR. La différence entre baguer et bâtir est que, quand on a bagué, les grands points restent, et que, quand on a bâti, on enlève ces grands points qui n’étaient que provisoires.

324. ODEUR, SENTEUR. Odeur est le termegénéral ; elle est bonne ou mauvaise. La senteur est une odeuragréable. De plus l’odeur est dans les objets qui l’exhalent ; la senteur est ce qui est senti par le sujet, l’impression qu’il reçoit.

325. BIJOU, JOYAU. Les joyaux sont plus beaux, plus riches, plus précieux ; les bijoux sont plus jolis, plus agréables, plus curieux. Dans la comparaison on voit le joyau plus en grand, et le bijou plus en petit ; on dit les joyaux de la couronne, une femme porte des bijoux. Le bijou est toujours un ouvrage travaillé ; le joyau n’est quelquefois que la matière brute. Ainsi la joaillerie se distingue de la bijouterie, en ce qu’elle comprend dans son négoce les pierreries qui ne sont pas taillées ou montées, Girard.

326. DOITÉE, AIGUILLÉE. L’aiguillée a une longueur presque déterminée, et il en est différemment de la doitée qui peut fournir plusieurs aiguillées, sans toutefois être jamais d’une grande longueur, ou se trouver même plus courte que l’aiguillée : c’est donc un terme plus vague : Je ne veux pas le peloton ; donnez-moi seulement une doitée, une petite doitée, une forte doitée, une doitée d’environ deux aiguillées, Legoarant.

Bâtiment

327. CONSTRUIRE, BÂTIR. Construire est plus général que bâtir. Construire, signifiant, par son étymologie, “établir ensemble”, s’applique à toute espèce d’arrangement ; et l’on dit construire une machine, aussi bien que construire une maison. Bâtir, impliquant, étymologiquement, l’idée de ce “qui supporte”, ne se rapporte qu’aux maisons, aux édifices, aux vaisseaux.

328. LEVER UN PLAN, FAIRE UN PLAN. Lever un plan et faire un plan sont deux opérations très distinctes. On lève un plan en travaillant sur le terrain, c’est-à-dire en prenant des angles et en mesurant des lignes, dont on écrit les dimensions dans un registre, afin de se ressouvenir pour faire le plan. Faire un plan, c’est “tracer en petit sur du papier”, sur du carton ou toute autre matière semblable, les angles et les lignes déterminées sur le terrain dont on a levé le plan.

329. BÂTIMENT, CONSTRUCTION, ÉDIFICE, MONUMENT. Étymologiquement, le bâtiment est ce “qui porte, reçoit” ; l’édifice est l’“érection” de ce que les latins appelaient ædes, une grande maison, un palais, un temple, etc. ; la construction est l’“assemblage de matériaux” avec la chaux et le mortier. Ces étymologies donnent les nuances. Tout ce qui se fait avec le mortier et le bois ou autres matériaux, est une construction ; une maison est une construction, un bâtiment, un édifice, suivant le point de vue ; mais un égout, un pont est une construction, (et non un bâtiment encore moins un édifice). Le bâtiment est tout ce qui est “destiné à loger, soit hommes, soit bêtes, soit choses ; les écuries, les greniers sont aussi bien des bâtiments que les maisons. À bâtiment, édifice ajoute l’idée de grandeur architecturale ; un hôtel, un palais, une église sont des édifices. À édifice, monument ajoute l’idée de l’érection pour consacrer quelque grand souvenir.

330. ÉDIFICE, BÂTIMENT, MONUMENT. Le bâtiment, c’est “tout ce qu’on bâtit ; une cabane est un petit bâtiment ; une caserne en peut être un grand. L’édifice suppose plus d’art, plus de grandeur, d’élévation, des matériaux plus solides. Un marché public qui n’a presque pas de hauteur, n’est qu’un grand bâtiment ; l’église des Invalides est un édifice. Le monument est ce qui sert à instruire la postérité, ce qui reste comme une marque de la grandeur des peuples ou des hommes : la porte Saint-Denis, l’arc de l’étoile, sont des monuments ; et, par extension, on donne ce nom aux beaux édifices et aux tombeaux.

331. MAISON, HÔTEL, PALAIS, CHÂTEAU. Les bourgeois occupent des maisons ; les grands, les riches, à la ville, occupent des hôtels ; les rois, les princes, les évêques y ont des palais ; les seigneurs, les riches ont des châteaux dans leurs terres.

332. CABANE, HUTTE, CHAUMIÈRE. Ces trois termes, qui désignent une “petite maison, se distinguent en ce que : 1° la cabane exprime quelque chose de chétif et de misérable ; la cabane est la maison du pauvre ; 2° la hutte est la maison du sauvage ou de celui que les circonstances obligent à se loger comme les sauvages ; on se construit des huttes dans les forêts ; 3° la chaumière est la demeure du paysan”, de l’homme des champs ; elle est sans doute humble et pauvre, mais elle n’emporte aucune idée de misère, et les satisfactions champêtres y peuvent trouver place.

333. ÉCHAUGUETTE, GUÉRITE. L’échauguette est en bois ; la guérite peut être en bois ou en pierre.

334. DÉCOMBRES, RUINES. Les décombres sont l’“amas des matériaux d’un édifice qu’on a démoli ou qui s’est écroulé ; amas toujours destiné à être enlevé. Les ruines sont les “restes d’un édifice que le temps a endommagé” ; restes abandonnés à eux-mêmes ou respectés comme un monument.

335. DÉTRUIRE, DÉMOLIR, ABATTRE, RUINER, RENVERSER. On abat un mur, cela signifie simplement qu’on le “met à terre” ; ruiner un château, ce n’est pas l’abattre, il reste un château “en ruine ; renverser joint à l’idée d’abattre celle de violence ; la démolition est une œuvre de maçon et non une œuvre de destruction. Détruire, c’est défaire la structure : un château abattu est détruit dès que la forme générale n’existe plus. On le dira d’une tour renversée, si les pierres se disjoignent de manière à ne plus laisser subsister l’apparence d’une tour ; les matériaux ne sont pas détruits, la tour l’est certainement. Il en est de même de tous les ouvrages d’art : un tableau sera détruit si le feu par exemple ou un caustique en a gâté les couleurs au point qu’on ne puisse plus reconnaître les personnages.

336. ABATTRE, DÉMOLIR, RENVERSER, RUINER, DÉTRUIRE. Idée générale, “faire tomber”. L’idée propre d’abattre est celle de “jeter à bas : on abat ce qui est élevé, haut. Celle de démolir est de rompre la liaison d’une masse construite : on ne démolit que ce qui est bâti. Celle de renverser est de “mettre à l’envers” ou sur le côté, ce qui était bien placé ou debout, droit, sur pied : on renverse ce qui peut changer de sens et de direction. Celle de ruiner est de faire tomber par morceaux : on ruine ce qui se divise et ce qui se dégrade. Celle de détruire est de dissiper entièrement l’apparence et l’ordre des choses : Le temps détruit tout, Guizot.

337. MUR, MURAILLE. Muraille, représentant le pluriel neutre latin muralia, implique essentiellement une idée collective, ou, ce qui en dérive, une idée de grandeur et d’étendue, et se distingue par là de mur qui n’indique qu’un mur en particulier, ou en général un mur quelconque, grand ou petit.

338. FRONTISPICE, FAÇADE, FRONTON. Façade est plus général que frontispice ; c’est l’extérieur d’un édifice lorsqu’il se présente au spectateur”, tandis que le frontispice est la “principale façade d’un grand édifice. Quant au fronton, c’est un “ornement placé au haut de la façade.

339. ÉCRITEAU, INSCRIPTION. L’écriteau n’est qu’un “morceau de papier ou de carton sur lequel on écrit quelque chose en grosses lettres pour donner avis au public”. L’inscription se grave sur la pierre, sur le marbre, sur des colonnes, sur un mausolée, sur une médaille ou sur quelque autre monument public pour conserver la mémoire d’une chose ou d’une personneEncyclopédie, V, 357. Ajoutons que l’inscription est fixe, et l’écriteau mobile.

Agriculture

  • agriculture. Art de cultiver la terre.

340. AGRICULTEUR, CULTIVATEUR, COLON. L’agriculteur est celui qui s’occupe d’agriculture ; il se dit par rapport à la campagne en général ; il se prend adjectivement, et l’économie politique distingue les peuples agriculteurs des peuples chasseurs et pasteurs. Cultivateur se dit par rapport à un champ particulier qu’on exploite ; il désigne celui qui laboure, qui sème, qui taille, qui récolte. Aussi dit-on un petit cultivateur, (et non un petit agriculteur). Le colon fait partie de la population des campagnes ; il y habite : voilà tout ce que le mot indique.

341. LANDES, FRICHES. Les landes sont des “terres incultes, mais qui sont mauvaises par elles-mêmes et qui ne donnent que de chétives productions spontanées. Les friches sont des “terres non cultivées” ; elles peuvent être très bonnes.

342. FÉCOND, FERTILE. Étymologiquement fécond est ce “qui engendre, donne la naissance”, a la vertu d’engendrer, de donner la naissance ; fertile est ce “qui porte, et, ici, ce qui porte moisson, production, etc”. On voit donc que l’on peut dire sans nuance bien sensible une terre féconde, et une terre fertile, mais on dira une vertu féconde (et non une vertu fertile) ; car partout où l’idée de force productive intervient, c’est fécond qui doit être employé et non fertile. De même on dira un esprit fécond, parce que cet esprit est représenté comme ayant la vertu de produire ; mais, si on le dit fertile, il faudra ajouter en quoi : fertile en ressources, en inventions, etc. parce que, avec fertile, il faut énoncer ce qui est porté, produit. On trouve la différence entre ces deux mots bien marquée dans cette phrase : On a vu ou cru voir les moyens qui la rendent féconde [la terre] ; on a essayé de la rendre fertile en la cultivant, Condillac, Hist. anc. III, 3. Fertile est pour la terre un sens propre ; fécond n’y est qu’une métaphore. On dit d’une femelle qu’elle est féconde, (et non pas fertile). Fécond s’applique à l’organisme produisant, fertile à la terre.

343. ENSEMENCEMENT, SEMAILLES, SEMIS. Ensemencement est le terme générique. Il s’emploie en agriculture et y est synonyme de semailles, pour toutes les opérations de ce genre faites en grand et en plein champ. Semis s’emploie en horticulture et pour les petites quantités de semence. Ainsi ensemencement et semailles sont des termes d’agriculture ; semis, un terme d’horticulture. Ensemencement, en sa qualité de terme générique, s’emploie pour autre chose que la terre : on dirait qu’une baie a reçu un ensemencement d’huîtres, (et non semailles ni semis).

344. EXTIRPER, DÉRACINER. Un ouragan déracine un arbre et ne l’extirpe pas.Déraciner signifie qu’“un végétal a été arraché de terre sans qu’on se soit inquiété si ses racines sont restées ou non dans le sol”. Extirper indique que l’on n’a pas laissé dans le sol les racines, et qu’on les a enlevées en même temps qu’on enlevait le végétal. De plus, extirper indique surtout l’acte volontaire.

345. FUMIER, ENGRAIS. Engrais est le terme le plus général ; il se dit de tout ce qui engraisse la terre”. Le fumier est la “litière des animaux d’étable ou d’écurie avec leurs excréments”. Engrais peut se prendre pour fumier ; mais fumier ne se prend qu’abusivement pour engrais. La gadoue est un engrais (et non un fumier).

346. PLANTATION, REPIQUAGE. Dans le langage agricole, le mot plantation ne s’applique qu’aux plantes ligneuses ; on emploie celui de repiquage, lorsqu’il s’agit de végétaux herbacés.

347. FORÊT, BOIS. La forêt est toujours une grande étendue de terrain couverte d’arbres” ; le bois peut être un terrain très petit. De plus, dans la forêt croissent les grands arbres qui sont propres à la contrée ; dans le bois peut croître toute espèce d’arbres.

348. HÂTIF, PRÉCOCE. Ce qui est précoce est “mûr avant le temps”. Ce qui est hâtif marche vers la maturité avec “plus de rapidité”. La seule différence entre ces mots est que hâtif indique plus particulièrement le mouvement de développement ; précoce l’état de développement.

349. ÉLAGUER, ÉMONDER. Élaguer, c’est “retrancher” ; émonder, c’est, étymologiquement, “rendre net, rendre propre”. On élague un arbre pour le débarrasser de grosses branches qui le surchargent. On émonde un arbre non pas seulement pour le débarrasser de grosses branches devenues inutiles ou nuisibles, mais aussi pour lui ôter ce qui le dépare aussi bien que ce qui lui nuit. L’élagage se pratique surtout dans l’intérieur de l’arbre ; l’émondage, surtout à l’extérieur, à la cime, à l’extrémité des branches.

350. BOURRÉE, FAGOT. Ce sont “des bottes, des assemblages de même bois ; mais ce qui les distingue, c’est que le fagot a toujours trois ou quatre brins de bois plus gros que les autres, tandis que la bourrée est exclusivement formée de menus branchages.

351. AGRESTE, CHAMPÊTRE. Agreste n’est pas synonyme de champêtre. Agreste emporte avec lui l’idée de sauvage ; champêtre, l’idée de la culture et des agréments qui l’accompagnent. Un lieu agreste présente quelque chose de triste à la vue ; un lieu champêtre offre un spectacle gai et riant.

Élevage

  • élevage. Ensemble des opérations qui ont pour objet la multiplication et l’éducation des animaux domestiques.

352. RACE, ESPÈCE. Dans le langage de la zoologie, espèce est plus étendu que race. L’espèce galline en général, et, en particulier, la race galline qu’on élève en Normandie ou en Bresse. C’est une faute où l’on tombe souvent, de dire “la race bovine, ovine, porcine, chevaline”, pour l’espèce. Il faut dire, en général, l’espèce bovine, et, en particularisant, la race bovine de Durham, la race normande ; la race (de chevaux) percheronne, etc.

353. COURSIER, CHEVAL. Cheval est le nom simple de l’“espèce” sans aucune idée accessoire. Coursier renferme l’idée d’un cheval courageux et brillant”. Coursier est tellement propre à la poésie ou à la haute éloquence, que l’emploi de ce mot dans le style ordinaire suffit à rendre ridicule celui qui s’en sert, à moins qu’il ne le fasse par moquerie.

354. ÉTALON APPROUVÉ , ÉTALON AUTORISÉ. L’étalon approuvé est celui qui a été jugé “capable d’améliorer l’espèce” ; l’étalon autorisé n’a pas les qualités nécessaires pour contribuer à son perfectionnement, il est seulement “propre à maintenir l’amélioration”Bocher, Rapport à l’assemblée nationale, n° 1910, p. 102.

355. ÂNESSE, BOURRIQUE. L’ânesse est la “femelle de l’âne. La bourrique est l’ânesse considérée comme bête de charge. On dit du lait d’ânesse (et non du lait de bourrique).

356. GUIDES, RÊNES. Un cheval de selle a des rênes, un cheval de voiture a des guides. Cependant rênes se dit en tout cas dans le style noble.

357. BESTIAUX, BÉTAIL. On emploie indifféremment bestiaux et bétail pour désigner l’“ensemble des bêtes d’une métairie”, à la condition qu’elle aura des bêtes à cornes ou des chevaux ; car, si elle n’avait que des chèvres ou des moutons, il faudrait dire du petit bétail (et non des bestiaux). De même, une foire a beaucoup de bestiaux ou de bétail s’il y a, dans la quantité, du gros bétail ; mais on ne dira pas qu’(elle a beaucoup de bestiaux), s’il n’y a paru que des moutons et des chèvres ; et si l’on disait qu’il s’y trouvait de petits bestiaux, cela voudrait dire du bétail gros et menu, mais de petite taille.

358. BERGER, PÂTRE, PASTEUR. Le berger, étymologiquement, est “le gardeur de brebis” ; pâtre et pasteur, étymologiquement, désignent “celui qui fait paître, celui qui garde toute espèce de bêtes. On remarquera que pasteur est seul usité pour indiquer des peuples spécialement adonnés aux soins des troupeaux ; il figure dans le haut style des vers ou de la prose quand on veut donner quelque relief à un berger ou à l’état de berger, avec cette différence que pasteur représente l’amour paternel, et berger l’amour proprement dit. Quand pâtre s’emploie au figuré, il emporte une idée défavorable que n’a jamais pasteur .

359. BOIS, CORNES. Entre les cornes et le bois il y a cette différence : le bois présente plusieurs branches ; il tombe et puis repousse régulièrement ; au contraire, la corne est un jet simple, sans division, et qui, à moins d’accident, ne tombe jamais.

360. BOUCHE, GUEULE. C’est en parlant des animaux qu’il y a quelque difficulté à distinguer ces deux mots. L’usage veut qu’on dise la bouche d’un cheval, d’un âne, d’un mulet, d’un chameau, d’un bœuf, et en général des animaux que l’on monte ou que l’on attelle ; mais on dira la gueule d’un chien, d’un chat, du moins dans le langageordinaire ; car le mot bouche pourra être employé toutes les fois qu’on se rapprochera du langage de l’histoire naturelle qui, elle, ne se sert pas du mot gueule : le lion montrait une gueule menaçante ; mais on pourra dire : la bouche du lion est garnie de dents incisives.

361. ABOYER, JAPPER. Le premier se dit du cri des gros chiens, le second de celui des petits. Cependant on dit souvent d’un petit chien, il aboie, et d’un gros, il jappe. C’est qu’alors celui-là est en colère, et que celui-ci n’est animé contre aucun objet.

362. SE TAPIR, SE BLOTTIR. Il y a dans se tapir l’idée de se cacher, qui n’est pas dans se blottir. Un enfant se blottit dans son lit, pour avoir moins froid, mais (il ne s’y tapit pas).

363. APPÂT, LEURRE. L’appât est une pâture que l’on offre et qui cache un hameçon”. Le leurre est un “objet apparent que l’on montre, qui attire, et qui cache un piège”. L’appât a de trompeuses douceurs ; le leurre a de trompeuses apparences.

364. LACS, RETS, FILET. Le rets ou le filet est un “tissu à mailles et à jour” ; le lacs est un “assemblage de cordons disposés de manière à arrêter le gibier”. Quant à rets et filet, il ne paraît pas qu’il y ait aucune distinction dans la signification.

365. AQUICULTURE, PISCICULTURE. On entend spécialement par pisciculture l’“élevage artificiel de l’alevin”, et par aquiculture l’“empoissonnement des eaux”.

Commerce

366. COMMERCE, NÉGOCE, TRAFIC. Étymologiquement, commerce est l’échange de marchandises” ; négoce est l’état de celui qui ne prend pas de loisir, sens général déterminé dans notre langue à désigner les “occupations commerciales” ; trafic est le “transport des objets de commerce d’un endroit à un autre. Cela posé, on comprend les acceptions que l’usage a établies entre ces trois mots. Commerce est le terme le plus général, représentant, sans aucune idée accessoire, l’échange qui fait passer des uns aux autres tous les objets d’utilité ou d’agrément ; c’est pour cela qu’on peut l’employer presque toujours en place de négoce ou de trafic, tandis que négoce ou trafic ne peuvent pas s’employer toujours en place de commerce ; c’est pour cela aussi que l’usage l’a préféré pour désigner collectivement l’ensemble de ceux qui se livrent au commerce. Négoce, plus restreint, désigne spécialement l’exercice du commerce ; aussi l’usage emploie-t-il négociant, de préférence à commerçant, quand on parle de celui qui exerce un négoce particulier : les négociants d’une ville, un négociant en vins. Enfin, trafic s’applique particulièrement au commerce de transport ou de commission, à l’industrie du revendeur, etc.

367. TROC, ÉCHANGE. En droit, l’échange est un contrat, le troc un simple fait où l’on livre une chose pour une autre équivalente. En économie politique, échange est le termegénéral. J’échange mes produits contre ceux dont j’ai besoin, par l’intermédiaire de deux ventes : je vends mon produit, et de l’argent que j’en tire j’achète le produit d’autrui ; par cette vente et cet achat, l’échange est complet pour moi. Au contraire troc se dit de l’échange brut de produits qu’on fait avec les sauvages qui ne se servent pas de la monnaie.

368. LIVRER, DÉLIVRER. (dans le sens de donner) Livrer, c’est “remettre ce qui a été stipulé, convenu, vendu” : le marchand livre la marchandise à celui qui l’a achetée. Délivrer n’implique pas cette idée ; c’est simplement “remettre” : un garde-magasin délivre tant de sacs de farine à celui qui est autorisé à venir les prendre.

369. BANQUEROUTE, DÉCONFITURE, FAILLITE. La banqueroute est l’“état d’un commerçant failli qui se trouve dans un cas de dol ou de faute grave prévu par la loi ; on le dit dans le langageordinaire au lieu de déconfiture et faillite. La déconfiture est l’état d’insolvabilité d’un débiteur, non commerçant ; on le dit dans le langageordinaire pour banqueroute et faillite. La faillite est l’état de cessation des payements d’un commerçant ; on le dit abusivement pour déconfiture et banqueroute, Legoarant.

370. ÉCHANGER, TROQUER. L’échange se fait de toute espèce de marchandises et de toutes les façons. Au contraire le troc a un sens restreint et se fait proprement de choses de service, de meubles, d’effets, de bijoux, etc. et surtout de la main à la main ; le commerce avec les sauvages se fait par troc.

371. BROUILLON, BROUILLARD. Brouillard est un “registre des commerçants”, dit aussi brouillon. Brouillon se prend pour brouillard en ce sens ; mais brouillard ne se prend pas pour brouillon.

Industrie

372. FORGE, HAUT FOURNEAU. Le haut fourneau est l’“usine où le minerai est réduit en fonte” ; la forge est l’“usine où la fonte est transformée en fer. Si dans une même usine on réduit le minerai en fonte, et celle-ci en métal, cette usine prend le nom de forge, quoique sa partie appelée forge soit exclusivement réservée à forger la fonte, c’est-à-dire à la battre avec un marteau pour la transformer en métal, Legoarant.

373. ARTISAN, OUVRIER. L’étymologie est au fond de la distinction qui existe entre ces deux mots. L’ouvrier, de opera, “œuvre”, “fait un ouvrage ; artisan, de ars, “exerce un art mécanique”. L’artisan est un ouvrier ; mais l’ouvrier n’est pas un artisan. On dit les ouvriers d’une fabrique (et non les artisans). On dit encore les ouvriers de la campagne pour désigner ceux qui “labourent, moissonnent, fauchent”, etc. mais on ne dit pas (les artisans de la campagne), ou ce serait un autre sens. Bref, artisan, retenant toujours son étymologie, indique l’homme exerçant un métier considéré comme art mécanique.

374. FABRIQUE, MANUFACTURE. Les deux paraissent synonymes ; et il n’est pas possible de saisir une différence entre fabrique d’armes, par exemple, et manufacture d’armes. Seulement, dans manufacture se trouve l’idée d’une opération faite avec la main, tandis que fabrique s’étend à tout ce qui peut se faire, quand même la main n’y serait pas. De plus l’usage établit arbitrairement des différences entre fabrique et manufacture. Le dernier sonne mieux, et paraît plus important. On dit fabrique, et jamais manufacture de chandelles. On ne dit jamais la fabrique de Sèvres, etc. On dit indifféremment fabrique ou manufacture de draps.

375. OUTIL, INSTRUMENT. Outil se dit de ce qui sert aux arts mécaniques, instrument de ce qui sert dans les opérations qui ne sont pas exécutées par les artisans : des instruments de chirurgie. Cependant outil, mais c’est en poésie et anciennement, a été dit par Régnier des instruments de musique : Laissons le luth, la lyre et les outils divers, Régnier, Sat. IV.

376. MAILLE, CHAÎNON. Le chaînon est l’“anneau, de diverses figures, qui entre dans la composition d’une chaîne ; la maille, quand elle est de métal, est l’“anneau, de diverses figures aussi, qui entre dans la composition d’un tissu” : les mailles d’une cotte d’arme.

377. MANŒUVRE, MANOUVRIER. Ces deux mots sont synonymes, excepté en ceci que manœuvre se prend, en un sens particulier ou figuré, pour ouvrier subalterne”, et que manouvrier ne s’y prend pas.

378. PENDULE, HORLOGE. L’horloge est tout “mécanisme qui marque l’heure” ; la clepsydre est une horloge. La pendule est une horloge qui va au moyen d’un pendule.

379. CHARGE, FARDEAU, FAIX. Fardeau est le terme le plus général ; c’est “ce qu’on porte” ; un fardeau est lourd ou léger. Faix ajoute à l’idée de fardeau celle d’une pression qui gêne, qui lasse, qui accable ; on plie sous le faix ; un faix n’est jamais léger ; ajoutons que faix est un mot du langage poétique. Charge détermine le sens de fardeau à être précisément ce qu’un homme, une bête de somme, une charrette, un navire, peuvent porter.

380. CHARGE, FAIX, FARDEAU. La charge est “ce qu’un homme ou un animal peuvent porter” ; elle n’exprime rien de plus. Le fardeau est une charge pesante. Le faix, signifiant étymologiquement “un faisceau”, exprime proprement une multiplicité de choses réunies : le faix des années, des affaires, etc. mais ce sens étymologique a disparu par le frottement de l’usage ; et la distinction est que fardeau est de tous les styles, et que faix est plus particulièrement du style élevé.

381. CAPITAL, RICHESSE. Richesse, c’est l’ensemble des “choses qui servent à la satisfaction de nos besoins. Capital, c’est l’ensemble des “moyens de satisfaction résultant d’un travail antérieur. Le capital est l’un des trois éléments de la production : les agents naturels, le travail et le capital. Souvent on oppose capital à fonds de terre.

Restauration

382. TAVERNE, CABARET. Quand taverne est pris seulement au sens de “lieu où l’on va boire”, il s’y attache une idée de mépris qui n’est pas dans cabaret ; et, quand il est pris au sens de “lieu où l’on donne à boire et à manger”, il indique un établissement plus relevé que le cabaret.

383. CABARET, TAVERNE. maisons où l’on vend aux allants et venants à boire et à manger.” Le cabaret est un terme indifférent qui n’implique rien de défavorable, sinon que c’est un lieu destiné à la fréquentation de petites gens. Mais taverne, qui n’est plus de l’usage ordinaire, ne se dit guère que d’un cabaret où l’on va pour boire à l’excès et se livrer à la crapule, excepté quand il s’agit des restaurants anglais ou faits à l’imitation des anglais.

384. TRAITEUR, RESTAURATEUR. Le traiteur est proprement celui qui prépare et porte en ville ce qu’on lui a commandé. Le restaurateur “reçoit les consommateurs chez lui, et leur offre ce qu’il a”. Dans les petites villes, il y a plutôt des traiteurs. Dans les grandes, le restaurateur est en même temps traiteur.

385. COMPOTE, CONFITURE, CONSERVE, GELÉE, MARMELADE. Confiture est le terme générique. Il s’entend de toute espèce de “fruit confit dans du sucre”. La conserve est une confitureordinairement sèche et qui peut se conserver”. La compote se dit des “fruits cuits, soit entiers, soit en quartiers, de manière à conserver leur forme” ; une compote de poires. La marmelade se dit des “fruits qui s’écrasent en cuisant comme la pomme” : une marmelade de pommes. La gelée est une confiture du jus des fruits, qui se prend en une masse transparente et tremblante” : gelée de groseille, de pomme, de coing.

386. ASSAISONNEMENT, CONDIMENT. Assaisonnement est plus général. Il se dit de tout ce qui “rend les aliments plus agréables, surtout quand il s’y joint l’idée d’une certaine variété selon les saisons. Les fines herbes sont un assaisonnement dans la salade. Condiment ne se dit guère que de ce qui a une saveur très marquée. Le sel est le plus précieux de tous les condiments.

387. VIANDE, CHAIR. Le mot de viande porte avec lui une idée de nourriture que n’a pas celui de chair. De plus, chair ne se dit que des parties molles ; viande se dit d’une “portion de substance animale mêlée de parties molles et de parties dures”, Encyclopédie.

388. VIANDE, CHAIR. La viande est la chairpréparée dans la boucherie ou dans la cuisine pour la nourriture de l’homme ou des animaux”. La chair n’a subi aucune préparation et est l’animal lui-même tel qu’il est après avoir été tué. Les animaux carnivores se nourrissent de chair ; l’homme mange de la viande.

389. CHAUDRON, BASSINE. La bassine est moins haute de bord ; elle a deux poignées, tandis que le chaudron a une anse mobile qui permet de le suspendre.

390. AROMATE, PARFUM. L’aromate est ce “qui exhale une odeur agréable ; le parfum est “l’odeur agréable qui est exhalée”. En ce sens, ils ne sont pas synonymes ; mais ils le deviennent, quand parfum est pris pour le corps même qui parfume ; alors ils se distinguent en ce que parfum est plus général que aromate. Aromate ne se dit que des végétaux et des substances végétales ; parfum, au contraire, se dit des substances tirées des différents règnes.

391. FLACON, BOUTEILLE. La manière de les boucher, les flacons avec un bouchon de verre ou de métal, les bouteilles avec un bouchon de liège, établit entre eux une distinction. De plus les bouteilles sont ordinairement en verre plus commun que les flacons.

392. TORRÉFACTION, GRILLAGE. Aujourd’hui, le motgrillage se dit des mines, et le mot torréfaction des matières végétales : distinction que Buffon ne connaissait pas.

393. TRITURER, BROYER, ÉGRUGER, PULVÉRISER. Ce dernier est le terme générique qui exprime l’action de “réduire en poudre. Triturer, c’est “réduire en poudre sans frapper, ou convertir en pâte, avec l’intention d’obtenir un produit”. Broyer exprime également réduire en poudre, en pâte, ou en fragments ; mais il peut n’y avoir aucune intention d’obtenir un produit : la roue lui broya la jambe. Égruger, “réduire en poudre grossière (au moyen d’un égrugeoir) le sel, le sucre, etc. pour l’usage des cuisines.

394. POUDRE, POUSSIÈRE. Poudre et poussière, pour signifier la “terre desséchée, divisée et réduite en particules”, ne sont synonymes que dans le style élevé ; hors de ce style, c’est poussière que l’on dit et non poudre : Il s’élève dans les chemins beaucoup de poussière. Au contraire, quand il s’agit de “substances pulvérisées, c’est poudre qu’il faut dire et non poussière : Du tabac en poudre.

Marine

395. BÂTIMENT, VAISSEAU, NAVIRE. Bâtiment est le termegénéral. Vaisseau se dit plutôt des bâtiments de guerre, et navire de ce qui n’est pas bâtiment de guerre. Ces distinctions, qui sont techniques, n’empêchent pas que V. Hugo ait bien dit : Le navire à trois ponts qui tonne avec l’orage, Feuilles d’automne, I. Le langage commun confond navire et vaisseau ; étymologiquement, bâtiment se rapporte à la construction ; vaisseau à la contenance, à la capacité ; et navire, qui est le plus précis, à l’acte d’aller sur mer.

396. VAISSEAU, NAVIRE, BÂTIMENT. Dans le langage technique, vaisseau est proprement “un bâtiment de guerre”, navire “un bâtiment de commerce, et bâtiment un termegénéral qui comprend le vaisseau et le navire.

397. FLOT, VAGUE, HOULE. Le flot est l’“eau de la mer soulevée”, qu’il y ait ou non tempête. La vague est le flot d’une mer agitée. La houle est la vague qui continue à se soulever quand la tempête est calmée.

398. FOUGUE, FOULE. D’après Jal, on ne trouve fougue qu’en 1680, dans le projet de marine de Dortières ; auparavant on disait mât de foule, ainsi nommé parce que le vent foule, presse plus particulièrement le mât du mauvais temps. La corruption a été produite par l’assimilation avec fougue.

399. AVIRON, RAME. Ces mots sont synonymes ; seulement aviron est plus ordinairement employé par les marins français du nord, et rame par les marins du Languedoc et de la Provence.

400. NOCHER, NAUTONIER. Ces deux mots, qui sont tous deux du style poétique ou relevé, ont cette différence que le nocher “conduit, dirige le vaisseau, tandis que le nautonier “travaille à la manœuvre”.

401. CORSAIRE, PIRATE. Le corsaire est muni de lettres par son gouvernement et armé seulement en temps de guerre ; pris, il est traité comme prisonnier de guerre. Le pirate n’a point de lettres de marque, attaque même en temps de paix, et, pris, est traité comme voleur.

402. ARRAISONNEMENT, RECONNAISSANCE. Dans le langage sanitaire d’autrefois, les mots reconnaissance et arraisonnement des navires étaient considérés comme synonymes… Dans le langage adopté depuis lors [la conférence internationale de 1851], la reconnaissance proprement dite signifie “une opération sommaire applicable dans l’immense majorité des cas qui se présentent, c’est-à-dire aux navires facilement reconnus comme exempts de suspicion ; tandis que l’arraisonnement suppose au moins des doutes, et, par conséquent, la nécessité d’un examen plus approfondi…” L’arraisonnement n’est donc, en définitive, qu’une reconnaissance renforcée, Fauvel, Journ. offic.5 mars 1876, p. 1546, 1re col..

Armes

403. ARMURE, ARMES. Bien que les armes soient offensives ou défensives et que l’armure ne soit d’ordinaire que défensive, néanmoins ce qui distingue vraiment armes et armure, c’est que, avec armes, on considère chaque arme en particulier, et que, avec armure, on considère l’ensemble, même quand on dit une armure de tête, une armure de cuisse, où il s’agit encore de ce qui arme complètement la tête, la cuisse”.

404. MIRER, VISER. Mirer, c’est “tourner la mire vers” ; viser, c’est “tourner le vis, le visage. Ces deux mots, quand il s’agit de pointer une arme à feu, sont synonymes ; seulement, aujourd’hui, viser est plus usité que mirer.

405. AMPLITUDE, PORTÉE. En parlant d’une pièce d’artillerie, l’amplitude est la “distance mesurée depuis la tranche d’une bouche à feu, qui est horizontale, jusqu’au lieu où, s’il n’était arrêté dans sa course, le projectile rencontrerait le plan horizontal passant par son point de départ”. La portée est la distance à laquelle une bouche à feu peut chasser son projectile, Legoarant.

406. FILE, RANG. Un nombre d’hommes “à côté les uns des autres dans une même ligne” se nomme un rang ; des hommes mis “un à un derrière les uns les autres” se nomment une file.

407. VEDETTE, SENTINELLE. Une vedette est à cheval ; une sentinelle est à pied : l’une et l’autre “veillent à la sûreté du corps dont elles sont détachées”, et pour la garde duquel elles sont mises en faction.

408. GARDE, GARDIEN. L’un et l’autre expriment “la charge, le soin d’une garde ; mais la nuance que l’usage a mise, c’est que le garde est non seulement chargé de garder le dépôt, mais encore de le diriger, tandis que le gardien n’a que le soin matériel : le garde des manuscrits de la bibliothèque impériale ; le gardien qui est dans la salle et qui surveille. De plus garde ne s’emploie guère au sens figuré, tandis que gardien comporte très bien l’emploi métaphorique.

409. INCURSION, IRRUPTION. L’incursion est une course ; par conséquent celui qui la fait passe seulement sur le terrain qu’il ravage. L’irruption, qui exprime l’action de rompre une barrière, de pénétrer de vive force, n’a pas ce caractère passager ; elle est profonde. Après des incursions, les barbares rentraient en Germanie ; après leur irruption définitive, ils s’établirent dans les provinces romaines.

410. ACCOMPAGNER, ESCORTER. Nous escortons par précaution, pour empêcher les accidents qui pourraient survenir, ou pour mettre à couvert de l’insulte de l’ennemi qu’on peut rencontrer dans sa marche. Accompagner est plus général qu’escorter. On peut dire accompagner au lieu d’escorter, mais on ne peut pas dire toujours escorter pour accompagner.

411. DÉRIVATION, DÉVIATION. En artillerie, déviation est un “écart irrégulier”, qui varie d’un coup à l’autre et qui entraîne les inexactitudes du tir ; dérivation est un “écart régulier, constant à chaque distance, qu’on connaît à l’avance et dont on peut tenir compte, de sorte que la justesse du tir ne s’en trouve pas altérée.

Administration

  • administration. Gestion, conduite, des affaires publiques ou privées.

412. AVERTIR, DONNER AVIS, INFORMER. On peut manifester la nuance par les substantifs. L’avertissement est un “appel à l’attention sur quelque chose” ; l’avis et l’information n’impliquent rien de pareil, et expriment seulement qu’on a “fait savoir une chose à quelqu’un. L’avertissement peut être donné par des choses ; l’avis et l’information n’émanent que des personnes. Je vous informe de cela, c’est simplement “faire savoir” ; je vous donne avis de cela, c’est “faire savoir” avec la croyance que la personne prendra intérêt à ce qu’on lui dit ; je vous avertis, c’est “faire savoir” en donnant à la personne un avertissement.

413. PERCEPTION, RECOUVREMENT. Dans l’administration de l’enregistrement, comme dans plusieurs autres régies, on fait une distinction entre la perception et le recouvrement. La perception s’entend d’un produit inconnu jusqu’au moment où s’effectue la perception, c’est-à-dire où a lieu, de la part de l’agent, l’action de percevoir. La recette, au contraire, qui s’effectue sur un produit précédemment reconnu et liquidé, est appelée recouvrement, Pasquel, Organisation et service de l’administration financière de la France, in-8°, Paris, 1866.

414. IMPÔT, IMPOSITION. Proprement imposition est l’action de mettre l’impôt ; et impôt est le résultat de cette action. Mais quand, à son tour, imposition signifie le résultat de l’action, les deux mots se confondent, sauf en un point, c’est que imposition ne peut pas prendre le caractère général que impôt prend au singulier, quand on dit : le vote de l’impôt.

415. MARQUER, INDIQUER. Marquer, c’est “faire une marque ; indiquer, c’est “donner un indice. Marquer est donc plus expressif, plus fort que indiquer. Cette action marque un bon naturel ; elle prouve, en qualité de marque, que le naturel est bon. Cette action indique un bon naturel, elle fait penser, en qualité d’indice, que le naturel est bon.

416. EFFACER, RAYER, RATURER, BIFFER. Effacer est le plus général des quatre, vu qu’on efface de toutes sortes de façons. On efface un mot soit en le rayant, soit en le grattant, soit même en le lavant. On raye un mot en passant une raie dessus”. Raturer, bien qu’il exprime un acte semblable à rayer, dit quelque chose de plus ; la rature efface plus complètement que la raie. On biffe un mot en le rayant aussi ; mais, quand il s’agit d’une pièce entière, d’un arrêt, etc. on dit qu’on les biffe, ce qui est les croiser avec une raie d’encre.

417. DÉCLARER, MANIFESTER, RÉVÉLER. “Faire connaître ce qui était ignoré” est la signification commune de ces mots. Étymologiquement, déclarer c’est “rendre clair ; manifester, c’est “rendre manifeste ; révéler, c’est “tirer de dessous le voile. Quand on déclare ses intentions, on les fait connaître d’une manière expresse, de sorte que la personne à qui on les déclare soit bien avertie ; quand on manifeste ses intentions, on les fait voir, on les montre, de manière qu’elles seront aperçues ; quand on révèle ses intentions, on les fait connaître, en indiquant qu’elles étaient jusqu’alors un secret, ce qui n’est pas impliqué dans déclarer.

418. BIFFER, OBLITÉRER. Biffer un timbre, c’est “l’annuler absolument, lui ôter toute valeur en le couvrant de l’empreinte de la biffe. Oblitérer un timbre mobile, c’est “l’annuler avec l’empreinte d’une griffe spéciale”, de telle sorte qu’il conserve sa valeur pour la feuille sur laquelle il est apposé, et ne peut servir pour une autre feuille de papier.

419. RATURER, RAYER. Ratureremporte quelque chose de son sens primitif ; c’est “passer sur le mot un trait qui empêche de le lire”. Rayer, c’est simplement “passer sur le mot une raie, une barre, qui peut le laisser lisible”. Dans un acte on raye les mots qu’on veut supprimer, (on ne les rature pas).

420. STÉNOGRAPHIE, TACHYGRAPHIE. La sténographie retranche toutes les voyelles, et indique les finales entières par des signes particuliers ; ce que ne fait pas la tachygraphie.

421. ÉCRITOIRE, ENCRIER. L’encrier, à proprement parler, n’est qu’une partie de l’écritoire, comme la poudrière ou le porte-plumes.

État

  • état. Manière d’être, fixe et durable. 8° La forme du gouvernement d’un peuple, d’une nation. État monarchique. État républicain.

Peuple

  • peuple. Multitude d’hommes d’un même pays et vivant sous les mêmes lois.

422. CONDITION, ÉTAT. La condition a surtout rapport au rang qu’on tient dans les différents ordres qui forment l’économie de la république. L’état a plutôt “rapport au genre de vie, à l’occupation dont on fait profession”, Girard.

423. NATION, PEUPLE. Dans le sens étymologique, nation marque un rapport commun de naissance, d’origine, et peuple un rapport de nombre et d’ensemble. De là résulte que l’usage considère surtout nation comme représentant le corps des habitants d’un même pays, et peuple comme représentant ce même corps dans ses rapports politiques. Mais l’usage confond souvent ces deux mots ; et, sous la constitution de 1791, on avait adopté la formule : la nation, la loi, le roi.

424. CIVISME, PATRIOTISME. Le civisme est du “bon citoyen ; le patriotisme est de celui qui aime et sert sa patrie. On voit dès lors que patriotisme est plus étendu que civisme ; car, pour avoir du civisme, il faut être citoyen, tandis que, pour le patriotisme, il suffit d’avoir une patrie. Les serfs russes montrèrent beaucoup de patriotisme dans la grande invasion que fit Napoléon en leur pays. Hampden, en refusant une taxe modique qui n’était pas légale, fit un acte de civisme.

425. COMPAGNIE, SOCIÉTÉ. Dans le sens d’association, les sociétéssavantes, les compagniessavantes ; la société des jésuites, la compagnie des jésuites : entre ces locutions, il n’est pas possible, dans l’usage, d’apercevoir aucune nuance réelle ; sinon que quand il s’agit des membres rassemblés on dit plutôt compagnie que société : il lut son mémoire devant la compagnie.

426. BONNE SOCIÉTÉ, BONNE COMPAGNIE. La bonne société c’est la société composée des personnes qui occupent un haut rang dans une ville, dans le monde”. En ce sens, bonne compagnie ajoute une idée d’élégance, idée qui n’est pas nécessairement comprise dans bonne société.

427. CAMARADE, COMPAGNON. Camarade est d’origine un terme militaire, et signifie “de la même chambrée” ; de là, figurément, il exprime celui qui a avec d’autres même genre d’occupations ou d’habitudes. Compagnon, qui veut dire d’origine celui “qui mange le même pain”, n’a point cette particularité de sens ; il n’implique pas qu’on soit de même occupation ; il implique qu’on accompagne. Ainsi on dit : des camarades de lit, des compagnons de voyage. Vivre d’un même genre de vie pour camarades, s’accompagner pour compagnons, voilà la nuance de sens essentielle entre ces deux mots. Nous disons camarades de collège (et non compagnons de collège) ; mais au féminin compagnes de pension, de couvent ; cette déviation tient à ce que l’oreille a désiré marquer le féminin que la désinence ne signale pas dans camarade.

428. COLLÈGUE, CONFRÈRE. Collègue se dit de ceux qui sont revêtus des mêmes fonctions ou qui ont une même mission” : on est collègue dans un collège, au sénat, au corps législatif, dans un conseil municipal, etc. Confrère se dit de ceux qui appartiennent à une même société, à un même corps, sans avoir rien à faire de particulier au nom de cette société. On est confrère à l’Académie et dans toutes les sociétés académiques. Les hommes revêtus des mêmes grades, comme les avocats entre eux, les médecins entre eux, les marchands qui vendent les mêmes objets, par exemple, les libraires entre eux, se traitent de confrères.

429. CONFRÈRE, COLLÈGUE. L’idée d’union est commune à ces deux termes ; mais elle y est présentée à deux points de vue différents. Les confrères appartiennent à une “même corporation” soit religieuse, soit littéraire, soit politique, soit professionnelle ; les collègues remplissent les “mêmes fonctions” : des académiciens, des avocats, des médecins sont confrères (et non collègues) ; des préfets, des magistrats, sont collègues (et non confrères). Dans leurs relations particulières les notaires sont confrères : ils sont collègues dans leurs actes.

430. TROUPE, BANDE. La troupe est un “rassemblement, fortuit ou non, de personnes”. Le rassemblement constitué par la bande n’est pas fortuit ; il indique association. Une troupe de paysans. Une bande de voleurs.

431. RACAILLE, CANAILLE. La signification commune est fouledigne de mépris” ; mais racaille est encore plus méprisant que canaille, et exprime un degré au-dessous.

432. GENS, PERSONNES. Ce qui distingue ces deux mots, c’est que gens est toujours un nom collectif, et personnes, même au pluriel, un nom toujours individuel. Aussi l’on dit vingt personnes (mais non vingt gens) ; et, réciproquement, on dit les gens de guerre (et non les personnes de guerre).

Pouvoir

433. AUTORITÉ, POUVOIR. Ces deux mots sont très voisins l’un de l’autre dans une partie de leur emploi ; et pouvoir monarchique, autorité monarchique disent quelque chose de très analogue. Pourtant, comme autorité est ce qui autorise, et pouvoir ce qui peut, il y a toujours dans autorité une nuance d’influence morale qui n’est pas nécessairement impliquée dans pouvoir. La locution : de son autorité privée, le fait sentir ; c’est un droit qu’on s’arroge (de son pouvoir privé n’irait pas aussi bien)  ; car qu’importerait que le pouvoir fût privé, s’il était réel ? Dans le langage politique, pouvoir a en certains cas une signification plus générale ; quand on dit : l’autorité a fait fermer cet établissement, cela s’entend de l’autorité générale et des autorités inférieures en ce sens qu’elles en font partie ; mais si l’on dit : le pouvoir a pris de l’ombrage de l’opinion exprimée dans ce livre, cela s’entend du gouvernement même, considéré dans son esprit et dans son système.

434. POUVOIR, PUISSANCE. Pouvoir est l’infinitif du verbe ; puissance est le participe présent avec la finale ance ; de la sorte, pouvoir marque l’action simplement ; et puissance, quelque chose de durable, de permanent : On a la puissance de faire une chose ; et on exerce le pouvoir de la faire. C’est pour cela qu’on dit la puissance d’une machine, (et non son pouvoir).

435. RÉPUBLIQUE, DÉMOCRATIE. République est “la chose publique”, et n’implique la forme du gouvernement que par un sens particulier. Aussi les empereurs romains avaient-ils conservé le nom de république, et les premières pièces frappées en 1804 portaient d’un côté République française, et de l’autre Napoléon empereur. Démocratie, au contraire, exprime que c’est “le peuple entier qui a le gouvernement ou qui le confère à des magistrats de son choix élus pour un temps assez court. Les États-Unis sont une démocratie. La démocratie est l’opposé de l’aristocratie ou république aristocratique. C’est donc prendre démocratie en un faux sens que de dire, comme on fait tous les jours, que la France est une démocratie. à la vérité on entend par là un état social où les inégalités nobiliaires sont très effacées ; mais ce n’est là qu’une petite partie de la démocratie.

436. EMPIRE, ROYAUME. L’empire est “la domination ou le domaine d’un empereur. Le royaume est “la domination ou le domaine d’un roi. De plus, empire se dit d’une domination d’une vaste étendue ; un royaume peut être très petit ; un empire petit est ridicule. Empire se dit très bien pour une vaste domination sans empereur : l’empire romain avant Auguste ; en cet emploi, il va sans dire que royaume ne pourrait être substitué à empire. Empire se dit aussi, dans le style élevé, d’un royaume puissant : l’empire des lis.

437. EMPIRE, RÈGNE. Comme on dit qu’un empereur règne, on dira indifféremment sous l’empire ou sous le règne d’Auguste. Mais on dira sous le règne de Louis XIV, (et non sous l’empire de Louis XIV).

438. ASCENDANT, EMPIRE. On a de l’empire sur soi et sur les autres ; on n’a de l’ascendant que sur les autres. De là découle la différence ultérieure : empire implique une action bien plus directe et bien plus voisine de la force ; ascendant une action plus éloignée et dépendant davantage d’une supériorité d’esprit ou de caractère.

439. ROI, TYRAN, PRINCE, SOUVERAIN, EMPEREUR. Le roi se distinguait du tyran dans l’antiquité en ce qu’il possédait légitimement l’autorité ; depuis le moyen âge, il se distingue des ducs, comtes, princes, souverains aussi, en ce que le roi a été dans l’origine “suzerain de ces ducs, comtes et princes ; enfin il se distingue de l’empereur, en ce que l’empereur est un “titre dérivé de l’empire romain”.

440. GÉRER, RÉGIR. Gérer, c’est proprement “porter” ; régir, c’est proprement “diriger”. Celui qui régit peut n’avoir pas la gestion ; celui qui gère peut ne pas avoir la direction. Quand on dit qu’un ministre gère ou régit les affaires de l’État, il est considéré dans le premier cas comme “occupé à les expédier” ; dans le second, comme leur “donnant la direction” qu’elles doivent suivre.

441. GUIDER, CONDUIRE. Guider quelqu’un, c’est le conduire pour lui montrer le chemin, pour empêcher qu’il ne s’égare. Conduire, c’est l’accompagner dans un trajet”, sans que nécessairement il soit question de lui montrer un chemin.

442. CONDUIRE, MENER, GUIDER. Celui qui conduit peut ne pas savoir le chemin ; celui qui guide sait le chemin. Celui qui mène peut ne pas conduire, c’est-à-dire faire cheminer, et peut ne pas guider, c’est-à-dire connaître les chemins à prendre. Un chien conduit un aveugle ou le guide, suivant que ce chien ne sait pas encore le chemin ou qu’il le sait déjà ; mais c’est l’aveugle qui mène le chien.

443. ORDONNER, COMMANDER. Étymologiquement, ordonner, c’est “mettre par arrangement” ; commander, c’est “transmettre un mandement. Mais l’usage a singulièrement rapproché le sens de ces deux verbes. Toutefois on apercevra les traces de la signification dans cet emploi : le médecin ordonne les remèdes, il ne les commande pas au malade ; le médecin ordonna au malade de prendre un purgatif, (et non lui commanda). Réciproquement, on commande un ouvrage à un artisan, mais on ne le lui ordonne pas.

444. COMMANDEMENT, ORDRE, INJONCTION. Étymologiquement, le commandement est l’“action de recommander ; l’ordre, l’“action de disposer ; l’injonction, l’“action d’imposer une obligation. De là découlent les nuances de l’usage. Commandement tantôt incline du côté du sens de précepte, comme les commandements de Dieu, de l’Église, où ordre ne peut pas se dire, tantôt exprime une action directe, comme dans les commandements qu’un officier fait à ses soldats ; ici encore ordre ne conviendrait pas. Au contraire, toutes les fois qu’il s’agira d’un ensemble de dispositions, on emploiera ordre et non pas commandement : le régiment, la troupe reçut l’ordre de partir, et le commandement du colonel la mit en mouvement. Injonction, qui, d’ailleurs, appartient de préférence au langage du pouvoir judiciaire et à l’administration, impose une obligation : Dieu enjoint au riche d’entretenir le pauvreBourdaloue. C’est dans ce sens que l’autorité fait des injonctions à ses agents.

445. OBLIGER, CONTRAINDRE, FORCER. L’obligation lie, engage. La contrainte serre et ne permet pas qu’on s’échappe. La force nous surmonte et triomphe de nous. De plus dans contraindre et forcer, il y a une idée de nécessité physique qui n’est pas dans obliger.

446. SOUMETTRE, SUBJUGUER. Il y a dans subjuguer le mot joug qui donne à subjuguer une idée plus dure qu’à soumettre.

447. CONTRAINDRE, FORCER. Ces deux verbes expriment que l’on agit “contre son gré. La nuance est que forcer indique une action plus forte que moi, qui me domine, qui me fait force, tandis que contraindre exprime simplement un obstacle opposé à ma volonté, quelque chose qui me serre, qui me lie. C’est là la nuance qui distingue ces deux verbes, tout en permettant de les confondre en bien des cas.

448. ABAISSER, RABAISSER, RAVALER, HUMILIER, AVILIR. Tous ces mots ont le sens général de “déprécier”. Abaisser n’a rien de plus que le sens général. La malignité humaine abaisse la vertu. Rabaisser est plus fort ; on rabaisse ce qui est beaucoup trop élevé, l’arrogance, la présomption. L’envie, ne pouvant s’élever jusqu’au mérite, pour s’égaler à lui, tâche à le rabaisser. Ravaler exprime une idée analogue à rabaisser, mais avec plus de violence et d’emportement. Avilir attire la honte, imprime la flétrissure. Le grand homme peut être humilié, ravalé, (mais non pas avili).De grands motifs nous engagent à nous humilier, à nous abaisser, (aucun à nous avilir). L’homme modeste s’abaisse, on rabaisse la présomption, l’esprit de parti ravale les hommes éminents, le lâche s’avilit, le pénitent s’humilie, Roubaud.

449. VEXER, MOLESTER. Vexer marque d’ordinaire un abus d’autorité. Ce qui est à charge, ce qu’il est difficile de supporter nous moleste.

450. TOLÉRER, SOUFFRIR. On tolère les choses lorsque, les connaissant et ayant le pouvoir en main, “on ne les empêche pas” ; on les souffre lorsqu’“on ne s’y oppose pas”, faisant semblant de les ignorer, ou ne pouvant les empêcher. Dans tolérer il y a un fonds d’indulgence ; dans souffrir il y a un fonds de patience.

451. MAINTENIR, SOUTENIR. Ces deux mots le diffèrent que par le préfixe : le premier signifie “tenir avec la main” ; le second, “tenir par dessous”. Là est la nuance. On maintient ce qui est debout, on soutient ce dont la base n’est pas solide. Maintenir les lois, c’est “les faire observer quand elles sont en vigueur” ; soutenir les lois, c’est “empêcher que ce qui les attaque ne triomphe”.

452. ÉLIRE, CHOISIR. D’après l’étymologie, élire, c’est “tirer hors” ; et choisir, c’est fixer le regard sur, remarquer, et de là préférer”. Un général choisit son terrain (mais il ne l’élit pas). Un auteur choisit ses mots (mais il ne les élit pas). Au contraire on choisit un homme et on l’élit ; Louis XIVchoisitColbert, c’est-à-dire “le remarqua, le préféra” ; Louis XIVélutColbert, c’est-à-dire “l’éleva à un ministère” (il faut ajouter que l’usage attribue d’ordinaire à élire l’idée de suffrages donnés). Israël fut choisi entre les peuples, c’est-à-dire “préféré” ; Israël fut élu de Dieu, c’est-à-dire appelé à des destinées particulières” ; de sorte que la distinction étymologique se poursuit dans les acceptions.

453. ABSOLU, IMPÉRIEUX. Un homme impérieux commande avec empire ; un homme absolu “veut être obéi avec exactitude”. L’un peut n’exiger que de la déférence ; l’autre veut de la soumission. On est impérieux par le ton, le langage ; on peut être absolu en conservant de la douceur dans les formes. Un monarque impérieux est celui qui commande avec hauteur à ceux qui l’entourent ; un monarque absolu est celui qui règne en maître sur ses sujets. On peut être impérieux et faible : sans fermeté on n’est pas absolu. On n’est impérieux que par moments : un caractère absolu se fait sentir sans interruption, Guizot.

454. APPROBATION, SUFFRAGE. Celui qui donne son approbation à un homme, à une action, à un livre, fait quelque chose d’aussi favorable au fond, mais de moins éclatant dans la forme que celui qui donne son suffrage. L’approbation peut être tacite, le suffrage est manifeste.

455. CHOIX, ÉLITE. Des hommes de choix sont des hommes choisis pour un objet quelconque ; les grenadiers sont des hommes de choix, puisqu’ils sont choisis à cause de leur taille” ; des hommes d’élite sont des hommes qui “excellent au-dessus des autres” ; à l’armée les compagnies d’élite sont des compagnies qui ont une prééminence ; des compagnies de choix seraient des compagnies choisies entre plusieurs. Mais, à part cet emploi, choix et élite se confondent : le choix de Rome, dans Brébeuf, c’est l’élite de Rome, et on ne peut distinguer entre : le choix de ces tableaux a été acheté par les Anglais, et l’élite de ces tableaux.

456. ÉLITE, FLEUR. Ces deux mots expriment “ce qu’il y a de meilleur entre plusieurs individus ou plusieurs objets de même espèce” : l’élite de l’armée ; la fleur de l’armée. Mais ils retiennent quelque chose de leur origine : fleur emporte toujours l’idée du brillant, de l’éclat, de la beauté ; et élite emporte toujours l’idée d’élection.

457. SE DÉMETTRE, ABDIQUER. Ces deux mots signifient quitter de gré ou de force un emploi, une dignité”. Se démettre est plus général ; on se démet aussi bien du moindre emploi que de la plus haute dignité. Au contraire, abdiquer implique une idée de solennité, qui fait qu’on ne s’en sert que quand il s’agit de la royauté ou des plus hautes fonctions.

458. ABDIQUER, SE DÉMETTRE. C’est en général quitter un emploi, une charge. Abdiquer ne se dit guère que des postes considérables. Se démettre s’applique plus aux petites places qu’aux grandes. L’abdication peut être forcée aussi bien que la démissionGuizot. Il semble aussi que l’abdication se fait plutôt d’une manière publique, éclatante. Une autre différence tient à celle des préfixes ab et . Abdiquer exprime un acte brusque, s’achevant en un seul coup, au lieu que se démettre désigne quelque chose de successif, une délibération. Abdiquer exprime le fait ; se démettre le représente s’accomplissant, ou dépeint le travail qui y mène, Lafaye.

459. ABANDONNEMENT, ABDICATION, RENONCIATION, DÉMISSION, DÉSISTEMENT. On fait un abandonnement de ses biens, une abdication de sa dignité et de son pouvoir, une renonciation à ses droits et à ses prétentions, une démission de ses charges, emplois et bénéfices, et l’on donne un désistement de ses poursuites. Il ne faut abandonner que ce qu’on ne saurait retenir, abdiquer que lorsqu’on n’est plus en état de gouverner, renoncer que pour avoir quelque chose de meilleur, se démettre que quand il n’est plus permis de remplir ses devoirs avec honneur, et se désister que lorsque les poursuites sont injustes ou inutiles ou plus fatigantes qu’avantageuses, Girard.

Guerre

  • guerre. La voie des armes employée de peuple à peuple, de prince à prince, pour vider un différend.

460. MASSACRE, TUERIE, CARNAGE, BOUCHERIE. Tuerie indique seulement que l’“on tue sans aucune idée accessoire”. Dans carnage, il y a, suivant l’étymologie, l’idée que “beaucoup de chair est mise en pièces” ; c’est donc la mise à mort de beaucoup d’individus ; mais carnage n’indique pas si c’est dans un combat ou dans un massacre ; c’est pourquoi on ne dit pas le carnage de la Saint-Barthélemy. Le massacre implique que les massacrés n’opposent pas de résistance ou n’en opposent qu’une insuffisante : les Vêpres siciliennes sont un massacre. Boucherie (qui est ici pris au sens figuré, tandis que les autres le sont au sens propre) donne, soit à l’idée de massacre, soit à celle de carnage, la nuance que les personnes tuées le sont d’une façon comparable à la manière dont les bouchers tuent les animaux.

461. BATAILLE, COMBAT. On verra à l’étymologie que bataille a signifié anciennement et proprement troupe, bande ; tandis que combat n’exprime que l’idée de “se battre avec”. De là, quand ces deux mots sont devenus synonymes, une inclination de l’usage à consacrer bataille au conflit d’une armée, et combat à tout conflit quelconque. Dans un langage précis, bataille signifie “un combat dans lequel deux armées ont engagé toutes leurs forces”. Les armées ont ordinairement des combats avant d’en venir à une bataille. On dit gagner, perdre une bataille ; ce qui ne se dit pas avec combat.

462. CAPTIF, ESCLAVE, PRISONNIER. Dans le sens ancien et souvent usité, le captif est pris à la guerre, et peut être fait esclave ; dans le sens moderne, captif est synonyme de prisonnier, avec cette différence que captif est de la poésie et du style relevé. L’esclave n’est pas pris à la guerre ; il reçoit l’esclavage en héritage de ses parents, ou bien on l’achète de ceux qui le possèdent ou qui font la traite. Le prisonnier est ou pris à la guerre, ou détenu de toute autre façon ; mais il n’est pas esclave.

463. RAVAGER, DÉVASTER. Ravager, dans lequel est le radical du latin rapere et rapina, exprime l’impétuosité et l’instantanéité de l’action. Dévaster, qui signifie proprement “rendre vaste, c’est-à-dire désert, exprime une action étendue à une contrée où on ne laisse rien subsister, ni hommes ni choses.

464. DÉFAITE, DÉROUTE. Ces mots désignent la “perte d’une bataille, faite par une armée, avec cette différence que déroute ajoute à défaite et désigne une armée qui fuit en désordre, Encyclopédie, IV, 731.

465. DÉCADENCE, RUINE. Ces deux mots diffèrent en ce que le premier prépare le second, qui en est ordinairement l’effet. La décadence de l’empire depuis Théodose annonçait sa ruine totale.

466. DÉSERTEUR, TRANSFUGE. Celui qui déserte, abandonne son drapeau” ; mais le mot ne dit pas par soi-même où le déserteur va ; au lieu que transfuge signifie que le déserteur va de l’autre côté et “passe à l’ennemi”.

467. DÉFENDRE, SOUTENIR, PROTÉGER. Mettre quelqu’un ou quelque chose “à couvert du mal” qui lui arrive ou qui peut lui arriver. On défend ce qui est attaqué ; on soutient ce qui ne se tient pas debout par soi-même ; on protège ce qui a besoin d’être couvert et garanti. On défend une cause ; on soutient une entreprise ; on protège les sciences. Défendre les sciences, ce serait prendre en main leur cause, si on leur attribuait, comme Rousseau (J.J.) par exemple, des influences funestes ; protéger les sciences, c’est en favoriser la culture et le progrès. On défend un homme contre ses ennemis, on le soutient dans les démarches qu’il fait, et, si on occupe une position supérieure à la sienne, on le protège, c’est-à-dire on le sert auprès des personnes de qui son succès dépend : la principale différence entre protéger et les deux autres verbes étant que protéger entraîne en général l’idée de la supériorité de celui qui protège, ce que ne font pas défendre et soutenir.

Politique

468. ALLIANCE, CONFÉDÉRATION, LIGUE, COALITION. L’alliance est une amitié établie par des traités entre des souverains, des nations, des États, des puissances. La confédération est une “union d’intérêt et d’appui contractée entre des corps, des partis, des villes, de petits États pour faire ensemble cause commune” ; c’est cette condition de faire cause commune qui distingue la confédération de l’alliance qui, étant un mot plus général, n’implique pas la défense réciproque. La ligue est une “jonction formée entre des souverains, des partis, des particuliers puissants, pour exécuter une entreprise commune et en partager les fruits”. Ce qui sépare la ligue de la confédération, c’est que la ligue n’a pas la permanence de la confédération et a d’ordinaire un objet plus borné. Ligue prend souvent aussi une acception défavorable. Coalition diffère de ligue moins par le sens que par l’emploi ; on s’en sert pour désigner la réunion des souverains qui, en 1813 et en 1814, abattirent l’empire français ; on s’en servirait fort bien pour exprimer toute ligue analogue ; on s’en sert encore, et non pas de ligue, pour désigner dans les assemblées législatives la réunion de plusieurs partis à l’effet de renverser un ministère. La coalition des torys et des radicaux renversa le ministère whig.

469. AMBASSADEUR, ENVOYÉ, DÉPUTÉ. De ces trois termes envoyé est le plus général ; l’envoyé a une mission, de quelque part qu’elle vienne, et quel que soit celui à qui elle s’adresse. Aussi peut-on dire l’envoyé de Dieu. Le député est nommé par des citoyens, par des corps particuliers, par des sociétés subalternes, ou bien par des sujets ou des vaincus pour faire des représentations, des demandes ou des prières ; il a un mandat déterminé. Enfin envoyé, par rapport à ambassadeur, exprime un rang inférieur ; l’ambassadeur représente son souverain, au lieu que l’envoyé ne paraît que comme simple ministre autorisé. Si, par une raison d’étiquette ou autrement, on ne veut pas avoir un ambassadeur auprès d’un gouvernement, on y a un envoyé.

470. CONCILIER, ACCORDER. Accorder, c’est proprement “mettre d’accord, ramener au même ton, à l’unisson” ; tandis que concilier signifie uniquement “rapprocher”. C’est cette différence d’étymologie qui est la cause des nuances que ces deux mots expriment. Concilier les libertés de l’Église gallicane avec les prétentions de la cour de Rome, voudrait dire que par une interprétation on a montré qu’“elles ne se repoussaient pas, et qu’au fond elles s’accordaient. Accorder les unes avec les autres voudrait dire que par un moyen quelconque on les a “mises dans un état où elles n’ont plus de dissemblance”. Un intérêt commun les concilia, signifiera qu’“il leur a ouvert les yeux et leur a fait reconnaître qu’au fond rien d’essentiel ne les séparait”. Un intérêt commun les accorda, signifiera qu’ “il leur a fait faire des concessions mutuelles et qu’ils se sont arrangés pour s’entendre”.

471. CABALE, BRIGUE, COMPLOT. La cabale et le complot ont cela de commun qu’ils expriment l’“entente de plusieurs pour atteindre un objet” ; mais ils diffèrent parce que la cabale n’a aucun des caractères subversifs que le complot désigne. Le complot est dirigé vers un but politique et il a l’intention de changer par la force quelque chose dans le gouvernement. La cabale n’emploie pas la force ; elle cherche, par les menées des gens qui la composent, à réussir dans ses projets pour quelqu’un ou contre quelqu’un, pour une doctrine ou contre une doctrine. La brigue se distingue essentiellement de la cabale : la brigue peut être purement individuelle, mais la cabale suppose un concours de personnes.

472. DÉFAVEUR, DISGRÂCE. Disgrâce dit plus que défaveur. La défaveur c’est simplement la “perte de la faveur ; mais la disgrâce est quelque chose de plus ; elle implique non seulement la perte de la faveur, mais aussi la “perte des grâces, des choses gracieuses qui étaient possédées, telles que fortune, emplois, position sociale. La défaveur où était Fénelon ne l’empêchait pas d’être archevêque de Cambrai ; la disgrâce où tomba Fouquet amena sa ruine et son emprisonnement.

473. INTRIGUE, CABALE, BRIGUE. Une intrigue est la “réunion des moyens employés par une ou plusieurs personnes pour un objet quelconque”. Une brigue est la “réunion combinée des démarches de plusieurs personnes en faveur d’une seule”. Une cabale est l’“association de plusieurs personnes, pour ou contre une chose ou une personne”, Guizot.

474. ÊTRE INTRIGANT, AVOIR DE L’ENTREGENT. Intrigant se prend toujours en mauvaise part. Quand on veut exprimer les mêmes actes en bonne part, on dit qu’un homme a de l’entregent, qu’il sait se ménager, qu’il se fait bien venir partout.

475. MANIGANCE, MACHINATION. Dans la manigance, il y a la main ; dans la machination, il y a la machine. La machination est donc quelque chose de plus compliqué, de plus grand que la manigance. D’ailleurs manigance est du langage familier, et machination de tous les styles.

476. RÉBELLION, RÉVOLTE. Ces deux mots ont pris une signification très voisine. La seule nuance qu’on y trouve, c’est que révolte est de tous les styles, et que rébellion appartient surtout au style élevé.

477. SÉDITION, ÉMEUTE. L’émeute se forme dans la rue et commence par un rassemblement fortuit, sans chef, sans dessein préalable. La sédition est concertée, elle obéit à un mot d’ordre, elle a des meneurs ; c’est l’action non pas d’un rassemblement, mais d’un parti.

478. INSURRECTION, RÉVOLTE. L’insurrection est un “soulèvement” plus ou moins général contre l’autorité qui gouverne. La révolte est une “résistance” aux ordres de l’autorité. La révolte ne passe pas nécessairement à l’insurrection.

479. MUTATION, RÉVOLUTION. Mutation a un sens plus général que révolution ; il implique seulement qu’il y a eu changement ; révolution implique qu’il y a eu “renversement”.

Justice

  • justice. Règle de ce qui est conforme au droit de chacun ; volonté constante et perpétuelle de donner à chacun ce qui lui appartient.

480. JUSTE, ÉQUITABLE. Dans juste est l’idée de droit ; dans équitable est l’idée d’égalité qui est dans le latin aequus. De là la nuance fondamentale entre ces deux mots ; ce qui est juste est de rigueur ; ce qui est équitable est de conscience. La distinction va plus loin : ce qui est juste est conforme à la loi ; ce qui est équitable est plus conforme à l’idée que nous nous faisons d’une justice plus élevée. Quand les enfants d’un complice de lèse-majesté étaient enveloppés dans sa ruine, cette condamnation était juste, puisque “la loi l’avait prononcée ; des sentiments plus équitables ont fait comprendre et établir que “personne ne devait être puni de la faute des autres”.

481. IDÉAL, CHIMÈRE, UTOPIE. Gardons-nous de confondre l’idéal et la chimère ; la chimère est “une fantaisie, une imagination sans raison”, une conception contre nature ; les anciens en donnaient bien l’idée quand ils formaient leurs chimères de parties qui ne peuvent aller ensemble, le corps d’une chèvre, la tête d’un lion et la queue d’un dragon ; l’idéal n’est point cela : il n’est rien de monstrueux ; c’est proprement une “chose existante prise dans sa perfection” ; sans doute cette perfection n’est pas actuellement réalisée, mais la réalité y tend, c’est sa destinée, sa règle, l’ordre le meilleur où elle puisse être, et où elle s’efforce de se placer, c’est, dans la vie privée, la sainteté, dans la vie publique, la justice et la fraternité la plus complète, c’est-à-dire la perfection ; et il est également sûr que l’homme y tend et qu’il n’y arrivera jamais. On reconnaît ici quelle ligne délicate sépare l’idéal et l’utopie : il s’agit de décider à quel point de perfection il est permis d’atteindre, et de ne pas passer au delà ; or il n’est pas aisé de marquer ce point, car l’homme et la société ont causé et réservent encore plus d’une surprise à ceux qui prétendent les borner, Bersot, journal des débats du 22 oct. 1864.

482. PAUVRE, INDIGENT. Pauvre est le terme le plus général ; c’est aussi celui qui signifie le moins. Le pauvre “a peu”, est mal partagé, ou mal aisé. L’indigent souffre et est, “par le manque, dans un état de peine”.

483. ASILE, REFUGE. Le refuge est un asile où l’on se réfugie, que l’on gagne par la fuite”, par une course précipitée. Il y a donc dans refuge l’idée d’un péril imminent, qu’asile ne contient pas. Asile ne contient pas non plus l’idée de besoin de défense qu’indique refuge ; l’asile est ouvert à la vieillesse, à l’enfance, à la piété, etc. le refuge l’est aux exilés, aux proscrits, etc.

484. ACCABLER, OPPRIMER, OPPRESSER. Accablerexprime l’idée la plus générale ; il veut dire simplement faire succomber sous le poids ; il se prend en bonne et en mauvaise part : accabler de chagrin, accabler de bienfaits. Les Romains accablèrent les Carthaginois. Opprimer ne se prend qu’en mauvaise part : le fort opprime le faible ; un roi opprime ses sujets ; un tyran domestique opprime sa femme et ses enfants. Oppresser n’indique qu’une action physique : une respiration gênée est oppressée ; oppressé par la douleur. De ce côté, oppresser redevient équivalent à accabler, sauf que oppresser indique plutôt la gêne de la suffocation, et accabler l’anéantissement des forces. C’est l’usage seul qui a introduit une différence entre opprimer et oppresser ; car ils sont de même origine, si bien que l’oppresseur est (non pas celui qui oppresse, mais) celui qui opprime.

485. AFFRANCHIR, DÉLIVRER. Affranchir, c’est “rendre franc ; délivrer, c’est “rendre libre”. Rendre franc, c’est élever d’une condition servile à celle d’homme franc ; rendre libre, c’est ôter tout ce qui captive. Délivrer est donc beaucoup plus général et moins précis. Délivrer des esclaves peut aussi bien s’entendre d’esclaves auxquels on donne la liberté, que d’esclaves qu’on arrache au pouvoir de l’ennemi. En revanche, on ne dira pas (affranchir des prisonniers), mais affranchir des esclaves, des serfs. L’affranchissement ne s’applique qu’au passage d’une condition sociale à une autre ; la délivrance s’applique à toute sortie hors d’une situation où la liberté nous est ôtée. Quant au sens métaphysique, ces deux mots se confondent beaucoup.

486. PRÉROGATIVE, PRIVILÈGE. Prérogative signifie un “titre à certains hommages”, une préférence, une distinction, une dignité ; privilège, un “avantage réel et positif qui met en dehors de la loi commune”. La prérogative est un honneur, et se rapporte au rang : elle relève ou met au-dessus des autres ; le privilège a plutôt rapport à l’intérêt : c’est un avantage dont on est favorisé parmi les autres et contre le droit commun.

487. PARTAGER, DISTRIBUER. Partager une chose, c’est la diviser en différentes parts ; distribuer, c’est “remettre les différentes parts à ceux à qui elles reviennent.

488. PARTIE, PART. La partie est “ce qu’on détache du tout” ; la part est “ce qui en doit revenir. Le premier de ces mots a rapport à l’assemblage ; le second au droit de propriété. On dit une partie d’un livre et une partie du corps humain ; une part de gâteau et une part d’enfant dans la succession, Girard.

489. MUTUEL, RÉCIPROQUE. Mutuel désigne l’échange ; réciproque, le “retour”. Le premier exprime l’action de donner et de recevoir de part et d’autre ; le second, l’action de rendre selon qu’on reçoit. On dit que l’affection est mutuelle, pour signifier qu’“on s’aime l’un l’autre” ; on dit qu’elle est réciproque, pour marquer qu’“on se rend sentiment pour sentiment”. Le don est surtout mutuel quand il est le même ou du même genre de part et d’autre ; il n’est que réciproque s’il s’agit d’objets différents cédés en compensation. Un mari et une femme s’engagent mutuellement leur foi, et ils s’engagent réciproquement à des devoirs différents, Laveaux. L’enseignement mutuel est mutuel (et non pas réciproque) : “car si A instruit B, B n’instruit pas A réciproquement ; mais il rendra à C ce qu’il a reçu de A, et C à son tour rendra à D et ainsi de suite ; la mutualité a donc un sens plus étendu que la réciprocité.

490. PRIVER, FRUSTRER. On peut priver légitimement quelqu’un de quelque chose, et par un acte d’autorité ; l’idée de trahison ou d’injustice entre toujours dans celle de frustrer. Un père mécontent prive son fils de son héritage ; un frère intrigant et fourbe frustre son frère des droits qu’il avait à la succession paternelle, Guizot.

491. ARRACHER, RAVIR. Ce qui distingue ces deux mots, c’est que arracher implique résistance de celui à qui on arrache ; tandis que ravir est à la vérité un acte de violence, mais qui peut s’exercer sur des personnes ou des choses non défendues ou mal défendues.

Droit

  • droit.

Propriété

  • propriété. Ce qui est le propre d’une chose. 5° Le droit par lequel une chose appartient en propre à quelqu’un.

492. AVOIR, POSSÉDER. Avoir est beaucoup plus général que posséder. On a de toutes les façons possibles, au lieu que posséder, c’est avoir, en exprimant précisément que l’on tient en sa main, en son pouvoir”, la chose dont il s’agit.

493. S’APPROPRIER, S’ARROGER, S’ATTRIBUER. “Se donner une chose de son chef”. S’approprier indique la prise de propriété ; la chose ne nous appartient pas ; nous la prenons, et nous la faisons nôtre. S’arroger n’implique aucune idée de propriété ; aussi s’applique-t-il à toutes choses : privilèges, autorité, droits, etc. seulement il emporte arrogance, hauteur, prétention à la supériorité. S’attribuer exprime que celui qui s’attribue “s’adjuge une chose qui est contestée” et à laquelle d’autres prétendent : Les deux partis s’attribuèrent la victoire.

494. ATTRIBUER, IMPUTER. Imputer veut dire que l’on “met sur le compte de ; attribuer, que l’on attache à”, que l’on rapporte à. Par conséquent, attribuer a une signification plus générale. Ce qu’on attribue n’implique rien de favorable ni de défavorable. Ce qu’on impute n’est pas indifférent, c’est un blâme, ou quelquefois une louange ; car on impute aussi à bien, à mérite. Attribuer des vers à quelqu’un, c’est dire seulement, à tort ou à droit, qu’“il en est l’auteur ; imputer des vers à quelqu’un, ce serait faire entendre que les vers dont on parle méritent l’animadversion.

495. QUITTER, ABANDONNER, RENONCER. Idée commune, “cesser de garder une chose, de s’en occuper ou de la demander”. Les thérapeutes abandonnent leurs biens à leurs parents ou à leurs amis ; ils quittent leurs pères, leurs mères ; ils renoncent à tous les attachements terrestres, Condillac. On renonce toujours volontairement, avec quelque peine, avec regret, en se faisant violence ; on renonce au plaisir, au monde, à une profession qui convenait. Quitter et abandonner n’impliquent pas l’idée de renoncement, et signifient seulement qu’on se sépare d’une chose agréable ou pénible, utile ou nuisible. La différence entre quitter et abandonner est que l’on quitte de toutes les manières, ce mot en lui-même étant indifférent, au lieu que dans abandonner il y a toujours l’idée d’une sorte de délaissement, de désertion, comme dans ce vers de Racine : Je quittai, mon pays, j’abandonnai mon père, Lafaye.

496. ABANDONNER, DÉLAISSER. Abandonner se dit des choses et des personnes ; délaisser ne se dit que des personnes. Nous abandonnons les choses dont nous n’avons pas soin ; nous délaissons les malheureux à qui nous ne donnons aucun secours. Au participe, délaisser a une énergie d’universalité qu’on ne donne au premier qu’en y joignant quelque terme qui la marque précisément. Ainsi l’on dit : C’est un pauvre délaissé ; Il est abandonné de tout le monde, Guizot.

497. DÉNUÉ, DÉPOURVU. Dépourvu est celui qui est “sans provision ; dénué est celui qui est “mis à nu. Dénué exprime donc une nuance plus forte que dépourvu.

498. GARANTIR, PRÉSERVER. Garantir, c’est “servir de garant, de caution ; préserver, c’est sauver de quelque péril qui menace. Jusque-là les deux significations sont très distinctes ; mais, si on passe à l’extension de sens que garantir prend quand il signifie protéger, mettre à l’abri, on trouve qu’il se confond grandement avec préserver. La vaccine garantit ou préserve de la petite vérole ; le sens est le même, et l’usage ne peut y découvrir aucune différence.

499. RÉSIDENCE, DOMICILE. L’idée propre de résidence est celle d’un “lieu où l’on est fixé, établi” ; celle de domicile est l’idée plus restreinte “d’une maison et de l’habitation”. La résidence est la demeure habituelle et fixe ; le domicile, la demeure légale ou reconnue par la loi. Paris est sa résidence. Son domicile est à Versailles.

Contrat

  • contrat. Terme de droit. Accord de deux ou plusieurs volontés, qui a pour objet la création ou l’extinction d’une obligation. Le mariage est un contrat.

500. CASSER, ROMPRE, BRISER. Ces trois mots expriment que, dans un objet, “la continuité est détruite. Ils diffèrent en ce que casser, c’est la détruire en un coup”, en une fois ; rompre, c’est la détruire avec un effort”, avec le temps ; briser, c’est “mettre en pièces”. Un coup de barre cassa l’essieu ; un coup de feu le brisa ; une charge trop pesante le rompit. Il faut ajouter que l’étymologie de casser est complexe, venant à la fois de cassus, vain, vide, nul”, et de quassare, briser ; de ce côté casser n’a plus de synonymie avec rompre : on casse un contrat, un testament, un officier (mais on ne les rompt pas) ; on rompt une alliance (mais on ne la casse pas).

501. CAUTION, GARANT, RÉPONDANT. Termes qui désignent un homme qui se fait fort ou “qui s’engage pour un autre”. On donne caution, on est caution, quand “on s’engage à payer pour quelqu’un”, s’il ne paye ou s’il ne se présente pas là où il est requis. Garant est plus général : on est garant non seulement d’une somme à payer, mais de toute espèce d’obligation ; ainsi on est garant des droits de quelqu’un ; un État est garant d’un traité. Il faut remarquer que, tandis que caution se dit des personnes, garant s’étend aux choses. Répondant ne se dit que des personnes ; c’est celui qui répond d’un autre”, qui témoigne de son honnêteté, de sa capacité, de son aptitude. Ce domestique a de bons répondants.

502. AFFERMER, LOUER. Ces deux mots signifient l’“action par laquelle le propriétaire d’une chose en cède à un autre la jouissance et l’usufruit, au moyen d’une somme annuelle”. Mais affermer ne se dit que des biens ruraux, des impôts ou des fournitures, et louer est un terme plus général qui s’applique à tout, aux terres, comme aux logements, ustensiles, animaux.

503. DE BON GRÉ, DE BONNE VOLONTÉ, DE BON CŒUR, DE BONNE GRÂCE. Ces quatre termes expriment l’“acquiescement”, mais non un acquiescement de même nature, puisque gré, volonté, cœur et grâce diffèrent. De bon gré exprime l’absence de contrainte et une détermination volontaire ; c’est l’opposé de malgré : on fait de bon gré ce qu’on ne fait pas malgré soi. De bonne volonté dit quelque chose de plus ; un homme de bonne volonté est un homme que “sa volonté porte à faire ce qu’on lui demande ; non seulement il n’y est pas contraint, mais encore “il le veut lui-même”. Avec de bon cœur, le cœur intervient, la volonté y est, et de plus, la cordialité et l’entrain qu’elle donne. Enfin de bonne grâce exprime que la grâce s’y joint : faire une chose de bonne grâce, c’est la faire “sans qu’on ait besoin de nous prier” et avec une manière qui rehausse le prix de ce qu’on fait.

504. CONSENTEMENT, PERMISSION, AGRÉMENT. Termes qui ont tous trois rapport à des “actions de la vie où l’événement dépend en partie de nous, en partie de la volonté des autres”. Le consentement, signifiant “conformité de sentiment, veut dire qu’on tombe d’accord avec la personne qui demande le consentement. La permission est relative à des choses qui ne sont pas permises, qui sont défendues, et pour lesquelles on obtient dispense. L’agrément, voulant dire qu’“on prend à gré, est une nuance du consentement.

505. CONSENTIR, ACQUIESCER. Consentir, c’est, étymologiquement, “tomber d’accord”. Acquiescer, c’est, étymologiquement, “se mettre en repos” à l’égard de quelque chose. Dans le consentement, il y a “conformité de sentiment” ; dans l’acquiescement il y a “conformité de volonté. Un père consent au mariage de son fils. Un chrétien acquiesce à la volonté de Dieu.

506. SÉDUIRE, SUBORNER. Séduire, c’est mener hors du chemin de la vérité, du devoir”, d’une façon quelconque, par la parole, par les écrits, par les exemples. Suborner, c’est acheter, au moyen d’un prix quelconque, des services qui ne devraient pas être rendus”.

Loi

  • loi. Prescription émanant de l’autorité souveraine. Chez les Romains, les lois se distinguaient ordinairement par le nom de famille des citoyens qui les avaient faites ou proposées : loi Cornélia, loi Julia, etc.

507. DÉCRET, LOI. Ces deux mots expriment une décision rendue par une autorité souveraine, mais le décret qui, suivant son étymologie, est une “chose décrétée, a conservé un sens de particularité qui n’est pas dans loi ; la loi statue sur une matière générale ; le décret, sur des choses particulières. Dans la pratique, on a plutôt égard à l’autorité dont l’acte émane ; mais la qualification dérive originairement des considérations précédentes. Dans le langagegénéral, le décret suppose une autorité personnelle qui exprime précisément sa pensée. On dit les lois de la nature, de la morale ; on ne dirait pas les décrets ; tandis qu’on dit les décrets de Dieu, parce que Dieu est un être qui veut et qui ordonne.

508. LÉGAL, LÉGITIME. Ce qui est légal est “conforme à la loi. Ce qui est légitime est “conforme à l’équité. Un acte qui viole la loi ne peut jamais être légal ; mais il peut être légitime en raison des circonstances.

509. LICITE, PERMIS. Ce qui est licite n’est défendu par aucune loi, par aucune autorité. Ce qui est permis était défendu naguère”.

510. DÉFENDU, PROHIBÉ. Ces deux mots désignent quelque chose qu’il n’est “pas permis de faire. Mais défendu est un termegénéral qui s’applique à tout, tandis que prohibé est un terme du langage spécial qui ne s’applique qu’aux défenses faites par une loi ou un règlement. La calomnie est défendue par la morale ; la contre-bande est prohibée.

511. USAGE, COUTUME. Suivant l’étymologie propre à chacun de ces mots, usage exprime la “manière d’user, de se servir des choses de la vie” ; et coutume, les habitudes que l’on a de faire telle ou telle chose”. Mais on dit indistinctement : c’est la coutume, ou c’est l’usage.

512. COUTUME, HABITUDE. Coutume est objectif, c’est-à-dire indique une manière d’être générale à laquelle nous nous conformons. Au contraire, habitude est subjectif, c’est-à-dire indique une manière d’être qui nous est personnelle et qui détermine nos actions. L’habitude devient un besoin ; mais la coutume ne le devient jamais. Cependant on dira également : j’ai la coutume ou j’ai l’habitude de prendre du café, avec cette nuance cependant que avoir la coutume exprime seulement le fait que je prends ordinairement du café, tandis que avoir l’habitude exprime qu’un certain besoin s’y joint.

513. IMMUNITÉ, EXEMPTION. Immunité est plus étendu qu’exemption ; il se dit surtout des corps, des villes, tandis qu’exemption se dit surtout des particuliers. De plus, l’exemption met seulement à l’abri d’une charge ; l’immunité peut constituer une prérogative positive et non pas seulement négative comme l’exemption ; ainsi le droit d’asile qu’avaient les églises était une immunité ecclésiastique. Enfin, immunité s’emploie d’une manière absolue, tandis qu’avec exemption on spécifie de quoi on est exempté : exemption d’impôts, de service.

514. ANNULER, INFIRMER, CASSER, RÉVOQUER. “Mettre hors d’usage ce qui a autorité.”Annuler est le plus général ; il signifie “rendre nul sans rien spécifier de plus, ni quant à ce qui annule, ni quant à ce qui est annulé. Révoquer exprime que “la même autorité qui avait octroyé la chose la retire” : L’édit de Nantes, accordé par Henri IV, révoqué par Louis XIV. Casser indique une autorité supérieure qui annule l’acte d’une autorité inférieure. La cour de cassation casse en dernier ressort les arrêts ou jugements. Infirmer appartient, en jurisprudence, à un tribunal supérieur qui défait l’arrêt d’un tribunal subalterne, et, dans le langagegénéral, est une expression adoucie de casser.

515. ABOLIR, ABROGER. Idée commune, “mettre hors d’usage”. Abolir est plus général que abroger ; tout ce qui met hors d’usage abolit, mais tout ce qui abolit n’abroge pas. La désuétude, l’oubli, l’indifférence abolissent une loi, mais ne l’abrogent pas ; pour qu’elle soit abrogée, il faut un acte solennel et régulier de la puissance publique. C’est pour cela qu’une loi seule, un édit, un règlement sont abrogés ; tandis qu’une coutume, une tradition, en usage sont abolis.

516. DÉROGATION, ABROGATION. Ce sont des “actions législatives opposées à l’autorité d’une loi, mais chacune à sa manière. La dérogation laisse subsister la loi antérieure. L’abrogation l’annule absolument. La loi dérogeante ne donne atteinte à l’ancienne que d’une manière indirecte et imparfaite ; la loi qui abroge est directement et pleinement opposée à l’ancienne, Beauzée.

517. CONFÉRER, DÉFÉRER. Conférerexprime un “acte de l’autorité ; déférer exprime un “acte de courtoisie. Le ministre conféra à cet officier un commandement que ses camarades lui avaient déféré.

518. INHIBITION, PROHIBITION. L’inhibition s’applique aux actes que l’on veut empêcher. La prohibition s’applique aux choses que l’on veut empêcher de pénétrer dans un pays ou en exclure.

519. AMNISTIE, GRÂCE. La grâce est individuelle ; l’amnistie est collective.

Délits

  • délit. Terme de jurisprudence. Infraction quelconque de la loi. 2° Infraction que la loi punit d’une peine correctionnelle. Un délit de presse. 3° Terme de droit civil. Fait illicite qui cause du dommage à autrui avec intention de nuire.
  • crime. Très grave infraction à la morale ou à la loi, ou punie par les lois, ou réprouvée par la conscience.

520. DIFFAMATOIRE, DIFFAMANT. Diffamatoire se dit “des paroles ou des écrits qui ont pour but de diffamer quelqu’un ; il a toujours un sens objectif. Diffamant est plus général et se dit de tout ce qui attaque la réputation, soit au sens actif, quand on attaque la réputation : des discours diffamants ; soit au sens passif, quand ce qui est diffamant agit sur celui qui a fait ce qui diffame : une action diffamante.

521. DIFFAMANT, INFAMANT. Ce qui diffame “rend la réputation mauvaise” ; ce qui est infamant la “rend infâme. On se diffame par des actes que la morale réprouve ; on se rend infâme par des actes qui ne relèvent pas seulement de l’opinion publique, mais qui tombent sous le coup de la répression de la justice.

522. DÉROBER, VOLER. Dérober, c’est priver de ce qui s’appelait autrefois robes, désignant tout ce qui composait l’équipement et l’approvisionnement d’un homme”. Voler, c’est “prendre par fraude ou par violence un bien quelconque appartenant à autrui. Voler est donc plus général. Un marchand qui trompe sur le poids, vole sa pratique, mais ne la dérobe pas. De plus, dérober, c’est prendre en cachette et sans violence quelque chose de matériel ou que l’on considère comme tel ; c’est pour cela que à la dérobée veut toujours dire en cachette, sans être aperçu. Qui dérobe vole ; mais celui qui vole à force ouverte ne dérobe pas.

523. LARRON, VOLEUR. Le larron dérobe furtivement”. Le voleur “s’empare du bien d’autrui soit furtivement soit par violence.

524. VOLEUR, FILOU, FRIPON. Voleur est le termegénéral ; on est voleur de quelque façon que l’on vole. Le filou est un voleur qui met la main dans les poches, qui subtilise une bourse, des foulards, etc”. Le fripon est un voleur qui emploie quelque ruse : un domestique qui vole son maître en lui faisant payer les objets plus cher qu’il ne les a achetés est un fripon.

525. CHIQUENAUDE, CROQUIGNOLE, NASARDE, PICHENETTE. Le lieu où la chiquenaude et la pichenette se donnent est indéterminé ; la nasarde est restreinte au nez d’après son étymologie ; et la croquignole se donne sur toute partie du visage.

526. BATTRE, FRAPPER. Frapper un homme, c’est lui “donner un coup”. Battre un homme, c’est lui “donner plusieurs coups”. On n’est jamais battu qu’on ne soit frappé, dit M. Guizot ; mais on peut être frappé sans être battu.

527. CRIME, FORFAIT. Crime est le termegénéral ; le forfait est un “grand crime ; à quoi il faut ajouter que forfait indique d’ordinaire un crime commis par quelque personnage d’une grande position, d’une grande puissance.

528. AGRESSION, ATTAQUE. On a dit que l’agression est une attaque inattendue, sans raison, sans provocation ; tandis que l’attaque ne surprend pas ; elle vient d’un ennemi connu dont on se défie. Ce n’est pas là la vraie différence. Attaque porte simplement l’idée sur “un combat, une lutte qui commence d’un côté” ; mais l’agression porte l’idée sur l’acte premier qui est la cause du conflit. Il est possible que celui qui attaque ne soit pas l’agresseur, l’agression pouvant consister en toute autre chose qu’une attaque. Attaque est l’acte, le fait ; agression est l’acte, le fait considéré moralement et pour savoir à qui est le premier tort.

529. ASSASSIN, MEURTRIER, HOMICIDE. L’homicide est le terme le plus général ; il se dit de celui “qui tue un homme”, soit avec intention, soit par imprudence. L’assassin et le meurtrier ont l’“intention de tuer”, mais le premier dresse un guet-apens et attaque en trahison ; dans meurtrier l’idée de guet-apens, de trahison n’est pas impliquée.

530. ASSASSINER, ÉGORGER. La différence entre ces deux mots est que l’assassin fait son coup à l’improviste et en se cachant, tandis que l’on peut égorger au grand jour, quand, par exemple, on exécute l’ordre d’un maître tout-puissant et irrité : Christine a fait égorger Monaldeschi.

Peines

531. ABSOLUTION, PARDON, RÉMISSION. Ces trois termes, qui ont cela de commun qu’ils expriment l’“effacement d’une faute”, d’un crime, d’une accusation, ont cela de particulier qu’ils se rapportent le premier “à un accusé, le second “à un offenseur”, le troisième “à un coupable”. Un père pardonne à son fils ; un tribunal absout un accusé ; le prince remet à un coupable une peine en courue.

532. INDEMNISER, DÉDOMMAGER. Indemniser, c’est “compenser une perte par une valeur équivalente. Dédommager ne s’applique pas seulement aux pertes, il comprend toutes les espèces de compensations ; de plus il n’indique pas que la réparation soit égale au dommage.

533. RENDRE, RESTITUER. Rendre est plus général : on rend quand on “remet à qui de droit ce qui a été pris, prêté ou donné”. Restituer est plus particulier : on restitue quand on “remet ce qu’on a pris, volé, ou ce qu’on gardait par quelque raison que ce fût” : Je vous restitue ce livre qu’on m’avait confié, sans me dire qu’il fût à vous.

534. EXILER, BANNIR. Le bannissement est une “peine infamante que prononcent les tribunaux” ; l’exil ne figure pas parmi les peines infamantes, et à ce point de vue il est complètement distinct du bannissement. Dans l’ancienne monarchie, le roi exilait un ministre disgracié, mais il ne le bannissait pas. Dans le langage mystique, la terre est pour les hommes un lieu d’exil et non un lieu de bannissement.

535. EXPATRIER, EXILER. Expatrier n’emporte que l’idée de “sortir de sa patrie ; exiler y joint l’idée qu’une condamnation ou une autorité supérieure nous oblige à en sortir.

536. CHÂTIER, PUNIR. Les juges punissent le coupable, afin qu’il satisfasse par sa punition à la justice et qu’il serve d’exemple. Les pères châtient l’enfant, afin qu’il se corrige et devienne meilleur. Dans punir, il n’y a que l’idée de l’expiation de la faute commise ; dans châtier, il y a de plus l’idée de l’amélioration de celui qui est châtié.

537. GIBET, POTENCE. Au sens d’instrument de supplice”, gibet et potence sont tout à fait synonymes.

538. BOURREAU, EXÉCUTEUR DES HAUTES ŒUVRES. Dans le langage légal d’aujourd’hui, on ne dit qu’exécuteur des hautes œuvres. Bourreau est le termegénéral pour tous les temps et tous les pays.

539. FLAGELLER, FUSTIGER. Quand il s’agit du “supplice du fouet”, la différence étymologique est que flageller suppose l’emploi du “fouet”, et fustiger celui des “verges” ; dans l’usage ces deux mots sont synonymes, et ils s’emploient l’un comme l’autre, sauf que flageller est plus énergique. Quand il s’agit de pénitence, c’est flageller qui est le mot propre.

540. CHAÎNE, FERS. La différence entre ces deux mots, pris au sens de “liens pour tenir captif, est que la chaîne est le mot propre, et que fers est, en cette acception, un mot poétique ; aussi dit-on mettre un chien à la chaîne (et non aux fers).

Procès

  • procès. 2° Dans le langage scientifique, marche, développement, progrès (fort employé en ce sens dans l’ancienne langue). Le procès de l’évolution intellectuelle. Le procès de la formation embryonnaire. 3° Instance devant un juge, sur un différend entre deux ou plusieurs parties (ainsi dite à cause de la marche, du développement que suit une affaire devant un tribunal).
  • procédure. Manière de procéder en justice. Procédure commerciale, civile, criminelle. 2° Instruction judiciaire d’un procès. La procédure est régulière, irrégulière. 3° Les actes mêmes qui ont été faits dans une instance civile ou criminelle. Toute la procédure a été brûlée.

541. FAIRE UN PROCÈS À QUELQU’UN, FAIRE LE PROCÈS À QUELQU’UN. Ces deux locutions ne sont nullement synonymes. Faire le procès à quelqu’un, c’est “le poursuivre comme criminel”. Faire un procès à quelqu’un, c’est “porter devant le juge une instance contre lui”.

542. JUDICATURE, MAGISTRATURE. Le premier ne s’applique qu’aux juges ; le second a plus d’extension et comprend des officiers d’autre ordre que de l’ordre judiciaire ; par exemple un maire, un conseiller municipal, etc. sont des magistrats. Toutefois magistrat et magistrature employés sans déterminatif ne s’appliquent guère qu’aux juges.

543. JURISTE, JURISCONSULTE, LÉGISTE. Juriste, celui qui fait “profession de la science du droit. Jurisconsulte, celui qui est consulté, “donne des consultations sur le droit. Légiste, celui qui fait “profession de la science des lois.

544. JUSTIFIER, DÉFENDRE. L’un et l’autre veut dire “travailler à établir l’innocence” de quelqu’un. Justifier suppose que l’inculpation a été mise à néant ; défendre suppose seulement qu’elle a été combattue. CicérondéfenditMilon, mais il ne put parvenir à le justifier.

545. ACCUSATEUR, DÉNONCIATEUR, DÉLATEUR. Celui “qui informe l’autorité qu’un tel a commis une action coupable”. L’accusateur non seulement dénonce, mais poursuit celui qu’il accuse. Le dénonciateur révèle un fait, le rend public, le défère à l’autorité : il ne se cache pas. Dans les troubles publics, les voisins sont souvent les dénonciateurs les uns des autres. Le dénonciateur est, suivant les motifs qui l’animent, à louer ou à blâmer. Le délateur fait toujours un métier odieux ; il se cache ; ses rapports sont secrets ; il cherche d’ordinaire ou à nuire à l’objet de ses délations, ou à flatter les passions de celui à qui il les fait.

546. INCULPER, ACCUSER. Inculper, venant de culpa, signifie attribuer, imputer une faute”. Accuser signifie “mettre en cause. La nuance de ces deux mots est donc que l’un porte l’esprit sur la faute reprochée, l’autre sur le reproche de la faute, sur le jugement qui en est la suite.

547. SOUPÇON, SUSPICION. Soupçon est le terme vulgaire ; suspicion est un terme de palais. Le soupçon roule sur toutes sortes d’objets ; la suspicion tombe proprement sur les délits. Le soupçon “fait qu’on est soupçonné ; la suspicion suppose qu’on est suspect.

548. SE DÉDIRE, SE RÉTRACTER. Ces deux verbes signifient “désavouer ce qu’on avait dit, avancé”. Dédire est plus général ; c’est désavouer une chose dite, quelle qu’elle soit ; on se dédit aussi bien des paroles bonnes que de paroles indifférentes ou agressives. Mais rétracter implique qu’il y avait, dans ce que nous avions avancé, quelque chose qui blesse, offense ou mérite du blâme. Je lui avais attribué cet acte de générosité ; la chose est fausse ; je m’en dédis. Je lui avais imputé cette mauvaise action ; j’étais mal informé, je me rétracte.

549. ACTION EN NULLITÉ, ACTION EN RESCISION. Ces mots sont tout à fait synonymes. Cependant la nullité et la rescision ne le sont pas. Un acte est nul quand il est entaché d’un vice radical qui ne peut être couvert ; il n’est que rescindable quand il vaut tant que les parties ne l’ont pas attaqué et qu’il est ratifiable par elles.

550. JUSTIFICATION, APOLOGIE. La justification justifie, c’est-à-dire efface l’inculpation”. L’apologie ne fait que défendre. L’apologie peut conduire à la justification ; mais elle n’est pas la justification.

Culture

  • culture. “4°Fig. La culture des lettres, des sciences, des beaux-arts. Instruction, éducation.” Un esprit sans culture. La culture du coeur, des sentiments.

Œuvre

  • œuvre. Ce qui est fait et demeure fait, à l’aide de la main.

551. ŒUVRE, OUVRAGE. Si l’on remonte à l’étymologie latine, on voit que œuvre répond à opera, et ouvrage à une forme fictive operaticum ; de sorte que ouvrage signifie proprement la “mise en œuvre, le résultat de l’œuvre. Oeuvre est donc abstrait, et ouvrage est concret ; œuvre signifie absolument, en soi, ce qui est fait ; ouvrage donne l’idée de tel produit ayant reçu telle forme ou telle façon. Les sciences et les lettres sont les œuvres de l’esprit humain ; on appellera ouvrages de l’esprit les traités, les poëmes, les discours, etc. ou bien les livres qui les contiennent.

552. ACTION, ŒUVRE. On entend par bonnes actions tout ce qui se “fait par principe de vertu” ; on n’entend guère par bonnes œuvres que certaines actions particulières qui regardent la charité du prochain. Toute bonne œuvre est une bonne action ; mais toute bonne action n’est pas une bonne œuvre, à parler exactement, Guizot.

553. ACTE, ACTION. Tous deux donnent l’idée de quelque chose qui se fait. L’action est la “manifestation de la puissance qui agit” ; l’acte est l’effetmanifesté et le résultat de cette action. Action, étant un déploiement visible de force, ne se dit pas des inspirations intérieures de l’âme ; c’est acte dont il faut se servir. Nos actions sont nos œuvres proprement dites ; mais nous faisons des actes de foi, d’espérance, de charité ; (action ici ne serait pas bon). Au moral, action devient souvent tout à fait synonyme d’acte, et alors il peut s’employer au pluriel : Cet homme a fait plusieurs actions vertueuses, comme on dit plusieurs actes de vertu. Il faut remarquer que le mot acte est souvent suivi de la préposition de, suivie elle-même d’un nom abstrait ou d’un nom concret, tandis que action n’est accompagné que d’une épithète : Acte de bravoure, de vertu, etc. ; (et non pas action de bravoure, de vertu, etc.) ; mais action de héros, action d’insensé.

554. BEAU, JOLI. Le joli n’est qu’un diminutif du beau ; il n’en a ni la grandeur, ni la régularité, ni la généralité, ni l’idéal. La chaîne des Pyrénées vue du haut du pic du Midi est un beau spectacle ; un joli paysage est quelque chose de bien plus restreint. Un vieillard peut avoir une belle tête ; mais il n’a jamais un joli visage ; une femme jolie peut n’être pas belle. Enfin le joli n’a point un type idéal de perfection auquel les lettres et les arts cherchent à se conformer.

555. GRACIEUX, AGRÉABLE. Ce qui est gracieux “a de la grâce ; ce qui est agréable “a de l’agrément. Or la grâce a un charme bien plus fort et bien plus pénétrant que l’agrément. La grâce peut être mise au-dessus de la beauté ; l’agrément ne l’a pu jamais.

556. DÉLICAT, DÉLIÉ. Ces deux mots, comme on peut voir à l’étymologie, sont identiques ; mais quand l’usage refit délicat sur delicatus, il n’en reconnut pas l’identité avec délié, et il établit des nuances. Au propre, délicat et délié indiquent ce “qui est ténu”, mais avec cette distinction que délicat implique une qualité, un art, un charme ; on dira que les fils de la toile d’araignée sont déliés si on a égard seulement à leur ténuité, et délicats, si on prend en considération l’art avec lequel ils sont formés. La nuance est la même au figuré : un esprit délié est un esprit “propre aux affaires épineuses” ; un esprit délicat est un esprit “propre aux affaires de goût, d’art, de conscience”.

557. AFFREUX, HIDEUX, HORRIBLE. Le sens de ces trois adjectifs est, qui “blesse les sens ou l’âme”. Mais une distinction y est manifeste : affreux indique ce qui “fait peur ; hideux, ce qui “soulève le dégoût” ; horrible, ce qui “fait frissonner”.

558. DIFFORMITÉ, LAIDEUR. Ces deux mots sont synonymes en ce qu’ils sont également “opposés à l’idée de beauté, quand on les applique à la figure humaine. Mais la difformité implique quelque grande irrégularité qui n’existe point dans la laideur. Un visage laid n’est point un visage difforme. Dans la difformité la forme est altérée, perdue ; dans la laideur elle est conservée, mais elle n’a pas les caractères de la beauté.

559. SOIGNEUSEMENT, CURIEUSEMENT. La manière curieuse est plus recherchée, plus minutieuse, plus difficile que la manière purement soigneuse. On garde soigneusement ce qui est utile : on garde plutôt curieusement ce qui est rare. Soigneusement est toujours pris en bonne part ; curieusement se dit quelquefois d’un zèle ou d’un soin excessif. Aussi soigneux désormais de me faire oublier, que j’avais été autrefois curieux de faire parler de moi, Boileau, Disc. sur la sat.XI.

560. IMITER, COPIER. Copier, c’est “reproduire exactement”, sans s’écarter en rien du modèle. Imiter, c’est “reproduire librement”, sans s’astreindre à l’exactitude, et en s’écartant du modèle là où cela convient.

561. PROJET, DESSEIN. Le projet n’est que l’“intention de faire quelque chose”. Le dessein joint à cette idée celle “de plan, de combinaison, de chose dessinée”, suivant l’étymologie de dessein.

562. DESSEIN, PROJET. Ces deux mots expriment une “détermination” de faire quelque chose. Le dessein est “ce qu’on dessine ou désigne d’avance” (car dessiner et désigner sont deux mots identiques) ; le projet est ce “qu’on jette en avant”. Dessein exprime donc quelque chose de plus arrêté que projet.

563. ÉBAUCHE, ESQUISSE. L’ébauche est le “commencement même, encore informe du travail, d’où l’œuvre sortira accomplie. L’esquisse n’en est “que le trait, que le plan et n’entre dans l’œuvre que comme préparation”.

564. ESQUISSE, ÉBAUCHE. L’esquisse est “séparée du tableau, dont elle est comme le plan ; et l’ébauche “se fait sur le tableau même : elle en est le commencement”. Marmontel a péché contre cette distinction quand il a dit : On appelle esquisse en peinture un tableau qui n’est pas fini, mais où les figures, les traits, les effets de lumière et d’ombre sont indiqués par des touches légèresMarmontel, Éléments de littérature, oeuvres, t. VII, p. 311, Pougens, 1787. Il faut ajouter qu’ébauche emporte toujours l’idée d’un ouvrage non achevé, tandis que l’esquisse est complète si l’on n’a besoin que d’elle : on peut avoir l’idée d’un tableau par une esquisse, on ne l’a pas par une ébauche.

565. CORRIGER, REPRENDRE. Celui qui corrige “montre la manière de rectifier le défaut. Celui qui reprend ne fait qu’indiquer la faute. Peu de gens savent corriger et beaucoup se mêlent de reprendre.

566. ENTIER, COMPLET. Une chose est entière lorsqu’elle n’est “ni mutilée, ni brisée, ni partagée, et que toutes ses parties sont jointes et assemblées de la façon dont elles doivent l’être : elle est complète lorsqu’il “ne manque rien”, et qu’elle a tout ce qui lui convient, Girard.

567. ACHEVER, TERMINER, FINIR. “Faire en sorte qu’une chose soit faite et non plus à faire, et qu’un arrêt y soit mis.”Achever c’est, il est vrai, mener à terme, mais avec idée que la chose menée à terme est parfaite et accomplie. Terminer, c’est simplement “y mettre un terme, qu’elle soit parfaite ou non, complète ou non, finie ou non. Finir, c’est non seulement la terminer, mais la mener jusqu’au bout ; seulement elle peut n’être pas achevée, c’est-à-dire n’avoir pas reçu toute la perfection qu’elle comporterait. Mon livre est terminé ; des circonstances m’ont obligé de n’y pas donner tout le développement que j’avais conçu. Mon livre est fini, mais j’ai besoin de le corriger. Mon livre est achevé, je l’imprime. Comme on le voit par ces exemples, il y aura beaucoup de cas où il importera peu de prendre un de ces termes pour l’autre.

568. PARFAIT, FINI. Le parfait regarde proprement la “beauté qui naît du dessin et de la construction de l’ouvrage ; et le fini, celle qui “vient du travail et de la main de l’ouvrier. L’un exclut tout défaut ; et l’autre montre un soin particulier et une attention au plus petit travail. Ce qu’on peut mieux faire n’est pas parfait ; ce qu’on peut encore travailler n’est pas fini, Girard.

569. ACCOMPLI, PARFAIT. Le sens de l’un et de l’autre est à qui il “ne manque rien”. Ces deux mots peuvent se prendre souvent l’un pour l’autre ; et la nuance qui les sépare n’est pas tranchée. Pourtant on remarque que parfait se dit plutôt d’une qualité, d’un talent considéré isolément, et accompli, d’un ensemble de qualités, de mérites. Un musicien parfait ; un poëte parfait ; mais un homme accompli, parce que l’on considère alors l’ensemble des qualités. Si l’on dit, Turenne fut un général parfait, cela appellera plutôt l’attention sur sa supériorité en tant que général ; si l’on dit, il fut un général accompli, cela appellera plutôt l’attention sur l’ensemble de ses qualités militaires.

Beaux-arts

  • art. “1° Manière de faire une chose selon certaine méthode, selon certains procédés.” “3° Art par opposition à nature.” L’art imitera la nature.

570. COULEUR, COLORIS. Proprement, couleur désigne une couleur particulière” ; et coloris est “l’effet qui résulte de l’ensemble et de l’assortiment des couleurs. Coloris ne peut pas se prendre pour couleur ; mais couleur peut se prendre pour coloris, couleur étant le terme générique et répondant à la sensation pure. Coloris est proprement un terme de peinture ; il se dit, au propre, de l’effet produit par la couleur dans un tableau, et, par extension, de la couleur du visage, de celle de quelques fruits et de celle du style.

571. COLORER, COLORIER. Colorer, c’est donner une couleur naturelle ou artificielle, mais sans autre intention que cette couleur même”. Colorier, c’est apposer avec art des couleurs sur quelque chose. Un verre coloré est un verre “qui a une teinte de couleur quelconque comme un verre bleu, un verre rouge, et en général les vitraux de nos églises ; un verre colorié est un verre qui représente quelque dessin qu’on a tracé dessus, comme les verres de la lanterne magique, sur lesquels on a peint en couleurs transparentes des figures qui se reproduisent amplifiées sur un linge blanc.

572. FAUX JOUR, JOUR FAUX. Un tableau est dans un faux jour quand il est éclairé du sens contraire à celui que le peintre a choisi dans son sujet. Il y a un jour faux dans un tableau quand une partie y est éclairée contre nature”, la disposition générale du tout exigeant, par exemple, que cette partie soit dans l’ombre.

573. EFFIGIE, IMAGE, PORTRAIT. L’image est ce qu’il y a de plus général ; elle se fait de toute façon et de tout objet : l’image d’un homme, d’un arbre, d’une montagne. Effigie ne se dit que des personnes ; elle est ou en relief, ou en figure, ou en peinture. Le portrait est toujours en dessin ou en peinture.

574. ESTAMPE, GRAVURE. Estampe, empreinte de la planche gravée” : c’est le mot propre pour désigner l’image, l’espèce de tableau que l’on obtient par le moyen de la gravure en taille-douce. Il est plus correct et plus exact, en ce sens, de dire estampe que gravure ; c’est à tort que l’usage de cette dernière locution a prévalu depuis quelques années, Boutard, dictionnaire des arts du dessin, estampe1826.

575. POMPADOUR, ROCOCO. Ces deux mots dans le langage des artistes signifie ce qui est “passé de mode, ou ce “qui était à la mode sous Louis XV” ; mais pompadour avec une idée de louange, et rococo avec une idée de blâme.

576. POSTURE, ATTITUDE. Attitude est, d’origine, un terme d’art ; posture est un terme du langageordinaire. L’attitude est pittoresque et essentiellement relative au beau ; la posture est relative à la commodité. Toutes les fois qu’en écrivant on veut représenter à l’imagination et faire comme un portrait ou un tableau, attitude doit être préféré ; au contraire on se servira de posture quand il s’agira de déterminer si on est debout, assis, à genoux, couché de telle ou telle manière, etc. Attitude signifiant étymologiquement disposition, on dira l’attitude (et non la posture d’un lutteur, d’un homme qui a le bras levé pour frapper, les bras ouverts pour embrasser, etc). Lafaye.

577. SCULPTEUR, STATUAIRE. Le sculpteur est celui “qui se sert du ciseau” ; statuaire est plus général et embrasse tous les procédés à l’aide desquels on fait une statue, la fonte par exemple”. En latin, statuarius ne se dit que de celui qui fait des statues en métal ; une même distinction existe pour les Grecs. Périclès avait choisi Phidias pour avoir l’intendance sur tous les travaux ; c’était le plus fameux architecte, et en même temps le plus habile sculpteur et statuaire de son temps, Rollin, Hist. anc. Oeuv., t. XI, 1re part. p. 43, dans Pougens. On a employé au lieu du mot sculpteur celui de statuaire, parce que ce dernier comprend les fondeurs et tous les autres artistes occupés à faire des statues, Barthél., Anach., t. VII, table 5.

578. MUSÉE, MUSÉUM. Le premier est le termegénéral, le second est devenu le nom de certains établissements quand il est déterminé par quelques mots : le muséum d’histoire naturelle ; (mais on ne dit pas le muséum du Louvre).

579. ASPECT, VUE. Aspect est purement objectif, et vue purement subjectif ; c’est-à-dire que dans la vue, ce qui domine c’est l’idée du sujet qui voit ; et dans l’aspect, ce qui domine c’est l’idée de l’objet qui est vu. Aussi vue ne comporte-t-il pas les épithètes qui vont avec aspect. On dira l’aspect effrayant des ennemis, (mais non la vue effrayante). Mais quand on dit : à la vue des ennemis, à l’aspect des ennemis, il s’effraya, le sens est le même, attendu qu’il importe peu dans cet emploi de signaler s’il a vu les ennemis, ou si leur aspect s’est présenté à lui. Dans le paysage, vue est plus étendu qu’aspect : on ne dira pas les aspects de la Suisse, on dira les vues de la Suisse ; on dira encore : dans chacune de ces vues on trouvera des aspects variés.

Musique

  • musique. “Science ou emploi des sons qu’on nomme rationnels, c’est-à-dire qui entrent dans une échelle dite gamme.”

580. CHANTEUR, CHANTRE. Tous deux chantent par état, l’un le chant profane, l’autre le chant d’église.

581. CHANTEUSE, CANTATRICE. La chanteuse “qui chante” sur les théâtres, est aussi celle qui chante pour son plaisir, ou dans un salon, ou dans un atelier, ou même dans les rues, ou qui chante des chansons pour lesquelles une grande habileté musicale n’est pas exigée. La cantatrice est uniquement celle qui chante sur les théâtres et est pourvue de toute l’habileté que l’instruction et l’exercice peuvent lui donner.

582. CONTREPOINT, HARMONIE. L’harmonie étudie seulement “les sons en tant qu’ils peuvent ou ne peuvent pas aller correctement ensemble”. Le contrepoint s’occupe en outre de la valeur des notes et du dessin qu’elles forment”. Supposons une note telle que ut, accompagnée, en quatre notes égales, par ces quatre-ci ut mi sol mi ou par celles-ci ut sol mi sol, ce sera la même harmonie, parce que ce sont les mêmes notes qui entrent dans l’accord ; ce seront deux contrepoints différents, parce que les notes ne sont pas dans le même ordre.

Talent

  • talent. Terme d’antiquité. Nom d’un poids, chez les Grecs, qui variait suivant les pays, qui fut primitivement de 19440 grammes, et que la réforme de Solon porta chez les Athéniens à 27000 grammes. 2° Fig. Aptitude distinguée, capacité, habileté donnée par la nature ou acquise par le travail (ainsi dit, comme l’a montré M. de Rémusat, par une métaphore tirée des talents de l’Évangile).

583. EXPÉRIMENTÉ, EXPERT. Ces deux mots ont même radical, le latin experiri, “éprouver”. Mais le premier signifie celui “qui a de l’expérience, à qui les choses sont connues par un long usage” ; le second signifie celui “qui a acquis, par l’usage aussi, non pas une connaissance générale, mais une habileté spéciale. Un homme est expérimenté dans les affaires ; mais il est expert dans son métier. Ce chirurgien, très expérimenté, est expert à traiter les maladies des voies urinaires.

584. DEXTÉRITÉ, ADRESSE. Étymologiquement, la dextérité est ce qui se fait avec la dextre, “la main droite”, et, par conséquent, mieux qu’avec la main gauche. L’adresse est ce qui se fait en allant, comme on disait dans l’ancien français, à droit, c’est-à-dire juste au but”. Par là on voit que adresse est plus général que dextérité ; la dextérité étant proprement l’adresse de main, et l’adresse étant l’adresse pour toute chose.

585. CAPACITÉ, HABILETÉ. La capacité a plus de rapport à l’étendue des aptitudes et des connaissances ; l’habileté à l’application, à la pratique, aux expédients. Aussi on est habile dans une chose particulière, dans le commerce, à la guerre ; mais on est capable d’une façon absolue.

586. INEFFICACE, INEFFECTIF. Ces deux mots ont pour radical facere, “faire”. Ineffectif signifie qui “ne produit pas d’effet ; inefficace, qui “n’achève pas”. Une volonté est ineffective quand elle ne passe pas à l’acte, elle est inefficace quand l’acte qu’elle produit n’atteint pas le but proposé.

587. RÉALISER, EFFECTUER. Réaliser, c’est “rendre réel, donner la réalité ; effectuer, c’est “rendre effectif, donner l’effet. Il y a donc entre ces deux mots la différence qui est entre quelque chose d’existant et quelque chose d’agissant.

588. OBSTACLE, EMPÊCHEMENT. Étymologiquement, l’obstacle est ce qui, étant “devant nous, s’oppose à nous” ; l’empêchement est ce qui “embarrasse les pieds comme fait un piège. Là est la notion de la différence.

589. DIFFICULTÉ, OBSTACLE. La difficulté implique qu’une chose est difficile à faire”. L’obstacle n’implique pas cette idée et signifie qu’“une chose est debout devant nous et s’oppose”.

590. AISÉ, FACILE. Étymologiquement, facile est ce qui “se fait sans peine” (de facere, “faire”) ; aisé est ce qui a ou “donne de l’aise. Girard a bien exprimé cette nuance : Le premier de ces mots exclut proprement la peine qui naît des obstacles et des oppositions qu’on met à la chose ; et le second exclut la peine qui naît de l’état même de la chose ; ainsi l’on dit que l’entrée est facile lorsque “personne n’arrête au passage” ; et qu’elle est aisée lorsqu’“elle est large et commode à passer”.

591. AISÉ, FACILE. Ils marquent ce “qui ne coûte pas de peine”. En ce sens ils sont à peu près synonymes, et il est difficile d’y saisir une nuance, malgré les efforts des auteurs pour en signaler. Une démonstration aisée, ou une démonstration facile ; cela est aisé à apprendre, ou cela est facile à apprendre, ne présentent pas de distinction bien sensible. Mais les distinctions deviennent manifestes dans les emplois dérivés : un habit est aisé (et non facile) ; le cœur, le caractère, un homme, sont faciles, c’est-à-dire qu’ils “inclinent à des actes d’indulgence et de bonté (et non aisés). Mais on dit également facile à vivre, et aisé à vivre. Une chose est aisée à croire, c’est-à-dire “à être crue” ; mais une personne est facile à croire, c’est-à-dire qu’“elle croit facilement”.

592. PROUESSE, EXPLOIT. La prouesse n’est plus proprement que l’“action d’un chevalier, d’un paladin” ; l’exploit est d’un grand capitaine, d’un général. On dit les prouesses d’Amadis ; les exploits d’Alexandre.

593. RÉUSSITE, SUCCÈS. Réussite ne se dit que des petits succès. Succès se dit des grandes choses comme des petites. D’après Bouhours, qui le déclare un mot nouveau, réussite ne se disait proprement que des ouvrages d’esprit. Cet usage restreint a disparu.

594. ÉMULATION, RIVALITÉ. L’émulation est toujours un sentiment généreux ; la rivalité est un mobile tantôt bon, tantôt mauvais. De plus, la rivalité et l’émulation ne s’exercent pas sur les mêmes objets. L’émulation a pour dessein d’égaler, de surpasser en mérite, en vertu, en gloire, etc.” ; la rivalité a pour “but de disputer la possession d’un bien, le pouvoir, la richesse, une femme, etc.”

Instruction

  • instruire. Enseigner quelqu’un, lui apprendre quelque chose, lui donner des leçons, des préceptes pour les moeurs, pour quelque science, etc.
  • pédagogie. Éducation morale des enfants.

595. APTITUDE, DISPOSITION, TALENT. Aptitude et talent se distinguent de disposition ; ils sont plus spéciaux ; la disposition est plus générale. On a de l’aptitude ou du talent pour une chose ; on a de la capacité ou des dispositions pour l’ensemble des choses qui forment l’intelligence et le moral. A leur tour, aptitude et talent se distinguent en ce que aptitude est du langage technique, philosophique ou physiologique, tandis que talent est du langagegénéral. D’ailleurs l’aptitude est le “moyen d’arriver au talent, et le talent est le résultat de l’aptitude et de l’exercice.

596. INAPTITUDE, INCAPACITÉ. Entre inaptitude et incapacité est une différence analogue à celle qui existe entre inapte et inepte. L’inaptitude est limitée ou accidentelle : l’incapacité n’est pas limitée et n’est pas accidentelle. Quand l’incapacité n’est pas prise en général et est limitée à un objet, la différence est moindre ; cependant le sens de l’incapacité est plus défavorable ; on peut se corriger d’une inaptitude, on ne se corrige guère d’une incapacité.

597. INSUFFISANCE, INCAPACITÉ, INAPTITUDE. L’insuffisance exprime que la personne dont il s’agit n’est “pas au niveau de la besogne, de la tâche qui lui échoit”, mais rien de plus. L’incapacité et l’inaptitude expriment que le sujet est “au-dessous de la besogne”, avec l’idée de quelque manque intellectuel considérable ; la différence entre incapacité et inaptitude est que incapacité est général, tandis que inaptitude se dit plutôt de choses spéciales : Son incapacité a fait qu’il n’a pu jamais obtenir un grade plus élevé que celui qu’il a ; Son inaptitude pour les mathématiques est complète.

598. ÉDUCATION, INSTRUCTION. L’instruction est relative à l’esprit et s’entend des “connaissances que l’on acquiert et par lesquelles on devient habile et savant. L’éducation est relative à la fois au cœur et à l’esprit, et s’entend et “des connaissances que l’on fait acquérir et des directions morales que l’on donne aux sentiments”.

599. APPRENDRE, ENSEIGNER, INSTRUIRE. Instruire, c’est “donner l’instruction, rendre instruit. Enseigner, c’est “donner des leçons d’un objet déterminé” : on enseigne le latin, les mathématiques à un enfant. Apprendre a le même emploi qu’enseigner, mais d’une façon plus vague, et en ne portant pas l’esprit aussi précisément sur la leçon qui se donne. On instruit quelqu’un de son devoir, en le lui exposant. On lui enseigne son devoir, en lui en faisant la leçon. On lui apprend son devoir, en le lui faisant connaître d’une façon quelconque.

600. ENSEIGNER, INSTRUIRE. Enseigner, c’est “donner l’enseignement ; instruire, c’est “donner l’instruction. Il y a donc dans enseigner quelque chose qui regarde moins le résultat et davantage les moyens ; c’est le contraire dans instruire. À un autre point de vue, instruire se dit plus exclusivement de l’enseignement intellectuel, et enseigner de l’enseignement moral : allez et enseignez toutes les nations ; mais on dira à un professeur : instruisez mon fils. Enfin, en plusieurs cas, ces deux mots prennent une signification analogue et se confondent.

601. DISCIPLE, ÉLÈVE. Disciple est peu usité dans son premier sens, qui est le sens propre ; mais il l’est beaucoup dans son sens emphatique. En ce sens, le disciple est celui “qui adhère aux sentiments d’un maître”, sans rien indiquer sur la manière dont a été prise connaissance de cette doctrine. L’élève est celui “qui apprend d’un maître quelque science ou quelque art. Les disciples de Platon ; les élèves du peintre David, tandis que ses disciples sont ceux qui partagent ses principes en peinture. Ainsi on dit les élèves d’un professeur, les élèves d’un peintre, les élèves de l’école de droit, de l’école de médecine, de l’école polytechnique, de l’école normale. Au contraire on dit les disciples de Condillac, de Kant ; aujourd’hui encore on peut être le disciple d’Aristote ; mais c’est Alexandre qui fut son élève.

602. ÉLÈVE, DISCIPLE, ÉCOLIER. L’écolier se prend absolument et signifie celui qui “suit une école. Dans l’usage actuel on ne l’applique qu’à ceux qui reçoivent l’éducation secondaire, celle des lycées et collèges ou institutions analogues ; dans l’ancienne université on le disait de ceux qui en suivaient les cours. Élève a un sens plus général ; il s’applique aux écoles primaires, aux collèges, aux écoles spéciales, aux facultés : les élèves en médecine ; les élèves de ce peintre. Enfin, dans disciple, l’idée de recevoir l’enseignement de la bouche d’un maître a disparu ; le disciple apprend aussi bien en lisant qu’en écoutant ; il s’attache à des doctrines : Aristote fut disciple de Platon.

603. MÉTHODE, PROCÉDÉ, EXERCICE, MODE. Méthode est le terme générique ; en ce sens les procédés, les exercices, les modes sont des méthodes. Dans un sens plus restreint, la méthode est l’“ordre des vérités et l’ensemble des explications qui constituent un certain enseignement” : la méthode de Lacroix comparée à celle de Legendre pour l’étude de la géométrie. Le procédé est la “manière dont le maître communique et fait comprendre à ses élèves les vérités qu’il leur enseigne : exposer et expliquer les vérités mathématiques au tableau, et faire répéter ensuite les élèves, c’est un procédé ; les faire étudier sur le livre, et les reprendre seulement quand ils se sont trompés est un second procédé fort différent du premier. Les exercices sont les “travaux, leçons, devoirs que l’on fait exécuter aux écoliers pour leur rendre familières et leur faire retenir les vérités exposées”. Le mode est la “forme que l’on emploie dans la disposition de la classe entière : le mode est individuel dans les leçons particulières ; il est simultané dans les classes des collèges ; il est mutuel dans quelques écoles primaires quand tout est disposé pour que les enfants s’instruisent les uns les autres.

604. ATTENTION, APPLICATION, CONTENTION. Trois mots qui expriment l’“action volontaire et plus ou moins forte de l’intelligence”. attention est le terme le plus général. L’application est une attention soutenue et persévérante. On fait une chose avec attention ; on travaille avec application. La contention est un effort momentané comme l’attention, mais un effort violent et qui absorbe toute la force de l’esprit. perdu dans cet abîme de pensées désolantes, il tombe dans une si grande contention d’esprit, qu’aucun de ceux qui l’approchent n’en peut tirer une parole, Ségur, Histoire de Napoléon, IX, 3.

605. CLAIRVOYANT, ÉCLAIRÉ, INSTRUIT. Le clairvoyant est celui “qui y voit clair” ; l’éclairé, celui “qui a des clartés” ; l’instruit, celui “qui a de l’instruction. Il y a cette différence entre clairvoyant et éclairé, que le premier se dit des lumières naturelles, et le second des lumières acquises. On est clairvoyant par un don de la nature ; on devient éclairé par l’étude et la réflexion. Ce qui distingue l’homme éclairé de l’homme instruit, c’est que le premier a des clartés des choses et que l’autre a simplement connaissance des choses ; un homme instruit peut n’être pas éclairé ; cette dernière qualité impliquant que l’on sait faire une application convenable des lumières acquises. Ajoutons que l’instruction peut se composer de notions qui ne sont pas justes. Ainsi la théorie chimique avant Lavoisier était un tissu d’erreurs ; celui qui saurait parfaitement toute cette théorie et les preuves qu’on croyait en avoir, serait instruit sans doute, mais fort peu éclairé.

606. APPRENDRE, faire SAVOIR, INFORMER. Je vous apprends une nouvelle d’une façon quelconque, soit qu’elle vous intéresse ou non, soit qu’elle soit sûre ou non. Je vous la fais savoir par une lettre ou un message. Je vous en informe, si elle vous importe, et si j’ai des renseignements fidèles.

607. ÉRUDIT, SAVANT, DOCTE. Savant est le terme le plus général, désignant celui “qui sait”. Ainsi l’Académie des sciences est composée de savants ainsi que l’Académie des inscriptions et belles-lettres, mais ces deux ordres de savants sont bien différents : les premiers s’occupent de mathématiques, d’astronomie, de physique, de chimie, de biologie ; les autres s’occupent des langues des peuples anciens, de leurs ouvrages écrits, de leurs usages, de leurs monuments, etc. ; et on les nomme des érudits. Docte, étymologiquement celui qui “a reçu de l’instruction, exprime une autre nuance ; il s’applique non pas à ceux qui sont versés dans les sciences mathématiques, ou physiques, ou organiques, mais à ceux qui sont versés soit dans l’érudition, soit dans les lettres.

Religions

Paganisme

608. LÉGENDE, MYTHE, TRADITION, CONTE. Tradition : “histoires ou récits transmis oralement”, non par écrit ni par documents authentiques. Mythe : “récit composé d’éléments purement divins, sans fond historique”, au moins pour le principal. Légende : “récit populaire reposant sur un fond historique plus ou moins altéré”, ou du moins prétendu historique. Conte : “nul fond historique”. Cependant il y a des légendes, en grand nombre, où le fond est purement imaginaire ; mais on le croit historique et on le donne comme tel.

609. VOUER, CONSACRER. Pour vouer on emploie un vœu ; pour consacrer, des cérémonies.

610. PROFANATION, SACRILÈGE. La profanation est une “irrévérence commise envers les choses consacrées par la religion”. Le sacrilège est un crime commis envers la divinité même”.

611. DESTIN, DESTINÉE, SORT. Le destin est “ce qui destine, c’est-à-dire l’enchaînement nécessaire des choses. La destinée est “ce qui est destiné, c’est-à-dire ce qui résulte de cet enchaînement nécessaire. Le destin conduisit Alexandre à Babylone où une fièvre devait finir sa destinée de victorieux et de conquérant. Mais ces deux mots sont si voisins, que, pour peu qu’on en abuse conformément à cet abus qui est permis en toutes les langues, ils retombent l’un dans l’autre. Sort répond soit à destin, soit à destinée, avec cette nuance qu’au lieu de considérer la nécessité qui enchaîne les choses, on considère ce qu’elles ont de fortuit.

612. LE FORTUIT, LE HASARD. Hasard est un “accident qui survient à des choses projetées”, ou, absolument, l’“ensemble des événements fortuits. Le fortuit se prend dans une acception plus restreinte, et signifie, abstraitement, l’“ensemble des caractères du hasard.

613. HASARD, DESTIN, FORTUNE, SORT. Les trois mots destin, fortune, sort, ne sont examinés ici qu’en opposition à hasard ; or tous les trois impliquent une idée de régularité ou d’intention ; le destin est déterminé par un “ordre immuable et fixé à l’avance” ; la Fortune est une “déesse qui a ses intentions, fussent-elles aveugles et changeantes” ; le sort est aussi l’“ensemble des événements considérés dans une certaine combinaison : Le sort qui toujours change Ne vous a pas promis un bonheur sans mélange, a dit Racine, Iph. I, 1. Mais hasard exclut ordre et intention ; c’est l’“ensemble des événements considérés indépendamment de toute espèce de causes et d’enchaînements”.

614. HASARDER, RISQUER. Le premier de ces mots n’indique que l’incertitude du succès. Le second menace d’une mauvaise issue. À chanceségales, on hasarde ; avec du “désavantage”, on risque. Vous hasardez en jouant contre votre égal ; vous risquez contre un joueur plus habile. La raison même hasarde ; la passion risque, Roubaud.

615. GAGER, PARIER. Dans gager est gage ; et dans parier est pair, “égal”. Celui qui gage expose donc gage contre gage ; et celui qui parie est but à but contre quelqu’un. Cela fait une différence pour l’image que les deux mots présentent à l’esprit, mais cela n’en fait point pour le sens qui s’est attaché à l’un et à l’autre. La synonymie en est complète.

616. DANGER, PÉRIL, RISQUE. Risque se distingue nettement et facilement des deux premiers ; il contient moins l’idée de péril que celle de chance aléatoire”, mais considérée de son mauvais côté ; quand un homme joue à la bourse, il fait courir des risques, un risque à sa fortune ; mais si, ayant joué à la baisse, la hausse survient, sa fortune n’est plus seulement en risque, elle est en péril. Il est plus difficile d’établir la distinction entre danger et péril. Ceux qui ont dit que danger impliquait l’idée de dommage se sont fondés sur une fausse étymologie ; le fait est que le sens primitif en est “pouvoir, autorité. Aussi en a-t-il conservé quelque chose et c’est même par là surtout qu’il se distingue de péril ; car, dans son acheminement vers le sens de péril, il s’en est tant approché qu’il s’y est presque confondu. Ce sens “d’autorité, de pouvoir”, qui lui est primitif, tandis qu’il ne l’est pas à péril, fait qu’il peut être employé au sens actif, tandis que péril ne le peut pas. Le danger de cet homme, le péril de cet homme, signifiant “le danger, le péril que court cet homme”, sont absolument synonymes ; là, danger et péril ont un sens passif et expriment la situation où cet homme est mis. Mais, au sens actif, au sens de mettre en danger, c’est non pas péril, mais danger qui se dit : le danger des mauvaises doctrines signifie “non pas que les mauvaises doctrines sont en péril, mais qu’elles causent du péril. Cela se prolonge dans les adjectifs dangereux et périlleux : une navigation dangereuse, une navigation périlleuse sont synonymes et expriment qu’“il y a du danger, du péril dans une navigation” ; mais un homme périlleux ne se dit pas et ne peut se dire ; au contraire un homme dangereux se dit et signifie un homme qui, d’une façon quelconque, fait courir du danger aux autres. On doit ajouter que, dans l’usage, péril emporte souvent l’idée d’un danger plus grand.

617. FATAL, FUNESTE. Étymologiquement, fatal exprime ce qui est réglé par l’irrévocable destin ; funeste, ce qui est “funéraire, funèbre”. Ce n’est donc que secondairement que fatal a le sens de funeste, et alors il s’en distingue parce qu’il porte toujours en soi l’idée de la fatalité.

618. AUGURE, PRÉSAGE. Le présage est également le signe qui est dans la chose considérée, et le pronostic que nous en tirons. L’augure n’est que le pronostic. Nous présageons, et les choses présagent ; nous augurons, mais (les choses n’augurent pas). Ainsi, en parlant du temps, on dira : les présages visibles au ciel, et les présages qui nous viennent à l’esprit en le considérant ; mais, en parlant d’un événement, on dira bien : l’augure que j’en tire ; (mais on ne dira pas : l’augure qui y est manifeste). C’est en cet emploi qu’est la différence entre augure et présage. Étymologiquement, présager, praesagire, c’est “connaître d’avance par quelque signe ; augurer, augurari, c’est “deviner l’avenir par le chant et les mouvements des oiseaux”.

619. PRÉDICTION, PROPHÉTIE. “Annonce des choses futures. La prédiction peut porter sur des événements soumis aux calculs de la prévoyance ; la prophétie, toujours indépendante des calculs de la raison, ne peut être que l’effet de l’inspiration ; ainsi on prédit une éclipse, ou l’événement d’un procès ; mais Daniel avait prophétisé la venue de Jésus-Christ, Guizot.

620. DEVIN, PROPHÈTE. Le prophète “prédit ce qui doit arriver, grâce à des communications surnaturelles” qu’il a avec la divinité. Le devin, qui non seulement “prédit l’avenir, mais encore découvre ce qui est caché, doit sa prétendue connaissance aux sciences occultes et à tous les procédés divinatoires qu’a imaginés la superstition ou la supercherie.

621. CHARLATANISME, CHARLATANERIE. La charlatanerie est un acte de charlatan. Le charlatanisme est le caractère du charlatan, sa manière de faire. Une charlatanerie ne fait pas le charlatan. Le charlatanisme est constitué par une suite de charlataneries.

622. AMULETTE, TALISMAN. L’amulette est “destiné à préserver du mal”, des blessures, de la mort. Le talisman est tout “objet auquel des idées superstitieuses font attribuer le pouvoir d’exercer une influence extraordinaire”.

623. RENAISSANCE, RÉGÉNÉRATION. Ce qui avait cessé d’exister, a une renaissance ; ce qui, existant déjà, reprend une vie autre et meilleure, a une régénération. Dans l’emploi mystique, renaissance et régénération sont synonymes.

624. MÉDITATIF, CONTEMPLATIF. Celui qui médite est “tourné sur lui-même” ; celui qui contemple est “tourné vers le monde extérieur. La contemplation peut conduire à la méditation ; mais la méditation ne conduit pas à la contemplation.

625. APOTHÉOSE, DÉIFICATION. Donner l’apothéose, c’est “mettre au rang des dieux” ; déifier, c’est “transformer en dieu”. On donnait l’apothéose aux héros et aux rois, aux empereurs, en les agrégeant aux êtres célestes ; c’était une divinité de plus. On déifie en attribuant un pouvoir divin, une nature divine à ce qui n’a rien de tel. Quand la crainte ou l’espérance déifiaient les objets naturels, elles n’en faisaient pas l’apothéose.

626. ADORER, VÉNÉRER, HONORER. “Rendre des hommages, un culte” ou une espèce de culte. Honorer est un termegénéral qui n’implique que l’hommage qui est rendu ; vénérer enchérit, il s’y joint une idée de crainte respectueuse qui n’est pas incluse dans honorer ; enfin adorer ajoute à l’honneur, à la crainte respectueuse, l’idée d’un amour profond et sans bornes.

627. DIABLE, DÉMON. Étymologiquement, le diable est “le calomniateur”, de là vient qu’il est toujours pris en mauvaise part ; c’est un esprit malfaisant et de ténèbres. Démon, s’étant dit dans la mythologie grecque pour toute espèce de divinités, peut avoir une acception favorable : un poëte est inspiré par le démon de la poésie ; un bon démon amène un homme au moment où l’on a besoin de lui. Quand il a son acception défavorable, il est alors synonyme de diable, sauf que démon se prend pour l’instigateur des mauvaises passions : le démon de la jalousie, de l’ambition ; diable ne peut recevoir cet emploi.

628. IMPRÉCATION, MALÉDICTION. L’imprécation est l’action de faire une prière contre” quelqu’un ; la malédiction est l’action de maudire. L’imprécation est une prière ; la malédiction n’est point une prière, c’est une sorte de sentence prononcée au nom d’un sentiment religieux par une personne qui a le droit de la prononcer.

Monothéismes

  • monothéisme. Adoration d’un seul Dieu ; doctrine qui n’admet qu’un seul Dieu.

629. GENTILS, PAÏENS. Païens est plus compréhensif que gentils. Païens se dit non seulement des païens de Rome, de la Grèce, de l’Égypte, et en un mot des anciens païens, il se dit aussi des peuples qui encore aujourd’hui appartiennent au polythéisme ; au lieu que gentils ne se dit que des païens contemporains des apôtres et des premiers siècles du christianisme.

630. CROYANCE, FOI. La foi est une persuasion déterminée” par l’autorité de celui qui a parlé. La croyance est une persuasion déterminée par quelque motif que ce puisse être.

631. CRÉANCE, CROYANCE. Comme croyance et créance ne sont que la double prononciation d’un même mot, ils doivent nécessairement se rapprocher singulièrement dans la signification. Toutefois l’usage a profité de ces deux prononciations pour introduire les nuances suivantes : au sens de croire une chose quelconque ou une religion”, croyance est présentement plus en usage que créance ; mais, au sens de “confiance”, créance est employé de préférence à croyance.

632. MÉCRÉANT, INFIDÈLE. Les mécréants sont ceux “qui croient mal”, les infidèles sont ceux “qui n’ont pas la vraie foi ; en ce sens ces mots sont synonymes, mais ne se disent que des idolâtres, des païens et des musulmans, et non des hérétiques ou schismatiques. Mécréant et infidèle sont encore synonymes quand ils signifient celui qui ne croit pas à la religion révélée. La seule différence est que mécréant étant le terme ancien a pris quelque chose de familier et d’ironique, que n’a pas infidèle qui est plutôt du langage soutenu.

633. PASTEUR, MINISTRE. Ces termes de l’Église protestante ne sont pas synonymes. Le pasteur “a charge d’âmes”, il a un troupeau qu’il visite, tandis que le ministre n’en a pas. Pour être ministre, il suffit d’avoir fait ses études théologiques, subi des examens satisfaisants et reçu la consécration. Pour être pasteur, il faut de plus avoir été nommé à la direction spirituelle d’une paroisse, Pautex.

634. IMPIE, IRRÉLIGIEUX, INCRÉDULE. L’impie “s’élève contre la Divinité” ; l’homme irréligieux “rejette toute espèce de culte et d’adoration” ; l’incrédule en matière de religion “rejette la croyance qui lui a été enseignée.

635. RENONCIATION, RENONCEMENT. Renonciation est un terme d’affaires et de jurisprudence, en place duquel on ne peut pas dire renoncement. Renoncement est un terme de morale et de spiritualité, en place duquel on ne dit plus guère renonciation. Dans les emplois généraux où il s’agit simplement de l’action de renoncer, renonciation et renoncement se prennent facilement l’un pour l’autre.

636. OBSERVATION, OBSERVANCE. Observance se dit en matière religieuse, et quelquefois en matière morale ; observation se dit, d’une façon plus générale, de l’accomplissement de toute prescription ; de plus, observance se prend pour loi, précepte : les observances de la loi religieuse ; observation ne reçoit pas cet emploi.

Catholiques

637. SCHISME, HÉRÉSIE. Dans le langage de l’Église catholique romaine, il y a schisme quand, ne se séparant pas sur des points essentiels de doctrine, on se sépare de la communion avec l’Église et de l’autorité du saint-siége ; il y a hérésie, quand on se sépare de l’Église sur des points considérables : les Grecs sont schismatiques, les protestants sont hérétiques. L’hérésie entraîne le schisme ; mais le schisme n’entraîne pas l’hérésie.

638. HÉRÉTIQUE, SCHISMATIQUE. L’hérétique est nécessairement schismatique, mais le schismatique n’est pas nécessairement hérétique ; il suffit qu’il “se sépare de la communion d’une Église”. Ainsi, par rapport à l’Église romaine, les Grecs sont schismatiques, les protestants sont schismatiques et hérétiques.

639. HÉRÉTIQUE, HÉTÉRODOXE. L’hérétique est celui qui, “différent dogmatiquement d’opinion avec une Église, s’en sépare et n’en reconnaît plus l’autorité. L’hétérodoxe est celui qui a, sur un point, une “opinion différente de l’opinion de l’Église, sans pour cela vouloir ne plus y appartenir”. L’hérétique est nécessairement hétérodoxe ; mais l’hétérodoxe n’est pas nécessairement hérétique.

640. CLOÎTRE, COUVENT, MONASTÈRE. “Le cloître est une clôture ; “le couvent est un lieu où l’on se réunit pour vivre en commun” ; “le monastère est un lieu de retraite et de solitude”. Voilà l’étymologie. L’usage a attaché primitivement à cloître le sens de “galerie intérieure dans un couvent ; c’est pour cela qu’on ne dit pas, d’une manière déterminée et en laissant au mot l’idée commune de résidence de moines” : établir, détruire des cloîtres. Cloître et couvent s’emploient l’un et l’autre pour désigner la vie monacale : on se jette dans le cloître ; on met une fille au couvent ; dans ces phrases on ne se servirait pas de monastère ; le monastère ne se disant pas, d’une façon générale, comme le cloître ou le couvent.

641. MONACAL, MONASTIQUE. Ces deux mots ne diffèrent que par le suffixe et ont au fond le même sens. Mais l’usage a attaché un sens défavorable à monacal, et a laissé à monastique son sens naturel : vie monastique, intriguesmonacales.

642. BÉATIFICATION, CANONISATION. La béatification diffère de la canonisation, en ce que “la personne béatifiée est un bienheureux”, et “la personne canonisée un saint” ; ensuite, que dans la béatification le pape accorde à certaines personnes ou à un ordre religieux le privilège de rendre au béatifié un culte particulier ; tandis que, dans la canonisation, il prescrit pour tous les fidèles le culte qui doit être rendu au canonisé

643. DÉCISIONS DES CONCILES, CANONS, DÉCRETS. Tous les articles déterminés par les conciles, dans les matières qui sont de leur juridiction, sont des décisions ; et c’est un termegénéral qui renferme sous soi deux espèces, les canons et les décrets. Les canons sont les décisions qui concernent le dogme et la foi ; les décrets sont les décisions qui règlent la discipline ecclésiastique”, Encyclopédie, IV, 706.

644. HOMÉLIE, SERMON. L’homélie est destinée à “exposer les matières de la religion et principalement l’Évangile” ; le sermon a un objet moins restreint, il a surtout pour but d’annoncer, d’expliquer la parole de Dieu”, et d’exciter à la pratique de la vertu.

645. DESSERVANT, CURÉ. À présent on donne le nom de curé au “chef ecclésiastique d’un chef-lieu de canton”, tandis que, dans toute commune autre que les chefs-lieux de canton, le chef du service ecclésiastique est appelé desservant. Le territoire d’un desservant est également nommé paroisse ; il est aussi dit spécialement succursale.

646. CHAPELLE, CHAPELLENIE. La chapelle est “l’édifice, et, par extension, le bénéfice”. La chapellenie n’est jamais que le bénéfice.

647. CROIX, AFFLICTIONS. Croix est du langage de la dévotion et exprime les “peines que Dieu envoie aux hommes” pour les éprouver. Afflictions n’implique rien de pareil ; c’est le termegénéral qui indique les “souffrances morales, sans se rapporter ni à une religion particulière ni à une dispensation de la Providence.

648. CAGOT, BIGOT. Le bigot est le dévot dont l’esprit est étroit, petit, attaché aux minuties” ; c’est un terme de dédain, mais qui n’implique aucun autre blâme. Cagot au contraire est un terme tout à fait injurieux, exprimant une dévotion suspecte à double titre, soit parce qu’on la trouve agressive et offensante, soit parce qu’on ne la croit pas sincère”.

649. CAFARD, BIGOT. Le bigot est “livré à des pratiques minutieuses de dévotion”, il ne les affecte pas ; il les suit par inclination ou par éducation. Le cafard, en tant qu’il n’est pas hypocrite, est le bigot faisant montre et parade de sa dévotion, et l’affectant dans son maintien, dans l’expression de ses traits, dans son langage.

650. PATELIN, PAPELARD. Le patelin flatte et trompe. Le papelard trompe aussi, mais c’est en simulant la dévotion.

651. ATTRITION, CONTRITION. L’attrition est un sentiment intéressé et exprime, en vue des peines qui peuvent être infligées, le “regret d’avoir offensé Dieu”. La contrition est un sentiment désintéressé, et exprime le même regret, sans aucun regard pour les peines et avec la seule attention au mécontentement de Dieu.

652. ADJURATION, CONJURATION. [Ces mots] signifient en liturgie les paroles dont on se sert pour exorciser. Là une nuance est visible : l’adjuration n’est qu’une partie de l’acte, le “commencement” ; la conjuration est l’acte tout entier et dans sa plénitude ; les verbes adjurer et conjurer suivent la même distinction. Mais adjuration, conjuration, adjurer, conjurer, dans le langagegénéral, ne comportent plus la même distinction : ils sont très voisins ; seulement adjurer paraît exprimer quelque chose de plus impérieux, et conjurer quelque chose de plus suppliant. On adjure quelqu’un de dire la vérité ; on le conjure de se laisser fléchir. Il n’est pas besoin d’ajouter que dans la locution conjurer un orage, un péril, conjurer n’a plus pour synonyme adjurer.

653. DÉCIME, DÉCIMES, DÎME. Décime au singulier c’est une “taxe qui était levée extraordinairement sur les revenus ecclésiastiques pour quelque affaire jugée importante”. Décimes au pluriel est “ce que les bénéfices payaient annuellement à l’État sur leurs revenus. Dîme est la “portion des fruits des biens laïcs donnée annuellement à l’Église par les fidèles ou aux seigneurs par leurs vassaux”. Ces trois mots avaient originairement signifié “un dixième ; mais depuis longtemps ils avaient perdu ce sens fixe, et ils désignaient différentes parties aliquotes du revenu.

654. SONNER, BOURDONNER, TINTER, COPTER. Sonner, c’est “mouvoir la cloche en sorte que le battant frappe des deux côtés” ; bourdonner, c’est “mouvoir seulement le battant pour frapper des deux côtés” ; tinter, c’est “mouvoir la cloche, en sorte que le battant ne frappe que d’un côté” ; copter, c’est “faire aller le battant seulement d’un côté”.

Connaissance

Logique

  • logique. Science qui a pour objet les procédés du raisonnement.

Vérité

  • vérité. Qualité par laquelle les choses apparaissent telles qu’elles sont. 4° Opinion conforme à ce qui est, par opposition à erreur. 5° Principe certain.

655. LOGIQUE, DIALECTIQUE. La logique est une science qui a pour objet l’étude des procédés du raisonnement. La dialectique est un art qui cherche à prouver quelque chose en particulier. La logique raisonne, la dialectique argumente. La logique s’applique à “distinguer le vrai du faux ; la dialectique, à “présenter une proposition de manière à ce qu’elle paraisse vraie”. En général, dialectique s’applique surtout aux procédés d’argumentation ; on parle de la dialectique de Platon, (et non de sa logique).

656. DIALECTIQUE, LOGIQUE, GRAMMAIRE. La logique est la “connaissance des procédés par lesquels l’intelligence découvre ou constate la vérité”. La grammaire est l’art de parler ou de trouver, pour chaque pensée, pour chaque notion de l’intelligence, le signe qui lui est propre”. La dialectique use des procédés de la logique et de la grammaire pour “faire ressortir l’évidence des vérités et la fausseté des erreurs. En ce sens la dialectique est l’application ou la pratique de l’art dont la logique est la théorie ; mais cette différence disparaît dans les dérivés dialecticien et logicien, qui tous deux expriment celui qui déduit ses raisons avec une rigoureuse exactitude.

657. VRAI, VÉRITABLE. Véritable a rapport à l’allégation, à l’affirmation, ou au récit qu’on fait d’une chose, ainsi qu’à l’effet produit sur l’esprit de ceux qui l’entendent. Une chose est vraie quand “l’idée que nous en avons est conforme à la réalité, à ce qui est”. Une chose est véritable quand on nous la représente ou qu’on nous la rapporte “telle qu’elle est ou a eu lieu, de manière à ne point nous tromper. Un fait vrai est ou s’est passé tel que nous le concevons ; l’idée que nous en avons n’est point fausse. Un fait véritable nous est attesté par un homme qui dit vrai, qui ne ment pas ; son témoignage n’est pas faux.

658. VÉRIFIER, AVÉRER. Vérifier porte surtout l’idée sur les moyens de rendre vrai, et avérer sur l’état d’une chose vraie. C’est pour cela qu’on dit : vérifier des écritures, (et non les avérer). Mais on dit : vérifier un fait, et avérer un fait. Dans avérer, il n’y a que la constatation de la vérité en général : fait avéré, “reconnu vrai”. Dans vérifier, il y a une idée de contrôle, de critique d’où le fait est sorti victorieux.

659. MANIFESTE, NOTOIRE. Notoire porte en soi l’idée de connaissance ; et manifeste celle d’évidence : ce qui est notoire est “connu de tous” ; ce qui est manifeste est “évident pour tous”.

660. SOI-DISANT, PRÉTENDU. Prétendu implique que plusieurs personnes prétendent, soutiennent que tel ou tel caractère appartient à une personne. Une prétendue jolie femme est une femme “qu’un certain nombre de gens veulent faire passer pour jolie. Soi-disant implique seulement l’assertion de la personne dont il s’agit : une soi-disant jolie femme est “une femme qui se donne pour jolie, et qui là-dessus pourrait être seule de son avis.

661. CERTAIN, SÛR. En parlant des choses, certain exprime ce “dont on ne peut pas douter” ; sûr exprime ce “sur quoi on peut se fier. D’une nouvelle certaine, on ne peut douter ; à une nouvelle sûre on se fie ; la nouvelle est certaine, venant par une voie sûre. En parlant des personnes, la distinction est la même : une personne certaine est celle “qui sait” d’une façon indubitable ; une personne sûre est celle “en qui on peut se fier ; à quoi il faut ajouter que, en ce sens, certain veut toujours un complément : certain de la nouvelle ; et que sûr peut se dire absolument : un homme sûr.

662. ÉVIDENCE, CERTITUDE. La certitude dépend des motifs de crédibilité ; l’évidence dépend de la clarté de la chose même. La certitude a d’ailleurs, au sens philosophique, une solidité que l’évidence peut ne pas avoir : il était autrefois évident que le soleil tournait autour de la terre ; cette évidence était fausse ; les peuples en croyaient avoir la certitude, ils n’en avaient que la persuasion.

663. SEMBLER, PARAÎTRE. La raison pour laquelle une chose nous paraît telle ou telle se tire de cette chose même ; la raison pour laquelle elle nous semble telle ou telle se tire de nous-mêmes, de nos dispositions ou de nos réflexions. Quoiqu’il puisse y avoir erreur aussi bien quand les choses paraissent que quand elles semblent telles ou telles, l’erreur cependant est plutôt à présumer dans le second cas que dans le premier : sembler est plus dubitatif, plus conjectural que paraître, Lafaye. Cette distinction de Lafaye est ingénieuse ; mais dans l’usage on ne distingue guère paraître et sembler : Toutes les nouveautés utiles lui semblaient [à la femme de Pierre Ier] des sacrilèges, et tous les étrangers dont le czar se servait pour exécuter ses grands desseins lui paraissaient des corrupteurs, Voltaire, Russie, II, 10.

664. RESSEMBLANT, SEMBLABLE. Les objets ressemblants ont un degré plus ou moins parfait de “similitude”. Les objets semblables ont la similitude entre eux.

665. APPARENT, VRAISEMBLABLE, PROBABLE, PLAUSIBLE. Ce qui est apparent a une certaine apparence en sa faveur. Ce qui est vraisemblable est “conforme au train ordinaire des choses” ; il n’y a ni contradiction, ni impossibilité. Ce qui est probable a en sa faveur un commencement de preuve positive. On voit que ces trois expressions désignent “trois degrés croissants de crédibilité”. Plausible signifie digne d’être applaudi, digne d’assentiment”. Une opinion plausible, une excuse plausible, c’est une opinion, une excuse “à laquelle nous devons ou pouvons acquiescer ; on voit que dans plausible on considère moins l’apparence, la vraisemblance ou la probabilité que l’effet que la chose plausible produit sur nous.

666. PLAUSIBLE, SPÉCIEUX. Ce qui est plausible mérite en apparence d’être applaudi, approuvé” ; ce qui est spécieux “a une belle apparence, une apparence de vérité et de justice. On dit également un argument plausible et un argument spécieux ; la nuance est que, dans l’argument plausible, il reste à déterminer s’il contient plus que la plausibilité ; au contraire, dans l’argument spécieux, il est entendu qu’il n’y a que l’apparence.

667. FAUSSETÉ, MENSONGE, ERREUR. fausseté est le “contraire de la vérité, ce n’est pas proprement le mensonge, dans lequel il entre toujours du dessein. Il y a beaucoup de faussetés dans les historiens, des erreurs chez les philosophes, des mensonges dans presque tous les écrits polémiques, et encore plus dans les satiriques. La fausseté est presque toujours encore plus qu’erreur. La fausseté tombe sur les faits, l’erreur sur les opinions. C’est une erreur de croire que le soleil tourne autour de la terre ; c’est une fausseté d’avancer que Louis XIV dicta le testament de Charles II, Voltaire, dictionnaire philosophique, fausseté.

668. FALLACIEUX, TROMPEUR. Fallacieux enchérit sur l’idée de trompeur. Un langage trompeur “nous égare et nous présente les choses autrement qu’elles ne sont” ; un langage fallacieux “nous trompe pour nous nuire de dessein prémédité”.

669. ASSURER, AFFIRMER. Affirmer est plus décisif que assurer. Assurer, c’est “donner des assurances ; mais des assurances ne sont pas des certitudes ; au lieu que l’affirmation ne souffre pas d’incertitude.

670. SCEPTICISME, PYRRHONISME. Le scepticisme a un sens plus étendu que le pyrrhonisme, qui est “la philosophie de Pyrrhon”. Autrefois on n’avait que le mot pyrrhonisme ; et on confondait les deux nuances. Aujourd’hui le scepticisme s’applique surtout à ce qu’on ne sait pas, par exemple l’essence des choses. Il se prend aussi quelquefois pour pyrrhonisme.

671. DOUTEUR, SCEPTIQUE. Le douteur est celui “qui doute : un douteur de miracles, comme dit Pascal ; le douteur n’a point de système général de doute ; le sceptique en a un.

672. PRÉSOMPTION, CONJECTURE. Présumer et présomption veulent dire, étymologiquement, “prendre d’avance” ; ce qui n’est pas dans conjecture. Aussi la présomption suppose toujours quelque commencement de preuve sur lequel on s’appuie. Au contraire la conjecture peut se passer d’un commencement pareil. (De plus on ne dit pas ma présomption mais) la présomption, comme la vraisemblance ; au lieu qu’on dit ma conjecture.

673. DÉTROMPER, DÉSABUSER. On est détrompé quand on “n’est plus trompé ; on est désabusé quand on “n’est plus abusé. Or abuser, c’est, étymologiquement, “user mal” de quelqu’un, faire un mauvais usage de ses défauts pour l’induire en erreur. Là est l’indication de la nuance entre détromper et désabuser. Les charlatans, dit Laveaux, abusent la populace par de faux raisonnements, par des faits controuvés et absurdes, et, quand ils l’ont abusée, ils la trompent en lui vendant de mauvaises drogues pour des remèdes efficaces ; on est détrompé quand on voit que les drogues n’opèrent point ; mais on n’est pas désabusé, si l’on n’a pas perdu toute confiance dans les discours du trompeur.

674. TROMPER, DÉCEVOIR. Décevoir, c’est abuser par quelque chose d’apparent, de spécieux, d’engageant. Tromper, c’est abuser par la ruse, par le mensonge, par l’artifice.

Concept

  • concept. Terme de philosophie. Résultat de la conception, chose conçue.

675. IMAGINER, ENTENDRE, CONCEVOIR. Il y a une grande différence entre imaginer le triangle et entendre le triangle. Imaginer le triangle, c’est s’en représenter un d’une mesure déterminée et avec une certaine grandeur de ses angles et de ses côtés ; au lieu que l’entendre, c’est en connaître la nature et savoir en général que c’est une figure à trois côtés, sans déterminer aucune grandeur ni proportion particulière, Bossuet, Connaiss. I, 9.

676. ENTENDRE, OUÏR. Ces deux mots, très différents dans l’origine, sont complètement synonymes aujourd’hui. Ouïr était le mot propre, peu à peu écarté par entendre qui est le mot figuré. Ouïr c’est “percevoir par l’oreille” ; entendre c’est proprement “faire attention ; l’usage seul lui a donné le sens détourné d’ouïr. La seule différence qu’il y ait, c’est que ouïr est devenu verbe défectif et d’un usage restreint. Quand le sens peut être louche, il faut, sans hésiter, employer ouïr. Ainsi ce mot de Pacuvius sur les astrologues : Magis audiendum quam auscultandum censeo, se traduira par : “Il vaut mieux les ouïr que les écouter. Entendre ferait un contresens.

677. ININTELLIGIBLE, INCONCEVABLE, INCOMPRÉHENSIBLE. Le premier se sépare nettement des deux autres : être inintelligible est toujours un défaut ; l’inintelligibilité est non pas dans la faiblesse ou l’incapacité d’esprit de celui à qui l’on parle, mais dans la mauvaise manière de présenter la chose. Il n’en est pas de même d’inconcevable et d’incompréhensible ; là la faute n’est plus à la manière, elle est à nous : avec cette nuance cependant, que ce qui est inconcevable “surpasse le pouvoir que nous avons de concevoir, d’imaginer, tandis que ce qui est incompréhensible “ne peut pas être saisi, embrassé par l’intelligence”.

678. ININTELLIGIBLE, INCOMPRÉHENSIBLE. Ce qui est inintelligible, l’est par un vice qui est dans la chose, ce qui est incompréhensible l’est par une faiblesse de notre esprit qui ne peut pas y atteindre ; cette différence est clairement indiquée dans l’exemple suivant : Ce mot inintelligible renferme beaucoup de venin : on dit d’une chose obscure et respectable, des mystères de la religion par exemple, qu’ils sont incompréhensibles, mais un homme religieux ne dira point qu’ils sont inintelligibles, Voltaire, Facéties, la Prière universelle, 2.

679. ENTENDRE, CONCEVOIR, COMPRENDRE. Entendre et comprendre signifient “saisir le sens ; ce qui les distingue de concevoir qui signifie “embrasser par l’idée : j’entends ou je comprends cette phrase ; (et non je la conçois). Au contraire dans le vers de Boileau : Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, entendre ou comprendre ne conviendrait pas. La nuance est autre entre comprendre et entendre. Au fond, l’idée d’entendre est de “faire attention à, être habile dans”, tandis que celle de comprendre est “prendre en soi” : j’entends l’allemand, “je le sais, j’y suis habile ; je comprends l’allemand dirait “moins”. D’un autre côté, pour une démonstration, comprendre est le mot propre.

680. INCONCEVABLE, INCOMPRÉHENSIBLE. Ces deux mots sont synonymes, sauf qu’incompréhensible est plus usité qu’inconcevable dans le sens de : “qui dépasse la portée de l’esprit humain” ; et qu’inconcevable est plus usité qu’incompréhensible .

681. CLAIREMENT, DISTINCTEMENT. On voit clairement un objet toutes les fois qu’il est “assez éclairé pour qu’on puisse le reconnaître en général ; on ne le voit distinctement que lorsqu’on approche d’assez près pour en distinguer toutes les parties”.

682. FINESSE, SUBTILITÉ. La subtilité de l’esprit est la finesse poussée à l’excès” et devenue un défaut.

683. FINESSE, PÉNÉTRATION. La pénétration “perce les choses difficiles”, obscures. La finesse discerne les choses fines et qui échappent facilement à la vue.

684. DIFFÉRENCE, DIVERSITÉ. Étymologiquement, la différence est ce qui est écarté, séparé” ; la diversité est ce qui est “tourné de plusieurs côtés”. De là résulte que la différence est relative à des objets que l’on compare, tandis que la diversité peut être relative à un seul et même objet. Deux hommes offrent des différences ; un même homme offre de la diversité. L’homme est divers, dit Montaigne ; si on avait voulu exprimer la même idée avec différent, il aurait fallu y donner un complément et dire : différent de lui-même.

685. DIFFÉRENCE, DISPARITÉ. La disparité se dit d’objets qui ne sont “pas pareils”, qui n’offrent point de parité. Ce mot est donc plus fort que différence, qui se borne à indiquer qu’il y a des points où ces objets diffèrent. La différence de ces deux propositions est légère. La disparité de ces deux propositions est complète.

686. DIFFÉRENCE, VARIÉTÉ. La variété est ce “qui varie, ce qui présente un ensemble de formes non semblables. La variété des visages humains se caractérise par certaines différences.

687. DISPARATE, CONTRASTE. Un contraste est agréable, une disparate est toujours choquante ; en général, on peut appeler disparate une “opposition trop forte et trop tranchante” ; et contraste, une “opposition délicate qui ne produit qu’une surprise modérée et un sentiment plus doux et plus profond que violent, Contesse de Genlis, Leçon d’une gouvernante, t. II, p. 397.

688. ASSEMBLER, JOINDRE, UNIR. Mots qui expriment l’idée de “rapprocher”. Assembler veut dire “mettre ensemble ce qui est épars” ; joindre, “rapprocher de manière que les choses se touchent ; unir, joindre de manière qu’elles soient liées, attachées, qu’elles ne puissent plus se séparer”. De là découlent les emplois dans le sens figuré.

689. ADHÉRENT, ATTACHÉ, ANNEXÉ. Une chose est adhérente à une autre naturellement, par une disposition naturelle : l’écorce est adhérente au bois. Une chose est attachée à une autre par des liens indépendants et étrangers : les voiles sont attachées au mât. Une chose est annexée à une autre par une simple jonction morale, effet de la volonté et de l’institution humaine : paysannexé à la France ; acte annexé à la minute ; le sacerdoce auquel la royauté était annexée.

690. LIER, ATTACHER. Lier, c’est “passer un lien autour de quelque chose”. Attacher, c’est, comme l’indique la préposition à qui est dans ce mot, fixer à, joindre à, par un lien” ; là est l’idée précise de chacun de ces deux mots : on lie un prisonnier ; on attache un chien. Au figuré, attaché à quelqu’un indique qu’“on a pour lui de l’attachement, qui peut n’être pas rendu” ; au contraire, lié avec quelqu’un indique une “relation réciproque d’amitié ; l’idée essentielle de ces deux mots subsiste.

691. FAIRE ABSTRACTION, ABSTRAIRE. Faire abstraction, c’est “ne pas tenir compte de”. Abstraire, c’est “exécuter l’opération intellectuelle” par laquelle on isole, dans un objet, un caractère. On abstrait pour “généraliser” ; on fait abstraction de, quand on “n’a pas égard à ceci ou à cela”.

692. GÉNÉRAL, UNIVERSEL. Ces mots ne sont que partiellement synonymes ; car on dit un savant universel (et non un savant général). Général, d’après l’étymologie, se dit de ce qui “appartient au genre ; universel, se dit de ce qui “appartient à l’universalité, à la totalité”. Aussi général est moins compréhensif qu’universel. Une opinion générale est l’opinion de la plupart ; une opinion universelle est l’opinion de tous.

693. ORDINAIRE, COMMUN. Dans ordinaire il y a, d’après l’étymologie, un “retour régulier et conformément à l’ordre. Cette nuance n’est pas dans commun.

694. IDÉE, PENSÉE. L’idée est proprement la “représentation d’un objet dans l’esprit ; la pensée est la considération de cet objet dans l’esprit. L’idée est l’élément ; la pensée est la combinaison de ces éléments.

Raisonnement

  • raisonnement. La faculté ou l’action de raisonner. Terme de philosophie. Se dit, en général, d’une opération de l’esprit par laquelle, un jugement ou plusieurs jugements étant donnés, on en fait sortir un autre jugement. 2° Enchaînement de divers arguments.

695. PARALOGISME, SOPHISME. Ces deux termes désignent un “raisonnement que proscrit la logique. L’un et l’autre renferment ou un principe faux donné pour vrai, ou une conséquence qui paraît découler d’un principe vrai et qui n’en découle pas. Le sophisme est, historiquement, le mode de raisonner de ces célèbres argumentateurs du temps de Socrate, tels que Gorgias, Protagoras et les autres ; mode subtil et captieux qui avait moins pour but de trouver la vérité que d’embarrasser et d’éblouir ; de là le sens défavorable qu’a ce mot. Le paralogisme est une erreur involontaire de raisonnement ; le sophisme est une erreur où intervient, sciemment ou insciemment, une impulsion étrangère à la recherche même du vrai. De plus, tout sophisme est un paralogisme ; tout paralogisme n’est pas un sophisme, car il y faut quelque chose de subtil et de captieux.

696. CONSÉQUENCE, CONSÉQUENT. Ces deux mots se prennent indifféremment pour “la conclusion d’un raisonnement”. Cependant les logiciens font une distinction fondée. Le conséquent est “la proposition même qui découle des prémisses” ; la conséquence est “la liaison qui s’y rattache”. Si le principe est faux, le conséquent sera nécessairement faux, sans que la conséquence le soit. Exemple : Toutes les cartes sont noires ou vertes ; or l’as de cœur n’est pas noir ; donc il est vert. La conséquence est très exacte. Le conséquent est faux, puisque l’as de cœur est rouge. Cela vient de ce que la majeure est fausse. Les cartes sont noires ou rouges, et non pas noires ou vertes.

697. INFÉRER, CONCLURE. Inférer est “tirer une conséquence. Conclure est aussi en tirer une ; mais cette conséquence est la dernière, “la conclusion du raisonnement”, ce que inférer n’implique pas. De plus, conclure s’emploie très bien quand il y a certitude. On conclut une proposition d’un syllogisme, on ne l’infère pas. Inférer laisse du doute. De cent expériences on infère une proposition que la centunième détruirait peut-être.

698. ANTILOGIE, ANTINOMIE, ANTIPHRASE. Trois substantifs dont le premier signifie “contradiction de langage, et se dit aussi des contradictions de sens dans le discours. Le second est un terme de jurisprudence ou de philosophie, qui signifie “contradiction entre deux lois. Le troisième se dit pour contre-vérité, par ironie ou par crainte.

699. DÉMONTRER, PROUVER. On prouve par des témoignages, par des actes, par des preuves, en un mot ; on démontre par des arguments. Un fait se prouve, (mais il ne se démontre pas). Une proposition se démontre ; mais elle se prouve aussi, quand les arguments sont considérés comme des preuves.

700. INFÉRENCE, INDUCTION. Étymologiquement, ces deux mots sont très voisins, puisque le premier signifie l’acte de “porter dans”, et le second l’acte de “conduire dans”. La différence que l’usage a établie est que induction est particulièrement affecté au procédé logique par lequel on passe des faits expérimentaux et particuliers aux propositions générales.

701. AFIN, POUR. Ces deux mots signifient qu’“une chose est faite en vue d’une autre”, et, dans une foule de circonstances, ils sont exactement synonymes. Il travaille pour s’instruire, ou il travaille afin de s’instruire n’offrent aucune différence sensible. Cependant il y aura des cas où le sens étymologique, qui est dans afin (à fin), se réveillera et indiquera un but plus particulier, une intention plus précise. Ainsi, toutes les fois que cette idée précise manquera, il faudra se servir de pour, qui est plus indéterminé. Dans cette phrase : Pour faire telle chose, il suffit que… il faut que… il est nécessaire de… pour est préférable à afin. En résumé, afin ne peut pas se mettre dans tous les cas ou pour s’emploie ; mais pour peut se mettre dans tous les cas où afin est usité, pour étant plus général.

702. POUR, AFIN. Ces deux mots sont synonymes dans le sens où ils signifient qu’on fait une chose en vue d’une autre ; mais pour marque une vue plus présente ; afin en marque une plus éloignée : on se présente devant le prince pour lui faire sa cour ; on lui fait sa cour afin d’obtenir des grâces. Pour regarde plus particulièrement “un effet qui doit être produit”. Afin regarde proprement “un but où l’on veut parvenir : Les filles d’un certain âge font tout ce qu’elles peuvent pour plaire, afin de se procurer un mari, Girard.

703. CEPENDANT, POURTANT, NÉANMOINS, TOUTEFOIS. Étymologiquement, cependant est pendant cela ; pourtant est pour une si grande chose” ; néanmoins est nullement moins ; et toutefois est “parmi toutes les fois. Il a bon visage, cependant il est malade ; pourtant il est malade ; néanmoins il est malade ; toutefois il est malade. L’interprétation étymologique est : 1° Bien que cela existe, il est malade ; 2° Pour bon que soit le visage, il est malade ; 3° Cela n’empêche pas, il est malade ; 4° En tout cas, vous direz ce que vous voudrez, il est malade. On a ici un exemple de synonymie complète dans le sens, bien que les idées qui entrent dans ces mots soient fort différentes. L’analyse des quatre mots est certaine, et malgré cela on ne voit pas de raison pour employer l’un plutôt que l’autre.

704. CONTRE, MALGRÉ, NONOBSTANT. Faire quelque chose contre la règle, c’est faire un acte qui soit l’“opposé de ce que prescrit la règle” ; faire quelque chose malgré la règle, c’est le “faire bien que la règle le défende ; nonobstant la règle, c’est le faire “sans tenir compte de l’obstacle qu’oppose la règle”. Il a agi contre mes recommandations, il a fait “le contraire de ce que je lui recommandais” ; il a agi malgré mes recommandations, je lui recommandais de ne pas agir, et “il n’en a tenu compte ; il a agi nonobstant mes recommandations, “mes recommandations n’ont pas été un obstacle pour lui”.

705. CAR, PUISQUE. Car marque qu’on va donner la “raison d’une proposition principale”. Puisque marque qu’on va “rappeler cette raison déjà connue explicitement ou implicitement”. Jamais on ne mettrait puisque en tête d’une raison nouvelle. Je vais me coucher, car je me sens malade (je vous apprends ma maladie). Je vais me coucher, puisque je me sens malade (je vous rappelle ma maladie que vous savez déjà).

706. POURTANT, CEPENDANT. Étymologiquement, ces deux mots n’ont rien de commun : cependant veut dire pendant ce temps” ; et pourtant signifie pour une si grande chose”, pour un tel motif, sens qu’il a toujours dans l’ancienne langue. Mais ces mots se sont rapprochés. Cependant, annonçant que, tandis qu’une certaine chose se montre, se passe, apparaît, une autre contraire a lieu, et pourtant, passant au sens de pour si grand que ce soit, ont pris par là un sens adversatif. Mais dans l’usage il est bien difficile de saisir une nuance entre ces deux adverbes.

707. HORS, HORMIS, EXCEPTÉ. Hors et hormis sont exactement synonymes, puisque hormis n’est que la préposition hors, renforcée du participe mis. Reste excepté. Hors signifie “en dehors de” ; excepté signifie “à l’exception de”. La synonymie est complète, sauf la seule nuance qui résulte de la signification étymologique ; on emploiera hors, quand on voudra exprimer la même idée qui est rendue par “en dehors de” ; et excepté, quand on voudra surtout insister sur l’idée abstraite qui est dans exception.

708. CONCLUSION, CONSÉQUENCE. Dans un raisonnement, la conclusion est la “proposition finale qui découle des prémisses”. La conséquence est la “proposition, finale ou non, qui découle des prémisses”. Un raisonnement n’a qu’une conclusion ; mais il peut avoir plusieurs conséquences. Mais, à un autre point de vue, la différence est que la conséquence est le lien intellectuel entre les prémisses et la conclusion ; la conclusion, nommée aussi le conséquent, est la proposition même qui est déduite. La conséquence peut être juste et la conclusion fausse, si l’on part de principes faux.

Quantité

  • quantité. Il se dit de tout ce qui peut être mesuré ou nombré, de tout ce qui est susceptible d’accroissement ou de diminution ; en langage d’école, accident qui fait que les corps sont susceptibles de nombre et de mesure. Mesurer une quantité. Deux quantités égales.

709. NUMÉRAL, NUMÉRIQUE. Numéral signifie qui “désigne un nombre ; et numérique, qui “a rapport aux nombres. Une différence numérique est une différence de nombre ; un caractère numéral appartient à des adjectifs, à des lettres, à des vers.

710. INFINI, ABSOLU. L’infini est une grandeur “sans limites. L’absolu est ce qui est, “en soi, complet, parfait, sans augmentation possible. L’espace infini est sans bornes ; la pureté absolue d’une liqueur est parfaite ; aucune particule étrangère n’y reste, on ne pourrait pas dire qu’elle est infinie. Ils se disent tous les deux de Dieu ; mais ils gardent leur sens propre. La puissance de Dieu est infinie ; mais sa connaissance est absolue. De plus l’absolu s’oppose au relatif, ce que l’infini ne fait pas.

711. ASSEZ, SUFFISAMMENT. Suffisammentexprime que “ce qu’on a suffit, mais ne va pas au delà”. Assez exprime que “ce qu’on a non seulement suffit, mais encore satisfait amplement à ce que nous voulons”. Ce qui suffit ne surabonde pas ; ce qui est assez peut surabonder. De plus, au point de vue de la syntaxe, assez reçoit facilement un complément avec de ; ce que suffisamment ne fait pas, au moins dans le style correct.

712. TAS, MONCEAU. Ce qui distingue le tas du monceau, c’est que le tas est composé de parties semblables, tandis que monceau n’implique pas cette idée : un monceau de ruines, (plutôt qu’un tas de ruines) ; un tas de blé (plutôt qu’un monceau de blé).

713. AMASSER, ENTASSER, ACCUMULER, AMONCELER. Amasser, c’est “réunir ensemble des choses de même nature” : un amas de blé, de foin. Entasser, c’est faire un amas de forme déterminée” : un tas de blé, de foin. Accumuler, c’est “joindre amas sur amas : on accumule des richesses, des héritages. Amonceler, c’est faire une “accumulation, en désordre, de choses mêlées : amonceler des ruines, des cadavres.

714. DIVISER, PARTAGER. Diviser, c’est “séparer les parties d’un tout” ; partager, c’est “faire les parts” ou portions ; de sorte que, dans partager, il y a une idée d’attribution qui n’est pas dans diviser. On divisa l’armée, c’est-à-dire qu’on en fit deux ou “plusieurs corps séparés” ; on partagea l’armée, c’est-à-dire qu’“on en attribua les parts” à tel ou tel officier, à telle ou telle occupation. Pourtant diviser étant plus général que partager, peut s’employer pour ce verbe ; seulement alors la nuance d’attribution disparaît.

715. BIEN, BEAUCOUP. Il a bien de l’argent ; il a beaucoup d’argent. En quoi ces deux phrases diffèrent-elles ? La nuance est très faible ; cependant elle existe. Il a beaucoup d’argent signifie simplement “une grande quantité” sans aucune idée accessoire. Il a bien de l’argent, signifie non seulement une grande quantité, mais exprime de plus une sorte de surprise ou de satisfaction. Ainsi l’on emploiera beaucoup dans le cas où l’on ne veut qu’exprimer “la quantité” ; et bien, quand on “y joindra quelque sentiment” relatif à soi ou à autrui.

716. PLUS, DAVANTAGE. La différence entre ces deux mots, c’est que davantage, s’employant absolument, indique une “comparaison avec un terme énoncé d’abord” ; tandis que plus, ne s’employant guère absolument, indique “la comparaison avec un terme qui s’énonce ensuite”. Cette femme est belle ; son amie l’est davantage. Mais on dira cette femme est plus belle que son amie.

717. AUSSI, AUTANT. Aussi venant de sic, ainsi, marque la “similitude” ; autant venant de tantum, marque l’“égalité”. On dit : il est aussi riche que vous, il a parlé aussi sagement que vous (et moins ordinairement autant riche), (autant sagement). On dit : il l’aime autant que vous l’aimez (et non aussi que) ; il a autant de force que vous, (et non aussi de force). En un mot, la règle générale est que aussi s’emploie avec les adjectifs et les adverbes, et autant avec les verbes. Il est singulier que disant : aussi riche que vous, on ne dise pas : il l’aime aussi que vous. Voici un essai d’explication de cette anomalie. Dans l’ancien français on a dit autant comme, aussi comme, marquant la comparaison non par que, mais par comme. Toutefois autant, formé de tantum qui a le corrélatif quantum, a pu très bien avoir que pour corrélatif, comme cela est arrivé. Il n’en est pas de même de aussi qui est formé de sic ; là, le corrélatif ne pouvait être que comme et ne pouvait être que. Néanmoins que a fini par remplacer comme pour aussi, ainsi que pour autant. Cette substitution étant faite, il aurait fallu être conséquent et la poursuivre partout. Mais ce qui arrive le plus souvent c’est que, quand on modifie une locution dans une langue, la conséquence fait défaut ; et l’oreille, hésitant entre la nouvelle forme et l’ancienne, introduit des variations fondées dès lors non sur la grammaire, mais sur l’usage ; c’est ainsi que, disant aussi riche que vous, on ne dit pas, il l’aime aussi que vous ; comme si l’oreille avait accepté l’usage de aussi avec que, quand aussi était séparé de que par un adjectif ou par un adverbe, mais non quand le que aurait dû suivre immédiatement aussi. Bref, l’histoire des locutions est ce qui les explique. Jadis on disait aussi comme soit avec les adjectifs soit avec les verbes. Dans le passage de l’ancien français au français moderne, que ayant remplacé comme, aussi que s’est dit avec les adjectifs ou les adverbes et ne s’est plus dit avec les verbes. Voilà le fait, que j’essaye d’expliquer en disant que, aussi ne comportant pas étymologiquement le corrélatif que, cette circonstance a empêché la modification de s’étendre à tous les cas que présentait l’ancien français.

718. PAS, POINT. Point nie plus fortement que pas. On dira également : Il n’a pas d’esprit ; Il n’a point d’esprit ; et on pourra dire : Il n’a pas d’esprit ce qu’il en faudrait pour sortir d’un tel embarras ; mais, quand on dit il n’a point d’esprit, on ne peut rien ajouter. Ainsi, point, suivi de la particule de, forme une négation absolue ; au lieu que pas laisse la liberté de restreindre, de réserver. Par cette raison, pas vaut mieux que point devant plus, moins, si, autant, et autres termes comparatifs : Cicéron n’est pas moins véhément que Démosthène ; Démosthène n’est pas si abondant que Cicéron. Par la même raison pas est préférable devant les noms de nombre : Il n’en reste pas un seul petit morceau ; il n’y a pas dix ans ; vous n’en trouverez pas deux de votre avis.

719. PAS, POINT. Le point étant plus près de la nullitéabsolue que le pas, point est plus exclusif que pas. Aussi, bien que ces deux particules se prennent facilement l’une pour l’autre, il est des cas où pas convient mieux que point : c’est quand point serait trop absolu. Ainsi il vaut mieux dire : Le facteur n’est pas encore venu, (que n’est point encore venu).

720. NUL, AUCUN. La différence est que nul a, de soi, un sens négatif, et que aucun a, de soi, un sens positif ; il ne prend, primitivement, le sens négatif qu’avec une négation ; et c’est seulement par abus que, sans négation, il est employé quelquefois au sens de pas un.

721. CALCULER, COMPTER, SUPPUTER. Calculer, c’est faire une “opération d’arithmétique ou d’algèbre”. Compter, c’est “nombrer” : compter un, deux, trois ; c’est aussi “faire l’évaluation”, en parlant d’affaires d’intérêt, d’administration, de finance, etc. supputer, c’est se servir de nombres ou autres documents pour “arriver à un résultat” : en comptant les briques, supputer la hauteur d’un mur. Le calcul est une opération abstraite qui a pour but de faire connaître le rapport qui existe entre des quantités. Le compte est une opération concrète qui nous apprend quelle est la somme. La supputation est une combinaison par laquelle, des données que nous avons, nous tirons une certaine conclusion.

722. UNE COUPLE, UNE PAIRE. Une couple désignant deux choses qui ne sont unies qu’accidentellement, paire désigne deux choses qui vont ensemble par une nécessité d’usage, comme les bas, les souliers, ou une seule chose composée de deux parties ou pièces, comme des ciseaux, des lunettes, des pincettes. Une couple et une paire peuvent se dire aussi des animaux, mais la couple ne marque que le nombre et la paire y ajoute l’idée d’une association nécessaire pour une fin particulière. Un boucher achètera une couple de bœufs, c’est-à-dire deux. Un laboureur doit dire qu’il en achètera une paire, parce qu’il veut les atteler à la même charrue, Beauzée.

723. UN COUPLE, UNE COUPLE. Un couple, au masculin, se dit de “deux personnes unies ensemble par amour ou par mariage” ; il se dit de même de deux animaux unis pour la propagation. Une couple, au féminin, se dit de “deux choses quelconques de même espèce”, qui ne vont point ensemble nécessairement et qui ne sont unies qu’accidentellement. Il résulte que la construction peut varier, c’est-à-dire qu’on dira toujours, au singulier : un couple de pigeons suffit pour repeupler un pigeonnier ; mais on dira au singulier, ou au pluriel, suivant l’idée de celui qui parle : une couple de poulets suffira bien ou suffiront bien pour notre dîner.

724. PROLONGATION, PROLONGEMENT. Ces deux mots ne diffèrent que par la finale ; mais l’usage actuel leur assigne des emplois différents : prolongation se dit du temps ; prolongement, de l’espace. Autrefois cette distinction n’existait pas ; prolongement et prolongation se confondaient. Il [Maraldi] travailla sous M. Cassini, en 1700, à la prolongation de la fameuse méridienne jusqu’à l’extrémité méridionale du royaumeFontenelle, Maraldi Quelques feuilles sèches qu’on remarquait autour du nœud indiquaient qu’elles tenaient auparavant à cette enveloppe, qu’elles n’en étaient qu’une prolongation, Bonnet, Us. feuill. plant. 5e mém.

725. CONTINUEL, CONTINU. Ils désignent l’un et l’autre une “tenue suivie”. Mais ce qui est continu “n’est pas divisé ; tandis que ce qui est continuel “peut l’être”. Des plaintes continues sont des plaintes “que rien n’interrompt” ; un bruit continu est un bruit qui ne présente “aucune interruption” ; des plaintes continuelles, un bruit continuel sont des plaintes, un bruit qui “se répètent à chaque instant. Le cliquet d’un moulin en mouvement fait un bruit continuel ; mais ce bruit n’est pas continu, car il est composé de “retours périodiques séparés par des intervalles de silence”.

726. BREF, COURT. Bref a rapport à la durée ; court, à l’étendue. C’est là ce qui distingue ces deux mots. Soyez bref, se dit à quelqu’un qui parle ; soyez court, se dit à quelqu’un qui va écrire ou composer. En effet, être bref c’est prendre peu de temps pour s’expliquer ; être court, c’est tenir peu d’espace sur le papier. Si l’on dit : la vie est si courte, nos jours sont si brefs, on se représente, dans le premier cas, la vie comme une étendue, dans le second, le jour comme une durée.

Espace

  • espace. Certaine étendue superficielle. 2° Étendue indéfinie. Étendue de temps.
  • étendue. L’espace étendu devant nos yeux, sous nos pas. 2° Propriété générale de la matière, qui fait qu’elle occupe une certaine portion de l’espace.

727. ÉTENDUE, ESPACE. L’étendue, venant du verbe étendre composé lui-même de tendre, emporte avec elle l’idée d’une mesure, ou d’un rapport dans les distances ; espace ne suppose par lui-même ni mesure, ni rapport. De là vient qu’appliqué à un nom, l’étendue se prend pour ses dimensions intérieures : Ce champ a beaucoup d’étendue ; et espace pour ce qui est libre à l’entour : Nous avons de l’espace.

728. AGRANDIR, ÉTENDRE. Agrandir c’est “rendre plus grand. Étendre, c’est “rendre plus étendu. Toutes les fois que l’idée d’étendue, c’est-à-dire de prolongement dans une direction déterminée, soit au physique soit au figuré, prévaudra, c’est étendre qu’on emploiera. On se servira au contraire d’agrandir, s’il est question d’une augmentation qui ne soit pas seulement en étendue. C’est pour cela qu’on dira étendre un empire ou l’agrandir, suivant la circonstance ; mais on ne peut employer qu’agrandir en parlant d’un homme dont on augmente la puissance ou le crédit.

729. MENU, MINCE. Ce qui est menu “n’a de grosseur en aucun sens”. Ce qui manque à ce qui est mince, est l’épaisseur. Une jambe menue, une écriture menue ; une planche mince, une étoffe mince. On dit un grand mince ; mais une personne menue est nécessairement “petite”.

730. EXIGU, PETIT. Ce qui sépare ces deux mots, c’est que dans exigu est l’idée d’insuffisance qui n’est pas dans petit.

731. EN, DANS. Je ferai cet ouvrage en deux jours se dit par opposition à un temps plus ou moins long qu’on pourrait y employer. Je ferai cet ouvrage dans deux jours, se dit sans opposition, et seulement par rapport à l’espace de temps après lequel on commencera l’ouvrage.

732. EN, DANS. La différence essentielle que l’usage a mis entre ces deux mots, c’est que en ne se construit qu’exceptionnellement avec l’article défini le, la, les, tandis que dans exige ces articles dans sa construction. Cette condition fait que en donne aux mots une acception indéterminée que dans ne comporte pas.

733. SUR, DANS, CHEZ. Ces prépositions sont souvent employées dans le langage scientifique  : la circulation chez le fœtus ; les actions qui se passent dans le corps vivant ; les phénomènes observés sur l’homme malade. - On distingue d’abord sur des deux autres, en disant que sur s’applique aux cas qui comportent l’idée de superficie ; (on ne dirait pas bien la circulation sur le fœtus). Quant à dans, et à chez, ils se distinguent en ce que dans est plus précis et chez plus vague. Dans se dit surtout quand la chose dont il s’agit est ou peut être considérée comme étant dans l’intérieur du sujet. Chez n’implique pas cette condition ; et il s’emploiera d’autant mieux que l’on parlera plus en général et avec moins de rapport à une situation déterminée.

734. INTÉRIEUR, INTERNE, INTRINSÈQUE. Ces trois mots ont un radical commun qui est la préposition latine intra, signifiant “en dedans”. Ce qui les distingue, c’est que intérieur, étant étymologiquement un comparatif, implique une idée de comparaison qui n’est pas dans interne ; il signifie ce qui est “plus en dedans”, tandis que interne signifie seulement ce qui est “en dedans”. Intrinsèque se dit de ce qui est “inhérent, essentiel, par opposition à ce qui est accidentel et adventif” : qualitésintrinsèques. De plus, intérieur est le mot vulgaire et de tous les styles ; interne est un mot de science, de physique, de médecine ; et intrinsèque un mot de philosophie, de scolastique.

735. EXTÉRIEUR, DEHORS. d’une personne. L’extérieur est ce “qui tout d’abord se voit, est saisi par l’œil” : il est d’un extérieur agréable. Dehors dit quelque chose de plus ; il comprend non seulement l’apparence extérieure, mais aussi les gestes, l’attitude, la manière de parler, etc.

736. ICI, . Ici est le “lieu même où est la personne qui parle” ; est un lieu différent. Ici marque un endroit déterminé ; est plus vague : Venez ici, allez . L’un est plus près, l’autre plus éloigné.

737. PRÈS, PROCHE. Près est l’expression ordinaire, celle qui a la signification la plus étendue ; c’est la seule qui se dise du temps aussi bien que du lieu. Proche est, proprement, un adjectif ; aussi ne s’emploie-t-il qu’avec le verbe être. On arrive près d’un lieu ; on est proche d’un lieu, ou un lieu est proche d’un autre, Lafaye.

738. PRÈS DE, AUPRÈS DE. Près deexprime la “proximité aussi bien dans l’espace que dans le temps”. Auprès de n’exprime la “proximité que dans l’espace.

739. CONTIGU, PROCHE. Mots qui désignent le “voisinage”. Contigu s’applique au voisinage d’objets considérables, et désigne de plus un voisinage immédiat. Proche a moins de force, et s’emploie pour des objets moindres. Ces deux terres sont contiguës ; ces deux arbres sont proches l’un de l’autre, Alembert (d’).

740. PROCHE, PROCHAIN. Proche annonce une proximité quelconque”, ou de lieu ou de temps, et même un moindre éloignement ; prochain, une “grande proximité ou de temps ou de lieu, une proximité très grande ou relativement grande. De plus, (on ne dit guère prochain de) ; avec de c’est proche qu’on emploie, Roubaud.

741. AUPRÈS DE, PRÈS DE. Ils expriment une idée de “proximité”. Mais près marque une “proximité plus vague ; et auprès une “proximité plus déterminée. Il demeure près d’ici veut dire que “sa demeure n’est pas éloignée : et, il demeure auprès d’ici, signifie que “sa demeure est très peu éloignée.

742. AVANT, DEVANT. Avant, marque l’“antécédence immédiate” ; devant, une “antécédence médiate ou non”. Celui qui est devant moi, est en avant de moi, d’une distance quelconque ; celui qui est avant moi, est immédiatement devant moi.

743. DEVANCER, PRÉCÉDER. Devancer vient de devant, et précéder a en composition la préposition latine prae qui veut dire “en avant. De là vient que celui qui devance “arrive le premier”, et que celui qui précède marche en avant, en tête, le premier”. Cette différence est purement étymologique et grammaticale, et, dans l’usage, les deux mots se prennent fréquemment l’un pour l’autre.

744. BOUT, EXTRÉMITÉ, FIN. Mots qui expriment l’endroit “où une chose se termine. bout diffère d’extrémité et de fin, en ce qu’il emporte toujours l’idée d’une certaine longueur, d’un bout en un mot, tandis que extrémité et fin n’expriment que la limite abstraite qui borne une chose. Le bout du doigt, c’est une “portion” de doigt ; l’extrémité du doigt est la surface qui termine le bout du doigt. À un autre point de vue, bout termine une étendue en longueur ; extrémité la termine en tous les sens : le bout d’un bâton ; les extrémités d’une surface ; bout fait considérer une chose dans sa longueur ; extrémité la fait considérer par rapport aux parties centrales. Tandis que bout et extrémité sont relatifs à l’étendue et à l’espace, fin l’est au temps et à la durée ; c’est l’action de finir qu’il exprime : la fin de la vie ; la fin d’un spectacle, d’un concert. Fin a rapport au commencement, comme bout a rapport à un autre bout, comme extrémité a rapport à un centre. Quand fin s’applique à l’étendue, ce qui arrive quelquefois, il exprime, à vrai dire, le temps que l’on met à parcourir cette étendue : un désert sans fin, est un désert “qui ne finit pas” ; (un désert sans bout ou sans extrémité, ne pourrait se dire), car on ne conçoit pas qu’un désert n’ait pas un bout, si on le considère dans sa longueur, ou des extrémités, si on le considère en tous sens. On ne dit pas le bout d’un cercle ; mais, dans une place circulaire, on dirait fort bien qu’on va ou qu’on est au bout, en considérant la ligne à parcourir. Nous disons très bien aller au bout de la terre, parce que nous considérons la distance qui nous sépare d’un point ; et de même au bout du monde. (On ne dirait pas au bout du globe, au bout de la sphère), parce qu’“un globe, une sphère, n’étant point en longueur, n’ont pas de bout.

745. TERME, LIMITES, BORNES. Le terme est un point ; les limites sont une ligne ; les bornes un obstacle.

Temps

  • temps. La durée des choses, en tant qu’elle est mesurée ou mesurable ; cette mesure est marquée surtout par le mouvement et la révolution apparente du soleil.

746. TEMPS, DURÉE. La durée ne présente d’autre idée que celle d’une “persistance”. Le temps y ajoute l’idée du “nombre” ; c’est une persistance ou une durée évaluée ; et de là vient que, quand on passe à l’éternité qui est infinie, on supprime bien l’idée du temps, mais on ne peut pas supprimer celle de la durée. En d’autres termes, les choses auraient une durée, quand même nous ne saurions la rapporter à aucune unité ; mais le temps proprement dit n’y serait pas, puisqu’il serait impossible de nombrer cette durée.

747. ÉTERNEL, PERPÉTUEL. Éternel se rapporte à la duréeinfinieprise absolument”. Perpétuel se rapporte à l’homme, et admet comme possibles, et même comme probables, les interruptions ou terminaisons auxquelles l’humanité est sujette. Une rente est perpétuelle ; l’abbé de Saint-Pierre rêvait une paix perpétuelle. Au contraire ceux qui croient que le monde ne finira pas, disent qu’il est éternel.

748. DIURNE, QUOTIDIEN, JOURNALIER. Diurne se dit de ce qui “occupe un jour entier : le mouvement diurne de la terre. Quotidien se dit de ce qui revient régulièrement chaque jour” : notre pain quotidien. Journalier se dit de ce qui se présente “tous les jours” mais sans les remplir comme dans le cas de diurne, et sans être régulier, comme dans le cas de quotidien : l’expérience journalière.

749. PÉRIODE, ÉPOQUE. Époque venant du mot grec signifiant “sur”, et du verbe grec signifiant, “s’arrêter, désigne précisément “un moment déterminé”, particulier de la durée ; et ce n’est que par extension ou par abus qu’on lui attribue le sens de grand intervalle de temps. Au contraire, période, à cause de la préposition grecque qui entre dans sa composition, désigne proprement “un grand intervalle de temps”, une grande durée.

750. MOMENT, INSTANT. Étymologiquement, l’instant est ce qui se tient sur nous, un “point présent et très court dans la durée. Moment signifie mouvement ; appliqué au temps, c’est la durée d’un petit mouvement”. Dans l’usage, moment est plus indéterminé ; il comporte un intervalle plus long ou moins précisément limité que l’instant.

751. INSTANT, IMMINENT. Ce qui est instant se tient sur nous et nous presse ; ce qui est imminent nous menace, tel est le sens étymologique qui indique la nuance. Un péril instant nous presse d’agir ; un péril imminent nous avertit seulement par sa menace.

752. SOUDAIN, SUBIT. Ces mots, ayant même radical, ont aussi même signification. Ils ne diffèrent que par l’emploi ; soudain est du style poétique ou élevé ; subit est de tous les styles.

753. SOUVENT, FRÉQUEMMENT. Il y a dans fréquemment une idée d’habitude qui n’est pas dans souvent. Communier souvent ou communier fréquemment, indique : l’un, qu’“il est arrivé que l’on a communié souvent ; l’autre, qu’“il est dans les habitudes de communier souvent.

754. ANCIENNEMENT, JADIS, AUTREFOIS. Ces mots désignent “le temps passé”. Anciennement, “dans les temps anciens, sert à représenter ce qui se faisait ou se pratiquait chez les anciens, parmi nos ancêtres. Autrefois, c’est-à-dire “une autre fois, dans d’autres conditions, marque un contraste entre le passé et le présent. Jadis (jam dies, c’est-à-dire “il y a des jours”), moins précis qu’anciennement qui se dit des choses vraiment anciennes, peut s’appliquer soit à un passé très peu éloigné : jadis, dans ma jeunesse, on s’habillait ainsi ; soit à une antiquité reculée : jadis, au temps d’Homère ; soit à une antiquité indéterminée : jadis, au temps que les bêtes parlaient.

755. LONGUEMENT, LONGTEMPS. Le premier signifie d’une “manière longue ; le second, “pendant un longtemps. Vivre longuement et vivre longtemps sont synonymes ; mais parler longtemps et parler longuement ne le sont pas ; dans l’un est exprimée seulement l’idée que le discours a duré longtemps ; l’autre indique que le discours a fatigué, ennuyé les auditeurs.

756. ACCIDENTELLEMENT, FORTUITEMENT. Accidentellement, “par accident ; fortuitement, “par fortune ou cas fortuit. Ce qui arrive accidentellement est un événement qui survient contre notre attente, sans que nous nous reportions à la cause, qui nous est inconnue, mais qui est réelle. Ce qui arrive fortuitement est considéré comme arrivant sans cause. C’est accidentellement, (non fortuitement), que le choléra a éclaté il y a quelques années ; c’est fortuitement, (et non accidentellement) que, suivant Épicure, les choses du monde ont été produites. Mais il y a nombre de cas où la nuance importe peu à l’écrivain et où l’on emploie l’un pour l’autre.

757. ANTÉRIEUR, ANTÉCÉDENT, PRÉCÉDENT. Antécédent est un terme didactique qui se trouve naturellement séparé des deux autres. Antérieur diffère de précédent, d’abord parce qu’il peut recevoir des compléments, ce que ne peut précédent : un événement antérieur à un autre ; mon droit est bien antérieur au vôtre ; bataille antérieure de plusieurs années ; ensuite, parce que précédent spécifie ce qui est arrivé immédiatement avant ce dont on parle, et antérieur exprime une priorité vague et indéterminée. Un événement antérieur est arrivé auparavant ; l’événement précédent est le dernier arrivé avant celui dont il est question.

758. FUTUR, AVENIR. Le futur est ce “qui sera” ; l’avenir est ce “qui adviendra”. Ces deux sens se confondent dans l’usage presque toujours : les siècles à venir ou les siècles futurs ne présentent pas d’autre nuance que celle qui est dans la notion même d’être ou de venir. Il n’y a que dans la langue du où futur ne peut être remplacé par à venir : les futurs conjoints. On dirait cependant l’héritier à venir aussi bien que le futur héritier.

759. NEUF, NOUVEAU. Neuf signifie une chose faite par art et qui n’est “pas encore mise en usage”, comme un livre neuf “qui n’a pas encore été usé ni sali, quoique peut-être il soit imprimé et relié depuis beaucoup d’années. Nouveau est ce qui est fait ou mis en évidence “depuis peu de temps”, comme un nouveau livre, “qui a été nouvellement composé, encore qu’on aurait déjà flétri les feuillets et sali la couverture”. Une chose peut être neuve sans être nouvelle, et nouvelle sans être neuve.

760. PREMIER, PRIMITIF, PRIMORDIAL. Premier indique ce qui est “avant le reste” : la première langue. Primitif contient premier et y ajoute l’idée d’“état premier : la langue primitive, celle qui est “dans la forme la plus simple”. Primordial contient premier, et y ajoute l’idée d’ourdir, de commencer : la langue primordiale serait, simple ou non, celle “dont les autres proviendraient”. Mais primitif et primordial se confondent souvent.

761. DÉCADENCE, DÉCLIN. La décadence est l’“état de ce qui va tombant” ; le déclin, l’“état de ce qui va baissant. La décadence amène la chute et la ruine ; le déclin mène à l’expiration et à la fin : la décadence des empires, le déclin de la vie. Si on dit : l’empire romain était en décadence, cela exprime qu’“il se ruinait et tombait peu à peu, on le compare à un bâtiment qui s’écroule ; si l’on dit : l’empire romain était à son déclin, cela exprime qu’“il approchait du terme de son existence ; on le compare à un corps organisé qui finit de vivre”.

762. CIRCONSTANCE, CONJONCTURE. La circonstance est “ce qui est autour” ; la conjoncture est “ce qui coïncide”. Par conséquent conjoncture fait entendre à l’esprit un ensemble d’événements qui concourent, idée qui est étrangère à circonstance.

763. OCCASION, CONJONCTURE. Conjoncture du latin con-jungere, “joindre ensemble”, indique un concours d’événements”, tandis que dans occasion l’idée de concours n’existe pas.

764. OCCASION, OCCURRENCE. Occasion vient du latin cadere, et indique ce “qui échoit ; occurrence vient du latin currere, et indique ce qui “se présente comme en accourant. Ces deux mots seraient donc extrêmement voisins, si l’usage n’avait attaché à occasion le sens d’occurrence favorable, bonne à saisir.

765. FAVORABLE, PROPICE. Favorable est ce qui “donne faveur ; propice est, étymologiquement, ce “qui est auprès. Une occasion favorable nous “donne faveur ; une occasion propice est une occasion présente et “qu’il faut saisir”. Le ministre nous est favorable, “il a de la bienveillance pour nous” ; il nous est propice, il est tout “prêt à nous servir”.

766. TARDER, DIFFÉRER. L’idée propre de tarder est celle d’être, de demeurer longtemps à venir, à faire”, et l’idée de différer celle de “remettre, de renvoyer à un autre temps”, à un temps plus éloigné.

767. PENDANT QUE, TANDIS QUE. Ces conjonctions expriment toutes deux qu’une action a lieu “dans le même temps” qu’une autre : Pendant que ou tandis que Jésus-Christ vécut parmi les hommes, il les instruisit. Mais une première différence se peut noter, c’est que tandis que incline vers le sens de tant que ; ce que ne fait pas pendant que : Tandis que les Crétois conserveront ces passages, nous croirons toujours qu’ils veulent usurper nos terres, Fénelon, Télémaque, XI En cet emploi, pendant que serait moins propre ; cependant de bons écrivains n’ont pas toujours observé cette distinction : Pendant que je vivrai, je ne puis jamais voir tranquillement tous les maux qui vous peuvent arriver, Sévigné, 16 août 1671. Pendant que les Romains méprisèrent les richesses, ils furent sobres et vertueux, Bossuet, Hist. dans Girault-Duvivier. La seconde différence est que : pendant que désigne une simultanéité entre deux actions quelconques, et tandis que convient mieux pour marquer une simultanéité entre des actions qui contrastent l’une avec l’autre ; ainsi on dira : C’est ce malheureux là qui, pendant que j’écris, M’embarrasse l’esprit de ses impertinences, Régnard, Distr. V, 7. Mais on dira : Tandis que de vous voir je meurs d’impatience, Vous témoignez, monsieur, bien de l’indiférence, Régnard, Ménechm. V, 5..

768. PENDANT, DURANT. Ces deux prépositions s’emploient continuellement l’une pour l’autre. La seule nuance que l’on puisse saisir, c’est que durant convient mieux, quand on veut faire sentir la durée comme pénible, comme trop longue.

769. DURANT, PENDANT. Durant, participe du verbe durer pris pour préposition, garde sa signification primitive ; mais pendant n’implique point cette signification. Ainsi l’on dira : durant la campagne, les ennemis se sont tenus enfermés dans leurs places ; et c’est pendant cette campagne que s’est livrée la bataille dont vous parlez.

770. CALENDRIER, ALMANACH. “L’indication des mois, des jours, des fêtes”, voilà l’objet du calendrier. L’almanach y ajoute des observations astronomiques, des pronostics sur les diverses conditions de l’air, des prédictions, etc.

Mouvement

  • mouvement. Action par laquelle un corps ou quelqu’une de ses parties passe d’un lieu à un autre, d’une place à une autre. Accélérer, ralentir le mouvement. Donner, communiquer le mouvement. Mettre une chose en mouvement. Pour se bien porter, il faut se donner du mouvement.

771. DEMEURER, RESTER. L’idée commune à ces deux mots est de “ne pas s’en aller” ; et la différence consiste en ce que demeurer ne présente que cette idée simple et générale de “ne pas quitter le lieu où l’on est” ; et que rester a de plus l’idée accessoire de “laisser aller les autres”.

772. VARIATION, CHANGEMENT. La variation consiste à “être tantôt d’une façon, tantôt d’une autre” ; le changement consiste seulement à “cesser d’être le même”. Le changement peut être du tout au tout ; la variation laisse subsister beaucoup de semblable.

773. CHANGEMENT, MUTATION, VARIATION. Termes qui s’appliquent à tout ce “qui altère et modifie”. Le premier et le second marquent le “passage d’un état à un autre”, et il ne faut qu’un de ces passages pour avoir changé ; le troisième marque le “passage rapide par plusieurs états”, et c’est cette succession d’états différents qui fait la variation. Quant à changement et à mutation, ils ne diffèrent que parce qu’ils ne sont pas du même style ; changement est du langagegénéral ; mutation est d’un langage plus didactique. L’histoire nous fait assister aux changements des empires ; elle nous enseigne les lois des mutations que subissent progressivement les sociétés.

774. ARRÊTER, RETENIR. Arrêter est plus définitif que retenir ; ce qui est arrêté “n’avance plus” ; ce qui est retenu peut avancer encore, bien que moins ou plus difficilement. Quand on retient, il reste toujours incertain si la main sera assez forte pour arrêter. Des idées arrêtées sont “des opinions fixes desquelles on est décidé à ne pas s’écarter. Une imagination retenue est celle “que l’on contient et que l’on empêche de s’égarer.

775. ALLER, VENIR. « Aller se dit du lieu où l’on est à celui où l’on n’est pas ; venir se dit, au contraire, du lieu où l’on n’est pas à celui où l’on est. Par exemple, si je suis à Paris, je dirai qu’un courrier est allé de Paris à Rome en deux jours, et qu’il est venu de Rome à Paris dans le même temps. Vaugelas, dans sa traduction de Quinte-Curce, a dit néanmoins : Alexandre vint mettre le siége devant Célène : il semble qu’il fallait dire, alla mettre le siége, Quinte-Curce, qui parle, n’étant pas à Célène lorsqu’il écrivait l’histoire d’Alexandre. Notre règle ne reçoit aucune exception à l’égard du mot aller ; mais, à l’égard de celui de venir, elle en reçoit plusieurs : 1° Ce mot se dit aussi du lieu où l’on est à celui où l’on n’est pas, lorsqu’on est près de quitter ce lieu où l’on est ; par exemple, si je suis sur le point de quitter Paris pour aller en Anjou, je dirai à quelqu’un qui pourrait avoir dessein de faire le même voyage : Voulez-vous venir en Anjou avec moi ? 2° Il se dit encore du lieu où l’on est à celui où l’on n’est pas, quand on parle de celui où l’on demeure ; ainsi, je dirai à quelqu’un que j’aurai rencontré dans la rue : Voulez-vous venir demain dîner chez moi ? »Ménage. En général, la différence entre aller et venir étant que aller indique le “mouvement seul”, et que venir considère “aussi l’arrivée”, on pourra mettre venir partout où l’idée d’arrivée sera impliquée.

776. ÊTRE ALLÉ, AVOIR ÉTÉ, ALLER. Ces deux expressions font entendre un transport local ; mais la seconde le double. Qui est allé a quitté un lieu pour se rendre dans un autre ; qui a été, a de plus quitté cet autre lieu où il s’était rendu. Tous ceux qui sont allés à la guerre n’en reviendront pas. Tous ceux qui ont été à Rome n’en sont pas meilleurs.

777. REVENIR, RETOURNER. On revient au lieu d’“où l’on était parti” On retourne au lieu “où l’on était allé”. On revient dans sa patrie : on retourne dans son exil.

778. ARRIVER, PARVENIR. Arriver est composé avec la préposition à ; et parvenir l’est avec la préposition par. Cela fait la différence de ces verbes. L’un exprime seulement la venue à un point quelconque ; l’autre ajoute à cette idée de venue l’idée d’effort et de percée à travers quelque obstacle. Nous arrivâmes à Paris n’exprime que notre venue ; nous parvînmes à Paris exprime que “cette venue était empêchée” par quelque chose. Arriver peut se dire pour parvenir : mais parvenir e peut se dire pour arriver : arrivés ou parvenus au sommet de la montagne ; mais arrivés à l’auberge.

779. ERRER, VAGUER. Vaguer, c’est “être vagabond”, c’est-à-dire n’avoir pas de demeure fixe, ou sortir de l’ordre fixé. errer, c’est “porter ses pas à l’aventure”. On erre dans les bois (et l’on n’y vague pas), ou, si l’on y vague, c’est comme un vagabond. Il ne faut pas laisser vaguer les bestiaux dans les champs ; errer ne pourrait pas ici remplacer vaguer, attendu que vaguer a quelque chose de blâmable qui n’est pas dans errer. Au figuré, L’homme qui se présente à vous par contrainte, par bienséance, laisse vaguer ses pensées, sans que vos discours arrêtent son esprit distrait,Bossuet cité par Roubaud. Ici errer pourrait remplacer vaguer, sauf que vaguer a une nuance méprisante qui n’est pas dans errer.

780. SE FOURVOYER, S’ÉGARER. Se fourvoyer c’est “se tromper de chemin, en prendre un autre que celui que l’on avait dessein de suivre. S’égarer c’est “ne plus reconnaître son chemin, être dans un chemin que non seulement on ne voulait pas prendre, mais que l’on ne connaît pas et dont on ne sait se tirer. En se fourvoyant on peut s’égarer ou non ; mais toutes les fois que l’on s’égare, on s’est fourvoyé, Guizot.

781. ÉLOIGNER, ÉCARTER. Éloigner, c’est “mettre au loin ; écarter, c’est “mettre à l’écart ; là est déjà une première nuance. De plus, éloigner signifie seulement que l’on veut mettre loin ce qu’on éloigne, tandis que écarter exprime que l’on désire se débarrasser de ce qu’on écarte.

782. CONTINUATION, CONTINUITÉ. La continuation, c’est l’“action de continuer ; la continuité, c’est l’“état de ce qui est continu : la continuation d’un travail ; la continuité d’un espace. Quand continuation se rapporte à la durée, il signifie que l’on continue ce qui est commencé ; et continuité, que ce qui se fait ne souffre point d’interruption : la continuation d’un travail, la continuité du travail.

783. CONTINUATION, SUITE. Ces mots désignent la “liaison d’une chose avec ce qui la précède. Mais suite est plus général, n’impliquant pas que ce à quoi on donne une suite soit ou non achevé. Au lieu que continuation exprime positivement que la chose était restée à un certain point qui ne la terminait pas.

784. ISSUE, SORTIE. Issue est plus général que sortie. La sortie est le passage “par où l’on sort habituellement” ; l’issue est toute ouverture “par où l’on peut sortir. La porte est à la fois une sortie et une issue ; la fenêtre n’est pas une sortie, mais, en un cas pressant, elle peut être une issue.

785. METTRE, POSER, PLACER. Mettre est le terme le plus général. Poser, c’est mettre avec justesse dans le sens et de la manière dont les choses doivent être mises. Placer, c’est les mettre avec ordre dans le rang et le lieu qui leur conviennent. Il y a de plus une différence qu’il faut indiquer : c’est que mettre, venant de mittere, a toujours conservé un sens de mouvement, soit matériel : mettre une lettre à la poste, soit intellectuel : mettre en colère.

786. TRANSPORTER, TRANSFÉRER. L’on dit transporter des meubles, des marchandises, de l’argent, des troupes d’un lieu à un autre. Mais on dit transférer un prisonnier du Chatelet à la Conciergerie, un corps mort d’un cimetière dans un autre. Quand on transfère un magasin de marchandises précieuses, il faut tâcher de les transporter sans les gâter.

787. CHOQUER, HEURTER. choquer, venant de souche ainsi qu’on le voit à l’étymologie de choc, signifie proprement “faire trébucher”, comme celui qui heurte du pied une souche. heurter veut dire proprement porter un coup” ; c’est pour cela qu’on dit heurter à une porte, (et non la choquer) ; la choquer, ce serait y frapper à l’effet de l’enfoncer. Une légion romaine qui allait choquer l’ennemi, “le chargeait pour le faire trébucher, mais elle ne le heurtait pas : car ici heurter aurait un sens moins précis. En suivant la nuance on trouve que choquer indique plutôt une action faite par une cause extérieure sur un objet, et heurter une action involontaire : Un heurt survient : adieu le char ; Voilà messire Jean Chouart Qui du choc de son mort a la tête cassée, La Fontaine, Fables, VII, 11. Un heurt, parce que c’est le char lui-même qui a rencontré un caillou ; un choc voudrait dire qu’une autre voiture l’a rencontré. Le choc de son mort, parce que c’est un objet extérieur ; le heurt ne serait pas bon ici. On se heurte la tête, “parce qu’on ne le fait pas exprès” ; mais un homme qui veut se tuer se choque la tête contre la muraille ; deux béliers qui se battent choquent leurs têtes. Au figuré, heurter les opinions reçues, c’est leur faire “éprouver un heurt, c’est-à-dire se rencontrer en opposition avec elles” ; choquer des opinions reçues, c’est leur “infliger un choc, une offense”.

788. VERSER, RÉPANDRE. Verserexprime proprement un changement de direction dans la chose, et répandre un étalage de la chose. On verse en bas ; on répand en tous sens. Vous versez de l’eau dans un vase inférieur. L’odeur d’une fleur se répand dans les airs. L’idée propre de verser est l’effusion. L’idée propre de répandre est diffusion ou dispersion, Roubaud.

Sciences

  • science. Connaissance qu’on a de quelque chose. 2° Ensemble, système de connaissances sur une matière.

Physique

  • physique. Qui se rapporte aux conditions, aux lois de la nature. 4° Dans un sens général et ancien, la physique, connaissance de toute la nature matérielle ; c’est le sens de Descartes et de ses élèves Rohault et Régis. 5° Physique, dans le sens spécial, c’est-à-dire séparée de la chimie, science du mouvement et des actions réciproques des corps, en tant que ces actions ne sont pas de composition et de décomposition, ce qui est le propre de la chimie.

789. MONADE, ATOME. La monade est, dans l’hypothèse de Leibnitz, l’“être simple et actif des corps, capable de dire moi dans ce qui a vie”. L’atome, dans l’hypothèse de Démocrite, est la “particule dernière et indivisible des corps, agitée d’un mouvement éternel, et entrant, par ce mouvement, en combinaison avec les autres atomes. Aujourd’hui, selon la vue des chimistes, l’atome figure à l’esprit la constitution des corps d’après laquelle ils se combinent en proportions définies”.

790. LOURD, PESANT. Tout corps est pesant, parce que la pesanteur est la tendance générale des corps vers le centre ; mais on ne peut appeler lourds que ceux qui ont un poids considérable relativement à leur masse. Dans le sens figuré, et quand il s’agit de l’esprit, le mot lourd enchérit encore sur celui de pesant, l’esprit pesant conçoit avec peine”, avance lentement et fait peu de progrès : l’esprit lourd “ne conçoit rien” et ne fait aucun progrès, Beauzée.

791. MASSE, POIDS. Tout le monde sait ce que c’est que le poids : c’est la “résistance que nous éprouvons quand nous soulevons un corps”. La masse est l’“ensemble des molécules matérielles”, et, comme nous ne pouvons les apprécier que par le poids, le poids et la masse sont la plupart du temps synonymes. En ce sens un kilogramme de marbre et un kilogramme de plomb ont le même poids ou la même masse. Mais, si on les plonge tous deux dans l’eau, le plomb perdra un cinquième de son poids, tandis que le marbre en perdra environ un tiers ; les masses n’auront pas changé, mais les poids seront fort différents.

792. DENSE, COMPACT. Compact est un termegénéral qui indique que “les parties sont serrées les unes contre les autres”. Dense, en tant que terme de physique, indique que “les molécules sont serrées les unes contre les autres”. La foule était compacte ; le platine est le plus dense des métaux.

793. DIFFRACTION, RÉFRACTION. La réfraction a lieu lorsque les rayons lumineux, dérangés de la ligne droite, sont tous brisés dans le même sens et dans un ordre invariable. Un faisceau lumineux qui tombe sur un prisme de cristal, est réfracté ou éprouve la réfraction, parce que les rayons s’étalent de manière à former le spectre solaire. Au contraire si ce faisceau tombe sur des houppes soyeuses, les divers rayons étant réfractés selon l’occurrence des brins de soie, il résulte dans l’ensemble une réfraction qui semble désordonnée et que nous nommons diffraction.

794. DIAPHANE, TRANSPARENT. Diaphane est un terme du langage didactique, qui pourtant est entré dans le langage commun, mais qui est réservé pour les “substances laissant passer, sans qu’elles aient d’interstice apparent, la lumière”. Transparent, qui est du langage usuel, est plus général ; il s’applique même aux tissus qui, n’étant point serrés, n’interceptent pas le jour : cette gaze est transparente.

795. OBSCUR, SOMBRE. Obscur dit plus que sombre : un jour est sombre, une nuit est obscure.

796. OFFUSQUER, OBSCURCIR. Offusquer signifie “empêcher de voir ou d’être vu”, dans sa clarté naturelle, par l’interposition d’un corps, d’un obstacle. Obscurcir exprime l’action simple et vague de “faire perdre à un objet sa lumière ou son éclat”. La lumière s’éteint, tout devient obscur, non offusqué ; un nuage voile le soleil, tout devient offusqué, non obscur.

797. OSCILLATION, VIBRATION. La différence consiste en ce que l’oscillation est un mouvement relativement lent, et la vibration un mouvement extrêmement rapide. On a dit quelquefois la vibration d’un pendule, mais c’était abusivement.

798. ONDE, FLOT. Ondeexprime seulement le mouvement de va-et-vient d’une onde qui se soulève. Le flot ajoute à cette idée quelque chose de plus fort, de plus soulevé.

799. MIREMENT, MIRAGE. Le mirage “fait paraître les objets renversés. Le mirement les relève ; il arrive souvent le matin qu’on découvre jusqu’à la flottaison un bâtiment situé presque à perte de vue à l’horizon, et l’on dit alors que ce navire est en mirement, Legoarant.

Météorologie

  • météorologie. Partie de la physique qui traite des météores ou phénomènes atmosphériques, et, plus généralement, des conditions de climat à la surface du globe. De l’histoire, prise par les sens, des vents, des pluies, grêles, tonnerres, la réflexion a passé à la recherche de leurs origines, causes, effets, etc.

800. FOUDRE, TONNERRE. La foudre est “le feu électrique que lance la décharge”. Le tonnerre est “le bruit qui accompagne cette décharge”. On entend un coup de tonnerre ; on est frappé d’un coup de foudre. Mais par extension tonnerre peut se prendre pour foudre : le tonnerre est tombé sur la maison.

801. ORAGE, TEMPÊTE. L’orage produit le tonnerre, la pluie, la grêle, la tempête. La tempête est un “vent violent, accompagné ordinairement de pluie ou de grêle, et qui s’élève quelquefois pendant l’orage, quelquefois sans orage. Les orages de mer portent ordinairement le nom de tempêtes. Il y a des orages sans tempête quand la pluie et le tonnerre ne sont pas accompagnés de vent, Guizot.

802. CYCLONE, TROMBE, TOURBILLON. Le cyclone est une tempête qui balaye en tournoyant” ; le tourbillon y ressemble, mais il n’est pas le caractère propre d’un orage, il n’en est que l’effet accidentel. La trombe n’est point accompagnée de tempête, c’est une “colonne qui se promène et ravage en se promenant” ; on dit que des coups de canon ont fait évanouir certaines trombes ; ils ne pourraient rien contre un cyclone.

803. FRIMAS, GRÉSIL. Le frimas diffère du grésil, défini par l’Académie : Grêle fort menue et fort dure”. On sent tomber le grésil, qui, s’il est poussé par le vent, frappe la figure d’une manière désagréable, tandis que le frimas n’a aucun mouvement et revêt seulement les corps de glaçons très petits. Il est produit par l’eau qui, dans une basse température, se sépare de l’atmosphère et se congèle. À un moindre degré de froid chaque glaçon du frimas serait une goutte de rosée, Legoarant.

804. NUE, NUAGE, NUÉE. La nue est le nom le plus général. Nuée et nuage ont, étymologiquement, le sens de réunion, masse de nues en vertu de leur finale ; mais l’usage a mis ces nuances : on dit les nues quand on veut exprimer l’ensemble des nuages qui couvrent le ciel” ; on dit nuages quand on les considère surtout dans leur isolement et leur séparation ; enfin nuée désigne surtout une grosse nue.

805. BOLIDE, ÉTOILE FILANTE, AÉROLITHE. L’étoile filante est un “météore igné qui traverse l’atmosphère, qui ne fait pas explosion, et dont les dimensions se rapprochent des dimensions des étoiles. Le bolide est un “météore igné, de dimension beaucoup plus grande, et faisant souvent explosion”. L’aérolithe est une masse pierreuse qui tombe du haut de l’atmosphère”. Les étoiles filantes, les bolides et les aérolithes appartiennent aux espaces célestes, et ne s’engagent dans notre atmosphère que quand la terre les rencontre dans sa révolution.

Chimie

  • chimie. Science dans laquelle on étudie les lois de la composition des corps cristallisables ou volatils, naturels ou artificiels, et les lois des phénomènes de combinaison ou de décomposition résultant de leur action moléculaire les uns sur les autres. Chimie minérale, celle qui s’occupe des corps inorganiques. Chimie organique, celle qui s’occupe des substances organisées.

806. MÉLANGER, MÊLER. Mélanger vient de mélange ; mélange vient de mêler ; ces deux verbes ont même radical. Aussi ne diffèrent-ils que par la nuance qui est dans mélange. Un cabaretier mélange son vin, c’est-à-dire qu’“il y introduit d’autres vins ou d’autres substances” ; si l’on disait qu’il mêle ses vins, cela signifierait qu’il confond les différentes espèces de vins entre elles. Au figuré, les races sont mêlées, quand dans un même pays il y a “plusieurs races y vivant ensemble” ; elles sont mélangées quand “elles font des croisements” ; les intérêts sont mêlés quand ils sont “impliqués les uns dans les autres”, ils sont mélangés quand ils sont “de diverses natures”.

807. MÉLANGE, COMBINAISON. Le mélange diffère de la combinaison chimique ; il se fait en toute proportion ; il ne s’accompagne d’aucun des phénomènes de la combinaison, comme le dégagement de chaleur, de lumière, etc. ; il produit seulement du froid lorsque le mélange présente un état différent de celui des corps mélangés ; les propriétés des éléments du mélange sont masquées, mais non changées d’une manière durable, elles le sont dans la combinaison.

808. SUBSTANCEORGANISÉE, SUBSTANCE ORGANIQUE. La première est celle qui “présente la texture propre à la vie”, soit qu’elle fasse actuellement portion d’un être vivant, soit qu’elle en ait été séparée ou qu’elle ait cessé de vivre. La seconde est toute substance définie qui, “tirée des corps vivants”, est susceptible de cristalliser ou de donner des composés cristallisables et de se volatiliser à une température fixe. Un muscle, un nerf sont des substances organisées ; l’albumine, la fibrine sont des substances organiques.

809. AMIDON, FÉCULE. En chimie amidon et fécule sont des synonymes parfaits ; mais l’usage auquel on applique la substance qu’ils désignent leur donne une acception différente. Ainsi, dans les arts, la fécule des céréales s’appelle amidon ; appliquée à l’alimentation et à la thérapeutique, la fécule de pomme de terre garde le nom de fécule, et l’on dit aussi fécule d’arrow-root. Amidon est une expression spécifique ; fécule un terme générique, Legoarant.

810. LIQUIDE, FLUIDE. Tout liquide est fluide ; mais tout fluide n’est pas liquide. Fluide s’applique aussi au gaz, tandis que liquide ne se dit que des corps qui restent comme l’eau dans le vase où on les met.

811. LIQUEUR, LIQUIDE. Autrefois on appelait liqueur toute “substance liquide ; c’est ainsi que Pascal a écrit un livre de l’équilibre des liqueurs ; nous dirions aujourd’hui des liquides, c’est le terme générique ; liqueur ne s’emploie que pour certains liquides déterminés.

812. FONDRE, LIQUÉFIER. Fondre et liquéfier sont souvent employés l’un pour l’autre ; mais on peut tâcher de distinguer, en disant que fondre s’emploie aussi bien en parlant des métaux, du verre et autres substances qui, pour devenir liquides, exigent un haut degré de température, que des substances qui n’en exigent que très peu ; tandis qu’on se sert plus volontiers de liquéfier pour la cire, le suif, etc. qui deviennent liquides au moyen d’une chaleur beaucoup moindre, Legoarant.

813. ÉBULLITION, EFFERVESCENCE. Ces deux mots ne peuvent être rapprochés à titre de synonymes que quand il s’agit du mouvement présenté par une liqueur non soumise à la chaleur. L’ébullition est la “formation de bulles : ainsi le vin de champagne présente une ébullition ; l’effervescence est aussi une “formation de bulles, mais avec dégagement de chaleur, ce qui n’a pas lieu dans l’ébullition.

814. ÉVAPORER, VAPORISER. Employés en parlant de liquides, ces mots peuvent être distingués en ce que par l’évaporation on laisse perdre la vapeur dans l’atmosphère, tandis qu’on la recueille par la vaporisation. On vaporise de l’eau pour utiliser la vapeur aqueuse comme force motrice.On évapore un extrait, un sirop, pour les concentrer, c’est-à-dire afin d’en augmenter la densité en diminuant la quantité du liquide qu’ils contiennent, Legoarant. De plus l’évaporation se fait même à une température basse, tandis que la vaporisation se fait à la température de l’ébullition.

815. VAPORISATION, ÉVAPORATION. L’eau abandonnée à l’air s’évapore, et l’eau qui bout se vaporise ; dans le premier cas, la vapeur se forme à la surface ; dans le second, elle se forme principalement dans la masse. Au mot vaporisation, on attache des idées de force motrice ou de puissance calorifique qui ne sauraient convenir à celui d’évaporation. L’eau vaporisée peut animer une machine, et l’on n’obtiendrait aucun résultat semblable avec la vapeur que l’eau engendre à sa surface, Legoarant.

816. VAPEUR, GAZ. On peut faire entre la vapeur et le gaz cette différence, qu’un gaz est permanent à la température et sous la pression atmosphérique ordinaires, tandis que, dans les mêmes circonstances, la vapeur se résout en eau, ou en un autre liquide.

817. ÉVAPORÉ, ÉVENTÉ. Au sens propre, “une liqueur est évaporée quand sa substance s’est dissipée en vapeur ; “elle est éventée, quand le parfum qui la distinguait s’est dissipé, quoique la substance puisse rester. L’eau s’évapore et ne s’évente pas. Une bouteille de vin est éventée, si le vin a perdu son arôme. Au figuré, l’évaporé tient plus de la légèreté de la conduite ; éventé tient plus de l’étourderie des manières. Une coquette a des airs évaporés, mais elle n’a pas des airs éventés.

818. LE CHAUD, LA CHALEUR. Le chaud est la qualité de tout ce qui est chaud ; la chaleur est la qualitéactive qui fait qu’un corps est chaud. On sentira la nuance dans ces phrases : le chaud du jour, la chaleur du jour. Le chaud du jour, c’est le temps où le jour est le plus chaud ; la chaleur du jour est l’impression qu’un jour chaud nous fait sentir. Nous sortîmes au chaud du jour (plutôt que pendant la chaleur du jour). La chaleur du brasier (et non le chaud) était si grande. Dans les qualités élémentaires qu’ils admettaient, les anciens comptaient le chaud (non la chaleur).

819. ABSORBER, ENGLOUTIR. Idée commune, “disparition de la chose” qui est absorbée ou engloutie. Mais absorber indique une action successive, et engloutir, une action faite d’un seul coup. On absorbe peu à peu ; on engloutit à la fois. Un fleuve s’engloutit dans un abîme, il s’absorbe dans les sables. Un patrimoine est englouti dans une fausse spéculation ; il est absorbé par les procès. Au figuré, la synonymie cesse. On est absorbé dans ses peines, dans sa douleur, (mais non englouti).

820. BLUETTE, ÉTINCELLE. La bluette est moins brillante que l’étincelle ; elle fait moins d’éclat ; elle s’éparpille moins.

821. DEUTO-, BI-. Deuto indique l’ordre des composés des mêmes éléments, et bi la quantité absolue de l’élément négatif. Ainsi, le protoxyde de manganèse contenant une partie de manganèse et une partie d’oxygène, l’oxyde rouge, qui contient 4 d’oxygène sur 3 de manganèse, serait un deutoxyde par rapport au premier. Mais il est loin d’être le bioxyde qui contient 2 d’oxygène contre 1 de manganèse. Les préfixes sesqui, bi, tri, etc. représentent donc des quantités relatives beaucoup mieux connues que proto, deuto, trito, etc. et se rapportent à une connaissance plus avancée. Aussi sont-ils préférés aujourd’hui.

Nature

  • histoire. 10° Fig. Description des choses naturelles. L’histoire des plantes, des minéraux, des animaux. Absolument. Histoire naturelle, science d’application qui étudie les diverses parties de chacun des corps existants à la surface et dans l’intérieur de la terre, organisés ou non organisés.
  • botanique. Science qui a pour objet la connaissance, la description et la classification des végétaux.
  • zoologie. Partie de l’histoire naturelle qui a pour objet les animaux.
  • biologie. Science qui a pour sujet les êtres organisés, et dont le but est d’arriver, par la connaissance des lois de l’organisation, à connaître les lois des actes que ces êtres manifestent. Ce mot, créé par un naturaliste allemand, Treviranus, a été employé, pour la première fois, par Lamarck, dans son Hydrologie, 1802, et dans son Discours d’ouverture sur la question de l’espèce, 1803.
  • géologie. Science qui a pour objet l’histoire naturelle de la terre, la connaissance de la forme extérieure du globe, l’étude des différents terrains, celle de leur formation et de leur position actuelle.

822. NATURALISATION, ACCLIMATATION. La naturalisation diffère de l’acclimatation, en ce que celle-ci, se rapportant aux individus, leur permet de vivre dans le nouveau climat sans leur permettre de s’y reproduire d’une manière régulière et naturelle, tandis que la naturalisation est toujours accompagnée de la faculté de se reproduire régulièrement.

823. ACCLIMATER, NATURALISER. Il faut distinguer entre acclimater et naturaliser, entre acclimatation et naturalisation. Acclimater se dit des individus et des espèces ; naturaliser ne se dit que des espèces.

824. DISSECTEUR, DISSÉQUEUR. Ces deux mots signifient exactement la même chose, mais dissecteur est un terme purement technique : c’est un habile dissecteur. Disséqueur se prend par moquerie ou par ironie pour celui qui a la manie de disséquer, comme dans l’épigramme de Rousseau (J.B.), Épîtres, I, 10 : Certain frater grand disséqueur de corps.

825. OVULE, ŒUF. L’ovule est le “germe arrivé à maturité et renfermé dans l’ovaire. L’œuf est l’ovule fécondé et arrivé dans la matrice”.

826. OVALE, OVÉ. En termes de botanique, on dit ovale pour parler des organes dont l’épaisseur est faible, tandis que ové s’applique à ceux qui présentent les trois dimensions, et par conséquent la forme d’un œuf entier, Legoarant.

827. CARNIVORE, CARNASSIER. Carnivoreexprime simplement le fait de “se nourrir de viande. Carnassier joint à cette idée l’idée d’un appétit brutal qui se complaît dans le massacre. Autre est la différence dans le langage de l’histoire naturelle : carnassier est un termegénéral qui désigne l’idée des “animaux vivant de chair ; carnivore est moins général et indique parmi les carnassiers une section particulière, celle des chiens, chats, ours, etc.

828. ŒIL, BOURGEON, BOUTON. L’œil est ce qu’il y a de plus général ; c’est la “première marque d’un développement nouveau dans l’arbre”. En se développant, l’œil devient bourgeon ou bouton : bourgeon, s’il doit donner des branches ou des feuilles ; bouton, s’il doit donner des fleurs et des fruits.

829. NŒUD, ARTICULATION. Dans l’articulation, il y a naturellement une solution de continuité, une séparation des fibres qui ne sont qu’apposées ; dans le nœud, les éléments organiques sont confondus et se font continuité.

830. FANER, FLÉTRIR. Faner dit moins que flétrir. Une fleur fanée par le chaud du jour reprend sa fraîcheur le soir ; une fleur flétrie ne redevient pas fraîche ; aussi, figurément, dit-on que la réputation d’un homme est flétrie. Une réputation fanée serait simplement une réputation passée”.

831. TUBERCULE, BULBE. Les bulbes diffèrent des tubercules en ce que la partie charnue est représentée, dans les premiers, par des organes appendiculaires ou écailles charnues, analogues aux feuilles, tandis que, dans les tubercules, elle est formée par un organe axile, aérien ou plus souvent souterrain.

832. GOMME, RÉSINE. Les gommes sont des substances “contenant un mucilage” ; les résines, des substances “contenant une essence”.

833. EFFEUILLAISON, DÉFOLIATION. Effeuillaison est l’“arrachement”, défoliation est la “chute naturelle des feuilles”.

834. GÉOLOGIE, GÉOGNOSIE. La géognosie est une branche de la géologie ; elle s’occupe de la “structure minéralogique de la terre, tandis que la géologie embrasse toute l’“histoire naturelle de la terre.

835. LAPIDIFICATION, PÉTRIFICATION. Bien que, étymologiquement, ces deux mots signifient la même chose, l’usage applique plus particulièrement le terme de pétrification à la “transformation en pierre d’un fruit, d’une plante, d’un animal, etc.” et lapidification “à une masse, à une couche géologique”.

836. INCRUSTATION, PÉTRIFICATION. Ces deux mots, que l’on confond quelquefois, ne sont pas synonymes. Les sources incrustantes ne font qu’entourer les objets d’une croûte, d’une couche”, sans en changer la texture intérieure ; dans une pétrification, l’intérieur même de l’objet est changé en pierre.

Géométrie

  • géométrie. Science qui a pour but la mesure des lignes, des surfaces et des volumes.

837. FIGURE, FORME. Dans la philosophie aristotélique, forme se dit de toutes les “ qualités de l’objet”, et figure de la forme qu’il affecte en un moment donné”. La figure d’un franc est celle d’un cylindre beaucoup plus large que haut ; sa forme est d’être en argent allié d’un dixième de cuivre, pesant cinq grammes, d’être solide, etc.

838. SURFACE, AIRE. En termes de géométrie, le motsurface s’emploie pour désigner la “forme”, abstraction faite de toute limite, et le mot aire pour désigner l’étendue superficielle”, quand on l’envisage par rapport à la grandeur.

839. SURFACE, SUPERFICIE. On dit la surface des eaux, la surface de la terre, (et non pas la superficie des eaux, la superficie de la terre) ; ou, du moins, on ne se sert de superficie que quand on veut évaluer : la superficie de la terre est de tant de millions de mètres. On dit encore le fonds et la superficie, (et non le fonds et la surface). Mais, comme l’étymologie est la même, les deux mots sont équivalents en beaucoup de cas.

840. PERPENDICULAIRE, VERTICAL. Une ligne verticale est une “ligne qui passe par le zénith du lieu où l’on est”. Une ligne perpendiculaire est une “ligne qui fait deux angles droits avec la ligne ou le plan qu’elle rencontre, quelle qu’en soit la direction par rapport à l’horizon.

841. OVALE, ELLIPSE. L’ellipse est une courbe exactement symétrique, tandis que l’ovale est, comme l’œuf, plus en pointe d’un côté que de l’autre.

842. ELLIPSE, OVALE. L’ellipse est une “courbe parfaitement symétrique”. L’ovale, qui présente la “forme d’un œuf, a un côté plus large que le côté opposé.

843. ORBE, ORBITE. L’orbe est à l’orbite ce que le cercle est à la circonférence.

844. TUYAU, TUBE. Tube est un terme de science ; tuyau est de l’usage ordinaire. Le physicien et l’astronome se servent de tubes ; nous employons différentes sortes de tuyaux pour conduire les liquides. En outre, le tube est en général un corps d’une telle figure ; le tuyau est plutôt un ouvrage propre pour tel usage.

Géographie

  • géographie. Science qui a pour objet de connaître les différentes parties de la superficie de la terre, d’en assigner les situations réciproques et d’en donner la description.

845. RÉGION, PAYS, CONTRÉE. Ces mots servent à désigner les divisions de la terre. Pays vient du latin payus, village : “ce qui est autour du village ; contrée vient du latin contra, “en face : “ce qui est en face ; région vient du latin regere, “diriger”, ce qui est dans une certaine direction. Région par rapport à pays indique quelque chose de plus indéterminé ; l’Europe est une région, (et non un pays). La France est un pays (et non une région). Par rapport à contrée, il y a cette différence que contrée se dit des plus petites étendues (suivez ce ruisseau, la contrée est pittoresque), tandis que région ne peut se prendre ainsi ; d’autre part, région a une idée de compartiment qui n’est pas dans contrée ; on dit la région des neiges éternelles, (et non la contrée). Pays et contrée ont cela de commun qu’ils peuvent se dire de petites étendues : une contrée boisée, un pays boisé ; mais, en vertu de leur étymologie, contrée est moins déterminé que pays : la France est un pays (et non pas une contrée).

846. TERROIR, TERREIN, TERRITOIRE. Terroir se dit de la terre en tant qu’il s’agit de l’étendue d’un canton considérée “par rapport aux productions de la terre” ; terrein, d’un espace plus circonscrit considéré “par rapport à ce qu’on y peut faire” ; territoire, en tant qu’il s’agit de “juridiction”.

847. ENTOURER, ENVIRONNER. Les environs s’étendent plus loin que les entours ; donc entre ce qui environne et ce qui est environné, l’éloignement est plus grand qu’entre ce qui entoure et ce qui est entouré. Une ville environnée de riches campagnes, signifie qu’elle a, “même au loin, autour d’elle de riches campagnes”. Une ville entourée de coteaux, signifie que “les coteaux lui font une sorte d’enceinte”.

848. SITUATION, POSITION. [Au propre] Situation est plutôt “relatif à la manière dont un objet est placé” ; position plutôt “relatif au lieu où il est” : La position d’un lieu ; la situation d’un domaine.

849. SITUATION, ASSIETTE. Situation est plus général qu’assiette, qui ne se dit que de ce qui peut être considéré comme assis. On dira l’assiette ou la situation d’une ville ; (mais on ne dira pas l’assiette d’un domaine).

850. HAUTEUR, ALTITUDE. Ce sont des termes de géographie. Ils expriment tous deux l’élévation d’un lieu au-dessus d’un certain niveau”. Hauteur est plus général, il se dit aussi bien de l’élévation au-dessus du sol que de l’élévation au-dessus du niveau de la mer. Altitude ne se dit que de l’élévation au-dessus du niveau de la mer”. De plus altitude ne s’emploie pas pour une évaluation : on ne dit pas l’altitude de cette montagne est de tant de mètres, mais la hauteur en est de tant de mètres.

851. ÉLÉVATION, HAUTEUR. Tant que dans l’élévation on considère l’“action d’élever ou de s’élever, élévation est différent de hauteur : l’élévation du ballon au-dessus des nuages (et non la hauteur du ballon) ; hauteur signifiant “la distance qui sépare un objet supérieur d’un objet inférieur”. Mais quand, dans élévation, on considère le résultat de cette action, alors hauteur et élévation se rapprochent tout à fait : l’élévation du pôle ou la hauteur du pôle ; une élévation de terrain ou une hauteur sont sensiblement synonymes. Mais, figurément, les deux mots se séparent : l’élévation du caractère est une qualité qui élève le caractère au-dessus des choses basses ; la hauteur est un défaut qui, “dans notre idée ou dans nos manières, nous place au-dessus des autres”.

852. LEVER, HAUSSER. La différence primitive est dans la situation de ce qu’on hausse ou lève. Hausser s’applique à ce qui est bas ; lever à ce qui est étendu. Ce tableau est trop bas, haussez-le. Cette planche est à terre, levez-la.

853. LEVANT, ORIENT. Il est une différence particulière entre Levant et Orient, quand ces deux mots sont pris dans le sens géographique. Le Levant désigne la côte occidentale de l’Asie”, c’est-à-dire toute celle qui est sur la Méditerranée. L’Orient désigne toute la “partie de l’Asie qui est au delà, la Perse, l’Inde, la Chine, le Japon”.

854. LEVANT, ORIENT, EST. Levant et orient sont exactement synonymes, ne différant que par le style où on les emploie. Orient se dit plutôt dans le style élevé ; levant dans le style technique et de marine. L’est est un des points cardinaux ; dans son sens propre, il signifie le “point de l’équateur céleste où le soleil se lève ; tandis que levant et orient désignent l’espace compris entre les deux tropiques” ; aussi y a-t-il un levant d’hiver et un levant d’été, mais il n’y a qu’un est.

855. OUEST, OCCIDENT, COUCHANT. L’ouest est proprement le “point où le soleil se couche à l’équinoxe” ; l’occident ou le couchant c’est le côté tout entier. Ces sens se confondent très facilement : toutefois, si l’on parle des points cardinaux, on ne dira pas l’occident.

856. BORD, CÔTE, RIVE, RIVAGE. En général la bande de terre qui limite et contient une eau”. Bord est le terme le plus général ; toute eau a des bords ; au lieu que la côte ne se dit que de la mer et s’élève au-dessus des flots qu’elle domine. Bord exprimant “ce qui borde, ce qui contient”, et côte “ce qui domine et est élevé”, rive et rivage expriment ce qui n’a ni l’une ni l’autre de ces conditions, et ne sont considérés que comme la langue de terre adjacente à un cours d’eau. La mer, les fleuves, les grandes rivières, qui ont seuls des rivages, ont des rives comme les ruisseaux.

857. PÉNINSULE, PRESQU’ÎLE. Legoarant distingue ainsi : « Péninsule, “partie de terre s’avançant dans la mer et unie au continent par une ligne qui ne dépasse pas le quart du périmètre de la péninsule, par opposition à presqu’île, qui est une “portion de terre environnée d’eau, excepté sur une petite longueur et jointe au continent par un isthme” : l’Arabie est une péninsule, tandis que la Morée est une presqu’île. » Cela n’est pas fondé sur l’usage, qui donne à presqu’île le sens général d’un espace quelconque presque entouré par la mer, et à péninsule le sens particulier de pays entouré par la mer. Une presqu’île peut être fort petite ; une péninsule est toujours grande.

858. CATARACTE, CASCADE. Ce qui distingue la cataracte de la cascade, c’est que celle-ci ne s’applique qu’aux ruisseaux, aux torrents, en un mot aux petits cours d’eau. D’ordinaire aussi “la cascade tombe de rocher en rocher, au lieu que, “dans la cataracte, l’eau se précipite seulement d’un lieu très élevé en un bas-fond”.

859. FONTAINE, SOURCE. Étymologiquement, la fontaine est l’“eau de source (aqua fontana) ; et la source est “ce qui sourd, ce qui jaillit”, ce qui fournit la fontaine. C’est là la nuance entre ces deux mots. La source indique ces canaux souterrains qui amènent à la surface l’eau des profondeurs ; la fontaine est l’eau qui s’élève à la surface du sol dans un bassin naturel ou artificiel. C’est pour cela qu’on nomme fontaines ces édifices qui dans les villes versent de l’eau.

860. SOMMET, CIME. Sommet est plus général que cime. Sommet se dit de toute “partie la plus élevée” ; cime, des montagnes, des rochers, des grands arbres : la cime ou le sommet d’une montagne ; mais le sommet de la tête (et non la cime).

861. VALLÉE, VALLON. Vallée signifie un espace plus étendu ; vallon en marque un plus resserré.

862. SINUEUX, TORTUEUX. Dans la chose sinueuse, on considère surtout les enfoncements ; dans la chose tortueuse, on considère surtout les plis et replis.

863. DÉTROIT, DÉFILÉ, GORGE, COL, PAS. Ces mots désignent des “passages étroits. Le détroit est composé du mot étroit et signifie “passage resserré”. Le défilé est le passage “où l’on ne peut aller qu’à la file. Quand détroit s’applique aux passages resserrés sur terre, il n’y a entre lui et défilé que la nuance qui résulte de l’étymologie : le détroit ou le défilé des Thermopyles, suivant que l’on considère seulement le resserrement de ce passage ou la nécessité d’y aller à la file. Mais aujourd’hui détroit ne se dit plus guère que des passages resserrés dans la mer ; dès lors le sens en est tout à fait distinct de défilé qui ne s’applique jamais à la mer. La gorge, dite métaphoriquement de la gorge des animaux, est une “entrée qui conduit dans les montagnes, un passage entre des collines escarpées et de hauts rochers, ce qui la distingue du défilé, qui peut aussi être en terrain plat, par exemple quand il est formé par une langue de terre entre un marais et une rivière. Le col appartient aussi aux montagnes et indique le passage élevé qui conduit d’un versant à un autre. Enfin le pas, limité à quelques localités, le pas de Calais, le pas de Suze, le pas des Thermopyles, indique seulement qu’il y a là, sur terre ou sur mer, en plaine ou en montagne, un passage resserré.

864. ANTRE, CAVERNE, GROTTE. Caverne, “lieu vide, concave, en forme de voûte”, est le terme générique. L’antre et la grotte sont des cavernes ; mais l’antre est une caverne profonde, obscure, noire ; la grotte est une caverne pittoresque, faite par la nature ou de main d’homme”.

865. HAMEAU, VILLAGE, BOURG. Ces trois termes désignent également un “assemblage de plusieurs maisons destinées à loger les gens de la campagne. La privation d’un marché distingue un village d’un bourg, comme la privation d’une église paroissiale distingue un hameau d’un village, Beauzée.

866. CITÉ, VILLE. Ville, plus général que cité, exprime seulement une “agglomération considérable de maisons et d’habitants”. Cité, même en éliminant le sens antique, ajoute à cette idée et représente la ville comme une “personne politique qui a des droits, des devoirs, des fonctions”.

867. VOIE, CHEMIN, ROUTE. Voie est le termegénéral ; il se dit de tout ce qui mène en quelque lieu : il n’est pas besoin que la main de l’homme y soit intervenue. Le chemin et la route sont toujours des voies frayées par la main de l’homme. Le chemin est une voie de terre”. La route, dont le sens primitif ne se fait pas sentir, se dit aussi des voies par mer et des voies célestes. En général, ces trois mots sont employés indistinctement au sens tropique.

868. DÉSERT, INHABITÉ. Le lieu inhabité est celui qui est “sans habitants, sans habitations”. Un lieu désert non seulement est inhabité, mais encore offre à l’esprit quelque chose de sauvage, de reculé loin de toute culture et même de toute civilisation.

869. LIMON, FANGE, BOUE. Ces trois termes désignent de la “terre détrempée par l’eau”. Le limon est cette terre détrempée que les fleuves charrient et qu’ils déposent. La fange est de la terre détrempée par la pluie, par la neige, par une eau qui s’épanche, ainsi que la boue ; elle ne diffère de la boue que par l’emploi qu’on en fait : boue est de tous les styles ; fange est du style élevé.

870. AUTOCHTONE, INDIGÈNE, ABORIGÈNE. autochtone, qui est “de la terre même” ; indigène, qui est dans le pays ; aborigène, qui est “dès l’origine dans un pays. Indigène indique seulement les gens nés dans un pays ; idée à laquelle autochtone et aborigène ajoutent que le peuple dont il s’agit a été de tout temps dans le pays et n’y est pas venu par immigration. Les créoles sont indigènes des Antilles ; mais ils ne sont ni autochtones ni aborigènes. Entre autochtone et aborigène il n’y a que cette différence-ci, et qui est purement étymologique : autochtone rappelle à l’esprit l’opinion antique que l’homme naquit de la terre, tandis que aborigène n’implique rien sur la question d’origine.

871. DISETTE, FAMINE. Quand la famine règne, “on meurt de faim ; quand la disette règne, “on a de la peine à se procurer les aliments. La disette est moins grave que la famine : disette, “rareté d’aliments ; famine, “absence d’aliments.

Recherche

  • recherche. Action de rechercher pour trouver quelqu’un ou quelque chose. 6° Il se dit, surtout au pluriel, d’études sur quelques points de la science ou de l’érudition.
  • rechercher. Chercher de nouveau.
  • chercher. Tâcher de trouver.

872. SCIENCE, ART. Au point de vue philosophique, ce qui distingue l’art de la science, c’est que la science ne s’occupe que de ce qui est “vrai”, sans aucun souci de ce qui peut être utile ; et que l’art s’occupe seulement de ce qui peut être “utile” et appliqué. L’agriculture est un art qui s’appuie sur diverses sciences : l’histoire naturelle, la géologie, la chimie. à un autre point de vue, la science consiste surtout dans la théorie, l’abstraction ; et l’art, dans l’application, la pratique. La rhétorique est la science qui traite de l’art qu’on appelle l’éloquence.

873. DÉCOUVERTE, INVENTION. La découverte “montre ce qui n’était pas connu” ; l’invention, “combine des conditions connues, d’une façon nouvelle. On dit la découverte de l’Amérique (et non l’invention) ; et au contraire l’invention de la poudre à canon (beaucoup mieux que la découverte). Toutefois, dans un sens général, ces deux mots se prennent très bien l’un pour l’autre.

874. DÉCOUVRIR, TROUVER. On dira également : Newtondécouvrit ou trouva la loi de la gravitation universelle. Mais il y a cette différence indiquée par l’étymologie, que découvrir signifie “ôter ce qui couvrait ; par conséquent il implique toujours qu’il a fallu faire un effort. Trouver n’implique rien de pareil ; il n’indique aucun effort, aucune recherche ; car on trouve souvent sans chercher. Dire de Newton qu’il trouva cette loi, c’est énoncer seulement le fait que la première connaissance lui en est due ; dire qu’il la découvrit, c’est faire allusion aux efforts intellectuels qu’elle lui a coûté. Ce fut, dit-on, en faisant des expériences d’alchimie qu’on trouva la poudre à canon ; ce fut en poursuivant ses recherches que Lavoisier découvrit la composition de l’eau.

875. RENCONTRER, TROUVER. Le moyen de rencontrer est d’aller au-devant. Le moyen de trouver est de chercher. Dans se rencontrer, se trouver, le premier exprime plus le hasard que le second.

876. TROUVER, RENCONTRER. Trouver n’exclut pas l’idée de chercher. Rencontrer l’exclut.

877. ANALYSE, INDUCTION. L’analyse est proprement et essentiellement la résolution du composé en ses éléments”, et la synthèse, la “reconstitution des éléments en leur composé” ; c’est ce que la chimie nous enseigne d’une manière nette et précise. Mais quand on dit que l’analyse est la méthode qui va des effets à la cause, des conséquences au principe, du particulier au général, on ajoute à l’analyse une idée qui en fait la méthode inductive, l’induction. L’induction est donc l’analyse considérée quant à la recherche de la cause, du principe, du général. C’est en ce sens que l’analyse a été dite souvent méthode des découvertes. L’astronomie offrit le plus bel exemple d’analyse ou induction, quand Newton trouva la gravitation, cause des faits particuliers, et de synthèse ou déduction, quand de la gravitation ou loi générale on tira les faits particuliers du système solaire.

878. DÉCOMPOSITION, ANALYSE. Ces deux mots diffèrent comme presque tous les synonymes qui sont tirés du grec et du latin. Le mot d’origine latine a un sens général ; le mot d’origine grecque a un sens restreint, et par conséquent plus technique. Toute analyse est une décomposition ; mais une décomposition fortuite ou déréglée n’est pas une analyse. De là vient aussi qu’on distingue autant d’analyses diverses qu’il y a d’objets spéciaux à étudier : l’analyse mathématique, l’analyse chimique, l’analyse grammaticale, l’analyse logique, etc. ; on ne dit pas la décomposition logique, la décomposition grammaticale, etc. La décomposition chimique se borne à détruire l’association qui forma le composé” ; l’analyse, “séparant les principes d’un composé, détermine la nature de ces principes et leurs proportions”.

879. SYNTHÈSE, DÉDUCTION. La synthèse est proprement et essentiellement la “reconstitution des éléments en un composé”, comme l’analyse est la résolution du composé en ses éléments ; c’est ce que la chimie nous enseigne d’une manière nette et précise. Mais, quand on dit que la synthèse est la méthode qui va de la cause aux effets, du principe aux conséquences, du général au particulier, on ajoute à la synthèse une idée qui en fait la méthode déductive, la déduction. La déduction est donc la synthèse considérée quant à l’application aux cas particuliers de la connaissance de la cause, du principe, de l’antécédent, du général. Les mathématiques, où l’on tire de quelques axiomes un ensemble immense de notions, est le plus grand exemple qu’ait donné l’esprit humain de son pouvoir de synthèse ou de déduction.

880. REMARQUER, OBSERVER. On remarque les choses par attention pour s’en ressouvenir. On les observe par examen pour en juger. Le voyageur remarque ce qui le frappe le plus. L’espion observe les démarches qu’il croit de conséquence. On peut observer pour remarquer, mais l’usage ne permet pas de retourner la phrase. Lorsqu’on parle de soi, l’on s’observe et l’on se fait remarquer, Girard.

881. EXPÉRIENCE, EXPÉRIMENTATION. L’expérience est proprement la “connaissance acquise par suite de ce que l’on a vu ou éprouvé depuis longtemps”, et se prend au moral et physique ; l’expérimentation est l’opération que l’on fait pour parvenir à une certaine connaissance : il ne s’applique guère qu’au physique. Il est clair que, quand il s’agit de physique, de chimie, etc. quoiqu’on dise des expériences, on entend des expérimentations ; c’est une extension remarquable du mot expérience.

882. MÉTHODEEXPÉRIMENTALE, EMPIRISME. La méthode expérimentale diffère de l’empirisme en ceci qu’elle s’efforce d’atteindre et atteint en beaucoup de cas les lois des faits par l’induction, et puis de ces lois tire des déductions qu’elle vérifie, tandis que l’empirisme n’use ni d’induction ni de déduction et ne lie pas les faits.

883. EXPÉRIMENTER, OBSERVER. Observer, c’est “constater des faits qu’on ne modifie pas” ou qu’on ne peut modifier. L’astronomie est le théâtre de l’observation. Expérimenter, c’est modifier les conditions des phénomènes pour reconnaître comment ils se passent. Cette différence, aujourd’hui si précise entre l’observation simple et l’observation préparée, n’était aperçue ni au XVIe siècle ni par Descartes.

884. ESSAI, ÉPREUVE. L’essai se fait pour savoir si une chose convient, si elle peut être employée ; l’épreuve, pour savoir si la chose peut soutenir le service. On fait l’épreuve d’un pont de fil de fer ; on fait l’essai d’une nouvelle machine.

885. DOCTE, SAVANT. Savant est plus compréhensif que docte. On dit d’un homme qui possède les sciences mathématiques, les sciences naturelles” qu’il est savant (et non docte). On dit d’un homme qui est versé dans les choses d’érudition” qu’il est docte ; mais on dit aussi qu’il est savant.

886. ESPRIT, GÉNIE. Quand l’esprit s’oppose au génie, il est toujours pris pour cette disposition qui fait saisir vivement des rapports que tout le monde n’aperçoit pas” ; le génie indique alors quelqu’une de ces grandes “créations dans les sciences ou les arts qui honorent une nation, une époque. Entre l’esprit et le génie, Malgré ce qu’ils ont de pareil, La différence est infinie ; Un éclair n’est pas le soleil, Pons de Verdun.

Médecine

  • médecine. Art qui a pour but la conservation de la santé et la guérison des maladies, et qui repose sur la science des maladies ou pathologie.

Physiologie

  • physiologie. Terme didactique. Science qui fait partie de la biologie et qui traite des fonctions des organes dans les êtres vivants, végétaux et animaux. Physiologie animale.

887. SYSTÈME, APPAREIL. En anatomie, un système comprend toutes les “parties qui sont formées d’un tissu semblable ; un appareil comprend des “organes de nature très différente, dont le concours opère une fonction”. Le système osseux. L’appareil de la digestion.

888. COMPLEXION, CONSTITUTION, TEMPÉRAMENT. La complexion est l’“ensemble des signes extérieurs qui caractérisent la constitution ou le tempérament. La constitution, expression plus spéciale que tempérament, désigne la “manière du corps considéré quant à la santé en général, tandis que le tempérament désigne le résultat de la prédominance d’action d’un organe ou d’un système. Une bonne complexion. Une constitution vigoureuse. Un tempérament sanguin, nerveux.

889. GRÊLE, FLUET. Celui qui est fluet est “mince”, celui qui est grêle l’est aussi ; mais le fluet l’est de sa nature et sans que cela indique aucun amoindrissement ou dépérissement ; la belette est fluette. Au lieu que, chez le grêle, il y a disproportion, amoindrissement, amaigrissement : des membres grêles sont des membres qui “devraient être plus gros”, vu l’âge du sujet.

890. OS, OSSEMENTS. Les os prennent le nom d’ossements lorsque, desséchés, dépouillés de chair et de tout ce qui sert à les unir, ils ne composent plus aucun ensemble. Cette dénomination générique, qui ne s’emploie qu’au pluriel, n’a plus lieu dès qu’on désigne les os par leur nom ou leur caractère propre, et la place qu’ils occupaient dans le corps dont ils faisaient partie : ainsi on a trouvé un champ rempli d’ossements, parmi lesquels on a distingué les os de la tête d’un cheval, et ceux des bras d’un homme, Guizot.

891. BOYAUX, ENTRAILLES. Ces deux mots signifient exactement la même chose ; mais entrailles est du style noble, et boyau du style le plus trivial, s’il n’est pas purement didactique. De plus, entrailles se prend très bien dans le sens figuré, et boyau ne s’y prend presque jamais qu’en ridicule : Ce logement n’est qu’un boyau.

892. APPÉTIT, FAIM. La faim est essentiellement l’“expression d’un besoin”, elle ne peut être ni provoquée ni excitée, comme l’appétit. Celui-ci se prononce pour tel aliment de préférence à un autre ; la faim appelle également toute espèce d’aliment pour lequel on n’a pas de répugnance. En mangeant on apaise toujours la faim, tandis qu’on donne quelquefois lieu à l’appétit de se développer.

893. APPÉTENCE, APPÉTIT. Appétence est beaucoup plus général qu’appétit, d’abord parce qu’il se dit aussi bien des animaux que de l’homme, tandis que appétit est réservé à l’homme plus particulièrement ; ensuite, parce que appétence est un terme didactique qui exprime une inclination innée sans la qualifier aucunement ; tandis que appétit, appartenant davantage au langagegénéral, exprime ce qu’il y a de plus sensuel, de plus grossier parmi les appétences de l’homme.

894. NOURRISSANT, NOURRICIER, NUTRITIF. Nourrissant signifie qui nourrit beaucoup” ; nourricier, qui “fournit de la nourriture, peu ou beaucoup ; nutritif, qui “sert à la nutrition”. Le pain de froment est plus nourrissant que le pain de seigle. Les sucs nourriciers proviennent de la digestion des aliments. Il y a peu de parties nutritives dans le navet.

895. CROÎTRE, AUGMENTER. Croître se dit des êtres animés dont la taille devient plus grande : Cet enfant croît rapidement ; cet arbre a crû beaucoup dans l’année. Augmenter ne peut se dire des êtres animés : (ni un enfant ni un arbre n’augmentent) ; augmenter implique une idée d’agrandissement en tous sens qui n’est pas dans croître. Mais quand il s’agit de choses au propre ou au figuré, croître et augmenter sont synonymes ; sa générosité croît ou augmente tous les jours ; l’incendie croît ou augmente ; avec cette nuance cependant que croître porte à l’esprit l’idée d’un “développement semblable à celui d’un être animé, et augmenter celle d’un “agrandissement brut et en tout sens.

896. NOURRIR, ALIMENTER. Nourrir, c’est proprement “fournir l’aliment à l’enfant”, au petit qui vient de naître. Alimenter est plus général ; il se dit de toute espèce de “choses qui entretiennent la vie”. Mais, quand nourrir passe à son sens plus général, il devient alors tout à fait synonyme d’alimenter ; seulement, alimenter en ce sens a toujours quelque chose de technique.

897. ALIBILE, ALIMENTAIRE. Substance alibile diffère de substance alimentaire ; car les substances alimentaires ou les aliments contiennent, outre la partie alibile, une substance non alibile ou excrémentielle.

898. ALIMENT, NOURRITURE. Ce qui distingue ces deux mots, c’est que aliment désigne un objet, et nourriture, une action. L’aliment est la matière qu’on introduit dans le corps pour le nourrir ; la nourriture est l’“action de nourrir. A ce point de vue, l’aliment sert à la nourriture ou, comme on dit en langage physiologique, à la nutrition. Mais quand ensuite le langage dépouille nourriture de son sens propre, il devient synonyme d’aliment : les aliments du paysan ou la nourriture du paysan ; on lui donne des aliments abondants ou une nourriture abondante ; le bœuf est une nourriture substantielle ou un aliment substantiel.

899. FAIM, APPÉTIT. La faim est proprement le “besoin de manger”. L’appétit est le “désir de manger”. La faim n’a pas besoin d’excitations pour être ressentie ou augmentée, et toute substance nutritive la satisfait. L’appétit est souvent irrité par les ragoûts, et il n’est pas satisfait par toute sorte de mets.

900. LAS, FATIGUÉ. Au sens physique, las est plus général que fatigué. On est las soit que la lassitude soit produite par un exercice excessif, soit qu’elle se fasse sentir spontanément et sans exercice préalable ; au lieu qu’on n’est fatigué que par un excès de quelque exercice.

901. TOUCHER, TACT, ATTOUCHEMENT. Le toucher est le sens ; le tact est le toucher en exercice. L’attouchement est l’action de toucher.

902. INNERVATION, SENSIBILITÉ. On confond quelquefois ces deux termes, à tort ; c’est prendre la partie pour le tout. L’innervation est l’“activité propre à tous les éléments et tissus nerveux” ; la sensibilité est l’“activité propre aux organes des sens et aux nerfs dits sensibles”.

903. IRRITABILITÉ, CONTRACTILITÉ. À l’origine on a désigné et on désigne encore souvent, bien qu’abusivement, par irritabilité la faculté qu’ont les muscles de se contracter ; mais il faut distinguer et donner exclusivement le nom de contractilité à la “faculté de contraction des muscles”, réservant le nom d’irritabilité pour l’“augmentation d’activité”, en quelque élément qu’elle survienne. Cette confusion se trouve dans les passages suivants, pris à des auteurs déjà anciens : M. de Haller entendait par irritabilité une propriété qu’ont certaines parties des corps vivants de se contracter lorsqu’on les blesse ou même lorsqu’on les touche, indépendamment de la volonté de l’animal soumis à l’expérience et sans qu’il éprouve de douleur, Condorcet, Haller. Je ne connaissais pas alors l’irritabilité qui a joué depuis un si grand rôle en physiologie, et j’attribuais à l’élasticité ce qui ne lui appartenait pas, Bonnet, Obs. vers. Oeuvr. t. I, p. 176, dans Pougens. L’irritabilité est cette propriété de la fibre musculaire, en vertu de laquelle elle se contracte d’elle-même à l’attouchement de tout corps soit solide, soit fluide, Bonnet, Consid. corps org., t. VI, p. 105. L’irritabilité végétale est excitée par un stimulant comme l’irritabilité animale, Bonnet, Contempl. nat. I, 33, note 10.

Maladie

  • maladie. Altération dans la santé.
  • symptôme. Phénomène insolite dans la constitution matérielle des organes ou dans les fonctions, qui se trouve lié à l’existence d’une maladie, et qu’on peut constater pendant la vie des malades. Les symptômes de la pleurésie.

904. POISON, VIRUS, VENIN, MIASMES. Les poisons sont ou des “corps cristallisables ou volatils sans décomposition, d’origine minérale et d’origine organique, ou les sucs de plantes qui les renferment ; ils agissent en s’unissant, molécule à molécule, aux principes immédiats des tissus vivants, dont ils modifient ainsi la constitution ou qu’ils décomposent”. Les venins sont des humeurs spéciales sécrétées surtout par certaines glandes des animaux et quelquefois des végétaux ; ils doivent leurs propriétés principalement à une substance organique naturelle ou principe immédiat coagulable et spécial, qui conserve toutes ses propriétés après la dessiccation ou après la mort de l’animal”. Les virus sont un “état particulier d’altération des substances organiques, liquides ou solides, qui existent normalement dans tout être vivant ou qui en proviennent ; ils agissent en transmettant à d’autres êtres un état d’altération semblable ou très analogue à celui dont ils sont le siège”. Les miasmes, très voisins des virus, sont des “substances organiques volatiles ou emportées par les liquides volatils lors de leur évaporation, qui proviennent des tissus animaux ou végétaux en voie de décomposition, des déjections, des exhalations pulmonaires ou sudorales d’animaux sains ou malades”.

905. INFECTION, CONTAGION. L’infection diffère de la contagion, en ce que celle-ci, une fois produite, n’a plus besoin pour se propager de l’intervention des causes qui lui ont donné naissance ; qu’elle se reproduit en quelque sorte par elle-même, par voisinage, et indépendamment (jusqu’à un certain point) des conditions atmosphériques, tandis que l’infection, due à l’action que des substances animales ou végétales en putréfaction exercent sur l’air ambiant n’agit que dans la sphère du foyer d’où émanent les miasmes morbifiques. L’infection est relative à un foyer ; ainsi un hôpital encombré devient un foyer d’infection ; un mal s’y développe ; et ceux qui y entrent courent le danger de gagner ce mal. La contagion est relative à un individu ou même à un objet qui transmet une maladie déterminée. L’infection produit souvent la contagion.

906. CONTAGION, INFECTION. La contagion spécifie que la maladie est transmise soit par la communication d’un virus, soit par le contact d’individu à individu sans virus (visible du moins). L’infection au contraire spécifie que l’air est vicié et communique la maladie ; l’individu malade gâte l’air, et l’air rend malade celui qui se trouve dans la sphère de l’agent morbifique.

907. INFECTION, PUANTEUR. Dans la puanteur, la “mauvaise odeur est due à une cause quelconque ; dans l’infection, elle est due à une substance qui se corrompt et qui corrompt. L’infection est toujours malsaine, la puanteur peut ne pas l’être.

908. PESTILENT, PESTILENTIEL. Pestilent veut dire qui “a le caractère de la peste. Pestilence en vient et signifie “maladie ayant le caractère de la peste. Pestilentiel vient de pestilence. On voit donc que ces deux mots rentrent à très peu près l’un dans l’autre. Seulement la médecine aujourd’hui n’emploie plus pestilent, elle emploie pestilentiel.

909. BLESSURE, PLAIE. La blessure est une “lésion qui vient par une cause extérieure, par un coup, par une contusion ; la plaie est plus générale et peut venir même par des causes intérieures. Un ulcère est une plaie et n’est pas une blessure. Un chirurgien, qui ouvre un abcès, qui enlève une tumeur, fait une plaie (et non pas une blessure).

910. ULCÈRE, PLAIE. La plaie résulte de l’action d’un corps étranger ; la cause de l’ulcère est inhérente à l’économie. La plaie est toujours idiopathique, l’ulcère toujours symptomatique. La plaie tend essentiellement à la guérison, parce que l’action de la cause a été instantanée ; l’ulcère tend, au contraire, à s’agrandir, avec perte de substance, parce que la cause en est subsistante. Le traitement de la plaie est purement chirurgical, celui de l’ulcère est plutôt médical.

911. CONGESTION, ENGORGEMENT. La congestion est l’effet de l’exagération des forces circulatoires dans un organe”. L’engorgement est un résultat passif dans la distribution des liquides.

912. ABCÈS, ÉPANCHEMENT DE PUS, INFILTRATION DE PUS. L’abcès est dans une cavité accidentelle ; l’épanchement de pus est dans une cavité naturelle du corps ; il y a un épanchement de pus dans l’articulation. Dans l’infiltration purulente, le pus est en contact immédiat avec les tissus, tandis que, dans l’abcès, il en est séparé par une couche molle de nouvelle formation.

913. ÉPIZOOTIE, ENZOOTIE. Il y a entre ces deux mots la même différence qu’entre épidémie et endémie. L’épizootie est une “maladie qui frappe un grand nombre d’animaux à la fois” ; l’enzootie est une “maladie qui règne habituellement en un canton sur les animaux”.

914. IMPUISSANCE, STÉRILITÉ. L’impuissance ne s’applique qu’à l’homme ; tandis que la stérilité, s’appliquant aux deux sexes, est l’incapacité d’un homme ou d’une femme à procréer”.

915. VALÉTUDINAIRE, MALADIF. Une personne valétudinaire est une personne “dont la santé est ou chancelante, ou délicate, ou souvent altérée par différentes maladies qui lui arrivent par intervalles ; elle est d’une santé chancelante. Une personne maladive est sujette à être souvent malade, non par la délicatesse de sa constitution, mais par quelque affection particulière”, par un principe morbifique dont elle est affectée.

916. BOITER, CLOCHER. Autrefoisclocher était le seul usité, et il n’y avait pas lieu à synonymie. Depuis boiter s’est introduit et a expulsé, à peu près complètement, clocher de l’usage au sens propre. On dit présentement qu’un homme boite, (et non qu’il cloche) ; et, si on se sert de clocher, c’est dans le style familier et pour donner à l’idée un tour plaisant. Mais clocher est usité au figuré de préférence à boiter, qui n’a guère d’emploi en ce sens : une comparaison cloche ; il y a quelque chose qui cloche dans cette maison. On remarque que, par faute sans doute d’un adjectif répondant à clocher et qui existait dans l’ancien français, clop, l’adjectif boiteux reçoit très bien le sens figuré.

917. PERCLUS, PARALYTIQUE. Le perclus est privé de l’usage des mouvements par quelque lésion qui siège dans le membre même” : un rhumatisme rend perclus. Le paralytique est privé du mouvement par quelque lésion qui siège dans les centres nerveux” : une lésion du cerveau ou de la moelle épinière rend paralytique.

918. ATONIE, ASTHÉNIE. Atonieexprime un “état de relâchement des tissus” ; asthénie, l’“affaiblissement de leurs fonctions”.

919. EXACERBATION, PAROXYSME, REDOUBLEMENT. Étymologiquement, l’exacerbation indique que le mal devient plus acerbe ; le paroxysme, qu’il devient plus aigu ; le redoublement, qu’il redouble. Le redoublement ne se dit guère que de la fièvre, dont l’augmentation se manifeste par plus de chaleur et un pouls plus fréquent. L’exacerbation et le paroxysme sont extrêmement voisins ; pourtant exacerbation s’applique davantage à l’état général de la maladie : Sa pneumonie a eu une exacerbation aujourd’hui ; au lieu que paroxysme s’applique davantage à un symptôme particulier : Il avait son asthme, et il y est survenu un paroxysme de suffocation.

920. ÉTOUFFER, SUFFOQUER. Étymologiquement étouffer, c’est “empêcher l’air d’arriver” ; suffoquer, c’est “serrer la gorge ; de là la différence entre ces deux verbes. On étouffe quand “l’air manque d’une façon quelconque ; on suffoque, quand “la gorge est obstruée” d’une façon quelconque.

921. PÂLE, BLÊME. Ces deux termes sont très voisins. La première nuance est que blême n’est synonyme de pâle que quant à la teinte de la peau. La seconde, c’est que blême indique quelque chose de plus marqué que pâle : un homme blême de crainte est plus décoloré qu’un homme pâle de crainte. Quand La Fontaine a ditles Parques blêmes, il a marqué plus expressément la pâleur de ces déesses infernales.

922. MOISIR, CHANCIR. Étymologiquement, moisir, c’est “devenir muqueux” ; et chancir, c’est “se couvrir de blanc”. Aujourd’hui chancir est beaucoup moins usité que moisir, et il indique un degré d’altération moins avancé que moisir.

Cure

  • cure. Soin, souci. Ce mot ne se dit guère qu’avec le verbe avoir et sans article. Il n’a cure de rien.Terme de médecine. Traitement d’une maladie, d’une blessure, qui en produit la guérison. Il a entrepris cette cure. Cure difficile.

923. CURE, GUÉRISON. Il y a cette différence entre cure et guérison, que le premier se rapporte au médecin, et le second au malade. On fait une cure, on procure une guérison. On dit une belle cure, c’est-à-dire “qui fait honneur à celui qui l’a entreprise” ; et l’on dit une guérison prompte et parfaite. Enfin, cure exigeant l’intervention d’un traitement, ne se dit guère que des maux qui ont quelque durée, quelque gravité, tandis que guérison se dit de toute espèce de maux, petits ou grands.

924. INCURABLE, INGUÉRISSABLE. Dans incurable est cure ; et dans guérissable est guérison. Un mal incurable est donc un mal “qui n’a pas de cure, de traitement, et un mal inguérissable est un mal “qui n’a pas de guérison. Il y aurait là lieu à synonymie ; mais, comme cure signifie aussi guérison, les acceptions se confondent ; confusion qui s’opère assez facilement entre deux mots qui, avec un sens analogue, proviennent de deux langues différentes (cure du latin, et guérison du germanique).

925. DIÉTÉTIQUE, HYGIÈNE. Tant que l’hygiène s’est bornée à s’occuper de la santé des individus, elle a été strictement synonyme de diététique, s’occupant, comme celle-ci, de régler le régime général qui convient à une personne ou à un animal. Mais depuis que l’hygiène s’applique aux règles de la salubrité dans les villes, dans les campagnes, dans les prisons, dans les hôpitaux, dans l’exercice des métiers et des industries, etc. elle a pris un sens qui dépasse beaucoup celui de la diététique ; celle-ci se restreignant à signifier l’hygiène des individus”.

926. MÉDICAMENT, REMÈDE. Remède est plus général que médicament. Remède, “tout ce qui est employé au traitement d’une maladie” ; un bain est un remède ; la gymnastique est un remède. Mais ni un bain ni la gymnastique ne sont un médicament. Le médicament implique toujours une préparation pharmaceutique. La quinine est un médicament.

927. REMÈDE, MÉDICAMENT. Remède a un sens plus étendu que médicament. Le remède comprend tout ce qui est “employé pour la cure d’une maladie” ; le médicament est toujours une matière simple ou composée que l’on administre” soit à l’intérieur soit à l’extérieur. L’exercice peut être un remède, mais n’est jamais un médicament. Le sulfate de quinine est un remède ou un médicament.

928. MÉDICAL, MÉDICINAL. Le mot médical s’applique aux objets généraux de la science : on dit les sciences médicales (celles qui sont nécessaires à l’exercice de la médecine), une société médicale. Médicinale signifie : “qui a des propriétés médicamenteuses”. Quelquefois médical prend le sens de médicinal, mais médicinal ne prend pas celui de médical.

929. MÉDICATION, TRAITEMENT. Le traitement a pour but définitif, plus ou moins prochain, de “guérir” ou de “pallier une maladie”. La médication a seulement pour but de “provoquer un effet particulier qui n’est qu’une sorte d’intermédiaire pour arriver au but définitif. Il est rare qu’un traitement ne comporte pas l’emploi de médications, souvent fort différentes.

930. HOSPICE, HÔPITAL. Les hôpitaux sont particulièrement destinés à la guérison des malades ; les hospices, aux infirmes, aux vieillards, etc. L’hôpital est un asile momentané” où l’on cherche la guérison d’une maladie ; l’hospice est un asileperpétuel où l’on passe tout ou partie de son existence. Cette distinction est purement administrative. Autrefois il n’y avait qu’hôpital qui s’appliquait à tous les lieux destinés à recevoir des pauvres malades ou non malades.

931. PURGER, PURIFIER, ÉPURER. Ces trois mots ont le même radical ; mais ils n’ont en commun qu’une petite partie de leur signification. Dans cette partie, proprement, purger exprime l’action de “débarrasser de ce qui fait un mélange non convenable” à ce dont on a besoin ; purifier signifie “rendre pur” ; et épurer, “rendre plus pur”.

932. SIGNE, SYMPTÔME. En médecine, le signe est une conclusion que l’esprit tire des symptômes observés. Le signe appartient plus au jugement et le symptôme aux sens. Le point de côté est un symptôme de la pleurésie, il ne devient signe que quand par la percussion on constate de la matité dans la poitrine.

933. CORROBORANT, TONIQUE, EXCITANT. Ce qui corrobore “donne de la force à la constitution ; une bonne nourriture est corroborante. Ce qui est tonique, donne du ton, c’est-à-dire augmente l’activité d’un organe ou même de la constitution entière ; les amers sont toniques. Ce qui est excitant “cause une excitation momentanée du système nerveux” ; le café est excitant.

934. COCTION, DIGESTION, MACÉRATION. La coction “a pour but de préparer, à l’aide du feu, certains aliments pour la nourriture, et certaines autres choses pour des emplois divers (par exemple, cuire des briques). La digestion pharmaceutique “a pour but d’extraire, à l’aide d’un liquide et d’une température plus élevée que celle de l’atmosphère, certains principes d’une substance”. La macération a le même but que la digestion, emploie, comme elle, un liquide, mais se fait à la température atmosphérique.

935. INFUSION, DÉCOCTION. Dans la décoction, “la substance bout avec l’eau devant le feu” ; dans l’infusion, “l’eau bouillante est retirée du feu et versée sur la substance”.

936. CLYSTÈRE, LAVEMENT, REMÈDE. Ces mots sont placés ici selon l’ordre chronologique de leur succession dans la langue. Clystère ne se dit plus guère ; lavement lui a succédé ; et, sous le règne de Louis XIV, l’abbé de Saint-Cyran le mettait déjà au rang des mots déshonnêtes qu’il reprochait au P. Garasse. On a substitué de nos jours le terme de remède à celui de lavement. Remède est équivoque, mais c’est par cette raison même qu’il est honnête. Clystère n’est plus employé que dans le burlesque ; lavement, dans les auteurs de médecine ; remède, dans le langageordinaireEncyclopédie, t. III, p. 553.

937. ALGALIE, SONDE, CATHÉTER. On distingue l’algalie, la sonde et le cathéter en ce que : la sonde est le termegénéral pour désigner tout instrument qu’on introduit dans un trajet naturel ou accidentel” ; l’algalie est une sondecreuse qu’on introduit dans la vessie par le canal ordinaire pour évacuer l’urine ou pour explorer l’organe” ; et le cathéter est une sonde solide et cannelée dont on se sert pour faire l’opération de la taille”.

938. CÉRAT, POMMADE. Les cérats diffèrent des pommades en ce que celles-ci contiennent des graisses et des onguents et que ceux-là contiennent de la cire.

939. BARD, BRANCARD, CIVIÈRE, BAYART. Les brancards sont les “deux bras d’une voiture, entre lesquels on place un cheval ; et, par extension, un brancard est soit une sorte de lit de repos à pieds ayant brancard devant et derrière, pour transporter un malade ou un blessé”, soit une civière à pieds servant au transport des meubles, etc”. La civière est une “machine à deux brancards, au moyen de laquelle des hommes transportent des pierres et autres objets solides”. Le bayart est une sorte de “petit tombereau ayant deux brancards comme une civière, et servant à transporter du mortier et autres objets”. Le bard est une sorte de “grande civière à six bras, pour porter des fardeaux qui demandent le concours de 4, 8 ou 12 hommes”, Legoarant.

940. PILULE, BOL. La pilule diffère du bol par son volume qui est plus petit, et par sa consistance qui est plus considérable ; les pilules sont du poids de 5 à 20 centigrammes ; les bols peuvent peser jusqu’à 60 centigrammes et même plus.

941. CHEVRETTE, POT À CANON (EN PHARMACIE). On nomme pots à canon ceux qui “servent à conserver les électuaires”. On nomme chevrettes ceux qui “ont un bec au-dessus du ventre” ; ils servaient autrefois, chez les apothicaires, à conserver les sirops et les huiles, mais aujourd’hui il n’y a que certains épiciers qui s’en servent, dictionnaire des arts et métiers, Amsterdam, 1767, Apothicaire.

942. DOUCHE, AFFUSION. La douche vient d’une certaine distance et a une force d’impulsion. L’affusion se fait de près et n’a aucune force d’impulsion.

Psychiatrie

  • psychiatrie. Doctrine des maladies mentales et de leur traitement.
  • psychologie. Mot employé par Wolff le premier pour désigner l’étude que l’on fait du moral et de l’intelligence, sans prendre en considération les parties qui en sont les organes. La psychologie est le principal objet de l’école écossaise et de l’école éclectique contemporaine.

943. CERVEAU, CERVELLE. Ces deux mots, étymologiquement identiques, ont pris cette nuance que cerveau est plutôt l’organe considéré en sa totalité, et cervelle plutôt la substance qui le compose.

944. FOU, INSENSÉ. Le fou est celui “qui a perdu la raison” ; l’insensé est celui “qui n’a pas de sens. Aussi peut-on être insensé sans être fou, l’absence du sens commun n’étant pas la même chose que la perte de la raison.

945. FOU, ALIÉNÉ. Fou est l’expression générale et vulgaire ; aliéné d’esprit, et, par abréviation, aliéné, est une expression médicale.

946. DÉMENCE, IDIOTIE. Dans le langage médical, la démence diffère de l’idiotie en ce qu’elle est toujours accidentelle, au lieu que l’idiotie est congénitale. L’individu en démence a perdu ses facultés intellectuelles ; l’idiot n’en a jamais joui.

947. ILLUSION, CHIMÈRE. L’illusion est l’effet d’une apparence trompeuse qui nous déçoit. La chimère est indépendante de toute apparence, et la cause en est purement imaginaire. Avoir une illusion, c’est “voir d’une manière fausse des choses qui existent ou peuvent exister” ; au lieu que les chimères sont sans aucun point de départ réel ou objectif.

948. HALLUCINATION, ILLUSION. L’hallucination se produit sans objet extérieur ; l’illusion est une erreur causée par quelque objet extérieur. Un homme qui a une hallucination de l’ouïe entend des sons sans qu’aucun son soit produit. Un homme qui a une illusion de l’ouïe entend un son qui, en effet, est produit au dehors, mais son oreille le trompe sur la nature de ce son.

949. RÊVE, RÊVERIE. Le rêve est d’un homme endormi ; la rêverie est d’un homme éveillé.

950. SONGE, RÊVE. Le langage physiologique distingue le songe du rêve, que confond le langage vulgaire. “Quand, durant le sommeil, les sensations et la perception, la locomotion et la voix sont seules suspendues, tandis que les facultés morales et intellectuelles restent en exercice, il y a songe. “Quand, les sensations étant suspendues, la voix et le locomotion ensemble ou une seule de ces fonctions continue à s’exercer en même temps qu’une ou plusieurs facultés cérébrales”, il y a rêve.

951. SONGER, PENSER. Songer indique plus particulièrement que la pensée roule dans l’esprit depuis plus ou moins de temps. Penser indique simplement l’existence de la pensée.

952. ABSTRAIT, DISTRAIT. Signification commune, défaut d’attention, avec cette différence que ce sont nos propres idées, nos méditations intérieures qui nous rendent abstraits, tandis que nous sommes distraits par les objets extérieurs, qui nous attirent et nous détournent, Guizot.

953. INADVERTANCE, INATTENTION. L’inadvertance est l’état d’un esprit qui ne prend point garde” ; l’inattention, l’état d’un esprit dont l’attention ne se fixe pas”. L’inadvertance est presque toujours un fait isolé ; l’inattention peut être un état habituel.

954. DISTRAIRE, DIVERTIR. De ces deux mots, l’un signifie, étymologiquement, “tirer de côté et d’autre”, l’autre “tourner de côté et d’autre”. Mais de là ils ont pris respectivement une signification qui les différencie : le divertissement est beaucoup plus que la distraction ; on se divertit quand on se livre à divers amusements, tels que spectacles, bals, fêtes, repas ; pour se distraire, il n’est pas besoin de tout cela ; il suffit de quelques plaisirs même solitaires, de quelques simples satisfactions.

955. MÉMOIRE, SOUVENIR. La mémoire est la faculté de l’esprit qui retient les choses”. Le souvenir est le résultat de cette faculté. Ils deviennent synonymes, quand, par métonymie, on prend la faculté pour son effet.

956. BALBUTIER, BÉGAYER, BREDOUILLER. Ce sont trois vices de prononciation”. Le balbutiement est un “parler mal articulé soit à cause de l’âge (enfance ou vieillesse), soit à cause d’une émotion”. Le bégayement est une “maladie convulsive des organes vocaux, qui consiste en un empêchement de prononcer certaines syllabes et une répétition saccadée de certaines autres”. Le bredouillement consiste à “rouler les paroles les unes sur les autres et à les confondre”.

957. SOURD ET MUET, SOURD-MUET. La première expression désigne un “individu muet en même temps qu’il est sourd, mais chez lequel le mutisme est indépendant de la surdité ; la seconde indique qu’“il est muet parce qu’il est sourd de naissance”. Voilà pourquoi on doit dire : l’Institution des Sourds-muets, (et non l’Institution des sourds et muets). Du temps de Buffon, on ne faisait pas cette distinction.

Lettres

  • lettres. Chaque caractère de l’alphabet. 20° Au plur. Connaissances que procure l’étude des livres. La république des lettres.

Langue

  • langue. Organe principal du goût, qui concourt à la déglutition et à la parole, et qui est formé essentiellement d’un muscle très mobile revêtu d’une membrane muqueuse. Tirer la langue. Montrer sa langue au médecin. 4° La langue considérée comme organe de la parole. 6° L’ensemble des règles qui régissent un idiome ; cet idiome considéré par rapport à sa correction. .

958. LANGAGE, LANGUE. Ces deux mots ne diffèrent que par la finale age qui, étant la finale aticus des latins, signifie “ce qui opère, ce qui agit”. C’est là ce qui fait la nuance des deux mots. La langue est plutôt la collection des moyens d’exprimer la pensée par la parole” ; le langage est plutôt l’“emploi de ces moyens”. C’est la nuance que l’on aperçoit, par exemple, entre la langue française et le langage français. Pour la même raison on dit le langage par signes, le langage des yeux, (et non la langue par signes), la langue des yeux. La langue du cœur, ce sont les “expressions dont le cœur se sert d’ordinaire ; le langage du cœur, ce sont les “émotions que le cœur fait partager.

959. LANGUE, IDIOME. Langue désigne en général l’“expression des pensées par la parole d’après les principes communs à toutes les grammaires. Idiome présente “la langue au point de vue des particularités propres à chaque nation. Ainsi on dira : le projet d’une langue universelle, (et non d’un idiome universel) ; au contraire on dira l’idiome bourguignon, l’idiome picard, etc. (et non la langue bourguignonne, la langue picarde).

960. DIALECTE, PATOIS. Tant que, dans un pays, il ne se forme pas de centre et, autour de ce centre, une langue commune qui soit la seule écrite et littéraire, les parlers différents, suivant les différentes contrées de ce pays, se nomment dialectes ; on voit par là qu’il est tout à fait erroné de dire les dialectes dérivés de la langue générale ; le fait est que la langue générale, qui n’est qu’un des dialectes arrivé par une circonstance quelconque et avec toute sorte de mélanges à la préséance, est à ce titre postérieure aux dialectes. Aussi quand cette langue générale se forme, les dialectes déchoient et ils deviennent des patois, c’est-à-dire des parlers locaux dans lesquels les choses littéraires importantes ne sont plus traitées. Avant le XIVe siècle il n’y avait point en France de parler prédominant ; il y avait des dialectes ; et aucun de ces dialectes ne se subordonnait à l’autre. Après le XIVe siècle, il se forma une langue littéraire et écrite, et les dialectes devinrent des patois.

961. ÉNONCER, EXPRIMER. Énoncer sa pensée, c’est “la produire en termes précis et qui la font connaître nettement”. Exprimer sa pensée, c’est “y donner une forme quelconque”.

962. INEXPRIMABLE, INDICIBLE, INEFFABLE. Inexprimable est “ce qui ne peut être exprimé d’une façon quelconque : une satisfaction inexprimable. Indicible est “ce qui ne peut être dit” ; la différence est la même qu’entre dire et exprimer ; de sorte qu’indicible désigne plus particulièrement ce qui ne peut être dit, c’est-à-dire exprimé par des paroles : un tumulte indicible éclata dans l’assemblée. Inexprimable et indicible sont de tous les styles. Ineffable n’est que du style élevé ; il indique ce “qui ne peut être prononcé, à cause de la vénération qu’inspire l’objet : le nom ineffable de Dieu, et, par suite, des joies ineffables.

963. SIGNE, SIGNAL. Le signe “fait connaître”, il est quelquefois naturel ; le signal avertit, il est toujours artificiel. On s’explique par signes avec les sourds ; et on convient d’un signal pour se faire entendre à des gens éloignés.

964. EMBLÈME, DEVISE. L’un et l’autre est la “représentation d’une vérité par un symbole sensible, accompagné d’une légende qui en exprime le sens. Ce qui distingue l’emblème de la devise, c’est que les paroles de l’emblème ont toutes seules un sens plein et achevé, ce qui n’est pas vrai des paroles de la devise qui ne s’entendent bien que lorsqu’elles sont jointes à la figure, Beauzée.

965. EMBLÈME, SYMBOLE. Selon Lafaye, le symbole et l’emblème diffèrent d’abord en ce que l’un est constant, primitif, traditionnel, d’une origine divine ou inconnue, et l’autre du choix ou de l’invention de quelqu’un qui l’imagine ou s’en sert à dessein en se fondant sur une liaison d’idées plus ou moins sensible. La religion a des symboles, les artistes ont des emblèmes. Le symbole est quelque chose de convenu, de généralement admis, l’emblème est le résultat d’une certaine œuvre et d’une création particulière. Le gouvernail, dit Marmontel, est le symbole de la navigation ; les poëtes et les peintres en ont fait l’emblème de l’administration d’un État.

966. TRADUCTION, VERSION. Ces deux mots sont synonymes ; cependant, d’habitude, la traduction est en langue moderne, et la version en langue ancienne. Ainsi la Bible française de Saci est une traduction, et les Bibles latines, grecques, arabes, syriaques, sont des versions.

Grammaire

  • grammaire. L’art d’exprimer ses pensées par la parole ou par l’écriture d’une manière conforme aux règles établies par le bon usage.

967. MOT, PAROLE. Les paroles sont le “son émis comme exprimant une idée, tandis que les mots représentent “non seulement le son, mais aussi l’écriture” ; mais, dans quelques cas, mot se prend pour paroles, et il en devient synonyme : S’exprimer en peu de mots ou en peu de paroles.

968. NOM, SUBSTANTIF. Ces deux mots s’emploient le plus souvent l’un pour l’autre ; mais, dans la rigueur des termes le substantif n’est qu’une espèce de nom ; car on distingue le nom substantif, le nom adjectif et le pronom.

969. SUBSTANTIF, NOM. Le substantif “désigne les êtres par l’idée de leur nature” ; à cause de cela on l’appelle souvent nom, parce qu’il paraît nommer les personnes et les choses”. On peut presque toujours employer sans inconvénient sensible ce mot de nom pour celui de substantif ; toutefois, dans la rigueur des termes, le substantif n’est qu’une espèce du genre nom, lequel comprend, en outre, les adjectifs et les pronoms, Jullien.

970. APPELÉ, NOMMÉ. Appelé, employé substantivement, comme dans la phrase suivante : je l’ai vu avec l’appelé Richard, n’est pas bon. On dira : je l’ai vu avec le nommé Richard. Appelé, pris substantivement, garde sa signification primitive : “les appelés et les élus.

971. ÉPITHÈTE, ADJECTIF. Ces deux mots signifient étymologiquement la même chose. Mais, chez nous, l’usage met entre eux une différence qui est très bien exprimée dans le passage suivant : « En éloquence et en poésie, on appelle épithète un adjectif sans lequel l’idée principale serait suffisamment exprimée, mais qui lui donne ou plus de force, ou plus de noblesse, ou plus d’élévation, ou quelque chose de plus fin, de plus délicat, de plus touchant, ou quelque singularité piquante, ou une couleur plus riante et plus vive, ou quelque trait de caractère plus sensible aux yeux de l’esprit », Marmontel, Éléments de littérature, Oeuvres, t. VII, p. 239, dans Pougens, 1787.

972. FLEXION, TERMINAISON. Ces deux termes de grammaire représentent la fin des mots, ce qui vient après le radical. Mais terminaison signifie cette fin considérée en elle-même”, et flexion la considère par rapport aux flexions qui la précèdent ou la suivent dans l’ordre de la déclinaison ou de la conjugaison. Un mot indéclinable n’a pas de flexion, il n’a qu’une terminaison.

973. DÉRIVÉS, CONJUGUÉS. 1° Le terme de conjugué est plus général, il peut comprendre même les composés ; 2° Il comprend les mots qui se rattachent à la même origine, sans venir directement l’un de l’autre : aimer, amour sont des conjugués, (et ne sont pas des dérivés l’un de l’autre). 3° Le mot dérivé ne s’applique pas aux formes diverses d’un même mot. (On ne dira pas que savants, savante sont des dérivés de savant, ni que j’aimais est un dérivé d’aimer) ; mais ce sont des conjugués.

974. ACTIF, TRANSITIF. Actif a rapport au sens propre du verbe ; transitif, à sa fonction dans la phrase.

975. INDÉCLINABLE, INVARIABLE. Indéclinable signifie qui “ne se décline pas” et invariable qui “ne varie pas”. Des mots peuvent varier sans se décliner. Nous écrivons encore et encor ; jusque et jusques. Ces mots ne sont pas invariables, mais ils sont indéclinables, parce que déclinable suppose une variation de terminaison en même temps que la signification du mot est modifiée.

976. CONSTRUCTION, SYNTAXE. La construction ne présente que “l’idée de l’ordre et de l’arrangement des mots. La syntaxe règle l’usage et le choix des formes variables des mots et l’emploi de leurs terminaisons.

977. RÉGIME, COMPLÉMENT. Régime se dit surtout des compléments des verbes et des prépositions. Complément a une signification plus étendue : il se dit non seulement des verbes et des prépositions, mais aussi de tout “ce qui complète un sens. Toutefois la vraie différence, c’est que complément a rapport à l’idée, et régime à la forme grammaticale. Dans nos langues modernes où les noms changent très peu, on emploie beaucoup plus le mot complément que celui de régime. Au contraire, en grec et en latin où le verbe actif régit l’accusatif, dans amo Deum, Deum est le complément d’amo, mais l’accusatif est le régime et (non le complément) du verbe actif.

Éloquence

  • éloquence. Facilité à s’exprimer.

978. ÉLOQUENCE, RHÉTORIQUE. L’éloquence est proprement “l’art ou le talent de parler” ; la rhétorique est “l’ensemble des préceptes ou des exemples qui font apprendre cet art.

979. DISERT, ÉLOQUENT. L’homme disert est simplement abondant, facile, non sans quelque élégance. L’homme éloquent a de plus la grandeur, la force, le feu, la sublimité.

980. DICTION, STYLE. La diction est la “manière de dire ; le style est la “manière d’écrire”. Comme dire se prend, en certaines circonstances, pour écrire, diction se prend aussi pour style, et en est le synonyme, sans autre nuance que celle-ci, à savoir que style est d’un usage beaucoup plus général que diction.

981. DÉCLAMATION, DÉBIT, RÉCITATIF. Le mot déclamation pris dans un sens restreint, signifie “le ton et les inflexions de voix de celui qui déclame. En ce sens il ne s’applique guère qu’aux passages élevés et passionnés en prose et en vers. On dit plutôt le débit quand il s’agit de morceaux d’un caractère simple et aisé, et le récitatif si l’énonciation se fait suivant les degrés de l’échelle musicale. La déclamation diffère du simple débit en ce que l’on appuie davantage sur les syllabes sonores ou muettes, sur les liaisons, sur les accents toniques, et que par conséquent l’on fait mieux sentir le rhythme du discours.

982. HIATUS, BÂILLEMENT. Hiatus signifie, en latin, bâillement. Dumarsais a donc eu raison de dire que ces deux mots étaient synonymes. La seule différence, c’est qu’aujourd’hui hiatus est plus en usage que bâillement.

983. PROFÉRER, ARTICULER, PRONONCER. Proférer c’est prononcer des paroles à haute et intelligible voix”. articuler c’est prononcerdistinctement ou marquer les syllabes en les liant ensemble. Prononcer c’est exprimer ou faire entendre par le moyen de la voix”, Roubaud.

Figures

  • figure. La forme extérieure d’un corps. 15° Terme de rhétorique et de grammaire. Certaines formes de langage qui donnent au discours plus de grâce et de vivacité, d’éclat et d’énergie. Figures oratoires.

984. MONOSYLLABIQUE, MONOSYLLABE. Le vers monosyllabique est composé de monosyllabes ; le vers monosyllabe est celui qui n’a qu’une syllabe, comme ceux-ci sur la passion, cités par Laharpe : De Ce Lieu, Dieu mort sort, sort Fort Dur, Mais Très sûr.

985. AMBIGUÏTÉ, DOUBLE SENS, ÉQUIVOQUE. L’ambiguïté a “plusieurs sens, plusieurs interprétations” ; d’où obscurité, incertitude. Le double sens présente deux interprétations”, qui peuvent être toutes deux manifestes et apparentes ; en cela il est plus général que l’équivoque, où “l’un des sens est manifeste, tandis que l’autre, caché, fait une allusion”.

986. AMBIGU, ÉQUIVOQUE, AMPHIBOLOGIQUE, LOUCHE. Ce qui est ambigu offre “plusieurs sens. Ce qui est équivoque offre “deux sens. Ce qui est amphibologique offre un sens incertain”, à cause que la construction grammaticale est mauvaise. Ce qui est louche n’a “pas de netteté”, par la faute, soit de la construction, soit de l’expression. Ambigu et équivoque sont plus généraux et ne supposent pas une faute, soit d’expression, soit de construction.

987. PÉRIPHRASE, PARAPHRASE. La périphrase ne fait que tenir la place d’un mot ou d’une expression ; au fond elle ne dit pas davantage ; au lieu que la paraphrase ajoute d’autres pensées, elle explique, elle développe.

988. PÉRIPHRASE, CIRCONLOCUTION. Aucune différence étymologique entre ces mots, puisque l’un et l’autre signifient “parler autour”. Mais l’usage y a mis des nuances : la périphrase s’emploie le plus ordinairement pour éviter le mot propre, parfois trivial. La circonlocution a aussi ce sens-là, mais moins souvent ; de plus elle exprime l’embarras qu’on éprouve à dire une chose ; on tourne autour avant d’y venir ; on peut faire des circonlocutions sans employer de périphrases.

989. PÉRIPHRASE, CIRCONLOCUTION. Périphrase est littéraire et relatif seulement à la forme du discours, au lieu que circonlocution est de la langue commune et se rapporte au sens, aux idées. On se sert de périphrases pour embellir le discours, et de circonlocutions pour adoucir ce qui blesserait, pour écarter des idées désagréables, basses ou peu honnêtes. De plus la périphrase est proprement un terme de rhétorique et un moyen d’ennoblir le discours, de l’orner, de le rendre plus frappant et plus pittoresque. La circonlocution est plutôt un terme de grammaire, et un moyen de faciliter l’intelligence, une expression substituée à l’expression ordinaire, moins par art et avec une intention oratoire ou poétique, que par nécessité, pour la commodité et l’utilité, Lafaye.

990. ANTIPHRASE, CONTRE-VÉRITÉ. Contre-vérité est plus général et se dit de toute espèce de contre-vérité, renfermée soit dans un seul mot, dans une dénomination, soit dans une proposition, dans un discours. Antiphrase se dit d’une contre-vérité réduite à un seul mot, à une seule dénomination. Ainsi contre-vérité peut se dire en place d’antiphrase ; mais antiphrase ne peut pas se dire dans tous les cas pour contre-vérité.

991. CRASE, SYNÉRÈSE. La synérèse conserve le son des lettres comme dans poëte ; la crase donne un son tout autre, comme dans plaire, où a et i donne le son è.

992. PSEUDONYME, CRYPTONYME, HÉTÉRONYME. Les ouvrages pseudonymes proprement dits paraissent sous un “nom fait à plaisir”. Les cryptonymes offrent le “nom de l’auteur véritable sous la forme d’un anagramme”. Les hétéronymes portent le “nom véritable d’une autre personne”. Cotin faisait un livre hétéronyme quand il publiait ses mauvais vers sous le nom de Boileau, Legoarant.

Poésie

  • poésie. Art de faire des ouvrages en vers.
  • vers. Assemblage de mots mesurés et cadencés selon certaines règles fixes et déterminées.

993. HÉMISTICHE, CÉSURE. L’hémistiche est proprement un “demi-vers” : la césure est une “coupure faite dans un vers” pour en faciliter la prononciation et en augmenter la cadence. Dans les vers bien faits, la césure coïncide avec l’hémistiche ; c’est pourquoi des gens confondent ces deux idées. Mais, dans un vers mal fait comme dans celui-ci : Ma foi, j’étais un franc portier de comédieRacine, les Plaideurs, il est facile de voir que les césures naturelles sont : Ma foi, j’étais - un franc portier de comédie, tandis que les hémistiches sont : Ma foi, j’étais un franc - portier de comédie. Il y a en outre des césures qui ne coïncident pas avec l’hémistiche ; bien placées, elles donnent de la variété, de la force, de l’expression aux vers ; c’est de celles-là que parle Voltaire, Dictionnaire philosophique, Hémistiche : Plusieurs dictionnaires disent que l’hémistiche est la même chose que la césure ; mais il y a une grande différence ; l’hémistiche est toujours à la moitié du vers ; la césure, qui rompt les vers, est partout où elle coupe la phrase.

994. RHYTHME, MÈTRE. Le mètre et le rhythme sont théoriquement indépendants l’un de l’autre. Celui-ci n’existe qu’à la condition d’être entendu ; il consiste toujours dans les syllabes accentuées, que l’oreille saisit parfaitement. Le mètre, au contraire, est l’“évaluation des syllabes”. Il existerait encore pour un sourd, si ce sourd en connaissait la valeur conventionnelle, Jullien.

995. STANCE, STROPHE. Strophe signifie “tour”, et s’applique proprement aux vers grecs ou latins qui revenaient dans le même ordre, sans qu’il y eût un repos obligé à la fin de la strophe. C’est ce repos, ce sens terminé ou fortement suspendu qui caractérise la stance. En parlant de l’ode moderne, stance et strophe sont synonymes, Marmontel, oeuvres, t. x, p. 158 J’essayais d’ajuster sur mon clavecin les trois dernières strophes… et après avoir relu l’ode entière, je me suis attachée à ces trois stances, Letourneur, Trad. de Cl. Harlowe, Lett. 54.

996. ÉGLOGUE, IDYLLE. Bien que, étymologiquement, églogue signifie “pièce choisie, et idylle “petit tableau”, il n’y a aucune différence fondamentale entre les églogues et les idylles. Toutefois, si l’on veut accepter la légère distinction que l’usage semble avoir établie, l’églogue veut plus d’action et de mouvement : les églogues de Virgile. L’idylle ne peut contenir que des peintures, des sentiments, des comparaisons champêtres : Mme Deshoulières a fait de jolies idylles.

Théâtre

  • théâtre. Édifice, lieu où l’on représente des ouvrages dramatiques, où l’on donne des spectacles. Le théâtre de Bordeaux passe pour le plus beau théâtre de France.

997. SPECTACLE, THÉÂTRE. Le théâtre est proprement le bâtiment, le spectacle est ce qu’on y va voir. Les comédiens vont au théâtre, aussi bien que tous ceux qui y ont affaire. Le public payant va au spectacle.

998. ACTEUR, COMÉDIEN. Dans le sens propre, on nomme ainsi “ceux qui jouent des pièces de théâtre. Acteur est relatif aux personnages qui agissent dans une pièce, et par suite aux personnes qui les représentent. Comédien est relatif à la profession. Ainsi l’on dira : Quels sont les acteurs dans ce drame ? et : Que fait cet homme ? Il est comédien. Enfin des élèves qui représentent une pièce dans leur collège, sont acteurs et ne sont pas comédiens. Dans le sens figuré, ces deux termes conservent encore la même distinction à beaucoup d’égards. Acteur se dit de celui qui a part dans la conduite, dans l’exécution d’une affaire, dans une partie de jeu ou de plaisir ; comédien, de celui qui s’est fait un art, et, pour ainsi dire, un métier de bien feindre les passions, les sentiments qu’il n’a point, de celui dont la conduite est dissimulée et artificieuse. Le premier terme se prend en bonne ou en mauvaise part, selon la nature de l’affaire où l’on est acteur ; le second ne se prend jamais qu’en mauvaise part, puisque la dissimulation, qui fait le comédien dans la vie, est toujours une chose odieuse.

999. PROLOGUE, PRÉFACE. Le prologue est destiné à être récité ou joué, tandis que la préface n’a pas cette destination ; mais, au sens de “préambule”, prologue et préface ne diffèrent pas.

1000. DÉNOÛMENT, CATASTROPHE. Par rapport au théâtre, le dénoûment défait le nœud, comme le mot le porte ; la catastrophe fait la révolution. Le dénoûment est la “dernière partie de la pièce” ; la catastrophe est le “dernier événement de la fable. Le dénoûment démêle l’intrigue ; la catastrophe termine l’action, Roubaud. Il faut ajouter que le dénoûment est heureux ou malheureux, tandis que la catastrophe ne se dit que d’un dénoûment malheureux.

1001. SOLILOQUE, MONOLOGUE. Ces deux mots désignent le discours de quelqu’un qui parle seul” ; mais l’usage veut qu’on ne se serve que de monologue quand il s’agit d’un personnage qui, seul sur la scène, ne parle que pour les spectateurs.

1002. DÉSASTRE, CALAMITÉ, CATASTROPHE. L’étymologie indique ici, comme cela arrive souvent, la nuance fondamentale : la calamité est, d’origine, un “fléau qui ravage les moissons”, de là un fléau naturel. Le désastre est l’“influence d’un astre qui cesse d’être favorable, c’est un revers, un malheur infligé par la fortune. La catastrophe est un “renversement sens dessus dessous”. Une peste, une inondation est une calamité. L’incendie d’une ville, considéré en soi, est un désastre, (non une calamité) ; mais il devient une calamité pour tous ceux qui y ont perdu toutes leurs ressources. La catastrophe est un désastre qui produit dans un ordre de choses, dans l’existence d’un individu, etc. un bouleversement complet ou une fin violente : la catastrophe de Bouquet sous Louis XIV. Il est encore une différence que l’on peut indiquer, c’est que la catastrophe ne se prend pas en général comme les deux autres mots, mais demande à s’appliquer à un objet : l’invasion des barbares fut une catastrophe pour l’empire romain ; on ne peut pas dire qu’elle fut une catastrophe en général. On dirait plutôt dans ce sens qu’elle fut une calamité ou un désastre. Il faut ajouter que la catastrophe est toujours instantanée ou à peu près, et qu’enfin elle peut être heureuse ou malheureuse, quoiqu’elle s’entende presque toujours dans ce dernier sens.

1003. FARCE, PARADE. Farce est le terme générique ; la parade est la farce que des bateleurs jouent sur des tréteaux pour attirer le monde et l’engager à entrer dans un théâtre.

1004. FARCE, COMÉDIE BOUFFONNE. Ces mots se prennent très souvent l’un pour l’autre. Toutefois la comédie suppose une action et une peinture de caractère, que la farce n’exige pas : Monsieur de Pourceaugnac est une comédie bouffonne ; les scènes plaisantes que jouent les bateleurs pour attirer le public, ne sont que des farces.

Comique

  • comique. Qui appartient à la comédie. Le genre, le style comique. 2° Par extension, plaisant, qui fait rire. Propos, aventure comique.

1005. BURLESQUE, HÉROÏ-COMIQUE, PARODIE, BOUFFON. Le burlesque s’attaque à de hauts personnages qu’il fait agir ou plutôt parler bassement, comme Scarron dans son Virgile travesti. Le poëme héroï-comique prête le langage et les allures du héros à des gens de condition inférieure, et cherche un contraste plaisant entre la grandeur du style et la petitesse des actes : le Lutrin en est un exemple. La parodie diffère du burlesque, quand elle est complète, en ce qu’elle change la condition des personnages dans les œuvres qu’elle travestit ; et c’est ce que ne fait pas le burlesque, qui trouve une nouvelle source de comique dans la perpétuelle antithèse entre le rang et les paroles des acteurs. Le bouffon est d’une signification plus générale ; il s’applique à toute œuvre plaisante, populaire et sans gêne, en dehors du travestissement des caractères. Le burlesque, la parodie, le poëme héroï-comique sont des espèces du genre bouffon.

1006. RIDICULE, RISIBLE. Ridicule, qui excite la risée, risible, qui est propre à exciter le rire. On rit de ce qui est risible ; on se rit de ce qui est ridicule. Risible se prend en bonne et en mauvaise part ; ridicule ne se prend qu’en mauvaise part. Risible pris en mauvaise part dit beaucoup moins que ridicule.

1007. MOQUERIE, PLAISANTERIE. Par la moquerie on “tourne en ridicule ; elle est donc toujours plus ou moins offensante. La plaisanterie n’a point nécessairement ce caractère ; sans doute elle peut être outrageante, mais elle peut aussi être innocente, obligeante, piquante.

1008. BROCARD, RAILLERIE. La raillerie peut être méchante ; mais elle peut aussi être légère, innocente, inspirée par une simple gaieté d’esprit. Le brocard a toujours quelque chose de blessant.

1009. RAILLERIE, MOQUERIE. Ces deux mots sont très voisins l’un de l’autre ; cependant la nuance est que la raillerie est une aggravation de la moquerie, une moquerieacerbe.

1010. PROPOS GAIS, PROPOS GAILLARDS. En ce sens restreint, les propos gais, les contes gais sont “un peu libres” ; les propos gaillards, les contes gaillards le sont davantage. Les premiers ont, dans leur licence, quelque chose “qui excite la gaieté” ; les seconds ont, dans leur licence, quelque chose de hardi “qui semble braver l’honnêteté”.

1011. CAUSTIQUE, MORDANT, SATIRIQUE. Caustique est ce qui brûle” ; mordant est ce qui mord ; satirique est ce qui fait la satire. Avoir l’esprit satirique, c’est avoir l’esprit disposé à voir le mauvais côté des choses, à chercher ce qu’elles peuvent avoir de blâmable ou de ridicule, et à le mettre en relief. Avoir l’esprit caustique, c’est appliquer une espèce de fer chaud sur ce qui est dit ou fait ; on peut être caustique sans avoir l’esprit satirique ; avoir l’esprit mordant, c’est enfoncer les dents et s’acharner. Le caustique effleure la peau ; le mordant y pénètre ; on peut donc être caustique sans être mordant.

Récit

  • récit. Action de raconter une chose.
  • raconter. Faire le récit de.

1012. NARRER, RACONTER. Raconter, c’est “rendre compte et il ne signifie faire un récit que par un détournement de sens. Au contraire narrer est l’expression directe. La nuance que l’usage a mise est que narrer se rapporte plus que raconter à l’habileté et au détail avec lequel le fait est exposé.

1013. CONTE, FABLE, NOUVELLE, ROMAN. Il n’y a pas de différence fondamentale entre le conte et le roman ; l’un et l’autre sont des “narrations mensongères” ou regardées comme telles. Tout ce qu’on peut dire, c’est que conte est le terme générique puisqu’il s’applique à toutes les narrations fictives, depuis les plus courtes jusqu’aux plus longues. Le roman ne se dit que de celles-ci. Un conte de trois pages ne s’appellera jamais un roman, tandis qu’un roman est, dans toute la rigueur du terme, un conte suffisamment long. La nouvelle ne se distingue pas non plus au fond du conte ou du roman. Dans l’usage ordinaire, c’est un roman de petite dimension dont le sujet est présenté comme nouveau ou peu ancien, ou avec des détails inconnus jusqu’ici. La fable, dans le sens d’apologue, est le récit d’une petite scène entre des animaux ou des végétaux auxquels on prête les sentiments et le langage humains. Dans la conversation, quand après un récit entendu on dit : c’est un conte, ou c’est une fable, on entend que “le récit n’est pas vrai”. Quand on dit : c’est un roman, on veut dire que “les aventures racontées sont extraordinaires ; elles peuvent néanmoins être vraies”.

1014. APOLOGUE, FABLE, PARABOLE. La fable est le terme le plus général ; c’est “tout ce qu’on dit, tout ce qu’on raconte ; il y a dans les fables de Phèdre et de La Fontaine des contes ingénieux qui ne sont pas du tout des apologues. L’apologue est toujours fondé sur une allégorie, dont on a fait l’application à l’homme. La parabole est un apologue contenu dans l’Écriture sainte ; on dit la parabole de l’enfant prodigue, (et non l’apologue), bien que ce soit, au fond, la même chose.

1015. PARABOLE, ALLÉGORIE. Il y a entre ces deux mots, non une différence de signification, mais une différence d’emploi. Allégorie est le terme générique ; parabole ne s’emploie guère qu’en parlant des allégories contenues dans les livres saints : la parabole de l’Enfant prodigue, du bon Samaritain, etc.

1016. FABULISTE, FABLIER. Fablier n’est qu’un mot de circonstance fait pour La Fontaine ; c’est fabuliste que l’usage a admis pour désigner un auteur qui compose des fables.

Conversation

  • conversation. Échange de propos sur tout ce que fournit la circonstance.

1017. CONVERSATION, ENTRETIEN, DIALOGUE, COLLOQUE. La conversation se dit de quelque discoursmutuel que ce puisse être, au lieu que entretien se dit d’un discoursmutuel sur un objet déterminé ou sur un objet important”. Dialogue est propre aux conversations dramatiques ou aux conversations qu’on y assimile. Colloque s’applique spécialement aux conversations polémiques et publiques où l’on traite de matières de doctrine”.

1018. BABIL, CAQUET. On dit que les pies et les perroquets caquettent ; ce sens reste dans l’emploi de caquet. Le caquet exprime une élévation de ton, une prétention à régenter ou à médire, et des propos bons ou mauvais. Babil n’implique rien de tout cela ; ce n’est que la simple effusion, en paroles faciles, d’une personne qui se complaît à parler.

1019. BABILLARD, BAVARD. La différence entre babillage et bavardage indique la différence entre babillard et bavard. Le babillage est facile et futile ; il n’est pas nécessairement ennuyeux et fatigant ; au lieu que le bavardage n’a rien qui le rachète. De même le babillard n’est point déplaisant de nécessité ; il ne l’est que par le temps, la circonstance et l’excès ; au lieu que le bavard est nécessairement déplaisant, étant dépourvu de l’agrément que le babil a quelquefois chez les enfants, chez les femmes, et dans les circonstances qui le comportent.

1020. JABOTER, JASER, CAQUETER. Jaboter, c’est “parler ensemble d’une voix peu élevée” ; jaser, c’est “parler ensemble sans vouloir ni baisser ni élever la voix” ; caqueter, c’est “parler ensemble, mais avec du bruit”, avec de l’éclat. En effet, étymologiquement, jaboter, c’est parler, pour ainsi dire, dans son jabot, de près ; jaser, c’est, il semble, faire le jars, le mâle de l’oie ; enfin caqueter, c’est crier comme la poule qui vient de pondre son œuf et qui le fait savoir à grand bruit.

1021. DISPUTE, DÉBAT. La dispute est une conversation entre deux ou plusieurs personnes à l’occasion d’un point de théologie, de philosophie ou même de science, sur lequel elles sont d’avis différent”. Le débat est un échange de discours entre deux ou plusieurs personnes sur un objet soumis soit à une assemblée soit à un tribunal.

1022. DÉBATTRE, DISCUTER. Comme débattre est composé de battre, il implique quelque chose de violent qui n’est pas dans discuter. Débattre suppose plus de chaleur et d’emportement ; discuter plus de réflexion. Aussi débattre ne se dira guère des choses générales, des causes théoriques qui émeuvent peu ; c’est discuter qui y convient. Mais il se dira des questions et des causes qui touchent et qui passionnent. Une discussion peut être froide ou languissante ; des débats sont toujours animés.

1023. DISPUTER, DISCUTER. Ces deux mots expriment une “opposition de pensée ou de sentiment” ; mais, d’après leur étymologie, l’opposition dans le dernier tombe sur la nature de la chose dont on discute, et dans le premier elle est plutôt dans les esprits qui pensent différemment. De là l’idée de querelle qui s’attache toujours à la dispute, tandis qu’elle n’est pas dans la discussion. Qui discute a raison, et qui dispute a tort, dit Ruhlières dans le poëme des Disputes.

1024. QUESTIONNER, INTERROGER. Questionner se dit surtout quand on veut “obtenir des renseignements” : un espion questionne les gens ; un général questionne un prisonnier pour savoir ce que fait l’ennemi. Interroger se dit surtout quand les réponses qu’on peut obtenir sont un moyen d’apprécier celui qui les fait : un juge interroge un accusé ; un professeur interroge un élève.

1025. DEMANDE, QUESTION. Ces deux mots signifient en général une “proposition par laquelle on interroge. Mais il y a cette distinction que question est plus général que demande, n’impliquant pas que celui qui interroge ait quelque droit à interroger ; tandis que demande implique que celui qui demande interroge non pas seulement pour s’informer, mais aussi pour s’assurer si celui qui est interrogé a rempli certaines conditions. Un maître fait à son élève une question ou une demande ; mais celui qui prend des informations fait des questions et non pas des demandes. En effet, étymologiquement, question, du latin quaestio, de quaerere, est l’“action de chercher” ; et demande, du latin demandare, contient quelque chose du sens de mander. Il y a encore cette différence : 1° qu’une demande n’est pas toujours interrogative : une demande de secours, d’appui, de protection ; 2° que, dans le sens interrogatif, la demande suppose toujours l’action d’un demandeur, tandis que la question peut aussi être conçue d’une manière abstraite. Exemple : La matière éthérée est-elle résistante, ou ne l’est-elle pas ? C’est une question, ce n’est pas une demande. Pour que ce soit une demande, il faut qu’il y ait quelqu’un qui fasse ou soit supposé adresser cette question à un autre.

1026. RÉPONSE, RÉPLIQUE, RÉPARTIE. La réponse se fait à une demande ou à une question. La réplique se fait à une réponse ou à une remontrance. La répartie se fait à une raillerie ou à un discours offensant. Le mot de réponse a dans la signification plus d’étendue que les deux autres. Le mot réplique a un sens plus restreint. Le mot de répartie a une énergie propre et particulière pour faire naître l’idée d’une apostrophe personnelle, contre laquelle on se défend, soit sur le même ton, soit sur un ton plus honnête, Encyclopédie, XIV, 137.

1027. S’ENQUÉRIR, S’INFORMER. S’enquérir, c’est “faire une enquête ; s’informer, c’est “prendre une information. De la sorte enquérir est de mise toutes les fois qu’il s’agit de quelque chose de plus qu’une simple information. Un père qui va marier sa fille s’enquiert des mœurs de son futur gendre ; il ne se contente pas de s’en informer.

1028. ENTENDRE, ÉCOUTER. Entendre c’est “être frappé des sons” ; écouter c’est “prêter l’oreille” pour les entendre. Quelquefois on n’entend pas quoiqu’on écoute, et souvent on entend sans écouter.

1029. SILENCIEUX, TACITURNE. Le silencieux “garde le silence” soit par nature, soit accidentellement. Le taciturne le garde par nature.

1030. CACHER, CELER, TAIRE. Le sens de ces trois mots est ne pas manifester au dehors. Taire, c’est “ne pas dire”, il suffit de ne pas ouvrir la bouche. Pour celer, il faut quelque chose de plus, c’est non seulement taire la chose, c’est aussi prendre garde qu’elle ne nous échappe. Prendre garde qu’elle ne nous échappe, dit assez pour celer, mais ne dit pas assez pour cacher ; car cacher implique toutes les précautions qui serviront à voiler ce que nous voulons n’être pas su ou connu.

Discours

  • discours. Propos de conversation, d’entretien. 5° Ce qui, dit en public, traite d’un sujet avec une certaine méthode, et une certaine longueur.

1031. ESPRIT DE SYSTÈME, ESPRIT SYSTÉMATIQUE. L’esprit de système est la disposition à prendre des idées imaginées pour des notions prouvées. L’esprit systématique est la disposition à concevoir des vues d’ensemble”. L’un est un défaut, l’autre peut être une qualité.

1032. MÉTHODE, SYSTÈME. (en termes de beaux-arts) Le système est inflexible, absolu, il fait passer tout le monde par la même filière, annule, chez tous les sujets, les qualités qui leur sont propres pour leur substituer celles qu’il exige, détruit toute la spontanéité et fait que la convention finit par remplacer le sentiment personnel. La méthode, au contraire, développe dans chaque sujet le sentiment individuel, met en relief le caractère propre et l’originalité qui le distinguent, et, ces qualités une fois constatées, elle le dirige vers le but, Ottin, Presse scientifique, 1864, t. I, p. 294. Il faut donc éviter le système et se soumettre à la méthode.

1033. DISCOURS, HARANGUE, ORAISON. Discours est le terme le plus général ; il se dit de tout ce “qui est prononcé avec une certaine méthode et une certaine longueur” : discours dans les assemblées législatives ; discours académiques ; les discours de distribution des prix. La harangue est un discours qui a de la solennité, et qui s’adresse à un corps, à un roi, à un personnage constitué en dignité, à une armée” ; on donne souvent le nom de harangues aux discours que les anciens historiens rapportent comme ayant été adressés par les généraux à leurs troupes. Oraison se dit ou plutôt s’est dit des discours des orateurs anciens” : les oraisons de Démosthène, de Cicéron.

1034. CONVICTION, PERSUASION. La conviction s’adresse exclusivement à l’esprit ; elle l’oblige à confesser, à reconnaître, à adhérer. La persuasion s’adresse autant au cœur qu’à l’esprit ; aussi, pour agir, a-t-elle moins besoin de preuves qui ne laissent point d’alternatives.

1035. CONVAINCRE, PERSUADER. La conviction tient plus à l’esprit, la persuasion tient plus au cœur. La conviction suppose des preuves, la persuasion n’en suppose pas toujours. Persuader se prend toujours en bonne part, convaincre se prend quelquefois en mauvaise part : Je suis convaincu de sa haine. On persuade à quelqu’un de faire une chose, on le convainc de l’avoir faite ; dans ce sens convaincre ne se prend qu’en mauvaise part, Alembert (d’).

1036. INSINUER, SUGGÉRER. Insinuation implique une idée qui n’est pas dans suggestion. Celui qui insinue quelque chose emploie de l’adresse, des détours, des ménagements. Celui qui suggère fait l’office d’“inspirer quelque chose à quoi on ne songeait pas”.

1037. SUGGESTION, INSTIGATION. Ces deux mots ont de commun qu’ils attachent un sens mauvais à l’“impulsion que l’on communique à autrui. Mais suggestion exprime quelque chose qui “s’insinue ; et instigation, quelque chose qui “aiguillonne”.

1038. INSIDIEUX, CAPTIEUX. La distinction est donnée par l’étymologie. Ce qui est captieux tend à capter ; ce qui est insidieux a le caractère de l’embûche. Ce que les raisonnements les plus captieux n’ont pas produit, souvent une caresse insidieuse l’opère, Girard.

1039. OBJET, SUJET. Au mot sujet, l’Académie dit : Les corps naturels sont le sujet de la physique. Et au mot objet, elle dit : Les corps naturels sont l’objet de la physique. Quel est, dans cet emploi, le sens précis des deux mots sujet et objet ? Ces deux mots ne diffèrent que par les prépositions : ob signifiant “devant soi”, et sub, sous soi : le sujet c’est “sur quoi l’on travaille” ; l’objet c’est “ce à quoi l’on vise. Il est plus usité de dire l’objet d’une science que le sujet d’une science ; cependant cela se dit aussi, et le sens revient au même ; mais on dit le sujet d’une comédie, d’une tragédie, d’un tableau, (et non l’objet) ; ou du moins le sens serait tout différent : l’objet d’une comédie, d’un tableau, serait l’“effet moral ou esthétique” auquel viseraient cette comédie, ce tableau.

1040. MATIÈRE, SUJET. Matière indique l’ensemble de quelque doctrine ; sujet est plus particulier et indique un objet spécial. Un ouvrage roule sur une matière, et on y traite divers sujets ; une pièce de théâtre a un sujet (et non une matière). La matière “considère dans son étendue l’objet à traiter ; le sujet le “considère seulement dans le point qui intéresse. Mais, quand les nuances sont mises de côté, matière et sujet deviennent tout à fait synonymes.

1041. ÉCLAIRCIR, EXPLIQUER. On éclaircit ce qui était obscur, parce que les idées y étaient mal présentées. On explique ce qui était difficile à comprendre. Éclaircir un texte, c’est en “ôter les obscurités” ; l’expliquer, c’est en “donner le sens, soit que le passage fût obscur ou non.

1042. CREUSER, APPROFONDIR. Creuser, c’est “faire un creux” ; approfondir, c’est “rendre profond” ce qui est déjà creux. Dès lors, au figuré, approfondir dira plus que creuser. Creuser une question c’est “pénétrer comme on pénètre dans la terre qu’on creuse, et y faire un certain chemin ; l’approfondir, c’est “aller jusqu’au fond”.

1043. GLOSE, COMMENTAIRE. Ils sont tous les deux “des interprétations ou des explications d’un texte” ; mais la glose est plus littérale et se fait presque mot à mot ; le commentaire est plus libre, et moins scrupuleux de s’écarter de la lettre, Guizot.

1044. NOTE, REMARQUE. La note a un sens plus général que la remarque. Une remarque est toujours une note ; mais une note n’est pas toujours une remarque.

1045. JUSTESSE, PRÉCISION. Dans justesse, il n’y a que l’idée de juste ; dans précision, il y a étymologiquement l’idée de couper, retrancher (du latin praecidere). Par conséquent, ce qui a de la justesse convient parce qu’il “s’adapte exactement” ; ce qui a de la précision convient parce qu’il n’y a “rien de superflu”.

1046. CITER, ALLÉGUER. Alléguer est plus général que citer. On allégue toutes sortes de choses, des faits, des raisons, des passages d’auteurs. Mais on ne cite que des passages empruntés à des écrivains, ou des paroles entendues.

1047. HISTORIEN, HISTORIOGRAPHE. Peut-être le propre d’un historiographe est de rassembler les matériaux, et on est historien quand on les met en œuvre, Voltaire, dictionnaire philosophique, historiographe. Étymologiquement, l’historiographe n’est pas autre chose que l’historien ; mais, dans l’usage, l’historiographe remplit une charge, l’historien “compose un ouvrage.

1048. TOME, VOLUME. Volume représente un objet “soit unique et complet, soit détaché et d’une division souvent arbitraire”. Tome, répondant à section, exprime toujours division, et une “division rationnelle”. Ainsi un tome peut former un traité spécial compris dans un ouvrage plus général, mais jamais un ouvrage complet ; il n’y a tome que s’il y a division. On met d’ailleurs un tome en plusieurs volumes, ou plusieurs tomes en un volume, à volonté ; ce n’est qu’une affaire de commodité.

1049. ABRÉGÉ, SOMMAIRE, ÉPITOMÉ, PRÉCIS, RÉSUMÉ. L’abrégé est un ouvrage, mais la “réduction d’un plus grand à un moindre volume. Le sommaire n’est point un ouvrage ; il ne fait simplement qu’“indiquer en peu de mots les principales choses contenues dans l’ouvrage ; on le place ordinairement à la tête de chaque chapitre ou division, pour permettre à l’esprit d’embrasser l’ensemble de ce qui va être détaillé. L’épitomé est, ainsi que l’abrégé, un ouvrage, mais plus succinct : ce mot d’ailleurs est purement grec, et n’est employé que pour le titre de certains ouvrages, Guizot. Le précis se distingue par sa rigueur ; il signifie “un abrégé dans lequel ne se trouve rien de superflu” ; l’abrégé est court ; mais le précis est substantiel. Aussi peut-on dire : j’ai fait l’abrégé et le précis de ce livre. Le résumé est un abrégé, non pas séparé de l’ouvrage, mais mis à la fin en guise de conclusion ; c’est, pour la place, l’opposé du sommaire ; c’est encore une sorte d’abrégé destiné seulement à rappeler ce qu’on sait, à revoir rapidement ce dont on a besoin de se ressouvenir, Lafaye.

1050. LISTE, CATALOGUE. La liste est une simple “énumération de noms de personnes ou de choses” ; le catalogue est plus qu’une liste ; il contient des indications et des détails. Une liste de livres à acheter ; le catalogue d’une bibliothèque. Si un catalogue n’était qu’une liste, il ne remplirait pas son office.

1051. RECUEIL, COLLECTION. Collection ne se dit que de grandes réunions de pièces : La collection des conciles, des pères de l’Église. Recueil est plus général ; il se dit d’une petite réunion aussi bien que d’une grande.

1052. CONSIDÉRATIONS, OBSERVATIONS, RÉFLEXIONS, PENSÉES. Le terme de considérations exprime cette “action de l’esprit qui envisage un objet sous les différentes faces dont il est composé. Celui d’observations sert à exprimer les remarques que l’on fait sur les ouvrages. Le terme de pensées est plus vague et marque indistinctement les jugements de l’esprit. Les Considérations de Montesquieu sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains. Les Observations de l’Académie sur le Cid. Les Pensées de Pascal, Beauzée.

1053. MAXIME, SENTENCE. La maxime est une “proposition importante qui sert de règle dans la conduite” ; ce qui domine dans la signification de ce mot, c’est la grandeur, la force. La sentence est une “proposition courte qui instruit et enseigne ; ce qui domine dans la signification de ce mot, c’est l’idée d’opinion, de manière de voir. Le malheur est le grand maître de l’homme, est une sentence ; Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît, est une maxime. Mais c’est aussi, si l’on veut, une sentence ; de sorte que sentence est plus général que maxime ; il peut se dire là où maxime se dit, mais maxime ne peut pas se dire partout où l’on dit sentence.

1054. AXIOME, MAXIME, SENTENCE, APOPHTEGME, APHORISME. Ce qui distingue axiome des mots d’un sens analogue, tels que maxime, sentence, apophthegme, aphorisme, c’est que axiome exprime une “proposition évidente de soi, échappant à toute démonstration, et s’imposant par un principe d’évidence ou autrement de certitude qui entre dans la constitution de l’esprit humain.

1055. PROVERBE, ADAGE. Le proverbe peut être et est souvent une sentence revêtue d’une métaphore ou représentant une petite parabole. L’adage est une sentence directe” qui n’implique ni métaphore ni parabole.

1056. ÉPÎTRE, LETTRE. “Missive” qu’on envoie à quelqu’un : lettre est le terme général ; épître, au contraire, est plus particulièrement appliqué aux lettres des anciens auteurs (les épîtres de Cicéron) ou aux lettres en vers qu’on adresse à quelqu’un. Au cas de missives modernes et non en vers, épître ne se dit qu’ironiquement.

1057. BULLE, BREF. La bulle diffère du bref, en ce que le bref est une lettreclose, et la bulle une lettre patente”.

Critique

  • critique. Qui a rapport à la critique en fait d’ouvrages d’esprit ou d’art. 1° Celui qui juge des ouvrages d’esprit ou d’art. 1° L’art de juger les productions littéraires, les ouvrages d’art, etc.

1058. CRITIQUE, CENSURE. Critique est plus général que censure ; c’est l’“examen attentif” de la chose dont il s’agit, examen qui peut donner un résultat favorable ou défavorable. Au contraire, censure exprime toujours une correction, un blâme, une autorité qui prononce un jugement. La critique des livres les examine, les juge, et, s’ils lui paraissent bons, ne les censure pas ; la censure prononce un jugement, résultat d’un examen qui condamne.

1059. ÉCRIVAIN, AUTEUR. Auteur est plus général qu’écrivain ; il se dit de toute composition littéraire ou scientifique, en prose ou en vers : un poëte en composant une tragédie, et un mathématicien en composant un traité de géométrie sont des auteurs. Mais écrivain ne se dit que de ceux qui ont “écrit en prose des ouvrages de belles-lettres ou d’histoire” ; ou du moins, si on le dit des autres, c’est qu’alors on a la pensée fixée sur leur style : Descartes est un auteur de livres de philosophie et de mathématiques, mais c’est aussi un écrivain. Racine est un grand écrivain, par la même raison, parce que son style est excellent, car eu égard à la forme du langage employé on dira toujours que c’est un grand poëte.

1060. AMPOULÉ, EMPHATIQUE, BOURSOUFLÉ. Trois qualités défectueuses d’un “style qui dépasse la mesure”. Emphatique marque l’exagération, et indique que l’on fait paraître ou briller les choses plus qu’il ne faut. D’après Marmontel, on appelle un style, un vers, un discours ampoulé, celui où l’on emploie de grands mots à exprimer de petites choses. Bousouflé exprime une redondance de grands mots vides de sens et d’idées. On remarque que, seul de ces trois mots, emphatique n’a pas toujours une signification défavorable ; par exemple, dans cette phrase de Bossuet : En marquant ce passage décisif, on aurait fait entendre d’abord que le terme être appelé, loin d’être diminutif, était emphatique et confirmatif.

1061. ENFLÉ, BOURSOUFLÉ. Le style enflé est celui qui, comme dit Longin, va “au delà du grand” ; le style boursouflé “enchérit encore sur l’enflure”, et manque d’une certaine dignité que le style enflé ne perd pas.

1062. APPLAUDISSEMENT, LOUANGE. La louange s’accorde à des objets très divers, aux qualités par exemple aussi bien qu’aux actions des personnes ; les applaudissements ne s’accordent qu’aux discours ou aux actions. La louange s’exprime par la parole ; les applaudissements, qui signifient proprement le “battement des mains” pour exprimer le contentement, n’impliquent pas l’idée du langage articulé. La louange vante, célèbre, glorifie ; les applaudissements ne font qu’approuver, mais avec une certaine vivacité que la louange ne suppose pas toujours.

1063. DONNER DES LOUANGES À, FAIRE L’ÉLOGE DE. Éloge est proprement un discours dans lequel on loue quelqu’un” ; louange s’applique à un point particulier ; c’est pour cela que, afin de le rendre partiellement synonyme d’éloges, il faut le mettre au pluriel. Ce n’est que par une dégradation de sens et dans un langage familier qu’éloge devient synonyme de louange ; aussi ne peut-il le remplacer dans le style élevé ; et l’on dit les louanges de Dieu (et non l’éloge ou les éloges). De plus éloge, tout familier qu’il est alors, tient de son sens primitif une généralité que louange n’a pas. Ainsi faire l’éloge de quelqu’un embrasse plus que ne fait donner des louanges à quelqu’un.

1064. PANÉGYRIQUE, ÉLOGE. Panégyrique dit plus qu’éloge. L’éloge contient sans doute la louange du personnage, mais n’exclut pas une certaine critique, un certain blâme. Le panégyrique ne comporte ni blâme ni critique.

1065. FADE, INSIPIDE. Ce qui est insipide n’a “aucune espèce de saveur ; ce qui est fade a une saveur qui, étant plate, déplaît au goût et le soulève. Le fade est donc pire que l’insipide. Cette proposition est vraie au physique, mais il semble qu’au moral c’est le contraire. Qu’on dise qu’une épigramme est fade, cela signifie que “le trait n’est pas piquant. Si l’on dit qu’elle est insipide, c’est presque une injure pour l’auteur.

1066. GALIMATIAS, PHÉBUS. Le galimatias n’est pas nécessairement du phébus ; et le phébus n’est pas nécessairement du galimatias. Le galimatias implique toujours “quelque chose de confus et qui ne se comprend pas”. Le phébus implique “quelque chose de dit avec une emphase déplacée, et de grands mots où il n’en faudrait que de simples”.

1067. ABSTRUS, ABSTRAIT. Une chose abstruse est une chose “qu’on ne peut comprendre que par une suite de raisonnements, et qu’à force d’efforts” ; une chose abstraite n’est malaisée à comprendre qu’à cause de la généralité qui y est inhérente. Une chose abstruse est toujours difficile ; une chose abstraite peut être aisée pour un esprit habitué aux spéculations philosophiques.

1068. DIFFUS, PROLIXE. Défauts du style “contraires à la brièveté. Le diffus abonde en accessoires superflus, en idées hors d’œuvre. Le prolixe abonde en paroles qui délayent la pensée et l’expression.

1069. LACONIQUE, CONCIS. Laconique se dit plus souvent du langage parlé ; concis se dit du langage écrit : une réponse laconique, un compliment laconique ; mais un ouvrage concis ; le style concis. Quand laconique se dit du style, il implique une recherche de brièveté que concis n’implique pas.

Expressions et dérivés

Usage

Vieilli

1070. DÉSUSITÉ, INUSITÉ. Inusité signifie qui n’est “pas en usage ; un mot est inusité, quand “personne ne s’en sert”. Désusité signifie qui n’est “plus en usage ; un mot désusité est un mot qui, étant jadis employé”, ne l’est plus actuellement.

1071. ANCIEN, VIEUX. Ancien a rapport au siècle ; vieux à l’âge. Aristote est plus ancien que Cicéron. Cicéron était plus vieux que Virgile. On dit une maison ancienne quand on parle de la famille ; une vieille maison quand on parle du bâtiment.

1072. CHOIR, TOMBER. Des auteurs de synonymes ont dit que choir désignait particulièrement un choc, un coup, une impulsion qui fait perdre l’équilibre, renverse et porte de haut en bas, tandis que tomber marque une chute d’un lieu très élevé. Distinction illusoire ; ces deux mots, venus l’un du latin, l’autre des idiomes germaniques, expriment exactement la même idée, comme on le voit dans le vers de Corneille : Tout va choir en ma main ou tomber en la vôtre ; et dans cet exemple de Chapelle et Bachaumont : Toute la nuit donques il plut, Et tant d’eau cette nuit il chut, Que… La seule différence c’est que choir vieillit, tandis que tomber est en plein usage. Si l’on ne dit pas que la pluie ou la foudre choit, cela tient uniquement à la désuétude qui frappe le verbe choir ; et la preuve que rien d’intrinsèque n’empêche de le dire, c’est que nos pères le disaient.

1073. NABOT, RAGOT. Le nabot est beaucoup “trop petit”. Le ragot, s’il n’est pas plus petit ou plus court, est au moins “plus vilain, plus difforme, plus ridicule ; c’est ce que Scarron a fort bien observé dans le portrait de son Ragotin.

1074. ÉTRANGE, ÉTRANGER. Ces deux mots ont été primitivement synonymes. Aujourd’hui ils sont distincts, et signifient, l’un ce qui est “hors des conditions naturelles”, l’autre ce qui est “hors de la nation, du pays. Dans le figuré, les significations se rapprochent beaucoup ; cependant elles ne se confondent pas complètement.

1075. ISRAÉLITE, JUIF. Il y a entre ces deux mots la même différence qu’entre avoué et procureur. C’est la même signification ; mais, juif et procureur pouvant se prendre en mauvaise part, on s’est nommé israélite et avoué.

1076. NÈGRE, NOIR. Quand les Portugais découvrirent la côte occidentale de l’Afrique, ils donnèrent aux peuples noirs qui l’habitent le nom de negro, qui signifie noir. De là vient notre mot nègre. L’usage a gardé quelque chose de cette origine. Tandis que noir se rapporte à la couleur, nègre se rapporte aussi au pays ; et l’on dit plutôt les nègres, en parlant des habitants de la côte occidentale d’Afrique que les noirs.

1077. GASCON, NORMAND. Ces deux mots sont pris habituellement dans le sens de “menteur”, mais avec les différences propres aux provinces qu’ils rappellent. Le Normand, comme coutumier des procès, ment par ce qu’il dissimule la vérité ; le Gascon ment comme vantard et fanfaron. Le Louvre tout entier tiendrait dans une des cours du château de mon père ; c’est un Gascon qui parle ainsi et non pas un Normand.

1078. MAFFLÉ, JOUFFLU. Les auteurs de synonymes ont essayé d’établir une distinction entre ces deux mots, prétendant que mafflé se dit du visage entier et joufflu des joues seulement. Mais l’emploi chez les auteurs ne justifie pas cette distinction ; et il ne paraît pas qu’on puisse assigner à ces deux mots deux significations bien différentes.

1079. RECHIGNÉ, RENFROGNÉ. Rechignéexprime un “mouvement des lèvres qui rend la face maussade” ; renfrogné, un “mouvement du front qui se plisse et qui exprime la mauvaise humeur ou la tristesse.

1080. TABATIÈRE, BOÎTE. Il y eut un tempstabatière paraissait ignoble aux gens du bel air ; ils le laissaient aux gens du peuple, et disaient boîte. À table, je lui ai demandé souvent sa tabatière qu’il n’appelle pas sa boîte, Rousseau (J.J.), la nouvelle Héloïse, IV, 9. Aujourd’hui boîte s’emploie quelquefois pour tabatière, mais seulement quand il s’agit d’une tabatière de prix, et quand d’ailleurs le sens est bien déterminé. Le roi lui a fait présent d’une boîte d’or enrichie de diamants. On dit à quelqu’un qui prend du tabac : Vous avez une belle boîte.

1081. EMPLETTE, ACHAT. Achat est plus général, il peut se dire non seulement des objets considérables, mais aussi des menus objets ; au lieu que emplette ne peut se dire que de ceux-ci. J’ai fait l’achat ou l’emplette d’un chapeau ; mais j’ai fait l’achat (et non l’emplette) d’une maison, d’un domaine.

1082. ARMOIRIES, ARMES. Armes, quand il a le sens de signes symboliques”, est synonyme d’armoiries ; mais c’est un sens détourné ; au lieu qu’armoiries est le mot direct. Aussi on se gardera de substituer armes à armoiries, toutes les fois que quelque doute pourra exister sur le sens. Ainsi on dira : Le blason est la science des armoiries ; (et non, ce qui aurait une signification toute différente : la science des armes).

1083. BOULEVARD, REMPART. Au propre le boulevard étant “en avant du rempart et le défendant, au figuré boulevard aura une acception plus étendue que rempart. Une chaîne de montagnes est, suivant la nuance qu’on a dans l’esprit, le boulevard ou le rempart naturel des pays qui sont situés derrière ; mais une place très forte qui protège tout un pays sera regardée comme un boulevard, et non comme un rempart.

1084. DEGRÉ, MARCHE. « degré, dit l’Encyclopédie, V, 929, s’employait dans le dernier siècle pour désigner chaque marche d’un escalier, et le mot de marche était uniquement consacré pour les autels ; nous aurions peut-être bien fait de conserver ces termes distinctifs. » La distinction indiquée par l’Encyclopédie n’existe plus ; reste à voir en quoi ces deux termes diffèrent. Le degré est, étymologiquement, “ce qui sert à changer de place (degredi), à monter ou à descendre” ; la marche est “sur quoi l’on marche. On monte ou l’on descend les degrés ; on se tient sur une marche. Au pluriel, il montait ou descendait les degrés, ou les marches, sauf que degré est réservé, de préférence, au style élevé et aux grands escaliers : les degrés du grand escalier du Louvre. Au singulier, marche s’emploie mieux que degré : il se tenait sur la première marche (mieux que sur le premier degré). En un mot, toutes les fois que l’on considère les différents échelons d’un escalier comme servant à monter ou à descendre, on se sert plutôt de degré ; comme servant à poser le pied et à se tenir, de marche.

1085. ATTEINDRE, AVEINDRE. Quand “on touche seulement” une chose, on l’atteint. “Quand on la prend et qu’on l’amène à soi”, on l’aveint. La distinction est très précise ; et c’est une faute grave que de dire atteindre pour aveindre.

1086. SE LICENCIER, S’ÉMANCIPER. Se licencier, c’est “se donner licence, prendre une trop grande liberté ; s’émanciper, c’est “sortir de la tutelle” où l’on était et faire quelque chose qu’on n’est pas autorisé à faire. Dans se licencier il n’y a que l’idée d’un abus de liberté ; mais dans s’émanciper il y a l’idée que celui qui s’émancipe était retenu et dans une position subordonnée.

1087. CHANCELER, VACILLER. Chanceler se dit d’une personne ou d’une chose qui “penche deçà et delà, parce qu’elle n’est pas ferme, solide, et menace de tomber”. Vaciller veut dire simplement “aller deçà et delà, sans qu’il y ait nécessairement pour cela menace de tomber”. Dans un tremblement de terre, le sol vacille, mais ne chancelle pas ; au contraire un ivrogne ne vacille pas, mais il chancelle. Au figuré, une résolution qui vacille est une résolution qui n’est “pas fixe ; une résolution qui chancelle est une résolution qui n’est “pas ferme. Un témoin vacille dans sa déposition, quand il sait mal les faits ; il chancelle dans sa déposition, quand il n’a pas le courage ou la volonté de les maintenir.

1088. FRÉQUENTER, HANTER. Étymologiquement, fréquenter signifie “aller fréquemment ; et hanter, “avoir des relations habituelles”. De là résulte que fréquenter un lieu est l’emploi propre, et fréquenter quelqu’un l’emploi dérivé ; tandis que hanter quelqu’un est l’emploi propre, et hanter un lieu l’emploi dérivé. Mais, à part ces différences étymologiques, l’usage n’a laissé, entre ces deux verbes, aucune nuance bien appréciable.

1089. DILIGENT, PROMPT. Ce qui différencie ces deux mots, c’est que diligent implique toujours une idée d’application, d’intention qui n’est pas dans prompt.

1090. PROMPTITUDE, DILIGENCE. “La brièveté, le peu de temps mis à commencer ou à exécuter” est ce qui prédomine dans promptitude. C’est “la vigilance, la précaution, la prudence” qui, vu l’étymologie, prédomine dans diligence.

1091. BALANÇOIRE, ESCARPOLETTE. Balançoire se dit fréquemment pour escarpolette, mais par abus ; car la balançoire est précisément ce qui, “configuré comme une balance, s’élève par un côté et s’abaisse par l’autre”.

1092. HAPPER, ATTRAPER. Happer, c’est “saisir à l’improviste” ; attraper, c’est “prendre comme dans un piège”. Un sergent de ville happa le voleur qui fuyait ; la police a attrapé un malfaiteur qui s’était évadé du bagne.

1093. COULER, GLISSER. Il lui coula dans la main, il lui glissa dans la main quelques pièces d’or ; il se coula, il se glissa derrière la muraille. Ces expressions sont absolument synonymes pour exprimer une action furtive, à la dérobée ; elles ne diffèrent que par la nature de la métaphore ; couler, c’est “faire aller comme une eau qui s’écoule” ; glisser, c’est “faire aller comme sur la glace”.

1094. NUER, NUANCER. La seule différence qu’on puisse apercevoir entre ces deux mots, c’est que nuer ne se dit jamais au figuré.

1095. SOUDOYER, STIPENDIER. Ces deux mots sont synonymes, sauf que stipendier n’a plus qu’un sens défavorable.

1096. CHARROYER, CHARRIER. Ces deux verbes n’ont pas de différence de sens, puisqu’ils sont un seul et même verbe à deux prononciations ; mais cette différence de prononciation a fini par faire, d’une part que charroyer est moins usité que charrier, et, d’autre part, que charroyer ne se prend jamais au figuré ; ainsi l’on dit charrier droit, (et non charroyer) droit ; le fleuve charrie du limon, (et non charroie) ; la Seine charrie (et non charroie).

1097. INVAINCU, INDOMPTÉ. Invaincu signifie autre chose qu’indompté. Un pays est indompté, un guerrier est invaincu… On a dit que invaincu est un barbarisme ; non, c’est un terme hasardé et nécessaire, Voltaire, sur le Cid, II, 5.

1098. HÂTER, ACCÉLÉRER. Ces deux mots ne sont synonymes que dans des locutions de ce genre : hâter le pas, accélérer le pas ; hâter le développement, accélérer le développement. Tous deux signifient “rendre plus rapide, faire aller plus vite” ; il ne paraît y avoir aucune différence de sens ; la seule différence est dans l’emploi, accélérer étant un verbe plus récent et ayant quelque chose de technique.

Registre

1099. TRÉPAS, MORT. Trépas est poétique et emporte dans son idée le “passage d’une vie à l’autre”. Mort est du style ordinaire et signifie précisément la “cessation de la vie”. Le second de ces mots se dit à l’égard de toutes sortes d’animaux, et trépas ne se dit qu’à l’égard de l’homme.

1100. COURROUX, COLÈRE. Ces deux mots diffèrent non par le sens qui est le même, mais par l’emploi ; c’est-à-dire que colère appartient à tous les styles, tandis que courroux n’appartient qu’au style soutenu et à la poésie.

1101. VESTIGE, TRACE. La seule différence qu’il y ait entre ces deux mots, c’est que vestige, moins usité, est du style soutenu, tandis que trace est de tous les styles.

1102. DISCORD, DISCORDE. Le discord est le “contraire de l’accord ; la discorde est le “contraire de la concorde. Discorde dit donc plus et autre chose que discord ; car être en accord ne veut pas dire être en concorde.

1103. DISCORD, DÉSACCORD. Le désaccord est “la perte, la cessation de l’accord. Le discord n’implique pas que l’accord ait régné antécédemment. D’ailleurs discord est un mot du style poétique, et désaccord est de tous les styles.

1104. GUERRIER, MARTIAL. Une mine guerrière, une attitude guerrière est la même chose qu’une mine martiale, qu’une attitude martiale. La seule différence que l’usage ait mise, c’est que guerrier appartient davantage au style élevé, et martial au style ordinaire.

1105. MENSONGE, MENTERIE. Ces deux mots, qui ne diffèrent que par le suffixe, sont très sensiblement synonymes ; mais l’emploi n’en est pas le même. Menterie appartient au style familier, et mensonge est de tous les styles : c’est pourquoi mensonge seul se dit figurément dans le style élevé.

1106. VISION, VUE. Ces deux mots sont synonymes, en tant qu’exprimant l’“action de voir ; ils ne diffèrent qu’en ce que vision est du langage didactique, pendant que vue est de tous les styles.

1107. FOLICHON, FOLÂTRE. Ces deux mots ont le même radical et ne diffèrent que par la finale ; mais comme, dans folâtre, la finale âtre a perdu son sens approximatif, il n’y a plus de distinction dans la signification de ces deux mots ; il y en a dans l’emploi : folichon est du style familier ; folâtre est de tous les styles.

Emprunts

1108. RÉMINISCENCE, RESSOUVENIR. Ces mots annoncent, par la particule initiale re, quelque chose d’éloigné, qui revient de loin, qui a été oublié depuis longtemps, et dont il n’y a que de légères traces dans l’esprit. Mais réminiscence reproduit le latin reminiscentia, et ressouvenir a été formé du français souvenir. C’est pourquoi réminiscence appartient au langage de la philosophie et des arts libéraux, tandis que ressouvenir est du langageordinaire. Quand réminiscence est employé dans la langue commune, il indique “le plus faible, le plus imparfait des souvenirs, celui qu’on ne reconnaît pas même pour une idée qu’on a déjà eue. Le ressouvenir est plus net et plus distinct, on sait au moins, on a la conviction que ce n’est pas une idée nouvelle, Lafaye.

1109. LECTEUR, LISEUR. On appelle lecteurs, lectrices, ceux ou celles “dont l’emploi est de lire” à des personnes qui les écoutent ou qui devraient les écouter ; et liseurs ou liseuses ceux ou celles “qui ont l’habitude de lire beaucoup”. Pourtant Mme de Sévigné a employé liseur au sens de lecteur à haute voix. Quand on parle de celui qui lit pour son instruction ou son amusement, on dit aujourd’hui lecteur ; l’historique montre qu’on disait autrefois liseur.

1110. VÉLOCITÉ, VITESSE. Ces deux mots ont même sens, et ne diffèrent que par l’emploi, vélocité étant surtout du style soutenu, et vitesse de tous les styles.

1111. CÉCITÉ, AVEUGLEMENT. Cécité se dit au propre, et aveuglement au figuré.

1112. INEFFAÇABLE, INDÉLÉBILE. Ces deux mots ont au fond le même sens ; mais l’idée qu’ils expriment n’est pas exactement la même. Une chose est ineffaçable si, malgré tout ce que l’on met dessus, on ne peut la faire disparaître. Elle est indélébile, si on ne peut parvenir à en détruire les parties. Une encre indélébile est celle “dont rien n’altère la nature” : mais elle n’est pas ineffaçable si, par un moyen quelconque, on l’enlève de dessus le papier. D’ailleurs, indélébile est un mot plus technique et qui s’accommode moins du style élevé qu’ineffaçable, parce que effacer est français, tandis que delere n’est que latin.

1113. CLORE, FERMER. Fermer, qui vient de firmare, “rendre ferme, assurer, fortifier”, s’est substitué peu à peu à tous les emplois de clore qui, venant de claudere, était, à l’origine, le mot propre. Aussi, malgré l’étymologie, n’y a-t-il guère de différence qu’en ce que le premier est d’un usage général, tandis que le second est d’un emploi restreint. Qu’on prenne toutes les locutions, et l’on verra que les nuances sont insaisissables. On ferme ou on clôt un jardin de murs ; le sommeil nous ferme ou nous clôt les yeux ; le président ferme ou clôt la discussion ; cette porte ne ferme pas bien ou ne clôt pas bien (pourtant on dira, avec une nuance : cette porte ferme bien, mais elle ne clôt pas ; c’est-à-dire “les verrous en sont solides, mais elle laisse des jours”). En un mot, fermer, prenant le sens de clore, s’est partout substitué à lui, excepté dans quelques locutions toutes faites : à huis clos, (et non à huis fermé) ; nuitclose, (et non nuit fermée) ; le propriétaire de la maison est obligé de tenir le locataire clos et couvert, (et non fermé) “(ici fermé ferait presque un contresens)”. En revanche, ce serait un autre contresens que de dire à quelqu’un de clore la porte, au lieu de fermer la porte, parce qu’on veut dire “l’arrêter par le pêne ou par un loquet, non pas la clore. En somme, c’est l’effet naturel d’un mot impropre qui se substitue à un mot propre, d’en prendre la plupart des significations et pourtant de ne pas le chasser des locutions traditionnelles.

1114. EMPREINDRE, IMPRIMER. Ces deux mots sont étymologiquement identiques, puisque tous deux reproduisent le verbe latin imprimere, l’un sous l’ancienne forme française, l’autre sous la forme moderne. La différence que l’usage a mise c’est que imprimer est d’un usage plus étendu. On dit également empreindre ou imprimer un sceau dans de la cire, empreindre ou imprimer un caractère ; mais on dit seulement imprimer une étoffe, imprimer un livre. De plus, au figuré, on se sert presque exclusivement de imprimer.

1115. CONNEXION, CONNEXITÉ. Ces deux termes, si voisins, se distinguent en ce que connexion, dérivant directement du radical qui est dans connectere, exprime “l’action de lier et le résultat de cette action” ; et que connexité, dérivant de connexus, exprime “la qualité d’être connexe.

1116. INCULTE, INCULTIVÉ. Incultivé est plus ancien que inculte qui est une importation latine assez récente. Inculte se dit de tout ce “qui n’est pas cultivé, soit qu’il s’agisse de lieux habités par l’homme, ou de contrées inhabitées ; incultivé se dit “quand la culture manque dans les pays habités, où elle pourrait être donnée.

1117. CONTREFAÇON, CONTREFACTION. Bien que ces mots soient, au fond, les mêmes, puisque façon n’est autre que la forme française de factio, pourtant l’usage y a mis une différence. La contrefaçon se dit des œuvres de littérature, d’art ou de production industrielle ; la contrefaction se dit de toute espèce d’“imitation frauduleuse” : la contrefaction d’un billet, (et non la contrefaçon).

1118. ÉMOTIONNER, ÉMOUVOIR. D’abord émotionner est du style familier ; émouvoir est de tous les styles. Puis émouvoir s’applique à ce qui est touchant, triste, etc. Émotionner se dit des petites perturbations de la vie habituelle.

1119. GRAVE, GRIEF. Ces deux mots ne sont synonymes que dans des locutions de ce genre : blessuregrave, blessuregriève. Grief est la forme ancienne dérivée du latin gravis ; grave est la forme moderne de ce même mot latin. Il n’y a donc entre ces deux mots d’autre nuance sinon que grave est plus habituel que grief, frappé d’une certaine désuétude.

1120. ÉPIER, ESPIONNER. Ces deux mots ont même radical, espionner n’étant qu’un allongement de espier. Espionner c’est proprement “faire l’espion, tandis que épier ne contient que l’idée de l’observation secrète. Espionner les démarches de quelqu’un, c’est les observer secrètement pour en user en espion ; les épier, c’est aussi les observer secrètement, mais dans des intentions qui peuvent ne pas avoir le caractère de l’espionnage.

1121. DÉFAUT, DÉFECTUOSITÉ. Ces deux mots ne sont synonymes que quand il s’agit des imperfections qui déparent un produit de la nature ou de l’art. Défaut, venant de faillir, exprime ce “qui faut, manque, est en faute”. Défectuosité, venant du latin defectus, renferme l’idée de ce “qui est défait, mal fait”. Ainsi défaut se dira plutôt quand on voudra simplement exprimer l’état d’imperfection, et défectuosité quand on portera son esprit sur le mode de production : les défauts d’un diamant, les défectuosités d’une pièce de drap. Mais il faut dire que très souvent les nuances se confondent.

1122. ABSTRACTIVEMENT, ABSTRAITEMENT. L’académie confond absolument cet adverbe avec abstraitement ; la nuance est en effet petite ; pourtant abstractivement exprime une action, et abstraitement un état. Une considération abstractive est une considération “qui abstrait ; une considération abstraite est une considération dans laquelle “l’abstraction est déjà opérée”.

1123. INAPTE, INEPTE. Celui qui est inapte “n’est pas apte à quelque chose, soit de nature, soit par défaut d’exercice, d’instruction, etc. Celui qui est inepte, est “sans capacité aucune”. Le sens d’inapte est limité à un objet spécial ; le sens d’inepte n’est pas limité.

1124. INSIPIDE, INSAPIDE. Insapide désigne ce qui “n’a aucun goût, ni bon ni mauvais” ; insipide, ce qui “n’a aucun goût quand cette absence de goût va jusqu’à rendre la chose désagréable, rebutante”. Du reste, cette distinction est récente.

1125. TORS, TORDU. Tors se dit de ce qui “a une torsion naturelle” : du bois tors ; ou une “torsion opérée” : de la soie torse ; Tordu se dit seulement de la “torsion opérée”.

Locutions

1126. CE QUI VOUS PLAÎT, CE QU’IL VOUS PLAÎT. Ce qui vous plaît signifie “ce qui vous donne du plaisir, ce qu’il vous plaît signifie “ce que vous voudrez”. Cette distinction, bien que réelle, n’était pas toujours suivie anciennement : En ce temps-là il n’y avoit point de roi dans Israël ; mais chacun faisoit ce qui lui plaisait, Saci, Bible, Juges, XXI, 24. Non, je tombe d’accord de tout ce qui vous plaît ; Tout marche par cabale et par pur intérêt, Molière, Misanthrope, V, 1. Le sens veut, aujourd’hui du moins, ce qu’il lui plaisait, ce qu’il vous plaît.

1127. DE TOUS CÔTÉS, DE TOUTES PARTS. Il y a, entre ces deux locutions, la différence qu’il y a entre côté et part, c’est-à-dire que côté exprime plus spécialement une direction que ne fait part. La foule accourut de tous côtés est synonyme, sans nuance bien sensible, de : la foule accourut de toutes parts. Mais on dira : cette forteresse est commandée de tous côtés, mieux que de toutes parts ; car ici il importe de spécifier les côtés, les directions.

1128. LE POINT DU JOUR, LA POINTE DU JOUR. Le point du jour est le momentprécis où le jour commence à paraître, à poindre. La pointe du jour est formée par les “premières lueurs qui apparaissent au matin”. Aussi, tandis que l’on dit la petite pointe du jour, on ne dit pas le petit point du jour ; usage contre lequel Bernardin de Saint-Pierre a péché : Nous restâmes là jusqu’au petit point du jour,Paul et Virginie.

1129. QU’EST-CE-CI ?, QU’EST CECI ?. Il ne faut pas confondre ces deux locutions. Qu’est-ce-ci veut dire “qu’y a-t-il ici ? que se passe-t-il ici ?” Mais qu’est ceci veut dire : “quelle chose est ceci”, la chose dont on parle, que l’on montre : tenez, voyez ; qu’est ceci ? mais on dira : qu’est-ce-ci ? on se querelle pour des riens.

1130. SAUVER QUELQUE CHOSE À QUELQU’UN, ÉPARGNER QUELQUE CHOSE À QUELQU’UN. Sauver, épargner quelque chose à quelqu’un, c’est l’en dispenser, l’en préserver. Ces deux locutions ont un sens extrêmement voisin. La seule nuance qu’on y remarque, c’est que épargner implique davantage l’idée de ménagement, et sauver celle de “préservation”.

1131. ALLER À LA RENCONTRE, ALLER AU-DEVANT. On va à la rencontre de quelqu’un, dans l’intention de le “joindre plus tôt”, ou pour lui épargner une partie du chemin. On va au-devant de quelqu’un, pour lui donner une “marque d’empressement”.

1132. À COUVERT, À L’ABRI. À l’abri ajoute une idée de protection qui n’est pas dans la locution à couvert. Celui qui est à couvert est simplement couvert ; celui qui est à l’abri est protégé, défendu, garanti.

1133. ADIEU, BONJOUR, BONSOIR, BONNE NUIT. “Formules de salutation où l’idée commune est celle d’un souhait de bonheur. Adieu se dit quand on prend congé ; bonjour, quand on se rencontre ; bonsoir, quand on prend congé le soir ; bonne nuit, quand on quitte quelqu’un qui va se coucher. En certaines provinces on emploie mal le mot adieu : (ainsi l’on dit : Adieu, comment vous portez-vous ?) Dites : Bonjour, comment vous portez-vous ? Adieu doit se réserver pour le départ.

1134. AU RESTE, DU RESTE. Ces locutions sont très voisines, et, dans beaucoup de cas, elles se confondent. Dans cette phrase : Je vous ai dit ce que je pensais de cette affaire ; du reste consultez des personnes plus habiles que moi, on dira aussi bien au reste. Mais, quand le sens exige plutôt “d’ailleurs” que “après tout”, du reste est préférable à au reste : Cet homme est bizarre, emporté, du reste brave et intrépide ; (mais non pas au reste).

1135. AU DEMEURANT, AU RESTE. Le demeurant, c’est ce “qui demeure, subsiste” ; le reste, c’est ce “qui est de reste ; de là la nuance : il est emporté et violent, honnête homme au demeurant ; c’est-à-dire, “en ce qui demeure, subsiste, il est honnête homme” : il est emporté, violent, au reste honnête homme ; c’est-à-dire, “tels sont ses défauts, mais, quant au reste, il est honnête homme”.

1136. J’AI COUTUME, J’AI LA COUTUME. J’ai coutume de fumer, veut dire je fume “d’ordinaire ; j’ai la coutume de fumer, veut dire que cela est “entré dans mes coutumes. C’est cette nuance délicate il est vrai mais réelle qui fait que avoir coutume peut se dire des choses, tandis que avoir la coutume ne peut pas s’en dire. La rivière a coutume de déborder à cette époque de l’année ; mais elle n’en a pas la coutume.

1137. AUPRÈS DE, AU PRIX DE. Auprès de est plus général que au prix de, qui ne se dit que des choses ou des personnes qui peuvent se priser. Ainsi on dira : mes malheurs ne sont rien auprès de ceux qui m’attendent ; (mais on ne dirait pas, au prix de). Au contraire, on dira également : ma maison n’est rien auprès de la vôtre, ou, au prix de la vôtre ; seulement avec cette nuance, que auprès exprime la “comparaison de l’apparence extérieure”, et au prix exprime la “comparaison de la valeur intrinsèque”.

1138. AU PIED, AUX PIEDS. Au pied signifie “au bas ; aux pieds ne se dit généralement que des personnes. Ainsi on dit cette ville est au pied des Pyrénées, (et non aux pieds).

1139. AINSI QUE, DE MÊME QUE, COMME. Comme se dit quand il s’agit de la “comparaison de qualités : blanc comme neige, fauxcomme un jeton, hardi comme un lion. De même que “se rapporte à la manière” : il a opiné de même que son voisin, son opinion a été “la même. Ainsi que exprime “la réalité, l’événement” : faire une chose ainsi qu’un autre, c’est la “faire aussi” ; il a parlé ainsi que vous, c’est-à-dire vous avez parlé et “il a parlé aussi” ; il a parlé de même que vous, “il a tenu le même langage. Outre son usage spécial, comme s’emploie en place de ainsi que et de de même que, sans avoir égard aux deux points de vue spécifiés plus haut : il a parlé comme vous, pouvant signifier ainsi que vous ou de même que vous. A côté de ces distinctions, qui sont justes et que marquent les auteurs de synonymes, il faut noter que ainsi que n’est pas restreint au sens indiqué plus haut : de même que ne peut pas se prendre pour ainsi que, mais ainsi que peut se prendre pour de même que.

1140. FAIRE UN MENSONGE, DIRE UN MENSONGE. Ces deux expressions sont synonymes, et, ici, faire n’a que le sens de dire, bien que Roubaud ait voulu les distinguer, en prétendant que dire un mensonge, c’est le proférer, et faire un mensonge, le composer.

1141. CONSTRUCTION LOUCHE, CONSTRUCTION ÉQUIVOQUE. Une construction louche est une construction “dont le sens n’est pas suffisamment clair”. Une construction équivoque est celle qui “se prête à plusieurs sens.

Constructions

Équivalents

1142. SYNONYME, ÉQUIVALENT. L’équivalent “remplace un mot par une locution qui signifie la même chose” ; par exemple quand on met la définition au lieu du terme lui-même. Le synonyme “offre des nuances d’acception qui le distinguent plus ou moins d’un mot à signification voisine”.

1143. PARTICIPER, PRENDRE PART. Participer au malheur de quelqu’un, c’est le partager réellement” ; y prendre part, c’est “s’unir par sentiment” à la douleur qu’il en reçoit. On participe à une chose dans laquelle on a une part réelle et personnelle ; on prend part d’affection à la chose dans laquelle on n’a aucun intérêt. Deux camarades participent à une bonne action et à la récompense qui en revient ; un tiers désintéressé prend part à la joie qu’ils en ressentent, Guizot.

1144. S’ALITER, SE METTRE AU LIT. Se mettre au lit est plus général ; on se met au lit pour se coucher ; les élèves se mettent au lit à neuf heures dans ce collège ; on se met aussi au lit pour cause de maladie ; la fièvre le prit, il se mit au lit, et ne se releva plus. S’aliter, c’est, exclusivement, se coucher parce qu’on se sent malade, parce qu’on ne peut plus se tenir debout.

1145. VAINEMENT, EN VAIN. Ces mots sont les mêmes sous deux formes ; la signification en est synonyme, et l’emploi à peu près le même.

1146. SECRÈTEMENT, EN SECRET. Agir secrètement, c’est “faire une chose à l’insu de tout le monde” ; agir en secret, c’est la “faire sans témoins. On trame secrètement un complot ; on fait une confidence en secret, c’est-à-dire sans que personne la voie faire ou l’entende faire.

1147. ENTIÈREMENT, EN ENTIER. Entièrement, “d’une façon entière ; en entier, “sans que rien manque. Entièrement se rapporte à la qualité comprise dans le verbe ; en entier se rapporte à l’objet : la somme est entièrement payée ; la somme en entier est dans le sac.

1148. À LA LÉGÈRE, LÉGÈREMENT. croireà la légère ou légèrement, s’engager à la légère ou légèrement sont des phrases tout à fait synonymes. En effet légèrement signifie “d’une façon légère ; à la légère signifie “à la manière des personnes légères. La nuance est imperceptible.

1149. ALLER À CHEVAL, CHEVAUCHER. Ces mots veulent dire tous deux “faire, à cheval, du chemin ; ce qui les distingue c’est l’emploi qu’on en fait : aller à cheval est la locution vulgaire et de l’emploi journalier ; chevaucher se trouve réservé pour le style relevé et surtout pour les narrations relatives au moyen âge.

1150. MÉRITER, ÊTRE DIGNE. On a essayé d’établir la synonymie entre ces deux expressions, en disant que mériter se rapportait aux actes, et être digne aux qualités. Mais, en examinant les emplois divers, on n’aperçoit aucune nuance sensible entre mériter et être digne ; l’usage les confond sans cesse.

1151. CARESSER, FAIRE DES CARESSES. Ces termes ne sont pas synonymes en tout. Caresser un enfant, ou faire des caresses à un enfant, peuvent se dire exactement l’un pour l’autre. Mais il n’en serait plus de même dans cette phrase-ci : Le roi lui fit beaucoup de caresses, c’est-à-dire le reçut “avec des marques d’affection toutes particulières” ; (au lieu que caresser, si on le mettait ici en place de faire des caresses, porterait l’esprit vers des caresses effectives).

1152. AISÉMENT, À L’AISE. L’emploi en est bien distinct. Aisément répond à “facilement”, et à l’aise à “commodément”. Où l’on marche aisément, on marche “sans difficulté ; où l’on marche à l’aise, on marche “sans embarras ni gêne”.

1153. ENFIN, À LA FIN, FINALEMENT. Enfin et à la fin offrent le même mot, l’un avec la préposition en, et l’autre avec la préposition à ; ce qui ne fait pas une sensible nuance. Mais l’un est sans article, et l’autre a l’article défini ; de sorte que enfin a une signification plus étendue qu’à la fin, l’un exprimant une fin générale, l’autre une fin particulière. Enfin il le trouva, veut dire qu’“il le trouva après un temps dont la fin arrive” ; à la fin il le trouva veut dire qu’“il le trouva après une fin particulière soit de recherche, soit d’attente”. Finalement signifie “d’une manière finale, pour terminer : ce qui le distingue des deux précédents, outre qu’il est moins reçu dans le style élégant et orné.

1154. ABONDAMMENT, EN ABONDANCE. “Beaucoup” ; l’adverbe convient mieux en parlant de ce qui arrive : boire abondamment, suer abondamment. La locution adverbiale se dit seulement en parlant de ce qui est : les mets étaient en abondance sur la table. C’est là la différence essentielle. Il pleure abondamment, et il verse des pleurs en abondance, la manifestent encore, bien que sous une nuance plus subtile à saisir, Lafaye.

Inversion

1155. GALANT HOMME, HOMME GALANT. Ces deux locutions ont un sens très différent : le galant homme est celui qui “a de la probité et de l’honneur ; l’homme galant est celui “qui se rend aimable auprès des dames”.

1156. SAVANT HOMME, HOMME SAVANT. Un savant homme est un “homme dont la mémoire est remplie de beaucoup de choses”. Un homme savant est un “homme versé dans quelque matière particulière de l’érudition, ou des sciences proprement dites”.

1157. ANCIEN AMI, AMI ANCIEN. Un ancien ami, un “homme qui n’est plus ami ou du moins avec qui les relations sont devenues moins étroites. Un ami ancien, un “homme avec qui on est ami depuis longtemps”.

1158. TERMES PROPRES, PROPRES TERMES. Les termes propres sont “ceux que l’usage a consacrés, pour rendre précisément les idées que l’on veut exprimer. Les propres termes sont “ceux mêmes qui ont été employés par la personne que l’on fait parler” ou par l’écrivain que l’on cite.

1159. MALTRAITER, TRAITER MAL. Maltraiter signifie “faire outrage à quelqu’un soit de la parole, soit de coups de main. Traiter mal signifie “faire faire mauvaise chère” à quelqu’un, ou n’en pas user avec lui à son gré.

1160. ESPRIT FAUX, FAUX ESPRIT. Un esprit faux est un esprit “qui ne sait pas discerner la vérité de l’erreur. Le faux esprit consiste en pensées fausses et recherchées”.

Articles

1161. UNE NAÏVETÉ, LA NAÏVETÉ. La naïveté est la qualité par laquelle on est naïf. Une naïveté est une “parole dite par naïveté.

1162. OUVRAGE DE L’ESPRIT, OUVRAGE D’ESPRIT. Tout “ce que les hommes inventent dans les sciences et dans les arts est un ouvrage de l’esprit. “Les compositions des gens de lettres sont des ouvrages d’esprit.

1163. OUVRAGE DE L’ESPRIT, OUVRAGE D’ESPRIT. Quoique l’esprit ait part à l’un et à l’autre (ce qui fait la synonymie des deux expressions), ce sont pourtant des choses différentes. Tout “ce que les hommes inventent dans les arts et dans les sciences est un ouvrage de l’esprit ; les “compositions des gens de lettres, soit en prose, soit en vers”, sont des ouvrages d’esprit, Bouhours.

1164. POT À EAU, POT À L’EAU. Le pot à eau, c’est le pot où l’on met habituellement de l’eau ; le pot à l’eau, c’est le pot plein d’eau que j’ai actuellement”. De même pour pot à beurre et pot au beurre, et autres locutions semblables.

Prépositions

1165. HOMMES DE CHEVAL, GENS DE CHEVAL. Les gens de cheval, c’est la “cavalerie”. Cette locution a toujours un sens collectif qui n’appartient pas à hommes de cheval ; c’est pour cela qu’on dit mille hommes de cheval, (et qu’on ne peut dire mille gens de cheval).

1166. FAIRE DES EXCUSES, FAIRE SES EXCUSES. Faire des excuses, se dit “quand on a offensé, blessé, contrarié quelqu’un, et qu’on veut faire disparaître par ce genre de réparation le tort commis”. Faire ses excuses se dit des dispenses que l’on prend à l’égard de certains devoirs de société et que l’on fait agréer au moyen de ce genre de civilité.

1167. ACHETER À, ACHETER DE. À quel marchand avez-vous acheté cela, ou de quel marchand ? Le premier est plus usité dans le langageordinaire ; mais voici toute la différence. D’après Lafaye, on dira le premier quand on voudra aller trouver le marchand pour acheter un objet semblable, et le second quand on aura seulement l’intention d’indiquer la provenance : à désignant vers qui l’on est allé, à qui l’on s’est adressé, et de désignant de qui on tient la chose achetée. Mais l’usage confond tout à fait ces deux emplois. Et en effet, soit qu’on achète à, soit qu’on achète de, il faut toujours aller à celui qui vend.

1168. ARRACHER DE, ARRACHER À. Arracher de indique l’endroit ou la chose d’où l’on arrache ; c’est la “séparation violente d’une chose d’avec une autre à laquelle elle tenait” : arracher un clou d’une muraille, arracher un homme d’un lieu. Quand on arrache de, c’est la personne ou la chose que l’on arrache qui résiste. Arracher à est suivi d’un nom de personne ou d’un nom de chose personnifiée en quelque sorte, et marque que cette personne ou cette chose est le but de l’action, que c’est à elle qu’on veut ôter l’objet dont il s’agit : arracher un œil à une personne ; un enfant à sa mère ; de l’argent à un avare ; arracher quelqu’un à la mort, à la vengeance de ses ennemis. Quand on arrache à, c’est la personne ou la chose à laquelle on arrache qui résiste.

1169. ASSOCIER AVEC, ASSOCIER À. Associer avec, c’est “former société ; associer à, c’est “joindre”. Il associait le courage à la prudence, cela veut dire qu’il “avait l’une et l’autre de ces qualités ; il associait le courage avec la prudence, cela veut dire qu’il “formait une union de ces deux qualités. S’associer avec quelqu’un ou s’associer à quelqu’un offrent la même nuance, bien que moins distincte ; mais elle redevient très manifeste dans le sens figuré : nous associons quelqu’un à nos desseins, nous nous associons aux desseins de quelqu’un, (et non avec). Avec fait entendre que les êtres associés sont de même ordre ; on s’associe avec quelqu’un, parce que ce sont des personnes ; on s’associe à des desseins, parce que ces desseins sont une chose, et que à permet une généralité que avec ne permet pas.

1170. ATTEINDRE (À). On doit dire atteindre un certain âge, parce qu’on atteint les années sans difficulté, sans effort. On doit dire atteindre à la perfection, parce que, pour parvenir à la perfection, il y a des difficultés à vaincre, des efforts à faire. AtteindrePaul et atteindre à Paul voudront dire : le premier, que l’on court après Paul et qu’on le rejoint ; le second, que Paul est placé hors de notre portée, et que nous arrivons jusqu’à lui avec effort. En un mot, atteindre, verbe actif, a une signification générale, et peut aussi bien se dire quand il n’y a pas effort que quand il y a effort ; atteindre à a une signification plus particulière et implique un effort quelconque.

1171. CACHER UNE CHOSE, SE CACHER D’UNE CHOSE. Tous deux expriment qu’“on tient secrète une chose”. Je cache le dessein que j’ai, veut dire simplement que “je le dérobe à la connaissance des autres”. Si je dis : je me cache du dessein que j’ai, à l’idée simple se trouve ajoutée l’idée qu’il y aurait “quelque honte, quelque dommage, quelque inconvénient à le divulguer”. Un dessein qu’on ne cache pas est un dessein qu’“on laisse manifeste à tous les yeux ; un dessein dont on ne se cache pas, est un dessein qu’“on n’a aucun motif de crainte, de honte, de blâme pour ne pas avouer ouvertement”.

1172. avoir de la CONSOLATION À faire quelque chose, avoir la CONSOLATION DE faire quelque chose. La première phrase se dit d’une consolation que l’on se fait à soi-même, d’une chose à laquelle on attache de la consolation : J’ai de la consolation à penser que vous prenez part à mes peines. La seconde se dit d’une chose qui est vraiment une consolation par sa nature : Il vous en coûtera, sans doute ; mais il y va de ma vie, et vous aurez la consolation de m’avoir sauvé, Marmontel.

1173. FACILITÉ DE, FACILITÉ À. Avec de, c’est la possibilité qui est laissée de faire une chose sans peine” ; avec à, c’est la disposition naturelle qui permet de faire une chose sans peine” : pour un prisonnier, que retient un geôlier peu vigilant, facilité de s’échapper ; pour un prisonnier hardi, industrieux, entreprenant, facilité à s’échapper. La facilité dapprendre, c’est quand on est en position, lieu, place où il est facile dapprendre ; la facilité à apprendre, c’est quand on apprend vite par une heureuse disposition.

1174. PRENDRE À TÉMOIN, PRENDRE POUR TÉMOIN. Il y a une grande différence entre : je vous prends à témoin, et : je vous prends pour témoin. La première locution signifie : “j’invoque votre témoignage ; la seconde signifie : “je vous prends, je vous accepte comme témoignant”. On peut prendre à témoin les grands, les princes, Dieu même ; (mais on ne les prend pas pour témoins).

1175. S’ACCOUTUMER À, S’ACCOUTUMER AVEC. On emploiera de préférence avec, quand s’accoutumer s’approchera du sens de se familiariser. On s’accoutume avec quelqu’un, quand “on se fait à ses manières”. S’accoutumer avec le péril, c’est “devenir familier” avec le péril et en faire une sorte de connaissance ; s’accoutumer aupéril, c’est, y étant souvent exposé, le considérer comme une “chose habituelle” et qui ne surprend plus. S’accoutumer avec exprime donc quelque chose de plus intime, de plus étroit.

1176. S’INTÉRESSER À, S’INTÉRESSER DANS. Dans le XVIIe siècle, ces deux locutions avaient le même sens, et s’employaient l’une pour l’autre. Aujourd’hui, l’usage tend à y mettre une différence : s’intéresser dans, c’est prendre un intérêt dans une affaire, y “mettre de l’argent” ; s’intéresser à, c’est avoir un intérêt moral.

1177. COMPARER À , COMPARER AVEC. Comparer à se dit plutôt quand on veut trouver un rapport d’égalité. Comparer avec se dit plutôt quand on confronte, quand on recherche les dissemblances et les ressemblances.

1178. S’AFFECTIONNER À, S’AFFECTIONNER POUR. S’affectionner à, dit Marmontel, c’est “s’attacher ; s’affectionner pour, c’est “s’intéresser vivement, se passionner.

1179. DÉMÉRITER AUPRÈS, DÉMÉRITER DE. Démériter auprès de quelqu’un, c’est “faire quelque chose qui, sans le toucher directement, prive cependant de sa bienveillance”. Démériter de quelqu’un, c’est abuser de la confiance qu’il nous avait accordée et dont nous jouissions”.

1180. INDUIRE À, INDUIRE EN. Induire à, c’est “conduire vers” ; induire en, c’est “conduire dans”. Induire au mal, c’est “engager à faire le mal” ; induire en tentation, c’est “faire subir la tentation”.

1181. AIDER À QUELQU’UN, AIDER QUELQU’UN. Les grammairiens ont essayé d’établir une distinction entre ces deux emplois, disant que aider à quelqu’un, c’est partager personnellement le travail, la peine de quelqu’un, tandis que aider quelqu’un est plus général et se dit de toutes les espèces d’aide. Mais, quand on examine la locution, Dieu aide aux fous et aux enfants, et la phrase de Bossuet : On doit s’aider les uns aux autres, il est clair que nulle différence n’est sensible. Et en effet, tout ce qu’il y a de différent, c’est que, dans l’un des cas, aider est verbe neutre, et dans l’autre, verbe actif.

1182. ATTACHÉ À, ATTACHÉ AUPRÈS. Attaché auprès ne marque qu’un simple “engagement au service de quelqu’un”. Attaché à marque affection, passion, zèle”. Il en est de même de attachement auprès et de attachement à ou pour : l’attachement qu’il a auprès du prince est une vraie servitude. Il a pour elle un grand attachement.

1183. ASPIRER à, PRÉTENDRE à. La différence entre ces deux mots, c’est que aspirer n’implique que l’idée des désirs qui nous poussent à une chose ; et que prétendre implique que nous y avons des droits réels ou imaginaires.

1184. PRÉTENDRE la première place, PRÉTENDRE À la première place. Prétendre la première place, “l’exiger comme un droit”, comme quelque chose qui nous appartient. Prétendre à la première place, “y aspirer, travailler à l’obtenir.

1185. DISCOURIR DE, DISCOURIR SUR. Discourir sur quelque chose, c’est en “parler avec quelque méthode. Discourir d’une chose, c’est en “parler comme on en parle dans la conversation.

1186. TRAITER UNE MATIÈRE, TRAITER D’UNE MATIÈRE. Traiter une matière, c’est “l’examiner, la discuter. Traiter d’une matière, c’est “en faire l’objet d’un travail, d’une dissertation”.

1187. HOMME DE COUR, HOMME DE LA COUR. L’homme de cour est celui “qui a le ton, les manières, l’esprit de la cour. L’homme de la cour est celui “qui en fait partie”. On peut être un homme de la cour sans être un homme de cour.

1188. RAPPORT À, RAPPORT AVEC. Une chose a rapport à une autre quand elle y conduit, quand elle indique une direction vers elle, un “lien” avec elle. Une chose a rapport, du rapport, des rapports avec une autre quand elle lui est “conforme”.

1189. S’ATTENDRIR SUR, S’ATTENDRIR POUR. S’attendrir sur quelqu’un, c’est “être sensible à son malheur, en avoir compassion. S’attendrir pour quelqu’un, c’est “s’attendrir en faveur de quelqu’un, être disposé à le secourir, à le défendre.

1190. HOMME MARQUANT, HOMME DE MARQUE. L’homme marquant est un homme “qui a quelque éminence par son rang, par son mérite, par ses services, par ses actions”. L’homme de marque est un homme “qui appartient aux hauts rangs de la société soit par sa famille soit par ses fonctions”.

Réfléchi

1191. ACQUITTER, S’ACQUITTER. On acquitte un devoir, un vœu, une promesse, et on s’en acquitte. Rien de plus voisin que ces deux locutions ; la seule différence qui y apparaisse, c’est que, dans la seconde, il y a un retour sur le sujet. J’acquitte ma promesse, c’est-à-dire “elle est acquittée ; je m’acquitte de ma promesse, c’est-à-dire “j’en suis délivré. Ainsi, tout en comprenant que ces deux expressions sont généralement équivalentes, on choisit l’une de préférence à l’autre, suivant l’idée qui, au moment, prédomine dans l’esprit.

1192. NE PAS DISSIMULER, NE PAS SE DISSIMULER. Je ne dissimule pas veut dire je ne “cherche pas à cacher : je ne dissimule pas qu’il en est ainsi. Je ne me dissimule pas veut dire je “ne me fais pas illusion, je conçois sans pouvoir en douter : je ne me dissimule pas qu’il en est ainsi.

1193. ATTAQUER QUELQU’UN, S’ATTAQUER À QUELQU’UN. Attaquer quelqu’un, c’est “diriger contre lui une attaque, qui est un acte momentané. S’attaquer à quelqu’un, c’est le “prendre à partie, en faire l’objet d’une poursuite qui peut durer longtemps”.

1194. S’INTÉRESSER, ÊTRE INTÉRESSÉ. Ils ont des sens différents : le premier signifie “prendre intérêt à” ; le second “avoir intérêt à” une chose.

1195. APERCEVOIR, S’APERCEVOIR. Apercevoir marque le fait en lui-même et l’“action de voir” ; s’apercevoir y ajoute l’idée de remarque, d’observation. Il aperçut qu’on le suivait, “il vit qu’on le suivait”. Il s’aperçut qu’on le suivait, “il remarqua qu’on le suivait”.

1196. DÉPOUILLER UN VÊTEMENT, SE DÉPOUILLER D’UN VÊTEMENT, DÉPOUILLER L’ORGUEIL, L’AMOUR, SE DÉPOUILLER DE L’ORGUEIL, DE L’AMOUR. Des auteurs ont cherché à établir une différence entre ces locutions, mais, quelque attention qu’on y porte, on ne peut distinguer entre elles aucune nuance réelle.

1197. S’APPROCHER DE QUELQU’UN, APPROCHER QUELQU’UN. S’approcher de quelqu’un exprime un acte, un “mouvement corporel par lequel on vient près de la personne”. Le second signifie l’habitude de venir auprès de quelqu’un”, l’accès qu’on a auprès de lui, la privauté qu’on a avec lui.

Arguments

1198. CROIRE QUELQUE CHOSE, CROIRE À QUELQUE CHOSE, CROIRE QUELQU’UN, CROIRE À QUELQU’UN. Croire quelque chose, c’est l’estimervéritable : Je crois ce que vous me dites. Croire à quelque chose, c’est “y ajouter foi, y avoir confiance, s’y fier : Je ne crois pas à l’efficacité de ce remède. Croire quelqu’un, c’est “ajouter foi à ce qu’il dit” : Il ne faut pas croire les menteurs. Croire à quelqu’un, c’est croire à son existence” : Croire aux sorciers, c’est croire qu’il y en a” ; Croire les sorciers, c’est croire ce qu’ils disent”.

1199. AVOIR AFFAIRE À QUELQU’UN, AVOIR AFFAIRE AVEC QUELQU’UN, SE TROUVER EN RAPPORT AVEC LUI. Les auteurs de synonymes disent que à marque supériorité, autorité, pouvoir de celui à qui on a affaire, et dépendance, infériorité, besoin de celui qui a affaire. Cette distinction est sans fondement ; la seule réelle, c’est que à est plus général : on a affaire à quelqu’un pour toutes sortes de choses ; on a affaire avec quelqu’un pour traiter avec lui, et en raison d’une certaine réciprocité qui n’est pas impliquée par à.

1200. S’ÉVADER, S’ÉCHAPPER. S’échapper, c’est “sortir de ce qui retient : le mercure s’échappe des doigts. S’évader ne se dit que de l’homme, ou de ce que l’on assimile à l’homme : Ce prisonnier s’est évadé ; mon moineau s’est évadé ou échappé de la cage.

1201. IMMANQUABLE, INFAILLIBLE. D’abord il faut remarquer qu’infaillible peut se dire des personnes et qu’immanquable ne se dit que des choses. Quant aux choses, infaillible a encore un sens spécial qui n’appartient pas à immanquable ; c’est celui de qui ne trompe pas : une règle est infaillible (mais non pas immanquable). Hors de là, infaillible et immanquable ne présentent plus qu’une nuance insaisissable : sa perte est immanquable ou infaillible.

1202. CRI, CLAMEUR. Cri est le mot général ; clameur le particularise. Le cri est la “voix poussée avec effort, mais sans être nécessairement articulée. Un homme qui souffre beaucoup peut jeter des cris, (mais non des clameurs) ; la clameur suppose toujours un sens et des paroles ; elle emporte l’idée de plainte, de demande, d’accusation, de réclamation.

1203. CRI, CLAMEUR. Cri est beaucoup plus général que clameur ; il se dit de tout “grand bruit de voix produit par l’homme ou par les animaux, tandis que clameur exprime quelque chose de collectif. Un homme pousse un cri, mais il ne pousse pas une clameur ; au contraire on dira la clameur de la foule. Une montagne en mal d’enfant Jetait une clameur si haute…La Fontaine, fables, V, 10. Mais ici la montagne est quelque chose de gigantesque qui équivaut à quelque chose de collectif.

Racine

1204. PRÉOCCUPATION, PRÉVENTION. La préoccupation exprime seulement un fait, à savoir que l’esprit est occupé d’avance” par une opinion ; la prévention ajoute à ce fait que la préoccupation qui s’est emparée de l’esprit est indépendante des bonnes raisons.

1205. INCENDIE, EMBRASEMENT. Proprement, l’embrasement, c’est la “mise en braise ; et l’incendie, c’est la “mise en feu”. Ces deux mots ne diffèrent donc que par l’image qu’ils présentent ; et au fond ils sont synonymes.

1206. ASSAILLIR, ATTAQUER. Assaillir, venant de salire, “sauter”, indique quelque chose de brusque et d’imprévu qui n’est pas dans attaquer.

1207. S’ÉBOULER, S’ÉCROULER. Étymologiquement, s’ébouler c’est “tomber comme une boule” ; s’écrouler c’est “être renversé par des ébranlements”. Dès lors, au propre, ces deux mots seront synonymes quand l’idée de rouler ne fera rien à l’affaire ; mais quand cette idée ne pourra être écartée, s’ébouler sera le mot propre et non s’écrouler : ainsi un tas de sable s’éboule (il ne s’écroule pas). Au figuré, c’est s’écrouler qui s’emploie de préférence : on dit qu’un empire s’écroule (et non qu’il s’éboule). On n’approuvera donc pas ces vers : Ne vous troublez donc pas d’un mot nouveau qui tonne, D’un empire éboulé, d’un siècle qui s’en va, Lamartine, harmonies poétiques et religieuses, IV, 13, 1830

1208. REGARDER, CONCERNER. Concerner marque que la chose nous affecte plus que quand on se sert de regarder.

1209. REPRÉSENTER, REMONTRER. Le sens littéral de représenter, c’est “rendre présent, mettre devant les yeux” ; celui de remontrer, c’est “faire bien remarquer, avertir avec force”. Vous représentez à votre ami le tort qu’il se fait, vous lui remontrez le tort qu’il fait aux autres.

1210. LANCER, DARDER. Bien que lancer soit “jeter une lance, et darder soit “jeter un dard, et qu’il y ait ainsi une signification propre attachée à chacun de ces mots, cependant cette signification propre s’est perdue dans lancer bien plus que dans darder ; ce qui fait la différence dans l’emploi de ces deux mots. On lance toute sorte de choses, aussi bien un bâton, une pierre qu’une lance ; on ne darde que ce qui est armé d’un fer aigu ou ce qui peut être comparé à une arme pointue ; c’est ainsi qu’on dit que le soleil darde ses rayons. Quand on dit qu’il les lance, on entend un effet moins aigu de leur chaleur ou de leur lumière.

1211. FICHER, FIXER. Ce que l’on fiche, on l’“enfonce par un bout. Ce que l’on fixe n’a pas besoin de cette condition ; c’est simplement “rendre fixe.

1212. INCONSIDÉRÉ, INCONSÉQUENT. Depuis quelque temps le langageordinaire a donné à inconséquent et inconséquence une signification très voisine d’inconsidéré, inconsidération. Outre la différence étymologique qui exprime dans l’un le manque de conséquence, et dans l’autre le manque de réflexion, l’usage attache plus de gravité à l’inconséquence qu’à l’inconsidération ; l’inconséquence compromet davantage.

Préfixes

Négations

1213. ANTIMORAL, IMMORAL. Ces deux mots ne sont pas tout à fait synonymes. Immoral exprime une “violation de la morale, et indique quelque chose digne de flétrissure. Antimoral exprime une “opposition à la morale reçue”, et indique une tendance à l’écarter comme chose vieillie.

1214. MÉSESTIMER, MAL ESTIMER . Mésestimer, en parlant des choses, se prend toujours en mauvaise part, et signifie apprécier les choses au-dessous de leur juste valeur. Malestimer se dit soit en bien, soit en mal, et c’est estimer ou au-dessus ou au-dessous de la juste valeur, Laveaux.

1215. MÉSESTIMER, MÉPRISER. Mésestimer, c’est accorder une estime moindre” qu’il ne faut ; mépriser, c’est accorder un prix moindre” qu’il ne faut. Ces deux mots sont donc très voisins ; ils ne se distinguent que par la nuance entre estime et prix.

1216. ESTIMER, APPRÉCIER, PRISER. C’est “faire cas de”. Estimer un homme se dit quand on a pour lui le “sentiment de l’estime, de la considération, de la confiance en ce qu’il vaut”. L’apprécier se dit quand “on en fait l’appréciation, quand on sait combien il vaut”. Le priser se dit quand “on rend hommage à ses mérites.

1217. MÉSAISE, MALAISE. Ces deux mots ne diffèrent que par les préfixes, qui, bien que d’origine distincte, ont pris le même sens. Seulement mésaise est de plus ancienne formation et beaucoup moins usité.

1218. MÉSUSER, ABUSER. Ces deux mots diffèrent par le préfixe : mes est, étymologiquement, “moins”, et, pour le sens usuel, “mal” ; ab exprime l’action de détourner. De la sorte, celui qui mésuse, “use mal” ; celui qui abuse, “détourne une chose de son usage” : on mésuse de la chose qu’on emploie mal ; on abuse de la chose qu’on emploie à faire mal. On abuse de la complaisance de quelqu’un plutôt qu’on n’en mésuse.

1219. QUI EST INIMITABLE, QUI N’EST PAS IMITABLE. Le premier signifie qui est au-dessus de l’imitation, qu’on ne peut imiter, et, par suite, admirable. Le second signifie qui ne doit pas être imité : Racine est inimitable, Pradon n’est pas imitable. Cette distinction n’est vraie que dans le sens exagéré que donne une sorte d’antonomase. Non-imitable peut très bien exprimer l’incapacité de ceux qui cherchent vainement à imiter un homme supérieur : On voit bien que ce prédicateur cherche à imiter Bossuet ; mais Bossuet n’est pas imitable.

en-

1220. BROUILLER, EMBROUILLER. Brouiller est le simple, sans aucune idée accessoire ; aussi peut-il également s’employer en bien comme en mal : on brouille des drogues, on brouille des œufs, c’est-à-dire on les mélange comme ces substances doivent être mélangées. Au contraire, embrouiller a toujours un sens défavorable : c’est “porter un brouillement qui trouble et qui met le désordre”. Puis, même dans les cas où ces deux verbes ont le même sens, c’est-à-dire expriment désordre et confusion, ils n’ont pas le même emploi : brouiller est encore ici plus général : on brouille toute espèce de chose, du vin, des papiers, du fil ; mais on n’embrouille que ce qui, étant brouillé, se trouve dérangé et mal en ordre. Par une conséquence analogue d’idées, embrouiller implique maladresse, malhabileté, ce que brouiller n’implique pas du tout : brouiller les affaires peut être un acte d’habileté, malfaisante sans doute, mais réelle ; tandis que embrouiller les affaires, c’est y porter le désordre par défaut d’intelligence et de lumières.

1221. ANOBLIR, ENNOBLIR. Anoblir signifie “donner, conférer la noblesse” ; ennoblir signifie “donner de l’éclat, de la considération, de l’importance”. Cette distinction est toute récente : bien qu’arbitraire en soi, elle est actuellement reçue, et il faut la suivre. Les écrivains du XVIe siècle ne la connaissent pas. Elle n’est pas plus connue de ceux des deux derniers siècles, comme le montrent les exemples suivants : L’amour n’anoblit-il pas tous les sentiments ?Rousseau (J.J.), La nouvelle Héloïse, V, 13. L’idée de faiblesse que les hommes attachent à la vertu tombe dès qu’elle est anoblie de vos mœurs [des Grands], Massillon, Petits caractères des Grands. Des passions qui suivaient toujours les lois de la raison et qui anoblissaient tous leurs objets, Fléchier, sermons de morale, t. I, p. 191.

1222. AMÉNAGER, EMMÉNAGER. C’est aux forestiers et à l’agriculture qu’appartient le mot aménager, qui, là, signifie : “régler les coupes d’un bois, d’un pré”. Depuis il s’est étendu au langagegénéral, où il signifie : disposer un local pour un usage quelconque” : aménager une maison pour en faire une auberge, une ambulance, etc. Emménager a le sens de “mettre un ménage dans un logis ; c’est transporter les meubles et objets d’un appartement dans un autre.

1223. DÉSENTORTILLER, DÉTORTILLER. La différence entre ces mots est la même qu’entre entortiller et tortiller. Tortiller est le fréquentatif de tordre ; il se dit très bien d’une seule chose : un fil, une ficelle se détortille. Entortiller se dit plutôt de plusieurs choses qui se mêlent et se tordent les unes sur les autres : ces cordons sont mêlés, je ne pourrai les désentortiller.

1224. DIGUER, ENDIGUER. Diguer, c’est construire une digue. Endiguer, c’est clore en une digue. Mais dans l’usage ces mots sont équivalents.

1225. ENTRELACER, ENLACER. Enlacer, c’est “prendre, envelopper dans un lacs ; entrelacer, c’est “joindre par un lacs.

1226. SANGLANT, ENSANGLANTÉ. Sanglant, couvert d’un sang” qui vient de celui qui a été frappé, ou sur celui qui a frappé : il est tombé tout sanglant ; les vainqueurs tout sanglants. Ensanglanté, couvert d’un sang qui vient du dehors : la terre est ensanglantée.

1227. MAIGRIR, EMMAIGRIR, AMAIGRIR. Au sens neutre de “devenir maigre”, ces trois mots sont tout à fait synonymes. Cet enfant maigrit, amaigrit ou emmaigrit ; il n’y a pas de nuance sensible entre ces expressions. Seulement, aujourd’hui, emmaigrir est moins usité que les autres.

re-

1228. ABÊTIR, RABÊTIR. Rabêtir indique une action plus forte, de la résistance à vaincre dans le sujet. Un maître abêtit l’enfant, quand “il laisse ses facultés sans exercice ; il le rabêtit, si, toutes les fois que l’élève manifeste quelque tendance à se développer, “le maître la refoule”. On abêtit peu à peu, lentement ; on rabêtit par des réprimandes infligées par occasions. On a abêti cet enfant par une mauvaise éducation. Il est tout rabêti par les reproches qu’il vient de recevoir, Lafaye.

1229. RÉUSSITE, ISSUE. Ces deux mots ont le même radical (lat. exire, “sortir”), et ne diffèrent que par le préfixe re. Aussi le sens ne diffère guère, et il est difficile de sentir une nuance entre : Je ne sais quelle sera la réussite de cette affaire, ou l’issue de cette affaire.

1230. HAUSSER, EXHAUSSER, REHAUSSER. Hausser ne marque rien de plus que de porter ou faire “monter plus haut”. Exhausser c’est hausser considérablement” ; c’est aussi donner plus de hauteur à ce qui a déjà une certaine hauteur : en ce dernier sens il est synonyme de hausser : on hausse ou on exhausse un mur ; mais on voit la plus grande généralité de hausser, si l’on remarque qu’on dit hausser la main (et non l’exhausser). Rehausser, c’est hausser de nouveau, hausser ce qui a baissé.

1231. EMPLIR, REMPLIR. Rigoureusement, remplir signifie emplir de nouveau ; mais la particule réduplicative re perd souvent son sens ; et ici elle s’est modifiée ; de sorte que remplir exprime l’action d’ajouter ce qui manque pour que la chose soit tout à fait pleine : remplir un tonneau. C’est là la nuance essentielle et de laquelle découlent les emplois de ces deux verbes. On dira un bois rempli de voleurs (plutôt que empli), parce que en effet “des voleurs n’emplissent pas le bois, mais le remplissent à fur et mesure qu’ils y arrivent ou y séjournent”. On dira que les grands mots emplissent la bouche, plutôt que (remplissent), parce qu’on veut exprimer “non pas la venue successive des mots dans la bouche, mais l’effet simultané, la plénitude qu’ils produisent”. D’un autre côté, quand on dit : sa gloire emplit ou remplit l’univers, il est difficile de saisir une nuance réelle.

1232. ÉPANDRE, RÉPANDRE. Épandre indique, dans l’action, une sorte d’ordre et d’arrangement qui n’est pas dans répandre.

1233. EMPORTER LE PRIX, REMPORTER LE PRIX. La particule réduplicative re a tellement perdu ici son sens propre, que l’usage seul a établi quelque différence, non dans le sens, mais dans l’emploi. On dit remporter un prix quand il s’agit des distributions de prix, des concours ; en ce cas, emporter ne s’emploie pas. Mais, quand il ne s’agit pas de ces distributions, et surtout dans le style élevé, emporter est de mise. Emporter se prend surtout dans le sens superlatif, c’est-à-dire avec l’article le qui donne à prix le sens général : il emporte le prix. Mais, s’il s’agit de prix particuliers, on dira : il remporte un prix, des prix.

1234. ASSEMBLER, RASSEMBLER. La différence est que rassembler exprime l’idée d’un nouvelassemblement. On rassemble ce qui avait été assemblé auparavant, et ce qui ne l’était plus. On assemble ce qui est épars, dispersé et n’avait pas encore été assemblé.

1235. SE SOUVENIR, SE RESSOUVENIR. Se souvenir, c’est garder le souvenir d’une chose. Se ressouvenir, c’est “se rappeler le souvenir d’une chose que l’on avait oubliée” : J’avais oublié cette conversation, vous m’en faites ressouvenir. Ressouvenir suppose une interruption dans le souvenir.

1236. ACCOURCIR, RACCOURCIR. Proprement raccourcir devrait signifier accourcir de nouveau ce qu’on a déjà accourci. L’usage ne lui a pas laissé ce sens précis, et il l’a confondu avec accourcir. Il est fâcheux que la nuance que donnait la composition du mot ait disparu.

1237. ÉVEILLER, RÉVEILLER. Ces deux verbes ne diffèrent que par le préfixe re-, qui marque réduplication de l’action. On dort et on s’éveille ; on se rendort et on se réveille. Cette distinction est réelle ; mais, dans l’usage, on la néglige souvent : Je vous réveillerai demain à six heures.

1238. ACCOMMODEMENT, RACCOMMODEMENT. L’accommodement se fait entre des personnes qui sont en procès, en querelle, mais qui auparavant ne se connaissaient pas ou étaient indifférentes l’une à l’autre. Le raccommodement se fait entre des amis, des parents qui se sont brouillés : le raccommodement d’un père avec son fils.

1239. AMASSER, RAMASSER. C’est “faire un amas. Mais amasser indique simplement l’idée d’amas, tandis que ramasser marque les soins qu’on a pris, la peine qu’on a eue pour rassembler les choses. On amasse de l’argent, quand “on en acquiert successivement”. On en ramasse de tout côté, dans un besoin pressant, et pour une affaire qui en exige.

1240. ADOUCIR, RADOUCIR. “Rendre doux, au propre et au figuré. Souvent ces deux verbes ont un même sens et s’emploient l’un pour l’autre ; mais, quand ils sont distincts, radoucir se dit des choses ou des personnes qui, étant douces, ont été changées, et en général qu’on ramène à la douceur. La pluie adoucit le temps ; mais la pluie a radouci le temps signifie que “le temps s’était mis au froid et qu’il redevient doux. On adoucit l’humeur d’une personne rude naturellement ; mais un homme en colère se radoucit.

dé-

1241. SE CONFIER, SE FIER. Se confier, c’est “faire un acte de confiance” ; se fier, c’est “avoir confiance”. Il y a donc entre ces deux verbes cette différence que le premier exprime un sentiment relatif aux circonstances, et le second un sentiment durable et continu. Je me confie en lui, c’est-à-dire “je me remets à lui avec confiance ; je me fie en lui, c’est-à-dire “j’entretiens pour lui un sentiment qui fait que je me confierai en lui dans toutes les circonstances. Dans l’exemple de Molière : Et leur langue indiscrète en qui l’on se confie…, se fier aurait une autre nuance, signifiant une confiance habituelle. Du reste, ces deux verbes, ne différant que par le préfixe, se confondent très souvent.

1242. SE MÉFIER, SE DÉFIER. Ces deux verbes ne diffèrent que par les préfixes, et . L’un signifie “se fier mal”, l’autre “se fier moins”. La nuance qui les sépare est donc très petite ; et dans le fait l’usage les emploie l’un pour l’autre. On a avancé qu’en parlant de soi-même, on dit plutôt se défier que se méfier ; cela n’est pas fondé ; et il n’y a rien à dire à cette phrase-ci : On pourrait conclure de là que la philosophie consiste plus à nous méfier assez de nous-mêmes pour éviter toutes les occasions où notre esprit peut être frappé, qu’à nous flatter que nous serons toujours les maîtres d’éviter les inquiétudes dont l’imagination peut être cause, Condillac, traité des systèmes, ch. 5, 1749.

1243. DÉFIANCE, MÉFIANCE. La méfiance fait qu’on “ne se fie pas du tout” ; la défiance fait qu’on “ne se fie qu’avec précaution”. Le défiant craint d’être trompé ; le méfiant croit qu’il sera trompé. La méfiance ne permettrait pas à un homme de confier ses affaires à qui que ce soit ; la défiance peut lui faire faire un bon choix.

1244. DÉSHABITÉ, INHABITÉ. Déshabité se dira d’une ville, d’un pays “qui a perdu ses habitants” ; inhabité, d’un endroit “qui n’a pas d’habitants”, sans qu’on sache s’il y en a eu ou non.

1245. DÉPURER, ÉPURER. Ces deux mots ne diffèrent que par la préposition : de, signifiant “ôter de” ; e, signifiant “faire aller hors”. Dépurer un liquide, épurer un liquide sont vraiment synonymes. Mais, au delà, il n’y a plus de synonymie : dépurer ne se dit qu’au propre, tandis que épurer s’emploie très bien au figuré.

1246. DÉSASSOCIATION, DISSOCIATION. Ces deux mots donnent un exemple assez rare de ceux où tous les éléments des composés ont gardé leur signification exacte. La dissociation est le “contraire de l’union : la dissociation des éléments d’un composé ; la désassociation est la fin, la “cessation de l’association”, c’est-à-dire d’une union formellement voulue et consentie. L’Académie n’admet ni l’un ni l’autre de ces deux mots ; et c’est bien étonnant pour le second qui est tout latin et que personne n’hésiterait à employer.

1247. IRRAISONNABLE, DÉRAISONNABLE. Le premier est un terme didactique qui se dit des animaux parce qu’ils ne sont “pas doués de raison” ; le second est un terme du langageordinaire signifiant : qui est “contraire à la droite raison”, qui n’agit pas suivant les lumières de la raison. L’homme n’est pas un animal irraisonnable ; mais il y a bien des hommes qui sont déraisonnables, Laveaux.

1248. DÉPRISER, MÉPRISER. Dépriser, c’est “diminuer le prix ; mépriser, c’est “ôter le prix. L’envie s’efforce de dépriser les belles actions. La grandeur d’âme méprise la vengeance.

1249. MALHONNÊTE, DÉSHONNÊTE. Ces deux mots ne diffèrent que par le préfixe. Malhonnête désigne les manquements contre la bonne foi, la probité, et aussi contre la civilité ; déshonnête, les manquements contre la pureté, la pudeur.

1250. INESPÉRÉ, DÉSESPÉRÉ. Ces deux mots signifient l’espoirperdu ; mais inespéré le signifie pour le passé, et désespéré eu égard à l’avenir ; désespéré se dit parce qu’il ne reste actuellement aucun espoir, et inespéré parce que l’espoir était perdu et qu’il est revenu : un bonheur inespéré, une situation désespérée.

1251. DÉSENVELOPPER, DÉVELOPPER. Il y a ici une analogie et des différences analogues à celles qui existent entre désentortiller et détortiller. Désenvelopper suppose une enveloppe réelle, et que l’on peut ôter. Développer est plus général ; il s’applique aussi à ce qui n’enveloppe que moralement ou intellectuellement : développer ses idées ; développer la surface d’un cylindre.

1252. DÉSESTIMER, MÉSESTIMER. Désestimer, c’est “cesser d’estimer, retirer son estime ; mésestimer est plus fort et signifie “avoir une mauvaise opinion de quelqu’un”.

1253. DÉSOCCUPÉ, INOCCUPÉ. Dans la rigueur étymologique, inoccupé veut dire “qui n’est pas occupé, et désoccupé veut dire “qui a cessé de l’être”. Mais, dans l’usage, cette petite différence disparaît, et ces deux mots sont le plus souvent identiques.

1254. DISCRÉDITER, DÉCRÉDITER.